TSE Mag #6

 

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Été 2014 - Édition spéciale TIGER Forum

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TSE Mag #6 { Été 2014 } TIGER FORUM ÉDITION SPÉCIALE Retour sur les Travaux scientifiques présentées Entretiens exclusifs avec Joseph Stiglitz, Lauréat du prix Jean-Jacques Laffont 2014 et Bruno Sire, Président de l’UT Capitole Les moments clés de l’événement en images et vidéos Résultats de l’enquête économique diffusée pendant le TIGER Forum PARTENARIATS Pfizer : évaluer le coût social des traitements contre le cancer ET AUSSI… L’ÉCOLE DOCTORALE DE TSE • BRÈVES • CULTURE Rencontre avec PIERRE DUBOIS…

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Édito Chers Amis, L a science économique a évolué à bien des égards au cours des quatre dernières décennies. Sur le plan théorique, la théorie des jeux et la révolution de l’économie de l’information ont fourni aux économistes de nouveaux outils pour approfondir leurs connaissances sur un large éventail de sujets tels que la concurrence, la réglementation du travail, l’économie politique, la finance ou la macroéconomie. En s’éloignant du paradigme de marchés parfaitement concurrentiels le travail des théoriciens a gagné en finesse, leur permettant de formuler des interventions de politique économique plus pertinentes. Pendant ce temps, la profession a fait de grands progrès dans le domaine des données empiriques. Alors que les chiffres n’ont de sens qu’accompagnés d’une grille de lecture théorique appropriée, inversement la théorie doit également se confronter aux faits afin de proposer des hypothèses crédibles. Le va-etvient incessant entre la théorie et les travaux empiriques est la marque d’excellence de la recherche moderne. Le développement de nouvelles approches économétriques, la généralisation des expériences aléatoires, et la révolution qui a accompagné les travaux sur le terrain comme en laboratoire ont contribué à faire de la science économique une discipline ancrée sur de solides fondations. Les chercheurs de TSE contribuent non seulement à l’avancement des connaissances par des articles publiés dans les meilleures revues scientifiques au monde mais ils s’efforcent également d’aider les décideurs économiques à mieux comprendre les problèmes auxquels ils sont confrontés. Le TIGER Forum, notre événement dédié à la rencontre de la science et de la décision économique porte en son cœur cette identité. D’un côté les nombreuses conférences scientifiques ont permis aux participants venus des quatre coins du monde d’échanger autour de travaux d’excellence, tandis que les « TIGER Insights » et « ROARING Debates » ont pendant 5 jours nourri des discussions de haut niveau, très bien documentées, sur les thématiques des grands enjeux économiques. Nous sommes ravis que cette édition du TSE Mag se focalise sur cet événement, et nous remercions tous ceux qui ont été impliqués dans l’organisation du TIGER Forum 2014. Jean Tirole - Christian Gollier 04 ZOOM RECHERCHE Stéphane Straub L’expérience de Brasília 08 HOT TOPiC Pierre Dubois Innovation pharmaceutique et réglementation 10 ÉVÉNEMENTS TIGER Forum 2014 Retour en images et en chiffres sur l’évènement 12 GRAND TÉMOiN Joseph Stiglitz A l’occasion du TIGER Forum 2014, le lauréat du prix Nobel d’économie 2001 répond à nos questions Estelle Malavolti Les revenus des commerces de détail dans les aéroports : débat sur la réglementation Emmanuel Thibault Mohamed Saleh La santé des baby-boomers vieillissants Sur le chemin du paradis Magazine trimestriel de Toulouse School of Economics - 21 allée de Brienne - 31015 Toulouse Cedex 6 - Tél. : +33 (0) 5 67 73 27 68 - Directeur de la publication : Christian Gollier – Directeur de la rédaction : Joel Echevarria - Rédactrice en Chef : Jennifer Stephenson - Responsable de Production : Jean-Baptiste Grossetti - Taductions : Michel Cécilia - Conception graphique - Mise en page - Prepresse : A La Une Conseil - Iconographie © : Studio Tchiz - Crédits Photographie : Université Toulouse Capitole, Pfizer, Olivier Colombe, MIP, Flickr, Futurapolis, IUF - Tirage : 900 exemplaires. Imprimé sur du papier recyclé « PEFC » - n°ISSN en cours d’enregistrement. 02 TSE Mag { Été 2014 }

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Retrouvez les contenus provenant du TIGER Forum à l’aide de ce logo. Jean TIROLE, Président TSE Christian GOLLIER, Directeur TSE 14 PARTENARiATS Bruno Sire Entretien avec le Président de l’UT Capitole sur le TIGER Forum et l’École européenne de droit 18 TSE ÉDUCATiON L’école doctorale De nombreuses opportunités de carrière 20 BRèVES Récompense Augustin Landier reçoit le prix du meilleur jeune économiste de France 2014 22 CULTURE David J. Salant Guide d’introduction pour la conception, la gestion et la stratégie des enchères Pfizer & l’IDEI Business Networking Day 2014 Save the date Nomination Évaluer le coût social des traitements contre le cancer Franck Portier rejoint l’Institut universitaire de France Résultats de l’enquête économique diffusée pendant le TIGER Forum TSE Debate Le nouveau blog de TSE est lancé TSE Mag { Été 2014 } 03

