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4 La recherche du grand gibier blessé Sommaire Préface de Gilbert Titeux : Le refus de l’amateurisme Introduction : Réussir dans la recherche du gibier blessé 6 8 11 17 Les spécialistes L’éducation du chiot La spécialisation du jeune chien dans la recherche du grand gibier blessé La voie du grand gibier blessé Les recherches de chevreuils blessés Les recherches de sangliers blessés 29 39 49 59

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Sommaire 5 Servir l’animal au couteau ou l’achever d’une balle Les blessures subies par le chien L’équipement de l’attelage de recherche Lois, règlements et conventions La valorisation de la venaison Chasser dans un esprit responsable Index thématique Bibliographie et sources iconographiques Les auteurs 73 83 93 111 121 131 140 143 144

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6 La recherche du grand gibier blessé Le refus de l’amateurisme Pratiquant personnellement la recherche du grand gibier blessé depuis plus de 40 ans maintenant et ayant eu l’occasion d’éduquer et de conduire plusieurs chiens de sang – d’abord des Teckels, puis des Chiens de Rouge du Hanovre –, j’ai souvent pensé qu’il faudrait que j’écrive un nouveau livre sur ce sujet afin de faire profiter de mon expérience d’autres chasseurs et conducteurs de chiens. thème de la recherche nécessite aujourd’hui d’être attrayant et facile à lire, tout en revêtant une réelle dimension pédagogique : il faut qu’il soit illustré de nombreuses photos permettant de mieux comprendre le sens du texte. Or, en 2012, est paru en Allemagne un livre remplissant toutes ces conditions. Il s’agit du présent ouvrage de Julia Numssen et Chris Balke. Après l’avoir lu, je me suis rendu compte que son contenu et sa présentation correspondaient exactement à l’image que je me faisais jusque-là d’un tel livre. Je n’ai donc pas hésité à répondre positivement aux éditions du Gerfaut quand elles m’ont proposé de le traduire en français. Un besoin de pratique et de pédagogie Il se trouve que je n’ai jamais pu me satisfaire de la multitude de récits de recherches dont sont remplies nos revues de chasse, et dont le contenu me paraît souvent assez éloigné de la réalité que je rencontre sur le terrain. D’ailleurs, j’ai toujours pensé que les lecteurs avaient davantage besoin de textes techniques centrés sur la pratique de la recherche que de récits, dont le caractère anecdotique ne s’avère guère formateur en fin de compte. Mais il me semble aussi qu’un livre sur le Un travail de pro Chris Balke est à l’heure actuelle l’un des conducteurs de chiens de sang les plus expérimentés d’Allemagne. Homme de terrain avant tout, il sait de quoi il parle Gilbert Titeux en pleine action de recherche d’un cerf blessé : son chien Brinno vom Reihertal, appelé Hirschmann lui indique de précieux indices trouvés sur la voie.

