CI182

 

Embed or link this publication

Description

Le carnet et les instants 182

Popular Pages


p. 1

BELGIQUE - BELGIE P.P. - P.B. LIEGE X 9/3306 Les récits de vie Stéphane Lambert Carl Norac DOSSIER  PORTRAITS LETTRES BELGES DE LANGUE FRANÇAISE Bimestriel. Ne paraît pas en juillet-août. N° 182, du 1er juin au 30 septembre 2014. P 302031 - Bureau de dépôt Liège X - Ed. resp. Laurent Moosen - 44, Bd Léopold II - 1080 Bruxelles - mai 2014

[close]

p. 2

sommaire n° 182 En couverture : © Telomi La littérature, cette éternelle agonisante 01 ÉDITORIAL par Laurent Moosen MAGAZINE DOSSIER PORTRAITS BRÈVES  NOUVEAUTÉS ET RÉÉDITIONS CRITIQUES Les récits de vie Stéphane Lambert Carl Norac 04 14 18 21 22 40

[close]

p. 3

La littérature, cette éternelle agonisante L’écrivain britannique Will Self, à l’occasion d’une conférence récemment prononcée à Oxford1, annonce, prophétique, la mort du roman. Et cette fois c’est vrai  ! précise-t-il encore. Cette lugubre prédiction rappelle l’affirmation Nietzschéenne de la mort de Dieu et sans doute le roman, comme genre démiurgique par excellence, est-il une production qui, dans ses meilleurs moments, témoigne pour ses auteurs d’attributs presque divins. Deux arguments retiennent plus particulièrement l’attention de Will Self  : la révolution numérique et la réticence du public aux textes difficiles. La forme et le fond, en quelque sorte, sachant que c’est de leur seule étreinte que naissent les plus belles œuvres. L’essayiste 2 William Marx, dans L’adieu à la littérature  , se penchait également sur une forme de suspicion générale à l’égard de la littérature, tous genres confondus. Dans son cas, c’est au repli de la littérature sur elle-même qu’il faisait porter le signe de son déclin et de sa disparition progressive du débat culturel. Faut-il pour autant se résoudre à l’autodafé et inviter les écrivains à se tenir au centre du brasier ? Il est indéniable que la révolution numérique modifie considérablement tous les maillons de la chaîne du livre et donc aussi, bien que cette question soit relativement peu traitée à ce jour, l’auteur et son écriture sans lesquels elle n’existerait tout simplement pas. Que peut encore la littérature ? Le codex, format qui lui servait de refuge depuis plusieurs siècles, est aujourd’hui menacé par la floraison ininterrompue des écrans aux fenêtres infinies. C’est dès lors l’usage de la lecture et de l’écriture que cette révolution numérique modifie en profondeur  : la frontière entre le bavardage incessant et la littérature n’a sans doute jamais été aussi ténue, aussi poreuse. Face à cet écueil, deux voies sont à distinguer : le retrait définitif ou l’intoxication. La tentation du désert ou celle du centre commercial. Nietzsche, encore lui, a toujours prôné l’intoxication volontaire à l’air du temps. Ce n’est qu’à ce prix que celui qui prend la parole peut témoigner pour son époque en n’omettant rien, ni la beauté, ni la laideur. Genre sans doute le plus frappé par la déréliction, la poésie fait presque figure d’épouvantail au milieu des ruines annoncées. Rien ne lui est épargné : accusation d’élitisme, de complaisance, de préciosité dans l’expression et surtout, justement, de rupture complète avec le monde. Un événement, parmi d’autres, vient pourtant remettre en cause cette sévère condamnation  : c’est l’octroi au recueil Art farouche de Serge Delaive du Prix triennal de poésie de la Fédération WallonieBruxelles. Le titre, à lui seul, est un manifeste : la poésie tient à la fois de l’enfant et de l’animal en échappant telle une proie à celui qui tente de l’approcher sans précaution. Non par snobisme mais au contraire parce que celui qui veut s’en saisir doit d’abord lui faire offrande de quelque chose, parfois au péril de sa vie. La poésie de Serge Delaive est une poésie intoxiquée, d’abord des souffrances de son auteur, ensuite des voyages que celui-ci effectue sans cesse pour aller à la rencontre de l’autre sans parvenir jamais véritablement à le saisir. C’est à cette ignorance, à cet échec douloureux mais fécond que son œuvre semble vouée, comme le tableau de Gauguin D’où venons-nous  ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? auquel il consacra une sorte d’essai halluciné 3. Si la littérature n’est plus apte à prendre en charge ces questions, si elle se réduit à l’autocélébration stérile et qu’elle ne plonge plus au risque de la noyade dans la mer de nos incertitudes pour remonter avec, entre les dents, un fragment inouï d’humanité, alors elle méritera certainement de rejoindre la tombe que d’aucun lui prépare et il ne faudra pas la pleurer. C’est cette exigence qu’il nous faut, tous ensemble, célébrer et promouvoir. www.theguardian.com/books/2014/may/02/ will-self-novel-dead-literary-fiction 2 William Marx, L’adieu à la littérature. Histoire d’une dévalorisation. xviiie- xxe siècle, Paris, Minuit, coll. « Paradoxe », 2005. 3 Serge Delaive, Paul Gauguin, étrange attraction, Chauvigny, L’Escampette, coll. « Variations », 2011. 1 Laurent Moosen ÉDITORIAL

