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belgique belgie p.p p.b liege x 9/3306 les écrivains de la mer du nord thomas gunzig caroline de mulder dossier mon éditeur et moi prix rossel 2010 mensonges et cie lettres belges de langue franÇaise bimestriel ne paraît pas en juillet-août n° 165 du 1er janvier 2011 au 28 février 2011 les mystifications littéraires p 302031 bureau de dépôt liège x ed resp jean-luc outers 44 bd léopold ii 1080 bruxelles janvier 2011

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sommaire n° 165 les écrivains de la mer du nord dossier mon éditeur et moi lettres belges de langue franÇaise bimestriel ne paraît pas en juillet-août n° 165 du 1 janvier 2011 au 28 février 2011 thomas gunzig caroline de mulder prix rossel 2010 mensonges et cie en couverture léon spilliaert la nuit 1908 © sabam belgium 2011 les mystifications littéraires les deux soeurs par michel lambert les écrivains de la mer du nord thomas gunzig caroline de mulder w g sebald cognac stefan brijs l humour les impostures littéraires jean-françois dauven la foire du livre le sauvetage d espace nord Éditorial 01 04 12 17 19 22 23 26 34 40 43 44 45 magazine dossier mon Éditeur et moi prix rossel petit exercice d admiration festival littÉraire Écrivains de flandre suite et fin mensonges et cie itinÉraires transfrontaliers brÈves ÉvÉnement Édition agenda rencontres et spectacles littÉraires exposition thÉÂtre nouveautÉs et rÉÉditions critiques bruxelles wallonie paris 48 55 59 60 60 68 86

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les deux soeurs cette année le prix rossel a couronné un premier roman premier roman vraiment premier roman publié oui ego tango de caroline de mulder ne s apparente nullement à un coup d essai transformé en coup de maître derrière ce succès se cachent vingt années d apprentissage passionné vingt années durant lesquelles la future lauréate a tâtonné s est frottée à différents types d écriture tout en se mettant à l école de ses prédécesseurs auteurs grands et moins grands lus et relus étudiés aussi afin de comprendre de quoi est faite la littérature un parcours humble somme toute classique alors que trop de candidats écrivains se situent dans l inutile hâte synonyme de candeur ou de prétention de la nécessité de se former grâce aux maîtres qui nous ont précédés andré gide dans une conférence donnée à bruxelles en 1900 l a martelé à ses auditeurs pour lui l influence des autres écrivains est une nécessité une sorte de moule que tôt ou tard le nouveau venu cassera par la force de sa propre personnalité ­ bref moment où l on se cherche et se nourrit à l intérieur d une famille littéraire de l influence en littérature Éditions allia lire écrire comme l affirme charles dantzig dans son essai pourquoi lire paru aux Éditions grasset la lecture est « soeur de la littérature » la formule n est pas neuve mais l auteur la revisite avec bonheur sous une multitude d angles d attaque par exemple il insiste sur ce qui fonde la lecture en ce monde où tout doit être utile « lire ne sert à rien c est pour cela que c est une grande chose nous lisons parce que ça ne sert à rien » claude roy ne disait rien d autre à propos de la littérature « la littérature ne sert à rien » ajoutant aussitôt « elle sert à vivre » que le lecteur et l auteur aient plus d un point commun cela tombe sous le sens tout auteur n est-il pas son premier lecteur par ailleurs lorsqu un livre n est pas formaté pour plaire à un certain public ne nécessite-t-il pas une recréation par le lecteur puisque les blancs et les vides bref le non-dit doivent être interprétés selon le libre imaginaire de chacun tout comme chacun devra explorer avec sa torche personnelle les zones d ombre du livre mais l auteur lui-même une fois son oeuvre achevée sera soumis à pareil exercice dans comment se fait un roman Éditions allia miguel de unamuno explique que le moment de la création à la fois passe et reste que « la littérature n est que mort » mais mort qui donne vie à d autres y compris à l auteur qui relisant l une de ses oeuvres des années après l avoir écrite n y voit pas nécessairement ce qu il avait cru y mettre de la même manière que feuilletant un album de photos il peut s étonner du visage qui était le sien vingt ans plus tôt un autre point commun est celui-ci auteur et lecteur deviendront en principe de plus en plus exigeants surtout par rapport à l écriture au style au ton on en revient toujours au même constat il y a littérature et littérature et il y a lecture et lecture d entrée de jeu dans son essai misère de la littérature circé arthur schopenhauer philosophe allemand de la première moitié du xixe siècle s en prend aux écrivains qui écrivent pour plaire au public dans un but de gloire ou d argent avec l appui d une presse complaisante ou corrompue il stigmatise aussi ceux qui croient devoir être obscurs pour masquer le vide de leur pensée la naïveté restant « le privilège des esprits supérieurs conscients d eux-mêmes » même charge de la part d edith wharton qui dans le vice de la lecture article paru en 1903 et réédité par les Éditions du sonneur défend « les livres qui doivent prendre racine » s inscrire dans la durée contre les best-sellers à l écriture médiocre et de mettre en cause le lecteur moyen entraîné dans une sorte de devoir de lecture on ne devient pas lecteur on l est un vrai lecteur est un lecteur-né affirme-t-elle alors lisons richard millet qui en 555 réflexions consignées dans l enfer du roman gallimard montre que « nous sommes entrés dans l ère postlittéraire » dans celle où l on assigne au roman « une fonction purement narrative au détriment du style ou de l introspection » sa dernière réflexion que tous les écrivains devraient méditer et les lecteurs de même « Écrire un secret appelant le secret » michel lambert éditorial

