Poésie urbaine

 

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Description

Première compilation du Collectif de la ligne 10, un des Collectifs d'écrits bruxellois de ScriptaLinea aisbl, réseau d'écritures littéraires et sociales pour le bien commun

Popular Pages


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ligne collectif de la ligne 10 10 ck ich 10 collectif de la ligne 10 poésie urbaine s t iel nd le e r rie e lie ol th m lie bo ue m uis ug ne ev ar g n ar h e d ro mapaadm iq la lle du oé d n in el e v iane al be ka m ni l sc ul en lvi gl pa do pa ch da zis isa sy viv ga re r pa c poésie urbaine recueil de textes de 10 auteurs bruxellois autour du thÈme de la poÉsie urbaine sc ri ptal i nea © marie sophie lebbe

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1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 © collectifs d écrits droits d utilisation poésie urbaine du collectif de la ligne 10 est produit par scriptalinea cette oeuvre est mise à disposition selon les termes de la licence creative commons attribution pas d utilisation commerciale pas de modification 2.0 belgique texte complet surhttp creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/be scriptalinea 2012 www.scriptalinea.org si vous voulez rejoindre un collectif d écrits contactez-nous via www.collectifsdecrits.org

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ligne 10 collectifs d écrits collectif de la ligne 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 quelques mots sur les collectifs d écrits et sur le collectif de la ligne 10 cette compilation de textes a été réalisée dans le cadre du projet collectifs d écrits collectifs d écrits se veut un réseau un soutien et un porte-voix pour toutes les initiatives collectives d écriture à but socio-artistique en belgique et dans le monde le projet a donné lieu à la création de l aisbl scriptalinea qui voit le projet se décliner dans différentes expressions linguistiques français collectifs d écrits portugais coletivos de escrita anglais writing collectives néerlandais schrijversgemeenschappen chaque collectif d écrits rassemble un groupe d écrivains reconnus ou non désireux de réfléchir ensemble sur le monde qui les entoure ce groupe choisit un thème de société que chacun éclaire d un texte littéraire pour aboutir à une publication collective une fois l objectif atteint le groupe peut accueillir de nouveaux participants et démarrer un nouveau projet d écriture les collectifs d écrits sont nomades et se réunissent dans des espaces semi publics centre culturel association bibliothèque cette démarche développée au niveau local vise donc à renforcer les liens entre individus associations à but social et organismes culturels et artistiques le collectif de la ligne 10 sévit à bruxelles il vous propose de vous laisser guider dans les dix stations de cette ligne imaginaire dans la ville un cadavre exquis composé de la dixième ligne de chaque texte vous offre un aperçu de ce voyage de poésie urbaine en fin de compilation chacun des lieux traversés par le collectif de la ligne 10 vous est brièvement présenté cette compilation a fait l objet d une présentation festive le 19 octobre 2012 à la maison du livre de saint-gilles bruxelles belgique promotrice des collectifs d écrits présidente de l aisbl scriptalinea ­ page 3 ­ isabelle de vriendt

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1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 ­ page 4 ­ © collectifs d écrits

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ligne 10 collectif de la ligne 10 table des matières 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 table des matières Éditorial page 7 cadavre exquis page 9 la courbe d un sein pascal de bock page 11 echappée belle dominique michiels page 17 le journal du promeneur paul dupuis page 25 la révélation du lapin imaginaire chloé dagnelie page 33 zazie z à bruxelles daniel ah page 41 rouge ziska larouge page 45 graffitis isabelle de vriendt page 51 sous la neige la ville sylvie van molle page 55 tableaux viviane marthe page 63 balades urbaines glenn marlier page 67 les auteurs page 71 les lieux traversés page 75 remerciements page 79 ­ page 5 ­