[close]

p. 4



[close]

p. 5

Les récits de vie Stéphane Lambert Carl Norac 04 14 18 21 DOSSIER PORTRAITS BRÈVES MAGA ZINE MAGAZINE © Afchine Davoudi

[close]

p. 6

LES RÉCITS DE VIE CES ÉCRITURES À LA FRONTIÈRE DE L’AUTOBIOGRAPHIE ET DE LA FICTION LITTÉRAIRE ANNEMARIE TREKKER Avant d’aborder ces écritures à la frontière de l’autobiographie et de la fiction littéraire, il me semble important de préciser à partir d’où j’écris, à partir de quel « je » sujet et auteur, avec quels angles de vue et perspectives. Il s’agit là d’une manière d’entrer dans le thème de ce dossier en quelque sorte… par une présentation «  biographique  » de son auteur. Côté «  pratique  », auteure de plusieurs récits biographiques (La mémoire confisquée en 2003, Sarah sur un fil d’encre en 2012, Un père cerf-volant en 2013, tous édités chez L’Harmattan), je propose et anime des tables d’écriture en histoire de vie, et suis éditrice à Traces de vie (Tellin) et depuis peu directrice de la collection « Encres de vie » aux éditions L’Harmattan-Belgique. Côté «  théorique  », sociologue et chercheuse, je me suis intéressée au travail de l’écriture (travail dans le sens à la fois de l’œuvre et de l’acte) en lien avec l’histoire de vie et les processus qu’il met en œuvre chez les auteur(e)s1. Quelles sont leurs motivations, quelles thématiques plus ou moins conscientes influent sur leur écriture, comment la forme (le style) s’articule-t-elle au contenu pour faire émerger le sens ? Enfin, du côté «  cœur  », les récits de vie me passionnent par ce qu’ils reflètent de la singularité de chaque être humain, par les variations infinies des parcours et modes de les (ra)conter mais encore par la part d’universel qu’ils recèlent et qu’ils révèlent à leur lecture. Par ce que l’écriture leur offre

[close]

p. 7

MAGAZINE 05 dossier page de g. Dessin de Sergueï (Le Monde, 24 janvier 1997) page de d. Annemarie Trekker © traces de vie asbl/www.traces-de-vie.net en termes d’ouverture, d’élaboration mais surtout de transformation par rapport à l’histoire d’origine. Je rejoins Alex Lainé2 lorsqu’il écrit : « Qu’il y ait ou non projet de modifier sa vie présente et à venir, dans tous les cas le travail de l’écrivain consiste à donner une forme littéraire à cette matière première relativement informe qu’est la vie. Faire de la vie ou de sa vie un roman n’est rien d’autre que cela. » C’est bien là que se situe le fil rouge du parcours littéraire que je propose de dérouler dans ce dossier : ouvrir des pistes de réflexion sur la recherche de sens et de lien3 à travers l’histoire personnelle, familiale et sociale. Ce que le philosophe Paul Ricoeur4 définit comme l’identité narrative : « Je ne puis dire qui je suis qu’en désignant ce qui s’étire tout au long de la vie. C’est le récit qui montre, dit et transforme ce qui est advenu, et ce que je fais de ce qui m’est advenu. » Cette identité serait donc « le rejeton fragile issu de l’union de l’histoire et de la fiction ». C’est donc dans cette approche multiple, d’auteure, de praticienne et de chercheuse en histoire de vie, que je me propose d’aborder ce vaste domaine des récits de vie et écrits autobiographiques, et cela à partir de trois axes qui reflètent trois questionnements fondamentaux de l’humain : – l’écriture en tant que traces et mémoire face au passage du temps ; – l’écriture en tant qu’acte et engagement en tant que « sujet » ; – l’écriture en tant qu’expression de la faille, de la rupture sociale et tentative de se situer face au changement. L’ÉCRITURE : TRACES ET MÉMOIRE FACE AU PASSAGE DU TEMPS LE PRÉCURSEUR Michel de Montaigne (1533-1592) apparaît avec la publication des Essais comme le précurseur de l’autobiographie dans cette perspective de laisser des traces face au temps qui passe. Dès la première ligne de l’introduction à ses écrits, il apostrophe le lecteur : « C’est ici un livre de bonne foi, lecteur. Il t’avertit dès l’entrée, que je ne m’y suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n’y ai eu nulle considération de ton service, ni de ma gloire. Mes forces ne sont pas capables d’un tel dessein. » À l’âge de trente-huit ans, il a décidé de se retirer dans sa tour afin de reprendre cette habitude familiale d’une écriture quotidienne, mélange du journal intime et d’autobiographie. À travers sa vie et ses questionnements, il propose une réflexion sur la nature humaine et sur les principes humanistes  : justice, liberté, respect de l’homme, droit au bonheur. La nouveauté réside dans l’intrication entre les grands faits historiques auxquels il prend part en cette période troublée des guerres de religion et le quotidien négligeable avec ses maladies, ses accidents, ses doutes, ses questionnements, qu’il décrit tels qu’il les vit en vue de laisser une transmission aux siens. S’il affirme « Je suis moi-même la matière de mon livre », il mêle toutefois à cette introspection des pensées et des références culturelles puisées dans sa grande « bibliothèque », ce qui donne à ses propos un écho dépassant très largement la portée domestique qu’il leur fixe à l’origine. Sceptique qui veille à bannir les doctrines totalitaires et les certitudes aveugles, il réfute tous les dogmatismes, qu’ils soient religieux ou philosophiques, pour mettre au centre de sa pensée «  l’homme  », ce qu’il exprime en une simple phrase « Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. » (Essais, III, 2. Du repentir)

