La ville s'en-visage

 

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Description

Le Collectif des Allumés de la Plume est un Collectif d'écrits situé à Bruxelles et fait partie du réseau de ScriptaLinea aisbl, le réseau d'écritures littéraires et sociales pour le bien commun

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CAP Collectif des Allumés de la Plume La ville s’en-visage Recueil de textes de 6 auteurs bruxellois autour du thème de la ville au quotidien Massimo Bortolini - Isabelle De Vriendt Roberto Milano - Cindy Emmanuelle Jadot Marc Labeeu - Tamara Frunza

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CAP ScriptaLinea Quelques mots sur ScriptaLinea 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 Cette compilation de textes a été réalisée dans le cadre de l’aisbl ScriptaLinea. ScriptaLinea se veut un réseau, un soutien et un porte-voix pour toutes les initiatives collectives d’écriture à but socio-artistique, en Belgique et dans le monde. Ces initiatives peuvent se décliner dans différentes expressions linguistiques: français (Collectifs d’écrits), portugais (Coletivos de escrita), anglais (Writing Collectives), néerlandais (Schrijversgemeenschappen)... Chaque Collectif d’écrits rassemble un groupe d’écrivant-e-s (reconnu-e-s ou non) désireux de réfléchir ensemble sur le monde qui les entoure. Ce groupe choisit un thème de société que chacune éclaire d’un texte littéraire, pour aboutir à une publication collective. Une fois l’objectif atteint, le Collectif d’écrits peut accueillir de nouveaux et nouvelles participant-e-s et démarrer un nouveau projet d’écriture. Les Collectifs d’écrits sont nomades et se réunissent dans des espaces (semi-) publics: centre culturel, association, bibliothèque... Il s’agit en effet, pour le Collectif d’écrits et ses lecteurs, d’élargir les horizons et, globalement, de renforcer le tissu socioculturel d’une région ou d’un quartier, dans une logique non marchande. Les Collectifs d’écrits se veulent accessibles à ceux et celles qui veulent stimuler et développer leur plume au travers d’un projet collectif et citoyen, dans un esprit de volontariat et d’entraide. Chaque écrivant-e y est reconnu-e comme expert-e, à partir de son écriture et de sa lecture, et s’inscrit dans une relation d’égal-e à égal-e avec les autres membres du Collectif d’écrits, ouvert-e aux expertises multiples et diverses. Chaque année, les Collectifs d’écrits d’une même région ou d’un pays se rencontrent pour découvrir leurs spécificités et reconnaître dans les autres parcours d’écriture une approche similaire. Cette démarche, développée au niveau local, vise donc à renforcer les liens entre individus, associations à but social et organismes culturels et artistiques, dans une perspective citoyenne qui favorise le vivre-ensemble et la création littéraire. Isabelle De Vriendt Présidente de l’aisbl ScriptaLinea – page 3 –

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CAP Collectif des allumés de la plume 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 Quelques mots sur le Collectif des Allumés de la Plume (CAP) Le Collectif des Allumés de la Plume (CAP) est né à Bruxelles un soir de neige et d’hiver; ses plumes portées par les quatre vents se sont rassemblées pour le plaisir des mots et des liens, en un premier recueil de textes autour des Courts-circuits. CAP sur la ville pour sa deuxième saison! Six Bruxellois de «souche» ou d’adoption ont traversé tout au long de l’année rues, avenues, boulevards et autres places pour mettre en lumière la ville au quotidien. Les lieux qui les ont accueillis sont brièvement présentés en fin de compilation. Le 12 octobre 2013, le CAP a invité le public de la Fureur de lire et de la Bibliothèque de Molenbeek-St-Jean à embarquer à bord de la Gueuse pour une première découverte de son recueil sur le canal de Bruxelles (Belgique). Massimo Bortolini, Isabelle De Vriendt, Tamara Frunza, Cindy Emmanuelle Jadot, Marc Labeeu et Roberto Milano Membres 2013 du Collectif des Allumés de la Plume – page 5 –

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CAP Collectif des allumés de la plume Table des matières Pour s’y retrouver 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 éditorial Jef, Massimo Bortolini Bruxelles-Central, Isabelle De Vriendt L’espace d’une vie, Roberto Milano Duo de montgolfières très légères, Cindy Emmanuelle Jadot Entrelacs anodins, Marc Labeeu Ma ville au quotidien, Tamara Frunza Les auteurs Les lieux traversés Remerciements 9 11 17 23 27 31 49 53 55 61 – page 7 –

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CAP Collectif des allumés de la plume éditorial Brève mise en bouche 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 Bruxelles, ici bourdonnante et quelques pas plus loin si paisible. On peut la craindre, la décrier, ou s’y attacher, l’apprécier pour ses mille facettes, ses coins et recoins, ses tramways et ses pavés. Le Collectif des Allumés de la Plume vous propose de découvrir ses regards sur la ville au quotidien, parfois vue avec une prise de hauteur, parfois sur le fil du rasoir de vies au bord de la bascule. Six portraits d’une ville qui bat au rythme de son trafic, qui respire en bord de parc, qui grisonne sous la poussière ou les nuages, qui étouffe aussi. La ville, lieu de vie où s’entrecroisent des destins. On peut la regarder, l’écouter, on peut aussi la questionner. C’est à cette lecture que le CAP vous invite, au fil des pages de ce recueil. Le Collectif des Allumés de la Plume – page 9 –