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Préface 7 lorsqu’il sensibilise chasseurs et cynophiles à cet art difficile qu’est la recherche du grand gibier blessé. Sa compétence et son savoir-faire sont largement reconnus par ses pairs du Verein Hirschmann, le club allemand du Chien de Rouge du Hanovre, dont la création remonte à 1894. D’ailleurs, Chris Balke est aujourd’hui le seul conducteur de chien à pratiquer la recherche au sang à titre professionnel. Quant à Julia Numssen, c’est une professionnelle de l’écriture et de la communication. Photographe et journaliste cynégétique, elle a très souvent accompagné Chris Balke au cours de ses recherches, afin de réaliser ce qu’un conducteur de chien de sang ne peut pas faire lui-même : les photos témoignant de son action. De plus, ayant contribué pendant quelques années à la rubrique « cynophilie » de la prestigieuse revue de chasse allemande Wild und Hund, elle sait, elle aussi, ce qu’il en est des chiens de chasse, de leur éducation et de leur utilisation. La collaboration de ces deux professionnels que sont Chris Balke et Julia Numssen met en exergue ce refus de l’amateurisme qui doit guider toute pratique sérieuse – donc efficace – de la recherche du grand gibier blessé. À la fin de la saison de chasse : Gilbert Titeux et son chien Polar vom Falkenberg, appelé Pirschmann . Mais si la recherche au sang demande que le conducteur s’engage corps et âme dans ce qu’il fait, elle suppose aussi qu’il dispose de toutes les connaissances nécessaires à la réussite de son activité. Des connaissances indispensables Comment faut-il s’y prendre pour « éduquer » – et non pas dresser – un jeune chien de rouge ? Quelles sont les erreurs à ne pas commettre au cours de ce processus éducatif ? Qu’en est-il de la « voie » d’un animal blessé ? Combien de temps faut-il laisser passer après le tir pour démarrer la recherche proprement dite ? Quelle stratégie de recherche faut-il adopter en fonction des indices de blessure laissés par l’animal de chasse ? Comment le conducteur doit-il se comporter au ferme ? Faut-il « servir » l’animal au couteau ou l’achever d’une balle ? Tout conducteur de chien de sang doit être en mesure de répondre à ces innombrables questions. Le présent ouvrage devrait lui fournir beaucoup d’éléments de réponse. En tout cas, il ne manquera certainement pas d’intéresser les chasseurs de grand gibier respectueux de cette éthique de la chasse qui exige de tout mettre en œuvre pour retrouver les animaux blessés. Gilbert TITEUX Membre fondateur et conducteur agréé de l’UNUCR Un engagement à toute épreuve La recherche au sang relève bien plus de l’apostolat que du dilettantisme. En effet, pour que les chasseurs vous appellent lorsqu’ils ont blessé un animal, il faut qu’ils aient confiance en vous et en votre chien : ils tiennent toujours à bénéficier du meilleur « attelage » de recherche. Or, cette réputation de compétence suppose de votre part un travail énorme, une disponibilité totale et beaucoup d’abnégation : des centaines d’heures à consacrer à l’éducation et à l’entraînement du chien ; des week-ends entiers où il faut renoncer à toute vie familiale pour suivre à la longe – par tous les temps et à travers les ronciers les plus épais – cet animal blessé qu’il s’agit de retrouver ; sans oublier cette abnégation et cette humilité qui vous interdisent de vous poser en « donneur de leçons » lorsque vous êtes confronté aux erreurs que commettent souvent ces chasseurs qui font appel à vous.

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12 La recherche du grand gibier blessé Une station de recherche au sang issue d’une longue tradition La station de recherche de l’arrondissement du duché de Lauenbourg a été créée dès 1957. L’organisme porteur de ce projet était alors – et est toujours – l’association des chasseurs de l’arrondissement, affiliée à la fédération des chasseurs du land de Schleswig-Holstein. En créant cette station, le monde des chasseurs locaux a tenu à faire savoir que la première de leurs priorités était le respect de l’éthique de la chasse et de la protection animale. Cela concerne aussi, d’une certaine manière, l’appropriation de la venaison : un animal retrouvé à la suite d’une recherche au sang ne dépérit pas dans la nature. Au contraire, il peut encore être valorisé (même si certaines précautions s’imposent). À ses débuts, la station de recherche a été marquée par l’action du conducteur de chien Herbert Bansen – dont le nom est encore connu de nombreux anciens lecteurs de revues cynégétiques – et du forestier Horst Völzke. Depuis 1996, c’est le garde-chasse professionnel originaire du land de Thuringe, Chris Balke, qui dirige cette station dont la centrale d’appel se trouve à Grambek, près de Mölln. Environ 50 % des recherches sont effectuées à la suite de tirs individuels à l’affût et 50 % après des actions de chasse collectives (battues ou poussées hivernales et tirs de réduction lorsque le maïs est sur pied). Au cours de la saison de chasse 2011-2012, la station a effectué 476 recherches au total, dont 292 recherches de contrôle (où le chasseur croyait avoir touché l’animal, mais où la recherche permit d’acquérir la certitude que l’animal avait été manqué). Certes, ces 292 recherches de contrôle constituent un nombre très élevé, mais la devise de la station de recherche consiste à dire que chaque tir à balle mérite d’être contrôlé. D’où l’importance numérique de ces interventions de contrôle. Les recherches manquées sont moins nombreuses : elles représentent entre 5 et 10 % du total des interventions. Il s’agit le plus souvent de tirs qui n’ont fait que frôler de la venaison et qui ont amené le conducteur à mettre fin au travail sur la voie du gibier. 476 interventions en 2011-2012 Un conducteur de chien de sang professionnel Chris Balke est le seul conducteur de chien d’Allemagne pratiquant la recherche au sang à titre professionnel. À ce jour (avril 2012), il a effectué près de 8 000 recherches. L’arrondissement du duché de Lauenbourg est connu pour ses territoires de chasse très giboyeux : on y trouve aussi bien du chevreuil et du sanglier que du cerf et du daim. De plus, avec la réunification de l’Allemagne, la zone d’intervention des équipes de la station n’a pas manqué de s’agrandir. Il arrive donc que l’on rencontre aussi Chris Balke sur les territoires de chasse du land voisin, le Mecklembourg-Poméranie occidentale. 143 41 292 292 recherches de contrôle 143 réussites 41 échecs Sanglier Chevreuil Daim Cerf 0 20 40 60 80 100 120 140 160 Les statistiques des recherches Le responsable de la station de recherche procède à des relevés statistiques très précis de l’action menée.

