Flipbook - Chasser avec succès

 

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Bruno Hespeler CHASSER avec   succès Comportement du gibier Pratique cynégétique Équipement du chasseur

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Sommaire Le mot de Bruno ................................................... 5 Le gibier et la météo ....................................... 8 • • • • • Du chaud au froid .......................................... 8 De l’humidité à la sècheresse ............ 10 Gêné par le vent .............................................. 12 Gêné par la neige .......................................... 13 Froid et humidité : la mort du gibier juvénile ....................... 15 • Des trouvailles au sol ................................ 39 • Fumées, laissées, fientes et pelotes de réjection .............................. 43 • Cochonneries .................................................... 45 • Il n’y a plus de chevreuils ....................... 47 Le comportement du gibier ...................... 49 • • • • Des manœuvres de diversion ............. 49 Une retraite en bon ordre ...................... 50 Toujours se tenir sur nos gardes .... 53 Qui arrive où ? ................................................... 56 Le chasseur et la météo .............................. 19 • • • • • Gêné par le vent .............................................. 19 Le fond sonore du vent ............................. 23 Aidé par l’humidité ....................................... 24 Gêné par le gel ................................................. 25 Gêné par le brouillard ............................... 27 Dans l’air du temps : savoir écouter ........................................................ 61 • Ces sons qui dénoncent .......................... 61 • Les indications du brame ....................... 64 Le chasseur et son équipement .......... 30 • Avoir froid, une question d’orgueil ? ............................................................. 30 • En vert ou en rouge ? .................................. 31 • Du cuir ou du tissu ? .................................... 32 • Des vêtements secs .................................... 34 • Des pattes ou des sabots ? .................... 35 Communication ..................................................... 69 • • • • Ce jargon des chasseurs ........................ 69 Dans la pratique de la chasse ............ 70 Comment le dire aux chevreuils ? ... 72 Le goût de la contradiction ................... 74 Se déplacer sur le territoire de chasse .................................................................... 77 • On nous a reconnus ! .................................. 77 • Ne pas déranger ............................................ 79 • Le gibier s’instruit aussi longtemps qu’il vit ........................................ 81 Qui est là ? ................................................................. 37 • Au-delà des traces ....................................... 37 • Ouvrons les yeux ! .......................................... 38

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Les installations de chasse .................... 84 • • • • Un peu, pour obtenir beaucoup ........ 84 Toujours plus haut ........................................ 89 La mobilité est à la mode ....................... 90 Comment y arriver ? Comment en repartir ? ............................. 93 • Si nécessaire, annoncer la couleur 94 Les chiens et autres auxiliaires ......... 124 • Autrefois ................................................................ 124 • Un chien, pour quoi faire ? ..................... 126 • Le chien pour après .................................... 126 • L’aide précieuse de nos compagnes ............................................... 129 • Pousser le gibier devant soi ................ 135 • Ces contemporains dont on profite ............................................................... 137 Renard, fouine, martre et Cie ................ 96 • Au terrier .............................................................. 96 • Avec la traînée ................................................. 98 • Le relevé des traces .................................... 100 Avant et immédiatement après le tir .................................................................. 140 • Des évidences oubliées ............................ 140 • Indispensable .................................................... 141 « Corruption » ......................................................... 102 • Appâter, compter ou juger ? ................ 102 • Agrainer : où ? Quand ? Qui ? ................ 103 • Le renard et la fouine ................................ 107 Question santé / survie ................................ 146 • Le comportement à adopter en cas d’urgence ............................................ 146 • Ne pas trop en demander ...................... 147 • La question du vertige .............................. 149 • Un AVC à la chasse ...................................... 151 • Un infarctus à la chasse .......................... 152 • La défaillance cardio-vasculaire ..... 155 • Les premiers secours ............................... 155 • L’aide à la survie ............................................. 156 • Des remèdes de grand-mère ............. 157 La gestion cynégétique ................................ 110 • • • • • • • • Où ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ? . 110 Des trous de mémoire .............................. 111 Que voulons-nous ? ...................................... 113 Autant et aussi souvent que possible .................................................................. 115 Déranger le moins possible ................. 117 Des circonstances et des comportements .................................... 118 Des solutions alternatives ..................... 119 La méthode sado-maso ........................... 122