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ZOOM RECHERCHE Stéphane Straub L’expérience de Brasília Stéphane Straub et Emmanuelle Auriol, chercheurs à TSE, ont organisé lors du TIGER Forum un atelier sur « L’économie du développement : de la recherche de pointe à l’action politique ». L’événement a réuni certains des meilleurs experts mondiaux dans les différents domaines du développement : la redistribution, la santé, la productivité, les réseaux et les marchés agricoles. Stéphane Straub, directeur du département d’économie du développement de TSE, a présenté un article co-écrit avec Julia Bird, doctorante à TSE, sur les effets à long terme de la construction de routes au Brésil : Les grands programmes d’investissement dans les infrastructures sont souvent considérés comme des éléments clés des stratégies de développement. Cependant, ils ont aussi d’importants effets de redistribution spatiale sur la population et la production, et affectent donc le modèle de croissance à long terme des pays et des villes. À ce jour, les connaissances empiriques sur ce processus sont encore limitées. Stéphane Straub largement tributaire du hasard, et n’était pas corrélée à leurs caractéristiques économiques. Nous exploitons cette « expérience naturelle historique » pour étudier l’impact de l’expansion rapide du réseau routier brésilien sur la croissance et la répartition spatiale de la population ainsi que sur l’activité économique dans les municipalités du pays entre 1970 et 2000. Nous mettons ainsi en lumière une double tendance de répartition géographique. Dans le Sud plus développé, la réduction des coûts de transport a entraîné une concentration croissante de la population et de l’activité économique, en particulier dans le secteur des services, dans des rayons de plusieurs centaines de kilomètres autour des principales zones urbaines. Les États du Nord ont au contraire suivi le processus inverse, avec une concentration de la population et de l’activité économique à l’écart des grands centres urbains et l’émergence de nombreux centres urbains secondaires. L’effet causal du développement du réseau routier sur la croissance est important, puisque qu’il représente près de la moitié des 136% de croissance du PIB par habitant pendant cette période. En regardant les changements dans le coefficient de Gini spatial entre les communes et les régions, nous estimons que l’inégalité spatiale a été significativement réduite notamment en raison des impacts positifs sur la croissance dans les régions Nord et Centre-Ouest. Brasília, la capitale fédérale du Brésil, a été construite entre 1956 et 1960 dans une zone déserte choisie en raison de sa centralité géographique, à l’initiative de Juscelino Kubitschek, alors président du pays, qui voulait déplacer le centre de gravité du pays loin de la région côtière du sud. Les décennies suivantes ont aussi été caractérisées par l’un des plus importants programmes de développement des infrastructures au monde, puisque le Brésil a construit plus de 150 000 km de routes. Le réseau routier ainsi construit était destiné à relier la nouvelle capitale aux centres économiques du pays. La proximité aux routes construites après la création de Brasília a été un facteur déterminant pour expliquer les variations ultérieures en terme d’accès aux grands centres pour les communes de l’intérieur des terres. Toutefois, la proximité des municipalités à ces nouveaux réseaux était en savoir plus... L’expérience de Brasília : les axes routiers et la répartition spatiale du développement au Brésil Avec Julia Bird; Document de travail TSE n°14-495. 04 TSE Mag { Été 2014 }