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les écrivains de la mer du nord thomas gunzig caroline de mulder w g sebald cognac stefan brijs l humour les impostures littéraires jean-françois dauven la foire du livre le sauvetage d espace nord dossier mon Éditeur et moi prix rossel petit exercice d admiration festival littÉraire Écrivains de flandre suite et fin mensonges et cie itinÉraires transfrontaliers brÈves ÉvÉnement Édition le savant fou © léo scheer

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maga zine magazine © luc waterkeyn

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son large imaginaire yvan dusausoit au bord de la mer devant la côte belge est comme un pays étranger les choses s y passent autrement ainsi que l écrivait jean muno « la belgique est un deux-pièces-cuisine avec vue sur mer » parmi les partisans d ouvrir la fenêtre pour profiter d un air plus sain plus vif l un des premiers fut Émile verhaeren peu avant de publier son recueil les flamandes il était à pied d oeuvre sur la digue à titre de chroniqueur en effet quand la mode des vacances à la mer se répandit blankenberge eut souci de créer une publication pour divertir les estivants et par là même de les fidéliser durant les étés de 1882 et 1883 les colonnes de la plage de blankenberge furent ainsi remplies en grande partie par le jeune juriste de 27 ans et son ami georges rodenbach l expérience ne demeura pas sans conséquence ces deux représentants de la jeune belgique y virent rapidement l occasion de diffuser leurs idées nouvelles on leur offrait non seulement une tribune mais un public moins corseté que dans les villes et désireux de s émanciper saisissant la chance rodenbach imprima le ton dès le premier éditorial « aujourd hui la mer a remplacé la campagne mais la mer mondaine avec sa plage mouvementée de groupes élégants bariolée de toilettes fraîches fleurie de parasols ouverts sonore du rythme des vagues des cris et des rires et des jeux d enfants toute société choisie des villes se donne rendezvous au grand air de l océan transporte là trois mois durant ses modes ses habitudes ses aises ses raffinements ses flirts sous les tentes s agite autour des cabines prend des bains et des douches danse au kursaal lit des romans de feuillet des romans à la crème c est la vie moderne or ce monde-là a eu ses peintres ce sont des modernistes comme alfred verwée ou duez il n a pas encore son journal nous essayons de le créer une chose à laquelle nous tenons beaucoup c est vous faire connaître et aimer la mer »1 comme on le constate le ton se veut résolument espiègle et joyeux les quatre pages rédactionnelles de cette publication accueillirent alors les collaborations de bon nombre de signatures bientôt fameuses on vit ainsi max waller théo hannon albert giraud iwan gilkin ou henry maubel participer à cette aventure journalistique partant en reportage troussant des poèmes assurant la chronique de blankenberge ou imaginant des récits sous une panoplie de pseudonymes la plage devint un banc d essai pour les écrits de la jeune belgique loin des inquiétants flambeaux noirs qu il publiera plus tard le futur grand poète Émile verhaeren rédigea pour sa part quelques courtes nouvelles facétieuses l une d elles le voyage de noces mérite qu on s y attarde non tant pour sa profondeur que pour le point de vue choisi il s agit d un couple de jeunes mariés peu désireux de subir les fatigues d un voyage de noces en italie qui décide à l insu de tous de séjourner au bord de la mer et de s offrir de petits voyages depuis charles de coster la plupart de nos écrivains ont été fascinés par la mer du nord à travers d innombrables textes elle s est engouffrée comme par autant de brèches dans notre littérature y déversant la puissance de son courant et ce torrent brisant digues remparts moraux et barrières pudiques s est insinué partout dans l intimité des correspondances le secret des journaux les coulisses des théâtres comme au coeur des romans qu il emporte par son souffle.