[close]

p. 8

06 Dans l’esprit de cet humanisme nourri d’une ample culture puisée dans la lecture des Anciens, Le labyrinthe du monde de Marguerite Yourcenar, publié chez Gallimard en trois volumes, Souvenirs pieux, Archives du Nord et Quoi ? L’Éternité, propose une vaste fresque familiale. Après avoir exploré et décrit des personnages issus de sa lignée maternelle, elle explore la lignée paternelle avant d’en venir, dans le troisième volume resté inachevé à sa mort, à son enfance et sa jeunesse sur fond des amours de son père et des années sombres de la Première Guerre mondiale. Ce récit lie étroitement la vie des personnages à un travail d’histoire (ici de généalogiste) croisé avec un regard de moraliste sur la question de la destinée et du passage du temps. Le vivant est laissé à sa complexité jamais démêlée, comme à ses mystères qui demeurent opaques. Le silence y occupe une place importante tout comme l’inexorable flux du temps et du destin qui engloutit les existences individuelles dans l’oubli. Cette lecture, tout comme celle de Montaigne, invite à l’humilité face à la mort et à une sagesse proche de la philosophie antique. L’œuvre y puise à la fois sa force et son intemporalité. Étrangement, à la suite de cette grande dame des lettres me vient l’envie d’évoquer un auteur qui lui est opposé, tant par le style que les thèmes de ses livres. Georges Simenon, cet écrivain prolifique et considéré comme populaire, propose lui aussi une trilogie autobiographique au lecteur avec Pedigree, Lettre à ma mère et Mémoires intimes suivis du livre de Marie-Jo. Tous les trois sont issus d’une confrontation à la mort. Pedigree parut en 1948 suite à la réécriture romancée à la troisième personne de Je me souviens… paru en 1945, alors qu’un médecin venait d’annoncer à Simenon sa propre mort imminente. Le choc de cette annonce eut pour effet de l’engager à écrire l’histoire de sa famille, de son enfance et adolescence, afin de laisser une transmission à son fils Marc, âgé de deux ans à l’époque. L’auteur prend toutefois la liberté dans cet écrit autobiographique de passer sous silence l’existence de Christian, son jeune frère. Silence parlant puisque l’existence de celui-ci, fils préféré de la mère, n’est pas sans lui poser question. Lettre à ma mère (1974), écrit trois ans après la mort de celle-ci, apparaît comme une tentative de nouer une ultime relation avec cette femme qui l’a mis au monde mais le laisse avec cette réflexion d’une rare violence : « Comme c’est dommage, Georges, que c’est Christian qui soit mort. » Quant à Mémoires intimes suivis du livre de Marie-Jo (1981), l’adresse est clairement énoncée : « Ma toute petite fille, je sais que tu es morte et pourtant ce n’est pas la première fois que je t’écris.  » Ce livre, dicté à sa compagne Teresa, s’adresse à sa fille bien aimée, Marie-Jo, qui s’est suicidée à 25 ans. Il poursuivra ensuite les Dictées, un ensemble de notes ébauchées à même la vie. Celle d’un homme qui affronte l’approche de la mort à sa manière, en écrivant… comme il l’a fait toute sa vie, avec une curiosité intense, un désir jamais assouvi de chercher l’homme en lui après l’avoir cherché dans tous les milieux, dans tous les lieux du monde, dans toutes les situations. L’homme dont il suit et saisit les traces dans une œuvre gigantesque et encore à (re)découvrir. À l’ombre de ces ouvrages qui insèrent le quotidien dans la démesure du temps, de nombreux auteurs connus et inconnus tissent des récits moins ambitieux qui s’organisent autour d’une même quête  : renouer les fils du passé à ceux du présent. Tous montrent à quel point le récit prend sa source dans un questionnement propre à l’humain : savoir d’où l’on vient pour esquisser où l’on va. La destinée d’un homme s’écrit dans un temps historique, et à la question « Qui es-tu ? », l’homme répond en racontant une histoire. Si cette capacité narrative se traduit par de très nombreux écrits regardés souvent comme mineurs par le monde littéraire, ceuxci font l’objet, surtout depuis les années 1980, d’un intérêt soutenu de la part des chercheurs en sciences humaines qui y perçoivent une source qualitative d’informations précieuses. Que l’on pense au succès de la collection « Terre humaine » proposée par Jean Malaurie et notamment à la publication du Cheval d’orgueil, mémoire d’un Breton du pays bigouden, un livre largement autobiographique de Pierre-Jakez Hélias, paru en 1975 chez Plon.