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ligne 10 collectif de la ligne 10 Éditorial brève mise en bouche la ville donnée en poésie sous dix regards bienveillants c est d abord la ville qui crie agonisant sous le poids de la solitude des murs qui l enferment de la laideur du béton ville anonyme qui ne s aime plus cité de trop d ordre et de trop de désordres et puis c est la ville qui dit non elle habille ses murs de cris d espoirs elle tisse et retisse une toile qui libère elle renverse la vapeur et les dix regards s éclairent la ville que nous vivons nous plonge dans ce paradoxe chaque maillon de ses chaînes attend sa métamorphose et finit par trouver le chemin et l entrave bourgeonne d anonyme solitude en anonyme liberté de communautés en communauté de générations-conflit en génération-confiance de ville béton en ville bonté et puis bien sûr la poésie c est ici qu elle surgit et porte son regard à travers les nôtres sur la cité transfigurée cité-nature dont nous sommes les créateurs et les admirateurs la ligne dix dix stations du chemin étroit qui se faufile dans la cité dix arrêts qui pétrifient le temps de surprendre la ville sous un angle nouveau dix gares où la chaleur des trains et la chaleur des corps font vibrer notre vision du monde l urbaine poésie où chacun se reconnait entre tensions contradictions victoires et défaites la poésie urbaine c est la ville qui nous habite métaphore de notre histoire viva la ciudad le collectif de la ligne 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 ­ page 7 ­

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ligne 10 collectif de la ligne 10 cadavre exquis le cadavre exquis de la ligne 10 découvrez le « cadavre exquis » composé de la dixième ligne de chaque texte premier aperçu de l itinéraire urbain du collectif de la ligne 10 « c est peut-être le velours qui ce matin-là m a autorisé à nourrir mon envie l étau se desserre le tram me dépose un dimanche en fin d après-midi devant la maison communale je compris vite que je m étais endormie sur mon bureau en classe zazie z à bruxelles oasis avait bondi sur ses pieds arrachant un couinement à ses semelles de crêpe ballets de doigts en sous-titres les lattes virevoltent dans les airs skis et snowboards s élancent seuls enchâssé dans le bleu de ses pensées il la découvre et la croque à chaque pas aujourd hui je suis de retour dans mes quartiers je peux enfin me laisser aller » 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 ­ page 9 ­

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ligne 10 la courbe d un sein pascal de bock 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 la courbe d un sein la courbe d un sein pas réellement c était dans un train Ça m était venu subitement cette envie de voir un sein une envie simple et solitaire qui ne devait qu à elle-même le hasard d exister je ne me surprenais guère illicitement attiré par le velours des premières je m étais dit « asseyons-nous » le velours gratte c est vrai mais il caresse aussi il accueille et il enveloppe c est peut-être le velours qui ce matin-là m a autorisé à nourrir mon envie voir un sein liberté de choisir la pudeur et de la défier furtivement dans un élan qui très légèrement l égratigne une envie de bonté de douceur et de bonheur elle se suffisait presque juste pas assez pour en rester là juste assez pour laisser à l occasion le loisir de s attarder le train autorise l envie de contempler un sein j aime tendrement la cité ferroviaire ce décor de l envers le sédentaire confie au nomade ce qu il cache aux passants une connivence de balançoires abandonnées d abris de jardin en ruine de potagers de barres de fer de linge flottant de fauteuils vides d épaves de bacs à sable le passager contemple sans y penser ce bric-à-brac qui en dit long comme le velours la cité déflorée nourrissait mon envie ce matin-là de moins en moins distrait je regardais autour de moi en oblique une demifemme de trois quart qui lisait de temps à autre j entendais la voix d un homme sans doute posé à côté d elle il l ennuyait parlait de voyages de projets son livre lui proposait des évasions bien plus palpitantes elle se lassait il se lassa les trains ondulent entre rêves et fantasmes un trajet sans fin s esquisse avec la belle pour qui vous n existerez jamais avant même qu elle ne vous demande d un regard convenu si la place est libre votre histoire est terminée vous l avez abandonnée là ou elle vous très brève histoire d amour de jalousie de réconciliations le train est un chemin de traverse une voie sans issue qui barre nos routes on y fait demi tour pour revenir à soi assez vite les jardins firent place aux tunnels de graffitis le convoi ralentissait aux abords du ventre urbain le visage de la femme au gré des éclairages m apparaissait sous des jours divers comme ces cartes que l on incline et qui changent de motif le motif ici restait le même et cette immobilité devenait troublante la froideur ­ page 11 ­