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Estelle Malavolti ZOOM RECHERCHE Les revenus des commerces de détail dans les aéroports : débat sur la réglementation Cette année le TIGER Forum a accueilli la conférence annuelle et l’université d’été de l’Association Internationale d’Économie des Transports (ITEA). Réunissant plus de 150 participants, la conférence a pour objectif de promouvoir l’excellence scientifique dans le domaine de l’économie des transports et de stimuler les échanges entre chercheurs. De nombreux sujets ont été abordés, parmi lesquels : les investissements dans les transports et leur financement, le coût de la congestion routière, le temps et les risques, les effets d’agglomération, l’évaluation des capitaux immatériels, l’aviation, la concurrence et la privatisation. La prise en compte de ces revenus dans le calcul de la taxe aéroportuaire est un débat houleux. On peut plaider en faveur de la séparation des deux activités, à savoir pour la méthode de la double caisse, dans laquelle seule l’activité aéronautique est réglementée, et ainsi éviter de déstabiliser les dispositions commerciales des services non-aéronautiques de l’aéroport. Nous proposons, au contraire, une réglementation par une caisse unique, dans laquelle le profit total de l’aéroport est examiné. Une telle approche paraît plus pertinente dans la mesure où elle permet de prendre en compte les liens qui existent entre le commerce de détail et les services aéronautiques. En utilisant une approche de marché biface (Armstrong 2006, Rochet-Tirole 2003, 2006), nous montrons que l’aéroport est une plateforme qui facilite la rencontre entre les boutiques et les passagers. L’activité du commerce de détail dépend du nombre de passagers qui circulent et/ou sont en correspondance à l’aéroport, ainsi que du temps qu’ils y passent. De leur côté, les passagers recherchent le temps de correspondance le plus court possible. Nous montrons que la taxe aéronautique varie avec l’adoption d’une caisse unique en fonction de l’importance accordée par les boutiques au temps d’attente des passagers ou à la demande que ceux-ci génèrent. Pour résumer, la caisse unique semble être le mécanisme de taxation le plus juste pour les utilisateurs des compagnies aériennes. Estelle Malavolti en savoir plus... Caisse unique ou double caisse dans les aéroports ? Une analyse de marché biface Estelle Malavolti Estelle Malavolti est une chercheuse associée de TSE et membre de l’École Nationale de l’Aviation Civile (ENAC). Estelle a présenté un article lors de la Conférence ITEA qui étudie les revenus des activités commerciales dans les aéroports et leur possible inclusion à la réglementation sur les bénéfices des aéroports. Les profits des grands aéroports sont générés de plus en plus souvent par des activités commerciales telles que la vente au détail. Ces revenus non aéronautiques, tels que les frais de stationnement, les ventes d’aliments et de boissons, la publicité et les profits des boutiques sont vitaux pour les aéroports et représentent près de la moitié des revenus aéroportuaires mondiaux. Cependant, ces services commerciaux sont relativement éloignés de la mission originale de l’aéroport : fournir aux compagnies aériennes des services aéronautiques tels que les opérations de manutention au sol, la gestion des terminaux et des pistes. conférence 2014 ITEA les organisateurs > Marc Ivaldi et Henrik Andersson (Présidents de l’Université d’été et de la Conférence 2014) > Kenneth A. Small (Président, ITEA) > Robin Lindsey (Président, Comité Scientifique ITEA) > Jan Brueckner (Président, Comité de l’Université d’été de l’ITEA) TSE Mag { Été 2014 } 05

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ZOOM RECHERCHE Emmanuel Thibault La santé des baby-boomers vieillissants Emmanuel Thibault La conférence consacrée aux soins de longue durée fut l’un des moments forts du TIGER Forum. En effet, les besoins dans le domaine devraient croître drastiquement dans la plupart des pays au cours des décennies à venir avec le vieillissement de la génération du « baby-boom ». Des travaux théoriques et empiriques sur le sujet ont été présentés lors de la conférence, abordant la question de la dépendance et des assurances pour les soins de longue durée au travers des interactions entre les trois principaux acteurs : le marché, le gouvernement et la famille. Cette approche est une façon nouvelle et unique d’aborder la question des soins de longue durée, explications : Lors de la conférence, Chiara Canta (Norwegian School of Economics) a présenté un article co-écrit avec les co-organisateurs de la conférence, Emmanuel Thibault (professeur à TSE / Université de Perpignan) et Pierre Pestieau (CORE / Université de Liège / TSE). Les auteurs y soulignent la nécessité d’une réforme profonde des soins de longue durée en tenant compte des interactions entre les États, les familles et les marchés : Comment faire face au défi que constitue la prise en charge de la dépendance ? C’est un sujet complexe qui touche à deux tabous (l’argent et la mort) et dépasse le cadre de l’économie pour devenir un enjeu de santé publique : la Haute Autorité de la Santé révèle qu’il existe, dans les 3 années qui suivent le début de la maladie d’Alzheimer de leur proche, un risque de surmortalité de plus de 60% chez les aidants naturels. En France, 4,3 millions de personnes aident un proche dépendant et la majorité y consacre en moyenne 6 heures par jour. Dans cet article nous nous sommes intéressé à la fourniture de soins et services aux dépendants dans un contexte où l’État se doit d’interagir avec la famille et le marché. Il était donc indispensable de comprendre ce qui motive la solidarité familiale et la façon dont elle est influencée par l’existence de programmes (publics ou privés) d’assurances. Enfin il était primordial de définir comment ces différents modes de financement affectent la dynamique d’accumulation de la richesse d’un pays et, par ricochet, sa croissance économique. Pour ce faire, nous avons construit un modèle théorique qui intègre les informations pertinentes permettant d’aider les décideurs à définir les conséquences réelles (aussi bien microéconomiques que macroéconomiques) de différents scénarios de réforme du financement de la dépendance. L’aspect novateur de notre approche consiste à prendre en compte dans un même cadre les multiples canaux de financement de la perte d’autonomie (assurance publique par répartition et privée par capitalisation, aide familiale et épargne de précaution) dans leur interdépendance, le rôle de la reproduction familiale pour l’aidant, le biais psychologique du dépendant en faveur de l’aide familiale, l’aspect dynamique intergénérationnel du problème et le rôle des prix (salaires et taux d’intérêt). Conformément à notre intuition, la présence d’une aide familiale et/ou d’une assurance publique modifie les comportements individuels et la dynamique d’accumulation de richesse d’un pays. Cependant notre principal message est contre-intuitif puisqu’il ressort de notre étude qu’en présence d’aide familiale, les gens choisissent de s’assurer de manière privée si l’assurance publique est suffisamment généreuse; et plus cette dernière l’est, plus la croissance est au rendez-vous. Ainsi, même si le vieillissement de la population conduit à la mise en place d’une assurance dépendance publique par répartition, il incite également les gens à s’assurer de manière privée ce qui est clairement bénéfique pour la croissance. en savoir plus... Les soins de longue durée et l’accumulation du capital : l’impact de l’État, du marché et de la famille Chiara Canta, Pierre Pestieau et Emmanuel Thibault; 06 TSE Mag { Été 2014 }