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À propos de l’auteur Bruno Hespeler a été, pendant de longues années, garde-chasse professionnel auprès de l’administration forestière du land de Bavière et gestionnaire d’un territoire de chasse privé. Depuis plus de 30 ans, il est journaliste indépendant et auteur de nombreux ouvrages traitant de la chasse, du gibier et de l’aménagement des territoires de chasse. Il intervient aussi en tant qu’expert et conseiller auprès des chasseurs, des sociétés de chasse, des administrations forestières et des collectivités locales et territoriales. Il organise, par ailleurs, des visites et excursions consacrées à des thèmes sylvicoles, biologiques – se rapportant à la faune sauvage – et culturels, notamment en Italie et en Slovénie. Pour d’autres informations, consulter son site : www.hespeler.at

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Le mot de Bruno Aujourd’hui, la chasse individuelle ne se déroule plus comme autrefois. Le nombre de pratiquants de ce mode de chasse s’est accru, alors que la surface chassable a globalement diminué. Si le temps de travail hebdomadaire s’est raccourci, le temps disponible pour la chasse n’a, pour la plupart des chasseurs, pas augmenté. En effet, pour beaucoup d’entre nous, le trajet entre le domicile et le lieu de travail s’est rallongé comme celui qui nous mène de la maison au territoire de chasse. L’environnement du lieu d’habitation s’est lui aussi modifié pour la plupart des chasseurs. Qui pourrait encore se permettre de dépecer un chevreuil accroché au pommier de son jardin ? Qui pourrait encore suspendre sous son appentis le lièvre qu’il a tiré et qu’il souhaite se cuisiner dans quelques jours ? Qui oserait récupérer un chat écrasé pour poser une traînée lors du dressage de son chien ? Sur nos territoires, la chasse est devenue de plus en plus difficile, car la nature s’est ouverte à un grand nombre de gens qui cherchent à s’y détendre d’une manière ou d’une autre. Nous vivons dans un système économique et social où presque tout est permis dès lors que cela rapporte de l’argent à quelques-uns, même si cela doit trouer le portefeuille et diminuer la qualité de vie d’autres. C’est aussi vrai dans notre rapport à la nature. Chacun veut rester en bonne santé : on pratique le jogging jusqu’à en détériorer nos articulations. Dans ce monde civilisé et urbanisé, chacun veut goûter à la vie sauvage  : on descend les rivières les plus rapides dans un canot pneumatique, au risque de s’y noyer ; on escalade des cascades, jusqu’à se fracturer les os. De jeunes (et moins jeunes) dames vagabondent à dos de cheval à travers la forêt, pendant que des cyclistes chevronnés chevauchent leurs VTT à travers prés et bois ou jusqu’aux sommets des montagnes. Quant à nous, les chasseurs, nous nous contentons, au cours de nos week-ends, de gérer nos minuscules territoires de chasse. LE MOT DE BRUNO 5

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À ses débuts, la chasse se devait d’être aussi rationnelle que possible, sinon les premiers chasseurs n’auraient pas survécu. Mais c’est aussi la rationalité qui a transformé chasseurscueilleurs en paysans : les animaux d’élevage étaient plus faciles à prélever que les bêtes sauvages et les fruits cultivés se cueillaient plus efficacement que les fruits sauvages. La chasse a cependant permis de sauvegarder jusqu’à nos jours ce qui lui était intrinsèquement lié, à savoir l’émotion ! Les sangliers, chevreuils, lièvres et canards ont bien du mal à digérer notre présence. Mais ils ont appris, au fil des années, à s’adapter à nous tous, d’une manière ou d’une autre. Bien souvent, c’est nous qui, dans ce monde qui a tant changé, ne savons plus comment nous adapter à eux. L’enfant préféré du chasseur s’appelle «  4  x  4  ». Indispensable pour la gestion de nos petits territoires comme une multitude d’autres outils  : le télémètre intégré à la lunette de visée ; l’optique de tir à fort coefficient crépusculaire, qui transforme le crépuscule en plein jour et la nuit profonde en crépuscule  ; la caméra à infrarouge, qui nous signale la présence du gibier à proximité des souilles, des agrainoirs, des pierres à sel, ainsi que sur les passages habituels des animaux, le détecteur de chaleur à infrarouges, qui, le soir, nous mène sans détour au chevreuil gisant dans un épais fourré  ; l’appareil photo automatique qui, placé à l’agrainoir, fait sonner notre portable lorsque le gibier passe à proximité  ; et l’appareil de vision nocturne, grâce auquel nous pouvons enfin constater que notre voisin de chasse est assis à son poste d’affût  ! Certains d’entre nous trônent, aujourd’hui déjà, sur leur mirador, un casque électronique sur les oreilles orientant autour d’eux leur micro directionnel. D’autres pratiquent la chasse du brocard à l’appeau en produisant des sons électroniques. À tout cela s’ajoute encore ce fléau des temps modernes qui nous ramène à ce que nous étions jusqu’au XIXe siècle, à savoir des serfs ! Cette chose s’appelle le téléphone portable. Elle semble être indispensable à la chasse. Les portables veillent à ce que nos heures d’affût ne deviennent pas trop 6