[close]

p. 9

MAGAZINE 07 dossier SOUS LA LOUPE Phénomène de société lié à la postmodernité, cet engouement pour la généalogie et le récit de témoignage et de transmission s’est généralisé à un large public, répondant en partie au désir de connaître ses origines dans un monde en mobilité géographique et culturelle croissante mais aussi à une recherche de repères, de valeurs et de recentrage dans une société fondée toujours davantage sur la volatilité et le changement. Parfois purement événementiels, ces écrits peuvent aussi se révéler d’authentiques créations littéraires. Le souhait de préserver ce patrimoine collectif a généré la création de l’Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique, cofondée en France en 1992 par Philippe Lejeune, lui-même diariste, spécialiste des écritures de soi, auteur du Pacte autobiographique 5, afin de recueillir tous les écrits personnels inédits qui lui sont envoyés et constituer un fonds consacré à leur préservation. L’association reçoit environ 150 dépôts par an, les trois-quarts sont des récits autobiographiques, 20 % sont des journaux, 5  % des correspondances. Elle comporte 700 membres dont 150 sont très actifs. Ces fonds sont ouverts aux curieux et aux chercheurs de toutes disciplines. Sur 3  000  dépôts, seuls 75 connaissent un embargo. Deux associations en Belgique proposent un objectif similaire, au sein de cadres institutionnels différents  : le fonds de l’APA-Bel, conservé à la bibliothèquemédiathèque « Le Phare » de la commune d’Uccle (www.apabel.be) et le fonds de l’APA-AML conservé dans la section autobiographique des Archives et Musée de la littérature (AML), situés dans la bibliothèque royale de Belgique (www.aml-cfwb.be). L’ÉCRITURE : ACTE ET ENGAGEMENT DE L’AUTEUR EN TANT QUE SUJET Notre survol historique se prolonge par le passage dans le deuxième axe retenu : celui de l’écrit en tant qu’acte et positionnement de l’auteur en tant que sujet. LE PRÉCURSEUR Au « je » des Essais de Montaigne qui fait référence à un homme ordinaire parmi d’autres, Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) dans Les confessions oppose d’emblée un « moi » à nul autre pareil, soulignant sa singularité : « Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi. Moi, seul… Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus ; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. » Il s’agit d’expliquer ce qu’il est par ce qu’il a été, à travers la narration romanesque du passé et l’analyse critique du présent. Rousseau met ainsi en évidence l’importance de l’enfance dans la formation de la personnalité, annonçant la psychologie moderne et la psychanalyse. La modernité que dessine Rousseau à travers cette écriture autobiographique est double  : elle provient d’une part de sa revendication de sujet «  subjectif », ce « moi » qui fait référence à un « je » au singulier, à nul autre pareil. Et d’autre part du fait qu’il instaure l’autobiographie comme un genre littéraire à part entière dans la mesure où il allie à ce « je » singulier la recherche d’une esthétique personnelle à travers le style. Il s’agit de faire se rencontrer vérité du contenu et créativité sur le plan formel. Ce travail sur la forme littéraire va se poursuivre et s’imposer particulièrement au xxe  siècle, notamment avec Michel Leiris (1901-1990) ethnographe, critique d’art et essayiste qui sera un des premiers à s’imposer par l’originalité de la forme littéraire de son œuvre autobiographique. Véritable manifeste de l’Écriture de soi, L’âge d’homme, qui paraît en 1939, est un livre de confessions, avec une préface intitulée De la littérature considérée comme une tauromachie où l’auteur choisit de s’exposer et d’affronter les critiques et les ruptures avec son entourage. Dans un monde

[close]