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Mohamed Saleh ZOOM RECHERCHE Sur le chemin du paradis Au cours de l’atelier sur l’économie et la religion organisé en collaboration avec l’Institute for Advanced Study in Toulouse (IAST) lors du TIGER Forum, de nombreux chercheurs sont venus présenter leurs derniers résultats de recherche dans l’analyse économique de l’impact des croyances et normes religieuses sur l’organisation des sociétés d’un point de vue historique. L’évènement a également proposé deux débats entre chercheurs et décideurs à propos de la laïcité au sein de l’entreprise et des causes des guerres modernes : l’économie ou la religion ? Mohamed Saleh (TSE-IAST chaire junior) a co-organisé l’atelier avec Marc Ivaldi (Directeur du TIGER Forum), et a également présenté un article sur les liens entre autosélection, religion et statuts socioéconomiques. La corrélation entre la religion et les facteurs socio-économiques (par exemple l’éducation, la profession, et le salaire) peut être observée à travers l’histoire dans différentes parties du monde. Un fait empirique très ancien et bien connu est que les protestants d’Europe de l’Ouest ont, en moyenne, de meilleurs résultats socio-économiques que les catholiques. Toutefois, le phénomène ne se limite pas à la fracture entre les protestants et les catholiques. Aux États-Unis, les Juifs semblent faire mieux que les autres groupes religieux, tandis qu’en Inde, les hindous sont traditionnellement mieux lotis que les musulmans. Au Moyen-Orient, une région où les divisions religieuses demeurent la principale source de segmentation sociale, les minorités non-musulmanes indigènes sont, à la suite d’une longue tradition médiévale, mieux loties que la majorité musulmane. Mais pourquoi observons- nous ces phénomènes ? La littérature en sciences sociales s’oriente vers un effet causal de la religion : Peut-être certaines croyances religieuses sont plus propices à la réussite économique que d’autres. Dans cet article, je donne une réponse différente : les processus historiques d’auto-sélection (sur le revenu) des religions, qui ont été induites par des incitations économiques, ont possiblement façonné l’appartenance aux groupes religieux, générant la corrélation observée entre la religion et les résultats socioéconomiques. Cet article se focalise sur l’Égypte, où les Coptes (Chrétiens d’Égypte) étaient traditionnellement plus riches que la majorité musulmane. Je suis remonté aux origines de ce phénomène : un processus historique d’auto-sélection dans les religions qui a été induit par une décision purement économique : l’application d’une taxe aux non-musulmans (la djizîa) suite à la conquête islamique de l’Égypte, jusqu’alors copte, en l’an 640. Un impôt régressif qui est resté en vigueur jusqu’en 1856 et qui a conduit à la conversion des Coptes pauvres à l’Islam pour éviter de le payer, et à la diminution de la majorité Copte qui s’est transformée en une minorité mieux lotie. J’ai testé cette hypothèse en utilisant de nouvelles sources de données issues des archives égyptiennes que j’ai numérisées. En utilisant un échantillon d’hommes d’origine rurale des manuscrits de recensement du 19e siècle, j’ai découvert que les districts où cet impôt fut appliqué de manière plus stricte présentaient, dans les années 1800, moins de Coptes mais plus riches. Cette explication n’est pas limitée à l’Égypte. Il y a des preuves similaires dans les contextes Mohamed Saleh juifs, protestants et musulmans. En fait, l’imposition de la taxe aux non-musulmans (la djizîa) a été mise en œuvre dans toutes les régions que les musulmans ont conquises. Il reste à étudier si la « capitation » pourrait expliquer pourquoi le christianisme a survécu en Égypte mais a été complètement rayé en Afrique du Nord, ou pourquoi les hindous sont mieux lotis que les musulmans en Inde. en savoir plus... Sur le Chemin du Paradis : L’Auto-Sélection, la Religion et le statut Socioéconomique Mohamed Saleh; Document de travail TSE n°14-495. TSE Mag { Été 2014 } 07