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magazine 05 dossier à g daniel emilfork dans les amants puérils téâtre des noctambules 1956 à d verhaeren à la panne archives du palais royal bruxelles imaginaires en superposant l italie à la côte belge « le matin se levant si nous allions à naples et ils partaient pour nieuport le jour fixé pour visiter rome ils débarquèrent à heist ils parlèrent du capitole et du colisée à knokke dans une cabane de pêcheur tombant en ruine ils finirent par avouer à leurs intimes qu au lieu d aller à rome ils avaient été tout simplement à cythère »2 par cet écrit plutôt léger verhaeren inaugure pourtant l attitude qu adopteront à sa suite toute une légion d auteurs ils renonceront délibérément à décrire ce lieu de manière réaliste afin de le transformer à leur guise de le métamorphoser au profit du récit prenant une image empruntée à un peintre proche du poète on pourrait dire que l ostende de spilliaert quoique reconnaissable apparaît dans ses toiles étrangement déformée étirée et tordue à la manière d une aberration ostende et la côte deviendront de même sous la patte de maints écrivains aussi malléables qu autant de morceaux de plasticine À ce propos les exemples foisonnent un paysage dÉdoublÉ un autre grand auteur dont les pièces deviendront célèbres a lui aussi fait ses classes comme chroniqueur à la côte fernand crommelynck a effectivement écrit à 22 ans les éditoriaux du carillon d ostende durant tout l été de 1908 À travers ces 43 articles il forge son style inimitable d une ironie grave gorgée de poésie sous couvert de décrire la vie de la plage il développe toute une réflexion sur notre rapport à la mer affirmant qu auprès d elle seule on peut comprendre la vie « là-bas dans les salons fermés c était la contrainte absolue dès que nous arrivons à la mer nous nous libérons dès lors plus de gêne plus de convention j ai vu ici maintes belles dames très déshabillées et maints nobles messieurs dévêtus c était certes le plus divertissant spectacle imaginable »3 mais captivé par le pouvoir hypnotique qu elle exerce sur nous il ne cesse d observer les estivants dont le comportement diffère tant de celui qu ils adoptent dans les villes « regardez autour de vous à l estacade sur le sable des gens demeurent pendant des heures immobiles devant la mer qui monte et monte encore régulièrement toujours pareille si vous leur demandiez pourquoi ils sont là il est probable qu ils ne pourraient pas vous répondre si vous leur demandiez de partir il est certain qu ils refuseraient j ai vu hier un enfant se dresser sur la pointe des pieds avec l espoir de regarder derrière l horizon nous faisons en grand ce que l enfant fait en petit et notre effort est aussi vain n importe je crois que nous allons à la mer comme vers une fenêtre ouverte sur l abîme »4 lui qui y décèle l attirance du gouffre chevillée au fond de nous écrira peu après une pièce où cette pulsion s y révélera motrice dans les amants puérils où se nouent les destins de trois couples au sein d une villa la mer invisible mais omniprésente viendra amplifier et accélérer le drame la didascalie d ouverture nous en avertit d emblée « c est le salon commun à la villa des tritons devant la mer par l immense baie vitrée on ne voit que le gouffre d air éblouissant et froid des housses et des rideaux de toile blanche recouvrent tous les meubles tous les tableaux les vitrines la pendule le tapis seuls sont nus les miroirs gelés et le lustre de venise pareil à un buisson de givre marie-henriette est debout contre le ciel face à l abîme » 5 un autre auteur paul willems très impressionné par ce passage et par la fatalité qui l habite écrira « rien n a été dit encore et déjà nous savons que marie-henriette est livrée à la mort » 6 dans sa propre pièce les miroirs d ostende l intrigue se déroule dans un immeuble de la digue dont les fenêtres ont été murées par l occupant d emblée la situation nous entraîne dans une autre dimension d autant que l action prétend se passer un 31 novembre encore plus rare qu un 29 février cette didascalie se veut aussi révélatrice que la précédente « ostende pendant la guerre quelle guerre n importe quelle guerre oublier l histoire l occupation retenir le vide ostende isolée n est plus que le tombeau des saisons révolues la digue est déserte le port fermé.