p. 10

08 sans Dieu et qui n’a aucun sens, l’homme est seul et condamné à être libre. Il est donc pleinement responsable et doit assumer ses actes par l’engagement politique tandis que le langage apparaît comme une préoccupation majeure. Imprégné de sa nouvelle amitié avec Sartre, pour lequel l’écrivain doit s’engager tout entier dans ses ouvrages, Leiris exprime son désir de « faire un livre qui soit un acte ». « Écrire, insiste Sartre, c’est une certaine façon de vouloir la liberté ; si vous avez commencé, de gré ou de force vous êtes engagé 6. » Pour l’existentialisme, l’homme se définit par ses actions et écrire est un acte qui pose une existence. Différents mouvements de créativité littéraire apparaissent à la suite de Leiris qui font se croiser les enjeux sur le plan de l’engagement personnel, tant à travers la forme que le contenu. Georges Perec publie en 1965 un premier livre, Les choses. Une histoire des années 60 (prix Renaudot), dans lequel ce ne sont pas les personnages, un jeune couple de psychosociologues, qui occupent le centre de la scène, mais bien les choses qui sont décrites de façon méticuleuse. L’auteur est un des premiers à mettre l’observation et l’analyse sociologique, celle de la société de consommation, au service d’une entreprise littéraire. Entrant à l’Oulipo7 en 1967, il va expérimenter différentes contraintes formelles, littéraires ou mathématiques dans une œuvre joignant fiction et autobiographie. Ainsi dans La disparition, il compose un texte sans aucune voyelle «  e  », ce qui au-delà de la prouesse stylistique évoque la thématique de l’absence et du manque, en référence à la disparition de ses parents, d’origine juive polonaise, durant la guerre. Le projet se dessine et se poursuit, celui de mettre des mots, à travers le croisement de la fiction et de l’autobiographie, sur l’indicible ou l’invisible. Quant à Serge Doubrovsky, critique littéraire, enseignant à New York et écrivain, il crée un néologisme qui sera bientôt adopté par de nombreux écrivains : « l’autofiction » qui désigne le croisement entre les deux genres traditionnellement séparés, «  autobiographie » et « fiction ». Il l’utilise pour définir son roman Fils paru en 1977. SOUS LA LOUPE On peut penser que l’après-guerre mais surtout les révélations sur la shoah et les goulags en URSS ont amené une remise en question des croyances, des valeurs avec une déconstruction des grands récits, des systèmes de pensée et des illusions. Ce qui hier paraissait de la fiction, aujourd’hui s’avère la réalité et inversement. Les valeurs de progrès, la raison et la foi dans les sciences en lesquelles la modernité avait placé tous les espoirs s’avèrent fragilisés, ce qui entraîne un changement de paradigme mais aussi une révolution formelle plus apte à témoigner de l’absurde, de l’indicible, voire de l’impensable. Une nouvelle approche de l’écriture autobiographique vient nouer l’histoire personnelle avec les enjeux politique et sociaux, notamment la question des droits de l’homme. Un écrivain tel que Pierre Mertens est une des figures du monde littéraire belge qui s’inscrit dans ce courant d’une écriture personnelle engagée. Menant une réflexion sur la fonction sociale de l’écrivain et de la culture en général, il entrelace l’autobiographique et le mondial, le quotidien et la réflexion sur le sens de l’action politique. Fin observateur de la belgitude, ses voyages, sa culture artistique et sa formation de juriste international l’incitent à associer vie privée, fiction, philosophie, politique et Histoire. Si dans ses deux premiers romans, L’Inde ou l’Amérique et La fête des anciens, il revisite l’enfance et ses blessures, dans Les bons offices (1974) et Terre d’asile (1978), l’histoire belge est vue à partir d’un regard distancié, reflétant la question de l’identité. Si les confidences très intimes de Perdre (1984), roman d’amour fou, figure une tentative-limite vers l’absolu, Les éblouissements (1987), roman de la trahison et de la faute, retrace le cheminement spirituel, les angoisses et les fragilités du personnage. À travers une œuvre complexe, le message de Mertens se perçoit cependant comme positif  : la littérature conserve, par-delà le doute, un rôle primordial dans la lutte contre l’obscurantisme.

[close]

p. 11

MAGAZINE L’ÉCRITURE EN TANT QU’EXPRESSION DE LA FAILLE SOCIO-PSYCHIQUE ET DE LA RUPTURE SOCIALE LE PRÉCURSEUR George Sand (1804-1876), qui se proclamait volontiers « fille d’un patricien et d’une bohémienne », affirmant ainsi une double appartenance qui a fortement façonné sa vie, inaugure avec Histoire de ma vie l’autobiographie « solidaire » ou sociale. Pour la romancière du Berry qui fut proche de la vie des paysans à Nohant mais aussi des mouvements révolutionnaires à Paris, l’engagement autobiographique se veut geste d’exploration de soi en lien avec la solidarité humaine. D’origine aristocratique par son père et du peuple par sa mère, l’écrivaine raconte le déchirement qui en résulte. Prise dans un conflit de loyauté, elle retrouve ce même clivage dans l’évolution sociale et politique de son époque parcourue par les idéaux révolutionnaires. C’est ainsi qu’elle écrit : « Pourquoi ne pas envisager la vie en général comme nous envisageons notre vie individuelle ? Beaucoup de fatigues et de douleurs, un peu d’espoir et de bien  : la vie d’un siècle ne résume-t-elle pas la vie d’un homme ? » Dans cette perspective, elle invite chacun à suivre ce mouvement de mise en récit de son histoire dans un projet de partage démocratique : « Artisans, pay- sans… écrivez votre histoire », mais aussi dans la prise de conscience que son « je » ne recouvre pas le « moi » de Rousseau, montrant comment elle est devenue ellemême, à la fois à travers les événements d’une vie, d’une histoire familiale et de celle d’une époque révolutionnaire. Première autobiographe femme, elle se veut aussi documentaliste des événements familiaux et socio-historiques de son époque. Dans la présentation du colloque « Écriture de soi, écriture des limites » (colloque organisé en juillet 2013, Le Château à Cerisy-LaSalle, France, http://calenda.org/244259) dirigé par le psychanalyste Jean-François Chiantaretto, auteur de nombreux ouvrages, dont Touver en soi la force d’exister. Clinique 8 et écriture  , l’écriture de soi est présentée comme une tension entre deux positions psychiques : attester d’une identité (voilà qui je suis), témoigner d’une altération (voilà qui je suis empêché d’être). L’enjeu semble la délimitation de soi, au sens d’un espace intérieur, d’une identité, qui puisse être reconnue là où précisément se situe la faille, la blessure d’origine. Blessure sociale, historique, culturelle… elle rend toujours compte de ce mouvement de balancier, équilibre difficile à établir entre le monde d’où l’on vient et celui où l’on se situe au présent. Écriture de constat, de refus, d’aveu, de trahison ou de solidarité, elle se cherche une place entre sociologie, psychanalyse et littérature. Côté sociologie, on pense à Pierre Bourdieu dans son ouvrage La misère du monde 9 et à une approche de la littérature à la frontière de la sociologie de terrain qui témoigne à la fois de la violence sociale et de l’arrachement au milieu d’origine. Ainsi Annie Ernaux a publié de nombreux livres dont Les armoires vides en 1974 ; Ce  qu’ils disent ou rien en 1977  ; La place en 1984 ; La honte en 1997, dans lesquels elle exprime, à travers une écriture qu’elle qualifie de « plate », sa prise de conscience de la déchirure sociale. Professeur de lettres, celle qui a accompli le projet d’ascension sociale de ses parents, petits commerçants après un passé d’ouvriers, écrit sa prise de conscience progressive de passer de l’autre côté de la barrière, celui du monde petitbourgeois. Désormais, elle se sent à la fois proche de ces gens simples, inférieurs, qui accordaient de l’importance aux relations humaines, et si loin d’eux, dans la honte de leur condition. Comment vivre en n’étant plus dedans ni tout à fait dehors sinon par et à travers le prisme de cette écriture qui en dévoile les traces ? Il s’agit moins de la recherche d’un apaisement que de l’affirmation d’une nécessité, celle de l’engagement intime et social à travers le travail de l’écriture : « Si j’ai à me guérir de quelque chose, cela ne passe pour moi que par le travail sur le langage, et sur la transmission, le don aux autres d’un texte, qu’ils le prennent ou le refusent10. » 09 dossier