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HOT TOPiC Innovation pharmaceutique et réglementation Pierre Dubois, professeur d’économie et chercheur à TSE, est un expert en organisation industrielle appliquée à l’économie de la santé. Il nous donne ici un aperçu des développements récents et à venir dans ce domaine en évolution rapide qui est particulièrement soumis aux changements du marché, à l’intervention du gouvernement, à l’asymétrie d’information, à l’incertitude et aux restrictions d’accès. Interview avec PIERRE DUBOIS Quels sont aujourd’hui les principaux défis de l’innovation dans l’industrie pharmaceutique ? Pierre Dubois. La croissance et l’innovation dans l’industrie pharmaceutique ont toujours été animées par des médicaments « blockbuster », commercialisés, plébiscités et prescrits par les médecins du monde entier. Ces « blockbuster » dominent le marché et génèrent des milliards de dollars de bénéfices pour le propriétaire du brevet. Les exemples incluent le très reconnu Tagamet (nom commercial de la molécule cimétidine) pour les ulcères d’estomac et Lipitor (nom commercial de l’atorvastatine) contre le cholestérol. Dans le marché actuel, les entreprises pharmaceutiques ont du mal à trouver de nouvelles molécules « blockbuster » à breveter. Tout simplement, les fruits mûrs ont déjà été cueillis ! Ceci conduit à des coûts croissants liés à l’innovation, ce qui oblige les entreprises à trouver de nouvelles façons d’innover. Votre travail suggère que l’innovation dépend aujourd’hui de la taille des marchés ? PD. Comme le montrent les recherches récentes que j’ai réalisées avec des collègues, il existe un lien évident entre les structures de marché et l’innovation dans l’industrie pharmaceutique. En règle générale, des marchés plus grands attirent plus facilement les investissements, conduisant à des niveaux élevés d’innovation. Le traitement du cancer est évidemment une préoccupation majeure aujourd’hui, mais pour cette maladie une approche globale de type « blockbuster » ne peut pas fonctionner ; chaque cancer a son propre profil, et chaque patient sa propre pathologie. Les solutions à base de médicaments doivent être faites sur mesure pour beaucoup de marchés plus petits et fragmentés. Cela signifie la création d’un modèle d’innovation entièrement nouveau pour l’industrie à un coût beaucoup plus élevé. Il est impossible de garder le modèle classique de développement « dicté par la demande ». Aujourd’hui, l’un des changements possibles est l’apparition d’un modèle « dicté par l’offre », appliqué par exemple aux priorités des pays en développement tels que le sida, la tuberculose et le paludisme. Cela dit, un tel modèle a aussi ses propres problèmes de régulation. Quels sont les effets des contraintes réglementaires sur la concurrence internationale dans l’industrie pharmaceutique ? PD. Dans la plupart des pays autres que les États-Unis, le gouvernement joue un rôle important dans la détermination Les entreprises pharmaceutiques ont du mal à trouver de nouvelles molécules : les fruits mûrs ont déjà été cueillis ! 08 TSE Mag { Été 2014 }