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06 les hommes sont prisonniers en allemagne et les femmes travaillent au loin dans les usines seuls vivent ici les vieux et les très jeunes filles » 7 un jour après la pluie paul willems a éprouvé une vision saisissante fantastique d une ostende double composée par la ville qui domine la plage et par son reflet inversé dans la mer à la manière d une dame de coeur la ville des bains et des jeux où se déroule sa pièce se situe bel et bien du côté des sirènes cette image revient fréquemment dans ses écrits notamment dans un conte requiem pour le pain « le matin quand je sortais la ville émergeait de la mer où l avait plongée la nuit elle ruisselait d eau les façades des maisons de la digue sculptées de motifs marins retenaient encore des lambeaux de vagues des cariatides de sel portaient des balcons en fer forgé aux motifs d algues »8 ostende est une ville mi-chair mi-poisson souveraine des lieux la lumière décide seule d en éclairer le buste ou le tronc selon son bon plaisir comment reconnaître alors ostende-la-radieuse et ostende-laténébreuse deux soeurs jumelles intimement liées inséparables et qui se racontent tout la reine des plages née pour jouer doit figurer une reine de coeur avec un endroit et un envers le sentiment du pays natal on ne s étonnera donc pas que michel de ghelderode qui fut également chroniqueur au carillon d ostende durant l entre-deux-guerres décidément se serve d elle pour décor de plusieurs de ses pièces comme don juan ou le siège d ostende dont le personnage principal sera un certain baron james brandissant fièrement son parapluie mais entre l auteur et la ville portuaire où il se retira à la fin de sa vie il existait une relation viscérale le sentiment pour lui de se sentir ailleurs enfin réconcilié il le décrira très intensément dans un recueil tardif de nouvelles fantastiques sortilèges.

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magazine 07 dossier page de g michel de ghelderode © dr page de d ensor et ernest rousseau jr dans les dunes à ostende en 1892 © dr « le rapide bondissait vers la mer parfois il roulait sur des grils infernaux et hurlait environné de feu parfois il s élevait des rails et semblait planer dans les nuées stridentes seul dans le compartiment et prisonnier dans les parois d acier il m était égal que la monstrueuse mécanique s élevât vers la lune morte ou s en allât au bout de sa course terrible s éteindre au fond des flots et toute l expérience se résume à cela savoir fuir et pourquoi la mer parce que la mer c est le bout du monde on ne va pas plus loin on n embarque pas sur les navires qui vont au-delà des nouveaux mondes redoutant d abandonner ce qui fait notre tourment mieux encore la mer c est le balsamique abîme en quoi je pouvais m éteindre et c est aussi la colonne de sel le phare très haut carrousel de la grande nuit maritime À mesure que j avançais sur l estacade dans les ténèbres relatives je sentais que je quittais la terre et même le continent où le hasard de ma naissance m avait jeté il me semblait que je me dirigeais vers une patrie sans nom inconnue et meilleure je n étais plus un homme en fuite j étais un homme immobile un homme simplifié purifié qui venait de passer le seuil de l infini comme celui d une cathédrale et qui se penche sous les voûtes nocturnes de ce qui m avait chassé rien ne demeurait plus sinon la fatigue de ma course » 9 michel de ghelderode exprimera à travers une série d articles intitulés les fantômes d ostende l un des aspects les plus intéres sants du lieu à savoir la facilité des rencontres peu d endroits se prêtaient autant à la confrontation des auteurs entre eux d une part mais aussi avec les peintres c est ainsi que l émulation artistique et les correspondances se multiplièrent entre verhaeren ensor crommelynck spilliaert hellens ou zweig ce dernier fut d ailleurs un des premiers acheteurs de spilliaert dans ce foyer d artistes qu on appela un temps le « petit montmartre » il apprendra en leur compagnie l ordre de mobilisation générale de chaque nation fin juillet 1914 crommelynck avait écrit six ans plus tôt que les villes