[close]

p. 12

George Sand, par Nadar (1864)

[close]

p. 13

MAGAZINE 11 dossier Dans la même veine, Didier Eribon, sociologue et philosophe, professeur à l’université d’Amiens, entreprend dans Retour à Reims, de retrouver son milieu d’origine, avec lequel il avait plus ou moins rompu trente ans auparavant. Et plus récemment, dans son livre En finir avec Eddy Bellegueule, Edmond Louis réaffirme l’actualité de cette rupture entre deux mondes  : «  En vérité, l’insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n’a été que seconde. Car avant de m’insurger contre le monde de mon enfance, c’est le monde de mon enfance qui s’est insurgé contre moi. » Et il termine par ce constat : « Très vite, j’ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n’ai pas eu d’autres choix que de prendre la fuite11. » Chez nous, Nicole Malinconi, d’origine belgo-italienne, s’inscrit depuis Hôpital silence, son premier livre publié en 1985 aux éditions de Minuit, dans ce qu’elle qualifie d’« écriture du réel ». S’inspirant de la réalité quotidienne, de l’observation fine et intime des gens, elle esquisse l’histoire de vie de sa mère dans Nous deux, et celle de son père dans Da Solo, des textes courts qui attirent l’attention des lecteurs sur des faits à peine perceptibles, indices des souffrances des exclus et des exilés. Elle décline une écriture de l’ailleurs, que ce soit la souffrance des femmes, de l’exil, de la séparation : « La relance permanente de l’écriture pour tenter, à corps perdu, de retenir dans les mailles du filet ce qui ne cesse d’échapper, s’institue comme tessiture, ossature, colonne vertébrale dans l’œuvre de Nicole Malinconi. » (Joseph Roussel, www.oedipe. org/fr/spectacle/litterature/separation) DU « PARLER » DES ORIGINES À L’ÉCRITURE LITTÉRAIRE : UN EXERCICE DE HAUTE VOLTIGE Que dire de ces écrivains qui évoquent leur passage d’un mode vie paysan et de son « parler » mêlé de patois à celui d’études et profession universitaires à la ville, fondé sur la connaissance de la langue française à travers les livres ? S’ils sont nombreux à témoigner de la mémoire de leurs origines à travers des ouvrages autobiographiques, y percent aussi le malaise et la recherche d’une écriture qui puisse exprimer et témoigner précisément de ce qui ne s’écrivait pas, se disait tout au plus ou s’actait en silence le plus souvent. C’est à travers la langue que se joue et se rejoue le défi du passage d’un monde à l’autre. Et celui de la traduction –  trahison de celui qui a été quitté au profit de celui qui permet de l’évoquer. Étrange paradoxe dont nous entretient Pierre Bergounioux (auteur corrézien) dans Le style comme expérience : « Si vous avez la chose vous ne pouvez pas la nommer, et vous ne pourrez lui demander son nom que sous la réserve que vous aurez fait un pas de côté ou qu’elle aura cessé de peser de tout son poids de chose sur votre corps. Dire un monde à la lueur de sa destruction… C’est parce qu’il s’absente qu’on peut le nommer. » (Entretien dans Le magazine littéraire, Perspectives, le 01/09/2013). SOUS LA LOUPE Dans cette veine de la rupture avec la langue «  parlée  » de ses origines, on peut relever le travail de tout un courant d’écrivains contemporains marqués par les failles historiques, culturelles et sociales. S’il fallait cerner ce « corps de textes », c’est avant tout à travers sa tentative d’une écriture à même la peau, à même la chair qui s’inscrit presque comme un tatouage indélébile. Volonté d’inscrire et donner à voir ce qui suinte de ce soi des origines et qui a bien du mal à s’exprimer dans la langue écrite acquise au cours de la trajectoire du savoir. Prise de conscience de la contradiction entre l’importance de montrer et l’interdiction de «  dire  », tentation de céder à une écriture du silence, d’élaborer une écriture plate du réel ou une écriture pulvérisée par la révolte. Tentatives multiples de reconnecter le monde d’avant avec celui d’aujourd’hui à travers un travail sur les mots, fait de souffrance et de jouissance comme la métamorphose de l’histoire évoquée.