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HOT TOPiC un peu de lecture Pierre Dubois, Olivier de Mouzon & Fiona Scott « Market Size and Pharmaceutical Innovation » Morton et Paul Seabright; Document de travail CEPR 8367, TSE WP 11-232. Ernst Berndt & Pierre Dubois « Impacts of Patent Expiry and Regulatory Policies on Daily Cost of Pharmaceutical Treatments: OECD Countries, 2004-2010 » Document de travail CEPR 9140 TSE WP 12-283. Pierre Dubois, Wing Man Wynne Lam, Olivier de Mouzon, Fiona Scott-Morton & Paul Seabright « How Does Innovation in the Pharmaceutical Industry Respond to Policies that Influence Expected Market Size? » SCIFI-GLOW: SCience, Innovation, FIrms and markets in a GLObalized World, CEPR Policy Paper. Pierre Dubois & Laura Lasio « Identifying Industry Margins with Unobserved Price Constraints: Structural Estimation on Pharmaceuticals » Document de travail CEPR 9881 TSE WP 14-471. du prix de nouveaux traitements pharmaceutiques et dans la promotion de l’accès à ces traitements. La variabilité des réglementations nationales peut conduire à des frictions internationales. La France, par exemple, a une réglementation forte et impose des prix bas, conduisant à un ralentissement de l’entrée de nouveaux médicaments sur le marché. Les États-Unis se montrent plutôt critiques sur ces prix bas et ces délais d’entrée sur nos marchés qu’ils interprètent comme un comportement de « passager clandestin » sur le financement de l’innovation. Que ce soit vrai ou pas, il y a certainement là une source de débats ! Vous avez étudié l’effet de médicaments génériques en France. Pour pouvez nous en dire davantage ? PD. La France a toujours connu de dépenses pharmaceutiques élevées, en partie en raison de la consommation de médicaments de marque au lieu de leurs équivalents génériques, considérés comme des substituts inférieurs et même dangereux. Un tel comportement a été encouragé par le système de protection sociale français qui rembourse presque la totalité du coût des médicaments sur ordonnance aux patients. Aujourd’hui, afin de réduire ces coûts, les régulateurs français encouragent le lancement de génériques dès que les brevets d’origine ont expiré, et une vaste campagne a été menée pour encourager les pharmaciens et les patients à accepter et à utiliser des médicaments génériques. Cependant, les réformes comme celle de la tarification de référence, mise en place en 2004 et qui a fixé les prix de remboursement des médicaments de marque au niveau des prix des équivalents génériques après l’introduction de ces derniers n’a pas pleinement atteint son objectif lorsque l’on prend en compte les réactions des entreprises à la réduction des prix des médicaments princeps. En 10 ans, la France a augmenté la part de marché des génériques de 33% à 55%, mais elle a encore un long chemin à parcourir pour rattraper l’Allemagne (de 60% à 78%) et les Etats-Unis (de 85% à 90%)1. Selon vous, quels sont les principaux défis de l’industrie pharmaceutique pour l’avenir ? PD. C’est d’abord un défi pour la société et la régulation. Les entreprises réagissent du mieux qu’elles peuvent vis-à-vis aux politiques publiques et aux forces du marché. Les meilleures politiques de régulation sont difficiles à concevoir dans un monde globalisé où l’on cherche à améliorer les soins de santé et à favoriser l’innovation de façon globalement efficace. C’est un domaine fascinant pour les économistes. Prenez l’exemple des antibiotiques ; il faut encourager l’innovation afin d’être en mesure de traiter les futures épidémies potentielles, mais il est en même temps nécessaire de minimiser leur utilisation une fois qu’ils sont disponibles en pharmacie afin de ne pas favoriser la résistance microbienne qui les rend à terme inefficaces. Trouver le juste équilibre représente un défi de taille. PROFIL > Pierre Dubois est professeur à TSE, membre de la CEPR et de l’Institut des études fiscales à Londres. Ses recherches portent sur l’organisation industrielle, les marchés pharmaceutiques et l’économétrie appliquée. Ses travaux ont été publiés dans des revues d’économie tels que l’American Economic Review, Econometrica, le Journal of Political Economy, le RAND Journal of Economics, la Revue de l’économie et de la statistique, le Journal de l’Association économique européenne, l’International Journal of Industrial Organization et le Journal of Labor Economics. Le Pr. Dubois a obtenu son doctorat en économie à l’EHESS Paris, il a été professeur invité à Berkeley et à l’Université Northwestern et il est actuellement rédacteur en chef de l’International Journal of Industrial Organization. en savoir plus... Article sur le partenariat entre l’IDEI et Pfizer visant à estimer les bénéfices qu’entrainerait un traitement contre le cancer. => pages 16-17 TSE Mag { Été 2014 } 09 1 - Source : IMS MIDAS 2012

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EVENTS TIGER Forum 2014 Le TIGER Forum 2014, véritable point de rencontre entre l’excellence scientifique qui caractérise Toulouse School of Economics et les décideurs économiques, s’est déroulé du 2 au 6 juin dans les locaux de l’Université Toulouse Capitole. Retrouvez les moments forts de l’évènement en vidéo : TIGER INSIGHTS Mardi 3 juin Un Nouveau Regard sur la Mondialisation Mercredi 4 juin Cyber-Criminality ROARING DEBATES Mardi 3 juin Les Défis de l’Industrie Pharmaceutique Mardi 3 juin La Crise de l’État Providence en Occident Jeudi 5 juin Une Politique Industrielle en faveur d’une Mobilité et d’une Énergie Durable Vendredi 6 juin La Laïcité dans l’Entreprise : Quelles Limites ? Tous les moments forts Retrouvez également les photos de l’évènement sur notre compte Flickr. Jeudi 5 juin Réformes et Défis de l’Économie Chinoise Vendredi 6 juin La Cause des Guerres Modernes, l’Économie ou la Religion ? 10 TSE Mag { Été 2014 }

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EVENTS Le TIGER Forum 2014, c’était : www.tiger-forum.com #TIGERForum TSE Mag { Été 2014 } 11

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GRAND TÉMOiN Il est logique de s’interroger sur la façon dont nous apprenons et comment créer une société plus efficace dans l’apprentissage. Joseph E. St A l’occasion du TIGER Forum, Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’économie et lauréat du Prix Jean-Jacques Laffont 2014, répond à nos questions. 12 TSE Mag { Été 2014 }