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1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 qui s en dégageait atteignait mon corps et me donnait l envie de fuir tout autant que de sonder cet être sans vie l homme s était tu je percevais des froissements il rassemblait sans doute son bahut et s apprêtait à descendre happés par le devoir ces hommes-là descendent dans le centre sans résistance aucune la femme se laissait bercer par le freinage flottant sur les ondes ferrées et reprenait sa place comme un balancier dans un mouvement inerte le livre lui-même participait de cet état nulle page ne se tournait histoire figée dans une gare citadine au sifflement des portes le train se dégonfla et notre petit homme que je voyais enfin s évapora dans le brouillard des corps la femme semblait maintenant dormir les gares souvent réveillent les dormeurs ici rien pas le moindre frémissement une morte lorsque le train fut reparti je me mis en quête de toilettes il fallait que je voie elle dormait paisiblement et je m assis à ses côtés je m assoupis a mon réveil elle semblait avoir repris sa lecture n osant toujours pas la regarder je me mis à lui parler pour justifier ma présence à ses côtés alors que le wagon était vide Étrangement vide d ailleurs je prétextai ma distraction mon essoufflement bref un mélange hétéroclite de raisons banales et peu probables silence je m enhardis « cela dit je ne voudrais surtout pas vous importuner comme le petit homme de tout à l heure moi non plus je ne supporte pas qu on m arrache à mes rêveries » mais pourquoi diable avais-je envie de m entretenir avec cette inconnue mes mots je le sentais trahissaient l incohérence de mon esprit ils n avaient aucun sens toujours cette histoire de sein oui et non me disais-je la femme semblait sonder mon esprit dans un silence réprobateur son visage que je me hasardais à épier n était pas celui de la simple lassitude mais celui du jugement je devais donc me défendre mais de quoi non bien sûr je ne vous veux aucun mal le train ralentit le contrôleur fit son apparition appelé à la barre sans doute qui dit train dit billets les miens étaient restés à l autre bout du compartiment de là j aperçus le contrôleur effaré se débattant comme un noyé brusquement il s enfuit vers l avant du wagon elle était morte a cet instant précis j eus l impression de l accompagner dans cette mort étrange seuls les morts parlent aux morts mes sens m abandonnèrent v ­ page 12 ­

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et ce train vous y êtes monté où j y suis monté deux fois je suis allé au marché quand entre les deux fois il y avait un marché et j ai eu envie d y faire un tour soyons clairs vous êtes hors de cause vous n avez pas pu tuer une femme qui était déjà morte d un arrêt cardiaque avant votre arrivée vous nous parliez d un homme celui-là non trop petit trop boulot trop bavard margot swann j avançais tête baissée hanté par ce nom le commissaire n avait lâché aucun autre renseignement aucun d indice l arrêt cardiaque c est tout et ce nom l annuaire me renseigna 7 rue courte un numéro au répondeur une voix tendre affectueuse bienveillante « je ne suis pas là n hésitez pas à laisser un message ou à rappeler plus tard si vous n aimez pas les messages » ton amusé presque gêné la troisième fois je me décide à parler pas pour elle bien sûr mais dans l espoir qu un proche me rappelle « rappelez-moi vite vous êtes en danger » côté flics pas de soucis ils ne pourront me reprocher que ma curiosité l heure de l appel attestera mon innocence quel mystère entourait margot swann pour qu on me dise si peu à son sujet et ce petit homme lui et moi ­ je le réalisais subitement ­ avions en commun d avoir parlé à une morte lui aussi s était-il senti attiré convoqué convoqué par cette morbidité au téléphone la voix du commissaire il avait percé ma ruse « allons ne vous mêlez plus de cette histoire vous n y tenez aucun rôle profitez de la vie qui est si courte » pas du tout courroucé comme si ma fourberie s inscrivait dans une logique coutumière une sorte de tradition a mon réveil le téléphone une voix de femme qui êtes-vous curieux me dis-je cette inversion de répliques peu de temps pour rassembler mes esprits mon courage mon intelligence humaine et mon sens de la répartie le grésillement du téléphone me rappela celui du vieux train qui se remet en branle la voix me rappela un visage qui subitement m évoqua mon envie de sein de digression en digression les nanosecondes s égrainaient l implacable sablier eut raison de tout et vous vous avez appelé margot swann pour la mettre en garde que savez-vous d elle qui êtes-vous ­ page 13 ­ 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37