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08 d eau par leur cosmopolitisme pourraient aider les peuples à se rencontrer il appelait ostende la « porte d or de la belgique » franz hellens auteur d une oeuvre teintée de « fantastique réel » selon ses propres termes était très marqué par ostende et son ambiance d une inquiétante étrangeté il la décrira usant lui aussi de métaphores qui la présentent sous un jour irréel « ostende c est pour moi la mer du nord ensor et aussi henri vandeputte c est-àdire l infini de l élément de l art et de la poésie mi-flamande mi-anglaise par l aspect la physionomie le caractère ostende est un univers par l esprit la face double de cette ville étonnante et qu il faut avoir beaucoup étudiée pour la connaître à fond ensor l a peinte dans son oeuvre À mesure qu on s éloigne du port voici que se dévoile l autre face d ostende la rampe de flandre ressemble à un long tremplin placé devant l infini l été on y voit grouiller toutes les races et quand le soleil se mêle à la foule on peut croire vraiment que celle-ci s apprête à bondir dans la mer »10 les romans de l ailleurs au sein des romans des lettres belges francophones la mer s avance d emblée dans sa légende d ulenspiegel charles de coster lui donne un rôle de démiurge venant au secours des opprimés tyl partant dans les dunes à la recherche d un loup-garou assassin d enfants l implore pour sa cause et les siens « las disait-il noirs nuages passant rapides soyez comme vengeance aux chausses de meurtre mer grondante ciel qui te fait noir comme bouche d enfer vagues à l écume de feu courant sur l eau sombre secouant impatientes fâchées d innombrables animaux de feu boeufs moutons chevaux serpents vous roulant sur le flot ou vous dressant en l air vomissant pluie flamboyante mer toute noire ciel noir de deuil venez avec moi combattre le weer-wolf méchant meurtrier de fillettes et toi vent qui hurles plaintif dans les ajoncs des dunes et des cordages des navires tu es la voix des victimes criant vengeance à dieu qui me soit en aide dans cette entreprise »11 Étrangement à travers la plupart des romans qui prendront plus tard la mer pour décor la vision réaliste se révélera quasi absente comme si à l approche du large la plume s envolait se mêlant aux mouettes petite comme une cour de récréation la belgique entretient consciencieusement le regard d enfance À défaut de montagnes de fjords de grands lacs de savanes de déserts ou d îles tropicales ses auteurs se sont forgé une géographie buissonnière des continents des plus insolites et des plus étranges sont alors apparus entre les fenêtres des classes et la grille de l école tout s est métamorphosé comme par magie les frontières ont été reculées comme des meubles qu on pousse pour danser afin que le rêve se déploie à son aise aucun pays n est petit quand il touche à l imaginaire dans un ter ritoire à l étroit au climat tempéré la mer s avère le lieu propice où ressentir une force naturelle et l appel du large l éventail de textes évoquant la mer s avère si large et varié qu il serait vain de tenter de le cerner ici mieux vaut dégager certains comportements certaines attitudes caractéristiques de ce lieu et que l on ne retrouve nulle part ailleurs à travers quelques auteurs représentatifs le sentiment de pays natal paraît le plus manifeste pourtant en dehors de georges eekhoud et de raymond ceuppens par la suite peu d auteurs ont conduit les pas de leurs personnages du côté des quais et des docks le protagoniste des récits à la mer du nord est à l écrasante majorité un estivant un touriste en villégiature ou de passage au littoral ce n est pas un autochtone cela ne l empêche pas d éprouver souvent le sentiment de rentrer enfin chez lui ce qu il ne ressentirait jamais à gand à arlon ou à pepinster le bord de mer se révèle un paysage d adoption celui avec lequel le personnage se trouve en communion le poète et romancier binchois gérard prévot qui acheva sa vie à ostende après de longues années dans les maisons d éditions parisiennes illustre magistralement ce phénomène ses derniers écrits des nouvelles fantastiques prennent presque toutes pour décor la côte ostende en particulier il a su rendre ses variations de couleurs fugitives son passage subtil des lumières d ensor aux ombres de spilliaert,