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GRAND TÉMOiN Joseph E. Stiglitz est… Professeur à la Columbia University. Lauréat du Prix Nobel 2001 d’économie, pour ses analyses des marchés avec asymétrie d’information. Ancien conseiller économique du président Clinton. Ancien économiste en chef et vice-président de la Banque mondiale. Votre conférence JJ. Laffont a porté sur « la création d’une société de l’apprentissage ». Pouvez-vous nous en dire plus ? Joseph E. Stiglitz : Au cours des deux derniers siècles les niveaux de vie ont considérablement augmenté et nous avons fini par comprendre que la plupart de ces augmentations ne sont pas dues à une accumulation de capital, mais à l’apprentissage ; apprendre à mieux faire les choses, comment obtenir plus de production avec une quantité moindre d’apports, etc. Si nous acceptons ce constat, il est logique de s’interroger sur la façon dont nous apprenons et comment créer une société plus efficace dans l’apprentissage. On entend beaucoup de théories sur la façon d’optimiser l’allocation des ressources, mais nous ne parlons pas assez de méthodes pour apprendre davantage. Vous suggérez que nous devons « apprendre à apprendre ». Comment pouvons-nous faire ? JES : Évidemment, le plus important c’est le système éducatif, mais une des thèses de mon nouveau livre* est que certains secteurs de l’économie sont plus propices à l’apprentissage et génèrent plus d’externalités, c’està-dire plus de retombées sur d’autres secteurs. Si c’est le cas, alors il est logique, à mon avis, d’encourager ces secteurs à se développer davantage. Regardez l’intégralité de la conférence de Joseph Stiglitz au TIGER Forum 2014 20e Conférence annuelle de l’IDEI et Prix JJ. Laffont 2014 Le Prix Jean-Jacques Laffont, créé par la ville de Toulouse en partenariat avec l’Institut d’Economie Industrielle (IDEI), a été décerné chaque année depuis 2005 à un économiste de renommée internationale dont les recherches combinent des aspects théoriques et empiriques, dans l’esprit du professeur Laffont. Les lauréats présentent leur travail lors de la conférence annuelle de l’IDEI, créée en 1993 par le fondateur de l’IDEI Jean-Jacques Laffont. Ces conférences permettent à ces économistes réputés de présenter leurs travaux de recherche sur des questions économiques d’actualité. Depuis 2005, cette conférence annuelle a lieu en même temps que la remise du prix Jean-Jacques Laffont, décerné par le Maire de Toulouse en l’honneur du professeur Laffont. Après Peter A. Diamond en 2005, Daniel L. McFadden en 2006, Stephen A. Ross en 2007, Richard Blundell en 2008, Roger Myerson en 2009, Robert B. Wilson en 2010, Robert M. Townsend en 2011, et Eric S. Maskin en 2013, cette année, c’est Joseph Stiglitz qui a reçu le prix des mains du maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc, le 2 Juin 2014. tiglitz Que pouvez-vous nous dire sur le prix Jean-Jacques Laffont que vous venez de recevoir ? JES : C’est un grand plaisir pour moi de recevoir ce prix parce que j’étais un bon ami de Jean-Jacques. Nous avons eu de nombreux intérêts communs, de toute évidence les centres d’information, mais il s’est aussi beaucoup attelé au partage de ses idées aux pays en développement et il a joué un rôle prépondérant dans l’application des certaines réformes dans ces pays ; la politique de la concurrence, une bonne politique de réglementation, des choses par lesquelles je suis très concerné moi-même. Donc, cela a été un réel plaisir pour moi de recevoir ce prix en son honneur. *La création d’une société de l’apprentissage : une nouvelle approche de la croissance, du développement et du progrès social - Joseph E. Stiglitz et Bruce C. Greenwald, Columbia University Press, Juin 2014 I N S T I T U T D' É C O N O M I E INDUS TRIELLE TSE Mag { Été 2014 } 13

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PARTENARiATS Interview avec Bruno Sire Bruno Sire, Président de l’Université Toulouse Capitole, revient sur le TIGER Forum qui s’est déroulé sur le campus. Il nous présente également sa toute nouvelle initiative internationale, l’École européenne de droit. Sur le TIGER Forum Quel est l’apport du TIGER Forum pour l’université ? Bruno Sire : Le TIGER Forum est pour moi similaire à la partie émergée de l’iceberg, une des activités les plus visibles de l’Ecole d’économie de Toulouse, au moins par le grand public et les décideurs, et je me réjouis de cette notoriété qui rejaillit très positivement sur notre université. Et réciproquement ? BS : Si je reprends l’image de l’iceberg, c’est important d’avoir une pointe qui monte haut mais il faut également avoir une base solide. Notre université est cette base. À l’UT Capitole nous avons une dynamique collective qui permet au TIGER Forum de rayonner, notamment parce que les différentes disciplines (mathématiques, informatique, droit, gestion, sciences politiques) alimentent et renforcent les réflexions des économistes. D’un point de vue plus pratique, c’est un événement un peu hors-normes qui a demandé une mobilisation de l’ensemble des équipes de l’université. Nous rénovons aussi depuis des années petit à petit les amphithéâtres, et je pense que nos infrastructures aujourd’hui sont au niveau international qu’exige de ce genre d’événement. Comment imagineriez-vous, à l’avenir, une plus grande synergie avec les autres composantes de l’UT Capitole ? BS : L’économie a comme objet d’expliquer les rapports entre les acteurs, qu’il s’agisse de personnes physiques ou de personnes morales, qu’ils soient privés ou qu’ils soient institutionnels. Mais il me semble que la recherche en économie dans bien des domaines ne peut pas être dissociée des questions juridiques et de gestion : la question de la concurrence ne peut pas être dissociée du droit de la concurrence ; la question des incitations ne peut pas être dissociée de la fiscalité ; la question de l’évolution des institutions ne peut pas être dissociée de la science politique ou des sciences de gestion ; la question du risque ne peut pas être dissociée du fonctionnement du système bancaire ou du fonctionnement des systèmes d’assurance ; etc... Je pense que les approches interdisciplinaires sont très fécondes. C’est la raison pour laquelle je crois aussi beaucoup à la dynamique autour de 14 TSE Mag { Été 2014 }