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Les spécialistes 13 Les autres recherches, qui, en 2011-2012, représentaient exactement 143 interventions, ont conduit l’attelage concerné soit à la dépouille de l’animal déjà mort, soit à devoir, après une poursuite, donner le coup de grâce à l’animal blessé. Un très faible pourcentage des interventions concerne du gibier victime d’une collision automobile. sur nos territoires de chasse. Toutefois, il est évident que la façon de travailler sur la voie du gibier blessé se révèle, pour ces deux espèces, très analogue aux recherches sur sanglier et chevreuil, même s’il faut prendre en considération certains aspects tels que le brame, la résistance des animaux à la blessure et leur comportement territorial. En automne, au moment des chasses en battue, les pros de la station de recherche au sang de l’arrondissement du duché de Lauenbourg sont continuellement sur la brèche. Surtout lors des week-ends, où l’on chasse un peu partout en battue, plusieurs équipages de recherche sont amenés à intervenir simultanément. Le sanglier se taille la part du lion Les pros de la station de recherche sont occupés à plein temps durant toute l’année, car la chasse au sanglier ne s’arrête jamais. Les hivers écoulés ont été très enneigés : le tir de nuit des bêtes noires a donc été possible – pas seulement au clair de lune – jusqu’en février et, en partie encore, au mois de mars. Aussi la grande majorité des interventions concerne-t-elle le sanglier. Le chevreuil arrive en deuxième position, mais loin derrière. Dans ce livre, les recherches sur sanglier et chevreuil seront privilégiées. Le travail sur la voie du cerf et du daim ne sera pas spécialement étudié, dans la mesure où ces deux dernières espèces sont moins répandues Une progression de la demande Les conducteurs de la station de recherche sont de plus en plus souvent appelés à intervenir. À titre de comparaison : au cours de la saison de chasse 1990-1991, le nombre total de recherches s’élevait à 248 interventions ; 21 ans plus tard, ce chiffre s’élève à 476 interventions. La demande a donc progressé de manière exorbitante, ce qui est dû notamment au fait que le Des experts : le calme, l’endurance, la résistance, la volonté d’aboutir ainsi qu’une grande puissance olfactive distinguent les Chiens de Rouge du Hanovre sur la voie du grand gibier blessé.