[close]

p. 14

Du côté de chez nous, la question de la langue s’est posée avec d’autant plus d’acuité que notre pays en compte trois officielles associées à bien des « parlers » et patois régionaux, ce qui lui a valu longtemps de la part de la France métropolitaine et lettrée un regard condescendant avant que sa capacité d’adaptation alliée à un sérieux sens de la dérision et à un imaginaire jamais en défaut ne lui restitue bien des atouts dans un monde en constants changements. Il n’en reste pas moins que pour se faire reconnaître bon nombre de nos écrivains, même régionalistes, sont passés par des éditeurs parisiens. Ainsi Hubert Juin, né en 1926 à Athus en Lorraine, va s’affirmer à Paris comme critique et journaliste littéraire, essayiste, romancier et poète. Il publie également une série d’œuvres biographiques dont 12 Les  bavards, et Célébration du grand-père  dans lesquels ils se veut le porte-parole des siens : « Je ne vois rien qui soit plus urgent que de donner un semblant de véritable vie à ces gens de ma lignée, à ces gens des hameaux qui n’ont plus désormais de vue que par moi, et dont je suis, aux pays de la parole, le délégué. » Le temps d’évoquer « la trace bleue d’une mésange entre deux arbres », l’écrivain revient à son projet : « De certains de mes contemporains, je m’étonne parfois : ils font des recherches si lointaines, ils poussent si loin dans l’abstrait de la pensée, ils ne veulent plus voir du monde qu’une surface glacée ! Mais tout est à l’inverse : dans la touffeur des choses, dans la 12 profondeur du visible. À ma table, lorsque j’écris, avec toute ma parentèle autour de moi, visible pour moi seul,…  » Ajoutant à cette évocation une présence vibrante de complicité : « Moi aussi, dans ces nuits où ils viennent, je suis à mon établi et je taille dans le papier quelque chose qui est peutêtre une barque légère qui les emportera vers deux ou trois mémoires isolées qui sont de ce monde. » Malgré l’éclatement de l’Histoire (la Deuxième Guerre mondiale) et de ses repères entre la vie en ville (à Bruxelles et puis à Paris) et celle des hameaux ruraux de son enfance auprès de ses grands-parents dans cette région située à la frontière entre le monde paysan et celui de la sidérurgie, l’homme ne cède ni à la tentation du silence ni à celle d’une langue éclatée mais poursuit ce cheminement d’artisan qui cherche à la sculpter pour révéler l’étrangeté au cœur des choses et des mots. L’ÉCRITURE AUTOBIOGRAPHIQUE : UN MOTEUR D’ÉMANCIPATION, DE RECONNAISSANCE ET DE RÉSISTANCE DU SUJET FACE À LA MONDIALISATION Je souhaite terminer ce dossier en évoquant tous ces « autres » rarement cités dans un dossier littéraire, ces hommes et ces femmes qui écrivent leur histoire en solitaire et choisissent parfois de la partager lors d’une lecture autour d’une table d’écriture ou d’un livre édité à petit tirage avec un cercle restreint de lecteurs connus et inconnus. En chacun de ces récits résonnent le murmure du monde et la petite musique d’une vie. En chacun, une voix singulière qui cherche moins le succès de foule que les retrouvailles avec une part de sacré en soi, celle de la dignité d’exister en tant que sujet. Comme l’écrivent Alex Lainé et Marijo Coulon dans Le sujet écrivant son histoire : « Lorsque mon histoire est écrite, elle accède à la dignité du texte. Avec elle, le sujet se voit reconnu, ne serait-ce que comme sujet écrivant, voire comme écrivain. L’écriture comme exploration de son histoire est peut-être une des manières dont le sujet aujourd’hui peut manifester, comme acte politique, sa résistance à l’invisibilité auquel le réduit l’avènement de l’ultralibéralisme mondialisé dans laquelle « les processus de transmission, les continuités qui, sans exclure les ruptures et les différences, relient une génération à la précédente et à la suivante, cessent d’être reconnus et tout simplement connus13 ». En ce sens, écrire un récit de vie, c’est poser une acte de résistance en affirmant une identité de sujet auteur. En ce sens, accompagner l’écriture d’un tel récit, c’est poser un acte de solidarité en lien avec le sujet, encourageant l’engagement dans cet acte d’écriture à la fois comme transmission de ce qui fut et nous a engendré, distanciation de ce qui est et redécouverte de ses ressources et structuration d’un projet de vie pour le futur. Il s’agit bien là d’un triple dégagement du