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PARTenariats À l’UT Capitole nous avons une dynamique collective qui permet au TIGER Forum de rayonner, notamment parce que les différentes disciplines alimentent et renforcent les réflexions des économistes. l’IAST. Le travail dans ce laboratoire d’excellence conçu et animé par Jean Tirole, et l’équipe prestigieuse qui se met progressivement en place autour de lui, est exemplaire et particulièrement prometteur. Un moment fort à retenir de ce TIGER Forum 2014 ? BS : Je pense, bien sûr, à la venue de Joseph Stiglitz, une « star » très connue du grand public, dont la venue a sans doute renouvelé un peu l’image que certains se font de notre université. Même s’il serait très réducteur de résumer le forum à sa venue, elle illustre le fait que l’UT Capitole n’est pas une chapelle et ne fonctionne pas de façon clanique. Tous les gens qui sont pertinents sont bienvenus pour débattre ici, où, de fait, de nombreuses sensibilités se côtoient avec comme seul souci commun la rigueur scientifique. Sur l’École européenne de droit : Pourquoi cette école ? BS : C’est la conséquence logique du Processus de Bologne signé il y a 15 ans entre les pays européens pour une convergence de nos systèmes éducatifs. Dans les domaines de l’économie, des mathématiques, de la gestion, de l’informatique, etc… les étudiants apprennent partout les mêmes choses, leur mobilité n’a donc pas le même intérêt qu’en droit. En effet, dans ce domaine chaque pays a ses propres lois. Le problème c’est que beaucoup d’acteurs, pas uniquement les entreprises mais aussi des administrations et des particuliers, agissent dans plusieurs pays européens avec des environnements juridiques qui sont très différents. Ils ont besoin de juristes capables de les accompagner. C’est ainsi que nous avons développé depuis cinq ans des doubles diplômes avec les meilleures universités d’Europe en droit. L’École européenne du droit c’est un pas de plus sur ce chemin, un peu sur le modèle de l’École d’économie de Toulouse. Les étudiants rentreront soit à bac + 1 soit à bac + 3, et sortiront à bac + 5 ou à bac + 8 avec un doctorat. L’idée c’est de former des juristes, souvent trilingues, avec un socle commun de connaissances qui soient capables d’articuler plusieurs droits en Europe. Quels ont été les obstacles à la création de cette école ou peut-être que voyez-vous comme obstacle que vous allez rencontrer pour qu’elle fonctionne ? BS : C’est toujours difficile d’innover dans un monde qui est quand même relativement conservateur, mais l’accueil a été plutôt positif. D’autant plus qu’il y a des juristes de très haut niveau qui se sont mobilisés, notamment la porteuse du projet, Sylvaine Peruzzetto, ainsi que de nombreux autres collègues, que je ne pourrais malheureusement pas tous citer ici. Ensuite, il faut mobiliser les moyens nécessaires. Globalement l’université et la faculté de droit ont compris que si nous nous lancions dans ce projet, il fallait allouer les moyens pour que cela fonctionne et que ce projet très novateur se mette sur les bons rails. Maintenant il va falloir aussi travailler avec nos partenaires européens, pour que les échanges se passent le mieux possible parce que nous souhaitons développer ce projet, notamment à travers la création d’un programme doctoral européen. L’idée c’est de former des juristes, souvent trilingues, avec un socle commun de connaissances qui soient capables d’articuler plusieurs droits en Europe. Vous avez souligné les analogies avec l’école TSE, quels sont les liens possibles ? BS : Sur la philosophie générale c’est la même chose : nous créons une grande école à l’intérieur de l’université. En essayant de donner le meilleur sur le plan académique, c’est-à-dire des enseignantschercheurs de très haut niveau qui font l’enseignement, avec le meilleur de ce qu’est une grande école, c’est-à-dire un suivi des étudiants, un réseau d’anciens, un certain nombre de points de rencontre qui créent un esprit d’école. Les grands cabinets d’avocats aujourd’hui recrutent évidemment de très bons juristes, mais valorisent aussi une culture en économie et une vision internationale des problèmes. Ainsi, les étudiants de la filière économie-droit de TSE qui voudraient travailler dans des cabinets d’avocats internationaux peuvent avoir intérêt à s’inscrire aussi dans les cursus de notre nouvelle école européenne de droit. TSE Mag { Été 2014 } 15

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