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20 La recherche du grand gibier blessé dans de tels endroits qu’aime se cacher le gibier blessé. D’ailleurs vous aussi, en tant que conducteur de chien de sang, vous devrez les traverser. Le nez au sol Il faut absolument développer, dès le stade du chiot, la capacité olfactive du futur chien de sang. Dans le cadre de vos excursions en compagnie de votre chiot, vous pourrez donc, sans difficulté particulière, laisser de temps en temps tomber de votre poche quelque friandise. Ensuite, accroupissez-vous. Votre petit apprenti, qui a appris entretemps à ne pas vous perdre des yeux, ne manquera pas d’accourir immédiatement vers vous. Aidez-le alors à trouver la friandise en lui montrant tranquillement celle-ci du doigt. Vous verrez, le chien vous observera d’autant mieux par la suite : il vous suffira de vous accroupir pour que votre protégé accoure vers vous. Et il comprendra du même coup qu’il a tout à gagner à se servir de son nez. Et lorsque quelques ronces apparaissent et que leurs épines s’avèrent menaçantes, il faut fermer les yeux et prendre son élan… Poser des traînées Une autre possibilité pour sensibiliser votre chiot à l’utilisation de son nez consiste à recourir aux traînées de nourriture. Vous pouvez par exemple traîner un morceau de panse de gibier non lavé à travers un espace dépourvu de végétation haute (l’idéal étant, au début, un coin de gazon ou de prairie fauchée). Ces premières traînées ne devront pas être trop longues en distance, ni en temps de pose. Votre petit apprenti devra d’abord comprendre de quoi il est question et arriver très vite à un résultat positif. Aussi est-il suffisant, au début, de tirer cette traînée sur une distance d’environ 20 m à travers l’herbe, en ligne droite, sans effectuer de crochet. Au bout de la piste, on dépose le morceau de panse ou de nourriture qui a été traîné. Ensuite, placez rapidement le chiot au départ de cette piste, mais de façon à ce qu’il n’évente pas immédiatement la « proie » qui l’attend à l’autre extrémité de la traînée : il faut qu’il travaille cette « voie » pas à pas, sans que le vent lui souffle dans le nez l’odeur de sa proie. S’il ne comprend pas tout de suite ce qu’il a à faire, alors encouragez-le et aidez-le en lui montrant l’endroit où puisse « digérer » en toute tranquillité ce qu’il vient de vivre. Laissons-lui donc le temps de pause qui lui est nécessaire. Un terrain difficile de temps en temps Les excursions avec votre protégé devront, suivant son âge et sa forme physique, se prolonger au fil du temps. Marchez aussi parfois à côté du chemin, à travers le sous-bois, en veillant à ce que le chiot garde le contact avec vous et s’oriente en fonction de vos propres changements de direction. S’il reste sur vos talons, alors vous pourrez aussi, de temps en temps, traverser de petits passages épais, couverts de ronces ou d’orties. Même s’il faut veiller à ne pas solliciter exagérément votre petit protégé, celui-ci devra déjà, de temps à autre, faire connaissance avec les épines des fourrés et de ronciers. Et apprendre qu’il vaut la peine de se battre pour passer à travers. Une fois qu’il a traversé à vos côtés les 2 ou 3 mètres de végétation épaisse s’élevant à la hauteur de votre genou, marquez-lui votre contentement et récompensez-le d’une friandise. On trouve bien des chiens qui, plus tard, en action de recherche, s’arrêtent tout simplement devant un roncier. Or, c’est précisément

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L‘éducation du chiot 21 1 2 On a parfois la possibilité de poser une traînée avec un gibier entier. Comme ici, par exemple, avec une bête de compagnie. Il faut cependant veiller à effectuer cela dans le respect des règles d’hygiène s’appliquant à la conservation de la venaison, c’est-àdire opérer rapidement et proprement. Un tel entraînement ne peut s’effectuer que s’il fait jour. 1 Le début de la traînée est bien signalé à l’aide d’une brisée. 2 Un auxiliaire traîne le gibier à travers la prairie, sur une distance d’environ 20 m, avant de le disposer de façon un peu naturelle. 3 Le conducteur emmène son chiot au départ de la traînée. 4 Il l’incite à se concentrer sur la voie et lui montre le chemin à suivre. 5 La recherche se poursuit ensemble sur la traînée. Le conducteur encourage le chiot dans son travail. 6 Arrivé à proximité de la bête noire, l’attelage s’en approche doucement. 7 Ce n’est pas un problème si le chiot cherche encore la protection de son maître. 8 Pour finir, l’auxiliaire traîne le sanglier vers un endroit plus dégagé : le chiot se montre déjà plus confiant et « poursuit » sa proie… 3 4 5 6 7 8