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1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 je sais qu elle est morte c est tout je ne suis personne pour elle je suis sa soeur et j ai peur elle ne risque plus grand-chose je trouvais cette réplique tellement inappropriée que je la tus je suis sincèrement désolé pourrions-nous nous voir aujourd hui ce matin rendez-vous pris au terme d un dialogue de muets où chacun épiait la part de vérité que l autre ne lâchait pas moi qui n étais ni ami ni amant comment justifier mon intérêt pour cette soeur en allée voyez comme mes pensées adoptaient une tournure littéraire une question de distance peut-être dans le bistrot changement de ton la soeur devenait déférente audrey swann.enchantée elle aurait aussi bien pu me gifler me cracher au visage ou me serrer dans ses bras le ton déteignit sur le mien mademoiselle swann sachez tout d abord que je ne connaissais pas votre soeur je l ai rencontrée dans ce train enfin son cadavre il semble qu elle était déjà morte euh oui quand je suis monté dans ce train ma soeur est morte de peur plus tard je reviendrai sur l impact de ce mot sur mon esprit a cet instant elle avança le buste pourquoi l avez-vous appelée j aperçus les seins posés sur la table de part et d autre du café tiède ceci m autorisa c est vous que j ai appelée moi ces trois lettres refrénèrent mon élan quelques secondes plus tôt le mot peur m avait transporté à la conversation téléphonique de quoi les soeurs swann pouvaient-elles avoir ainsi peur enfin vous ou quiconque pourrait m aider monsieur ma soeur est morte et je ne vois pas en quoi moi je pourrais vous être d une ses mots se perdaient dans ma tête mais qu est-ce qui lui prenait je n arriverais à rien de cette manière il fallait créer l événement lorsqu elle se leva pour s en aller attendez je savais que votre soeur était morte de peur ­ page 14 ­

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ce n était qu un demi-mensonge je la voyais enfin debout sur fond de bouteilles vides et de bar laqué ce dernier mot prononcé dans l urgence me ramena au visage de margot la peur le voilà ce sentiment étrange que je n avais pu identifier dans ce compartiment comme les normands d astérix la peur m était étrangère presque inconnue comment expliquer tout cela à audrey swann v a quel moment votre relation amoureuse avec audrey a-t-elle réellement commencé je ne suis pas certain que cet élément soit primordial pour l enquête ­ si enquête il y a ­ mais la nuit qui a suivi audrey l a passée chez moi un amour qui allait jusqu au bout et alla jusqu au bout la peur des swann était stupide je le savais elle aussi audrey connaissait le jour de sa mort elle succomberait au même âge jour pour jour que sa mère et ses deux soeurs ne me demandez plus rien à ce sujet mourir d avoir peur de mourir n a aucune logique j ai vite compris qu il était inutile de la raisonner je devais lui offrir toute la tendresse que j avais eue pour margot et que j avais pour elle l accompagner amoureusement personne n en a rien su et cette histoire de sein peu importe le sein c est la courbe qui compte le sein confère à la courbe une perfection implacable un éternel retour après sa mort qu êtes-vous devenu j ai continué à fréquenter les gares urbaines à admirer l envers des jardins en imaginant l envers des corsages a jouer au petit train en avant et en arrière a détester les lignes droites j ai croisé bien des femmes vivantes au regard mort jamais plus je n ai rencontré de margot swann jusqu à ce jour d automne il y a trois mois cette fin d après midi ce crépuscule pas exactement 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 ­ page 15 ­

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