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ennuyeuses. Ils nous permettent de demander à nos collègues chasseurs ce qu’ils voient comme gibier au pied de leur mirador. Et si aucun animal n’apparaît, ils nous permettent d’étudier le cours de la bourse. Grâce à eux, nous pouvons téléphoner, photographier et noter tout ce que nous voyons – ou ne voyons pas – lors de nos soirées d’affût. Il n’y a qu’une chose que nous avons, au fil du temps, fini par oublier totalement : notre aptitude consciente à regarder et à ressentir ! C’est précisément pour nous aider à retrouver cette aptitude que ce livre a été écrit : il devrait donner l’une ou l’autre recette au chasseur d’aujourd’hui. Il ne s’agit, à vrai dire, que de connaissances qui vont de soi mais qui, avec toute la gestion que nous pratiquons, sont de plus en plus menacées de disparition. Il existait une chasse que les plus anciens parmi nous ont encore eu la chance d’apprendre. Bien trop belle et passionnante pour être livrée à toutes ces techniques apparues entre temps. Allons-y ! Bruno Hespeler LE MOT DE BRUNO 7

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Le gibier et la météo Du chaud au froid Nous, les chasseurs, sommes habillés en été de façon légère et, en hiver, de vêtements qui nous protègent du froid. Lorsque nous chassons en montagne, nous nous enduisons le visage d’une crème solaire à fort coefficient de protection, afin de nous prémunir contre un coup de soleil. En été, nous utilisons une pommade anti-moustiques, afin de ne pas subir de désagréables démangeaisons. En cas de besoin, nous portons des vêtements de pluie et, selon les territoires de chasse que nous fréquentons, nous changeons nos lourdes chaussures de montagne contre des chaussures légères, plus adaptées à la chasse à l’approche. Les animaux sauvages n’ont rien de tel. Certes, le gibier à poil s’adapte grossièrement aux conditions météorologiques de chaque saison grâce à sa faculté de changer son pelage d’hiver pour un pelage d’été. Mais au cours des journées estivales, lorsqu’il fait très chaud en fin de matinée, le gibier ne peut pas tomber la veste. Il réagit, lui, au moyen de sa mobilité. Le soleil rougeoyant descend derrière l’horizon : une nuit glaciale, ainsi qu’un gel matinal lui succèderont. 8

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Toutes les espèces sauvages qui vivent dans nos contrées depuis des millénaires et que l’on considère comme autochtones n’ont pas forcément passé leur jeunesse phylogénique ici. Ainsi les sangliers vivaient-ils, à l’origine, dans des contrées plus chaudes – même si Astérix et Obélix nous laissent entendre que le Bon Dieu les a créés en Gaule. Le lièvre variable, par contre, a toujours suivi les glaciers dans son processus de colonisation. Aussi le recul des neiges éternelles s’avère-t-il incontestablement problématique pour cette espèce. D’autres espèces – auxquelles appartient le faisan – ont été importées chez nous à un moment donné, sans qu’on leur demande auparavant si notre climat leur conviendrait ou non. Toutes ont été, au cours de leur phylogenèse, tenues d’apprendre à s’adapter à de nouvelles conditions climatiques et météorologiques. Il ne faut pas oublier que, depuis le début de l’histoire de la Terre, les périodes de chaleur et de glaciation n’ont cessé de se succéder. La chaleur, oui et non Dès lors qu’il trouve des endroits pour se souiller, le sanglier n’est gêné en rien par des étés chauds et secs. Il en est autrement pour les cerfs. Ils supportent, il est vrai, très bien le froid. Mais lorsque, en été, la chaleur devient accablante, nos grands cervidés se mettent en recherche de remises plus fraîches  : il peut s’agir tout simplement de zones ombragées ou, en montagne, de zones d’altitude rafraîchies par le vent. Les chamois, eux aussi, fuient la chaleur estivale. Ce n’est qu’en fin d’après-midi ou le soir – lorsque la fraîcheur arrive – qu’ils se dirigent vers leurs zones de gagnage. Après une nuit très froide, qui s’avère souvent désagréable en montagne, ils aiment aussi goûter au soleil du matin. Mais dès que leur panse est remplie, ils retournent dans leurs remises diurnes et ombragées. En hiver, lorsque, en montagne, les nuits sont glaciales et les journées toujours très froides, les chamois recherchent des sites ensoleillés. Les chevreuils quant à eux se montrent beaucoup plus indifférents à la météo. Il suffit d’observer leur aire de répartition : de l’Asie mineure au cercle polaire, de la plaine jusqu’à la limite supérieure de la forêt et de l’Atlantique à l’Oural : tous les climats leur conviennent. Si les animaux sauvages orientent leur comportement en fonction de leurs besoins, ils le font aussi en fonction du temps qu’il fait à l’instant « t ». La lune est aussi à mettre en relation avec la météo. Il ne s’agit nullement ici de nous plier à cette tendance qui relie tout et n’importe quoi à la position de la lune. Nous savons tous que les cerfs et les chevreuils se nourrissent plus longtemps et plus intensivement les nuits de pleine lune que lors de nuits plus obscures. Cela 9 Lorsqu’il fait très chaud, le grand gibier préfère se déplacer aux heures froides. Lorsqu’il fait froid, il se déplace aux heures chaudes. À NOTER ! LE GIBIER ET LA MÉTÉO