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56 La recherche du grand gibier blessé Sur l’herbe de couleur vert clair, on distingue bien le sang de poumon, clair et bulleux, ainsi que les morceaux de poumon. Tir de poumon ■■ Réaction de l’animal au coup de feu : en cas de ■■ Stratégie à adopter : on peut commencer la re- balle basse, il bondit vers le haut avant de s’enfuir, la tête inclinée. En cas de balle haute, il s’effondre au coup de feu comme sur les photos ci-dessous. ■■ À l’anschuss : en cas de balle basse, du sang clair et bulleux. cherche immédiatement après le tir. Il y a beaucoup de sang sur la piste. Après 100 m au maximum, on trouve l’animal mort, effondré dans sa trace. ■■ Degré de difficulté : 1. ■■ Particularités : aucune. La balle de poumon haute a littéralement cloué cette jeune chevrette à l’anschuss : en quelques fractions de secondes, elle était morte.

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Les recherches de chevreuils blessés 57 La balle a frôlé le chevreuil à l’extrémité supérieure du dos. Le résultat à l’anschuss : des poils coupés par la balle, provenant ici du pelage hivernal. Tir d’apophyse ■■ Réaction de l’animal au coup de feu : il s’effondre immédiatement et, couché sur le dos, bat des pattes. Après quelques instants, il se relève et, après être resté un peu chancelant, il finit par s’enfuir. Si possible, il faut essayer de le retirer immédiatement ! ■■ À l’anschuss : tout dépend de la saison. En hiver, on trouve de longs poils clairs coupés par la balle, qui sont dispersés tout autour de l’anschuss. En été, on ne trouve quasiment rien : le pelage estival du chevreuil est en effet très fin et court. ■■ Stratégie à adopter : il faut se préparer à une poursuite. Le chien de sang éprouve de grandes difficultés à tenir la voie. Et lorsqu’il y arrive, on trouve très peu de sang mais on est confronté à de nombreuses voies de change. Et si l’on aperçoit effectivement l’animal blessé, il faut immédiatement lâcher le chien ! Ce dernier peut éventuellement, dans les deux minutes qui suivent, coiffer le chevreuil. Que saint Hubert lui vienne en aide ! ■■ Degré de difficulté : 6. ■■ Particularités : le chien de sang ou le chien forceur doit être rapide et endurant, mais il doit aussi avoir suffisamment de mordant et avoir fait l’expérience d’achever un gibier blessé. Et si le conducteur du chien est amené à servir l’animal, il faut qu’il sache le faire sans tergiverser.