[close]

p. 15

MAGAZINE 13 dossier culte de l’instantanéité ou de l’effacement dans la compétition auxquels convie l’hypermodernité. En ce sens écrire, lire et publier de tels récits c’est poser un acte politique et démocratique. Faut-il rappeler qu’un des premiers actes de toute société totalitaire est l’autodafé des livres et des écrits ? Références de sites en lien avec l’autobiographie et les histoires de vie www.traces-de-vie.net : association Traces de vie cofondée par Annemarie Trekker, animation de tables d’écriture en histoire de vie, Éditions Traces de vie, formations et activités (Tellin, Belgique). www.autopacte.org : site proposé par Philippe Lejeune qui a pour objet l’écriture autobiographique sous toutes ses formes. : Association pour autobiographie.sitapa.org  l’autobiographie et le patrimoine autobiographique, publie le mensuel La faute à Rousseau, situé à Ambérieux en Bugey (France). www.apabel.be  : Archives du patrimoine autobiographique, permanence à la bibliothèque Le Phare à Uccle (Bruxelles, Belgique). www.aml-cfwb.be : Actualités du patrimoine autobiographique, aux Archives et Musée de la Littérature, est un groupe de recherche et de lecture dont la mission première est la collecte et la préservation des écrits autobiographiques de personnes ordinaires qui n’ont pas reçu la reconnaissance de l’institution littéraire. www.asihvif.com : Association internationale des histoires de vie en formation et de recherche biographique en éducation. Liste des auteurs dont un ou des ouvrages à caractère (auto)biographique sont cités dans le dossier (suivant l’ordre d’apparition dans le dossier) Michel de Montaigne, Essais (première édition 1580, dernière édition posthume 1595). Marguerite Yourcenar, Le labyrinthe du monde, publié en trois volumes : Souvenirs pieux en 1974 ; Archives du Nord en 1977 et Quoi ? L’Éternité en 1988. Georges Simenon, Pedigree publié en 1948, Lettre à ma mère en 1974 et Mémoires intimes suivis du livre de Marie-Jo en 1981. Jean-Jacques Rousseau, Les confessions, rédigées entre 1765 et 1770, avec publication posthume en 1782 et 1789. Michel Leiris, L’âge d’homme publié en 1939. Georges Perec, Les choses. Une histoire des années 60, publié en 1965 et La disparition en 1969. Serge Doubrovsky, Fils publié en 1977. Pierre Mertens, L’Inde ou l’Amérique (1969), La fête des anciens (1971), Les bons offices (1974) et Terre d’asile (1978), Perdre (1984), Les éblouissements (1987). George Sand, Histoire de ma vie, paru en feuilleton en 1854. Annie Ernaux, Les armoires vides (1974), Ce qu’ils disent ou rien (1977), La place (1984), La honte (1997). Didier Eribon, Retour à Reims (2009). Edmond Louis En finir avec Eddy Bellegueule (2014). Pierre Bergounioux, Le style comme expérience (2013). Hubert Juin, Les bavards (1956), Célébration du grand-père (1965). Nicole Malinconi, Hôpital silence (1985), Nous deux (1993), Da solo (1997). Notes 1 Annemarie Trekker, Des femmes « s’ » écrivent. Enjeux d’une identité narrative, Paris, L’Harmattan, 2010. 2 Alex Lainé, Faire de sa vie une histoire, Paris, Desclée de Brouwer, 1998. 3 Annemarie Trekker, Les mots pour s’écrire. Tissage de sens et de lien, Paris, L’Harmattan, 2006. 4 Paul Ricoeur, Temps et récit III. Le temps raconté, Paris, Seuil, 1985. 5 Philippe Lejeune, Le pacte autobiographique, Paris, Seuil, 1975. 6 Jean-Paul Sartre, Qu’est-ce que la littérature  ?, Situations II, Paris, Gallimard, 1948. 7 Ouvroir de Littérature Potentielle : pour ses fondateurs et ses membres, la contradiction, le paradoxe ou bien la tension que l’on pourrait voir entre liberté et contrainte n’est qu’une apparence. C’est au contraire à partir de la contrainte que se développe la liberté de créer : en obligeant à s’affranchir de bon nombre d’automatismes du langage courant, elle libère de nouvelles formes d’expression et de création. 8 Jean-François Chiantaretto, Trouver en soi la force d’exister. Clinique et écriture, Paris, Campagne première, 2011. 9 Pierre Bourdieu, La misère du monde, Paris, Seuil, 1993. 10 Annie Ernaux, L’écriture comme un couteau, entretien avec Frédéric-Yves Jeannet, Paris, Stock, 2003. 11 Edmond Louis, Pour en finir avec Eddy Bellegueule, Paris, Seuil, 2014. 12 Hubert Juin, Célébration du grand-père, Forcalquier, Robert Morel, 1965. 13 Alex Lainé et Marijo Coulon (coordonné par), Le sujet écrivant son histoire. Histoire de vie et écriture en atelier, Cahier de l’action n°18, Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire, Marly-leRoi, 2008 (www.injep.fr).

[close]

Comments

no comments yet