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Lors des très chaudes journées estivales, les cerfs cherchent la fraîcheur et la tranquillité en altitude, au-delà de la limite de la végétation forestière. les amène aussi à quitter leur zone de gagnage plus tôt le matin. Le besoin qu’éprouvent les animaux à se réchauffer au soleil du matin est, en général, plus fort après de longues et froides nuits hivernales qu’en été. L’accroissement de la lune nous donne, comme au gibier, l’illusion d’un décalage horaire : il fait clair plus longtemps. Cela amène les animaux à se déplacer plus tardivement. À ce propos, il ne faut pas oublier que beaucoup d’animaux sauvages font précisément ce que nous attendons de nos fédérations de chasseurs, à savoir qu’elles agissent au lieu de réagir  ! Les animaux sauvages sentent le temps qu’il va faire : il n’est pas rare qu’ils anticipent encore plus notre baromètre. Lorsque les chocards à bec jaune viennent mendier dans nos villages de montagne, c’est un signe sûr de baisse brutale de la température. Lorsque les chamois tendent à descendre en altitude, c’est que la situation météorologique va s’aggraver dans les jours à venir. Et lorsqu’un orage se prépare, les chevreuils ne se déplacent plus – ou alors ils se mettent à manger, de façon étonnante, avec beaucoup de précipitation. De l’humidité à la sècheresse Après plusieurs jours de pluie, tous les animaux sauvages aspirent à être au soleil. Le chasseur trempé se tient à l’affût, des journées entières, aussi vainement que piteusement : il ne voit rien. Puis le temps change. En fin de matinée, le soleil se met à briller et partout on voit des chevreuils sur les prairies. Il nous arrive de vivre aussi l’inverse : il a fait beau et sec longtemps, aucun animal ne semblait se déplacer et 10

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Le comportement du gibier Des manœuvres de diversion Les animaux sauvages aussi peuvent jouer la comédie. Connaître leurs scénarios peut s’avérer très utile pour le chasseur. Tout le monde connaît ce comportement d’un oiseau qui fait mine de ne plus pouvoir voler pour éloigner un prédateur de son nid ou de ses petits. Même les poules faisanes et les perdrix font cela parfois. Lorsqu’elles ont leur faon à proximité, les chevrettes s’enfuient le plus souvent en hésitant. Elles marquent un arrêt avant de s’enfoncer dans la forêt et regardent en arrière. Il est très utile de savoir cela lorsqu’on veut effectuer un marquage de faons. Souvent l’herbe est encore couverte de rosée, ce qui permet de bien voir la trace de la chevrette. Il suffit parfois de la suivre alors vers l’arrière pour découvrir le faon. En tout cas, l’on sait à peu près où se trouve le faon et l’on peut alors, l’après-midi ou le soir, attendre le retour de la chevrette. Cela s’avère utile aussi pour ceux qui veulent sauver des faons en parcourant les prairies avant la fauche. « Suis-moi ! » Des biches peuvent adopter un comportement identique lorsque, suivies de leur faon, elles n’ont pas encore rejoint la harde. Elles ne s’enfuient pas : elles créent d’abord une certaine distance entre elles et le faon couché puis s’immobilisent et poussent un cri d’effroi. Elles cherchent ainsi à attirer l’attention vers elles. Lorsque, en mai ou juin, nous rencontrons en forêt une biche isolée, et que celle-ci nous observe attentivement jusqu’à ce que nous arrivions très près d’elle, et là seulement, s’enfuit de façon hésitante, les chances sont grandes que son faon soit couché non loin de là. Lorsque, en avril ou en mai, nous arrivons à proximité d’un terrier et que, tout près de là, un renard se met à aboyer, alors il est LE COMPORTEMENT DU GIBIER 49