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74 La recherche du grand gibier blessé Le chevreuil est presque toujours servi au couteau Dans notre pratique de la recherche au sang, nous n’avons qu’exceptionnellement été amenés à achever un chevreuil d’un coup de carabine. Comme l’on est tenu, lors des recherches effectuées sur le plus petit de nos ongulés sauvages, à bénéficier d’un chien de sang très rapide et mordant – voire d’un chien de poursuite – qui soit en mesure de coiffer le chevreuil blessé, il semble en effet logique que le couteau de chasse soit préféré dans 99 % des cas pour achever l’animal aux abois. Souvent, le chevreuil se lève de sa reposée quelques secondes avant l’arrivée de l’attelage de recherche : l’animal est à nouveau englouti par la végétation avant même que le conducteur ait pu mettre son arme en joue. Il ne reste alors plus qu’une seule solution au conducteur : lâcher son chien. Dès que celui-ci s’empare du chevreuil blessé, on entend généralement de forts cris de plainte. À ce moment-là, il ne s’agit pas de s’énerver et de sortir immédiatement le couteau de son fourreau, avant de se mettre à courir à travers les broussailles et à sauter pardessus les branches, comme si l’on était pris d’une terreur panique. En effet, agissant de la sorte, vous ne feriez que vous mettre vous-même en danger. Dans une telle situation, il faut vous fier entièrement à votre chien. Il a rattrapé le chevreuil en s’agrippant à son miroir, avant de le plaquer au sol et de le saisir à la gorge. Porter des gants Lorsqu’on recherche un brocard blessé, il faut toujours porter des gants. En effet, pour le servir à l’arme blanche, l’on est le plus souvent contraint de le maintenir par ses bois : si vous ne portez pas de gants à ce moment-là, les perlures de l’animal risquent de vous déchirer la paume de la main. lument à l’arrière de l’épaule, dans la cage thoracique du chevreuil. C’est la méthode la plus rapide et la plus efficace, ainsi que la moins dangereuse pour le conducteur de chien de sang. En ce qui nous concerne, nous n’avons que peu de considération pour cette façon de servir qui consiste à sectionner la moelle épinière d’un chevreuil ou d’un faon de cerf en lui plantant la pointe du couteau à la base de la tête… Pour les initiés seulement ! Afin d’éviter toute souffrance animale, l’acte de servir un gibier blessé ne devrait être pratiqué qu’à partir du moment où l’on a auparavant appris à le faire sur un animal déjà mort. Ou mieux encore : il faut purement et simplement confier cette tâche à un spécialiste. Nous utilisons pour cela un couteau de chasse bien aiguisé et suffisamment long, que nous enfonçons dans la cage thoracique de l’animal, à l’arrière de l’épaule et en dirigeant la lame vers l’avant. En effectuant une légère rotation de la lame, nous laissons pénétrer de l’air dans la cavité thoracique, ce qui provoque rapidement l’étouffement de l’animal. Garder son calme Ne prenez votre couteau de chasse en main qu’à partir du moment où vous apercevez votre chien et le chevreuil. Allez-y doucement, d’un pas assuré : il ne faut pas commettre d’erreur à ce moment-là, mais surtout rester attentif. Dirigez d’abord la pointe de la lame de votre couteau vers le haut, afin de ne pas risquer de blesser le chien. Approchez-vous toujours du chevreuil par l’arrière : au cas où il se relèverait et essaierait de s’enfuir, il ne vous renversera pas. Ensuite, gardez toujours votre chien en vue – ou les deux chiens si vous utilisez aussi un chien forceur – et pensez à bien garder la lame du couteau dirigée vers le haut. Dès que vous êtes au contact du gibier, baissez la lame et plantez-la très réso- Par tous les moyens Au cas où un chevreuil, blessé par exemple à une apophyse, se lève subitement devant vous dans un champ de céréales et s’enfuit le long d’un sillon creusé par un tracteur, il faudra lui porter rapidement un coup mortel à l’aide de votre carabine, dans la mesure où vous avez les mains libres parce qu’un accompagnateur tient votre chien à la longe. Même si vous êtes contraint de placer votre balle sur la partie arrière du corps de l’animal s’enfuyant devant vous – ce qui ne correspond évidemment pas à l’éthique de la chasse –, cela ne doit pas vous

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Servir l’animal au couteau ou l’achever d’une balle 75 1 2 3 poser de problème lors d’une recherche, où la priorité consiste toujours à achever l’animal au plus vite. Dans une telle situation, il n’y a pas lieu de tenir compte de la préservation de la venaison. Ce qui prime, c’est de limiter au maximum la souffrance animale. En fait, la scène que nous venons de décrire ne se déroule qu’en quelques secondes. Il arrive donc souvent que l’on ne sache pas vraiment si c’est bien l’animal blessé que l’on a relevé. Aussi est-il préférable d’examiner la reposée que vous avez sous les yeux : si vous y trouvez la moindre goutte de sang, il faudra agir au plus vite. 4 Qu’il s’agisse d’un chevreuil ou d’une bête rousse, il faut s’approcher par l’arrière de l’animal, le saisir d’une main à la nuque avant de lui planter la lame du couteau dans le thorax, derrière l’épaule.