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CAP Collectif des allumés de la plume Massimo Bortolini Jef 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 Quoi encore?! Je vous ai déjà raconté tout ça… Nooon, c’est pas moi qui l’ai tué, jamais j’aurais fait de mal à Jef… Je vous l’ai dit, la nuit dernière, on a tué mon chien. Je me suis réveillé vers 4 heures, et il était là, couché, la gorge tranchée. Je n’ai rien entendu, comme souvent. Et oui, le sang sur moi, c’est le sien… mais c’est pas moi je vous l’ai dit, je dormais. Non, je ne bois pas, non ça non… Je prends des médicaments, ça m’abrutit mais je dors bien. C’est pour ça que j’entends rien. Je dors bien, c’est ce qui compte. D’où j’ai ces médicaments? Je demande… Je demande aux gens qui passent. C’est dingue ce que les gens trimbalent avec eux. Ils donnent plus facilement un cacheton, une pilule qu’un billet… aaah ça c’est sûr, c’est en veux-tu en voilà… Aspirine, Nurofen, Prozac, Viagra, Rohipnol, Lexotan, Valium, Penthotal,… Je ne sais pas ce qui leur prend, en tout cas moi, ça m’arrange. Quoi Jef? Il est mort Jef, je vous l’ai dit. On lui a ouvert la gorge. J’ai rien entendu, comme souvent. Non, je ne connais pas ce quartier. C’est la troisième nuit que j’y suis. Près de la gare, ça devient compliqué. Y’a des familles entières qui débarquent. On te pique presque tout. Y’a rien à faire… vos collègues là-bas, ils s’en foutent… ils vont quand même pas enquêter pour une paire de godasses sans semelles ou pour une vieille couverture… mais je les comprends… à leur place, j’imagine que je ferais pareil. Je suis pas meilleur qu’un autre après tout. Quoi l’heure?!! Comment je sais quelle heure il était? Quatre heures par là… J’ai une montre, regardez, une montre d’enfant. C’est Spirou en fond de cadran. C’est une jeune femme qui me l’a donnée il y a quelques semaines, je sais pas. Elle m’a dit que son fils ne la mettait plus. Elle m’a dit que mes yeux balbutiaient, et que ça lui parlait. Les gens sont bizarres. C’est pour ça que je sais l’heure qu’il était. Quoi on vous a appelé plus tôt??! Et alors, je vous dis que je dormais, que j’ai rien entendu… c’est pas ma faute quand même si les gens sont des pharmacies sur pattes. Oui, Jef… je l’aimais bien… ça fait un an qu’il était avec moi. On avait appris à vivre ensemble. C’est drôle de dire ça d’un chien, mais quand y’a plus que ça qui vous supporte, on fait avec. – page 11 –

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crevard du rez-de-chaussée, qui n’était pas si vieux que ça. On l’a entendu gueuler des ‘Salopards !’ des ‘Petits merdeux !’ et des ‘Vous allez voir !’. On a vu. Ou plutôt, on a entendu. Le crevard avait emmené sa carabine à plomb … On courait. Il tirait. Une fois. Deux fois. Plein de fois. Je me suis pris du plomb dans les fesses et du coup, je courais moins vite, et comme à 10 ans, c’est pas la solidarité qui étouffe, je me suis retrouvé seul. Alors, je me suis planqué et j’ai échappé au sniper du rez-dechaussée du 93 de la rue Hoche à Coudekerque-branche, qui continuait à tirer sur les ‘Petits salopards’ qu’il poursuivait mais qu’il rattraperait jamais. Quoi Coudekerque ?? C’est où… ? En France, près de Dunkerque… Vous connaissez pas ?? Pas grave, on peut vivre avec ça… J’ai rien dit. J’ai souffert quelques jours sans un mot. Sans en parler avec mon cousin. On avait raté notre coup, mais on avait déjà les réflexes du milieu, pas un mot, profil bas et visage d’ange. Ça a fonctionné. Le crevard tueur d’enfants n’a rien dit non plus. Personne n’a rien su. Affaire classée. Je me suis immédiatement rangé des affaires. Je suis pas devenu cambrioleur, ni rien du genre. Je suis un gars qui vit dehors. Vous voyez, des dingues, y’en a partout… Tirer sur des enfants… Faut pas être tout juste. Tuer quelqu’un ??? Moi ?? Je vous l’ai dit, c’est pas moi qui ai tué Jef !!! Quoi, me calmer !! Me calmer... Mais ça fait des heures que vous m’emmerdez avec ce chien égorgé. J’ai rien à voir là-dedans… Le pire, c’est que si c’est moi qu’on avait égorgé, personne aurait pris la peine de vous appeler… des comme nous, tout le monde s’en fiche… mais un chien… un chien, ça… Qui s’en souciait quand il était vivant… personne… Personne !! Mais mort, là, il intéresse tout le monde. C’est dingue ça ! Y’a qu’à regarder comment ça se passe dès le matin pour comprendre qu’on est entouré de dingues… Ils sont tous à vivre comme à la télé, comme dans les séries américaines… Ils marchent vite, ils courent même, avec leur café à la main. Tu parles d’une invention… On montre ça pendant des années à la télé, et puis un jour, va savoir pourquoi, y’en a qui décident de boire leur café en rue ou dans le métro, comme Ed ou Steve ou Sally. C’est comme moi… je prends aussi mon café en rue, mais je peux vous dire que si j’avais le choix, je le prendrais assis chez moi ou dans un bel endroit, mais certainement pas entouré de klaxons et de gens qui me foncent dessus sans même s’excuser. – page 13 – 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37

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