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La renarde, qui se tient à l’entrée du terrier avec ses renardeaux, s’enfuit dès qu’elle s’aperçoit de notre présence. Non pas dans le terrier, mais le plus souvent en s’en éloignant. presque sûr qu’il s’agit d’une renarde revenant de sa tournée de chasse : ses renardeaux sont dans le terrier et elle cherche à nous en éloigner. En même temps, elle signale notre – dangereuse – présence à ses petits. Les hases connaissent, elles aussi, ces manœuvres de diversion. Elles font croire aux renards qu’elles pourraient ellesmêmes constituer une belle proie pour eux, afin de les éloigner des levrauts. Naturellement, sans effet de surprise, le renard n’a guère de chance de rattraper un lièvre en bonne santé qui a cinq mètres d’avance sur lui. Une retraite en bon ordre En battue  : la voix des chiens se rapproche et, subitement, un sanglier traverse, à fond de train, le chemin forestier. Pour juger la bête noire, il nous reste à peine trois secondes ! C’est mission impossible  ! Certes nos yeux et notre cerveau sont capables de percevoir l’essentiel : l’animal est noir, pas vraiment grand, pas vraiment petit, c’est… un sanglier mâle ou une laie  ! Mais nous ne voulons ni tirer un jeune mâle, ni une laie, donc… À peine avons-nous fini d’y penser, que surgit déjà le sanglier suivant, et un autre, et encore un autre… Ils sont tous 50

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bruns-roux et plus petits que le premier animal. Il s’agit donc de bêtes rousses. Dommage ! À l’exception des vieux mâles, les sangliers sont des animaux grégaires : ils s’enfuient si possible ensemble et sous la conduite d’une bête de tête. Mais il arrive qu’en battue, des compagnies soient éclatées. Là aussi, cependant, les marcassins et les bêtes rousses se collent à leur mère, ne serait-ce que parce qu’ils cherchent, près d’elle, à se protéger des chiens. Si, dans une compagnie, se trouvent plusieurs laies avec leurs petits, il se peut qu’en cas d’attaque – qu’il s’agisse de chiens ou de loups – une seule laie se charge d’éloigner l’ensemble des marcassins et bêtes rousses, pendant que les autres laies entreprennent la défense contre l’ennemi. L’espèce cerf se conforme, elle aussi, à des structures grégaires. Et comme les faons de cerf sont des enfants uniques, ils sont particulièrement et durablement attachés à leur mère. Les faons se collent littéralement à leurs mères. En cas de danger, la biche meneuse donne l’ordre de la fuite et indique la direction à prendre. Ce qui est sûr alors, c’est que le faon de cette biche meneuse suivra sa mère et se collera à elle. Il se peut, si la harde est importante, que, derrière la biche meneuse et son faon, s’installe brièvement un certain désordre et qu’un autre  SANGLIER : qui arrive ? Quand ? Et qui se tient où ? Sangliers en battue : • D’abord la laie et, derrière elle, le plus souvent en file indienne, les marcassins ou bêtes rousses. Sangliers la nuit, en plaine : • La laie arrive en premier. S’il s’agit d’une grande compagnie, la plupart du temps les petits se mélangent, parfois restent un peu en retrait. • Les bêtes de compagnie viennent le plus souvent à deux ou trois. • Les vieux mâles viennent tout seuls, se tiennent souvent un peu à l’écart de la compagnie, mais peuvent aussi, au milieu de celle-ci, prendre de la nourriture. Dans ce cas, les autres sangliers restent à une certaine distance. Sangliers adultes isolés : • Il peut s’agir de laies gestantes, prêtes à mettre-bas, ou qui ont encore leurs marcassins au chaudron. Tant que nous n’avons pas nettement distingué le pénis, considérons chacun des sangliers comme une laie ! Plusieurs sangliers, tous assez petits : • En cas de deux, trois, à la rigueur quatre sangliers de même corpulence, qui ne sont plus ni rayés ni roux (ce qui est difficile à distinguer la nuit !), il peut s’agir de bêtes de compagnie mâles qui vivent encore ensemble. • Dans les autres cas, il s’agit très certainement de bêtes rousses orphelines. LE COMPORTEMENT DU GIBIER 51

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