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96 La recherche du grand gibier blessé Le collier et la laisse du chien forceur Le collier, en cuir ou en matière synthétique, auquel est fixée la laisse du chien forceur doit pouvoir s’enlever très rapidement, soit par un clip, soit en le faisant glisser pardessus la tête du chien. Quant à la laisse, elle doit être réalisée en une matière robuste et résistante à l’eau. Sa poignée, éventuellement garnie de caoutchouc, doit être agréable à tenir, même lorsqu’elle est mouillée (www. niggeloh.de). S’il s’agit d’un chien forceur de grande taille et d’un fort tempérament – qui tire beaucoup sur la laisse –, l’on peut se permettre parfois de lui mettre un collier de force (du type Oberländerhalsung). Le système de localisation GPS En ce qui nous concerne, nous n’effectuons plus aucune recherche sans cet appareil. L’idéal est de pouvoir munir les deux chiens, aussi bien le chien forceur que le chien de sang, d’un collier de repérage GPS. Lorsqu’ils sont lâchés, on les localise parfaitement en contrôlant très précisément leur position géographique. Autrefois, le conducteur était contraint de se fier à son oreille pour entendre – parfois de très loin – les cris de son chien. Aujourd’hui, la technique rend les choses bien plus faciles. Même si le vent souffle très fort et que la pluie tombe dru, que les chiens donnent ou non de la voix sans interruption, l’on peut toujours connaître exactement la position géographique de ces derniers – si tant est que la batterie du récepteur GPS soit chargée. De plus, cet appareil permet de suivre continuellement les déplacements des chiens : on peut ainsi savoir si la poursuite est terminée ou si elle bat encore son plein. Lors de recherches de sangliers par exemple, avec des blessures de patte, de boutoir ou d’apophyse, où le chien doit tenir l’animal blessé au ferme et le bloquer sur place en attendant que le conducteur arrive pour l’achever, un tel système de localisation vaut réellement de l’or. Mais là où règne la lumière, l’on trouve aussi beaucoup d’ombre. En effet, comme l’on peut toujours suivre son chien, le rayon d’action de ce dernier finit par s’agrandir considérablement : sentant que son maître se trouve à proximité, le chien se permet de continuer sa poursuite Au départ de la recherche : calmes et dociles, les chiens sont munis de tout leur équipement. Faites-vous remarquer, s’il vous plaît ! Les couleurs jaune et orange sont de réels atouts. Mais le bleu clair commence lui aussi à se répandre.

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L’équipement de l’attelage de recherche 97 de l’animal blessé. Le conducteur ne renonce pas, lui non plus, et garde le contact avec son chien : il veut exploiter toutes les chances de mettre fin au plus vite à la recherche. Mais parfois, les choses ne se déroulent pas comme il le voudrait : au moment même où il remonte un layon, croyant se rapprocher du chien, celui-ci traverse ce même layon dans son dos, tout en suivant directement le sanglier. Le chien chasse et chasse encore, les poursuites se prolongent sur des kilomètres et des kilomètres ! Des distances de 8, 9 ou 10 km n’ont plus rien d’exceptionnel. Et le chien perd, du même coup, cette faculté si précieuse consistant à retrouver son maître en revenant sur sa propre trace. Il sait que maintenant son maître peut apparaître subitement, comme s’il surgissait de nulle part. D’autre part, ce système de localisation GPS ne doit constituer en aucune manière une sorte de carte blanche que se donnerait le conducteur pour lâcher son chien à tout bout de champ et par simple conjecture, en se disant : « Je le fais chasser un peu, on verra bien ce qui va se passer. De toute façon, je le garde continuellement sous contrôle au moyen de mon appareil… » L’appareil que nous utilisons aujourd’hui, dans le cadre de la station de recherche de l’arrondissement du duché de Lauenbourg, est le Garmin Astro 220 et 320. Il faut noter qu’en France, l’Administration a attribué en 2012 la bande de fréquence 155,60 Mhz aux utilisateurs des appareils de localisation des chiens de chasse (du type Garmin Astro 320, par exemple). L’emploi de tels appareils est toutefois subordonné à une AUF (autorisation d’utilisation de fréquence) délivrée par l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes). Aussi, à l’initiative et sous l’égide de la Fédération régionale des Chasseurs de Rhône-Alpes a été créée l’ACUFA, association nationale chargée de faciliter l’utilisation de ces appareils ainsi que leur gestion administrative. Elle a obtenu l’autorisation d’utilisation de fréquence sur un canal simplex de 12,5 Khz centré sur la fréquence 155,60 Mhz pour l’ensemble du territoire national. L’attribution de l’AUF est strictement réservée aux adhérents de l’ACUFA, moyennant une redevance annuelle. Les innovations techniques les plus récentes font leur apparition dans la forêt : à l’aide de son appareil GPS, le conducteur localise ses deux chiens, qui tiennent un sanglier au ferme. Seyante et bien chaude : après être intervenue en poursuite, la chienne Jagdterrier porte fièrement sa couverture chauffante.

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