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magazine 09 dossier page de g franz hellens en bord de mer au sortir de la seconde guerre mondiale doc aml archives j antoine hellens maud frère à knokke en 1963 coll dr d frère page de d raymond ceuppens photo le soir doc aml quand l innommable s apprête à surgir chacun de ses séjours au bord de la mer se fêtait comme d émouvantes retrouvailles c est aussi le cas pour le narrateur de l un de ses contes de la mer du nord intitulé « la simultanée » « la matinée avait été merveilleuse j étais arrivé la veille au soir à ostende je sortais d un trop long séjour dans une ville aujourd hui détruite et qui m avait longtemps retenu dès que le train eut ralenti devant les grands quais de la gare maritime et même avant dès que les canaux en s élargissant entre gand et bruges me firent entrevoir la mer je me redécouvris heureux dès l aube négligeant les conseils de sagesse qui veulent que les gens nerveux tournent d abord pendant trois jours dans la campagne avant d affronter la mer dès l aube j étais sur la plage le temps je dois le dire était pur il y faisait soudain si clair le ciel était si étrangement large les mouettes si amicales dans le vent bizarrement tendre les villes si loin et les barques si vraies si proches enfin tout cela correspondait si bien à l attente de mon âme que j en aurais pleuré de joie »12 on trouve de nombreux échos de cette fusion avec le paysage notamment dans les romans à redécouvrir de maud frère la délice en offre un bel exemple où isabelle vit ses amours dans ce lieu avec lequel elle se retrouve complètement « elle vit la mer tout de suite de la rampe où s engouffrait le vent comme toujours ces retrouvailles et le vent lui coupèrent le souffle isabelle ne se souvenait pas d avoir été aussi heureuse des mouettes poussèrent des cris avant de se poser sur le brise-lames couvert de varechs et de moules minuscules les mouettes aussi s envolèrent dans un grand battement d ailes isabelle se laissa tomber à genoux jamais je n aimerai un homme aussi fort que la mer pensa-t-elle »13 la mer du nord est dit-on une grande marieuse par la promenade sur la digue ce rituel ancestral où l on se croise chaque jour par la cohue des baignades par les jeux et les bals les relations se nouent beaucoup plus aisément au bord de la mer cette dernière prend volontiers les amoureux sous son aile les protège et donne sa caution à des amours souvent illégitimes dans son roman nondum jam non marcel thiry met en scène un couple qui vit une passion cachée au littoral et connaît des moments de plénitude entre leur modeste chambre d hôtel et les petits restaurants du quai des pêcheurs mais on sent bien que tous ces petits bonheurs ne seraient pas advenus sans leur étroite complicité avec la mer « alors on reprenait la direction qui seule valait pour nous la 16 cv ailée retrouvait sa jeunesse pour bondir vers zeebrugge dans ce petit port affreux et poétique neuf et démodé avec son alignement de maisons léopold ii en bordure de la mer un hôtel de la digue me louait au mois pour la mauvaise saison une chambre à l arrière donnant sur une rue de l intérieur affreuse aussi mal pavée et envahie de sable cette chambre au mobilier de bois blanc était notre paradis paradis caché »14 chez marcel thiry et chez d autres auteurs il existe une curieuse croyance ou une superstition tenace si l on se rend à lourdes dans l espoir d un miracle on va à ostende pour modifier son destin comme si le titre d un livre de l auteur il se trouvait à ostende un levier capable de défaire ce qui a été accompli charles bertin écrira un jour à propos

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12 des personnages de marcel thiry « il suffit qu ils foulent le pavé ostendais pour que la température du récit s élève ».15 pour sa part charles bertin illustre le côté portatif ­ si l on peut dire ­ de la côte belge entendons par là que certains souvenirs vécus sur place peuvent revenir hanter les personnages bien des années après et aux antipodes de la côte il suffit de lire vingt chambres d hôtel ou anne la bien-aimée deux romans de dominique rolin pour s en apercevoir dans les éblouissements de pierre mertens c est le poète gottfried benn qui éprouve la réminiscence de la mer en foulant le pavé bruxellois au-dessus de la senne voûtée journal d un crime le roman de charles bertin qui se déroule à paris met en scène un avocat emprisonné qui n a a priori aucune raison de songer à la côte et pourtant « si je me penche sur mon enfance je ne retrouve qu un univers lisse un peu noyé de brume d où émergent quelques déchirantes images peu d événements point de drames mais seulement le cours d une vie qui se déroule toute proche des choses qui ne se hâte pas qui se réjouit d une fumée sur la mer d un coquillage à la forme rare ou de l envol éclatant des mouettes seul le songe peut me rendre mes mouettes je passais des heures à les observer elles semblaient goûter comme moi ces grands coups de brise qui soufflent en rafales soulevant le sable et allumant mille étincelles d écume sur la vague À quelques mètres de ma tête elles sillonnaient l air parfois se laissant dériver sans lutte et parfois faisant face c est à ce jeu que je les préférais au retour d une glissade je les voyais les ailes presque écartelées dans un grand élan immobile peser contre le mur du vent et ce combat sans pesanteur ce pur instant d équilibre entre le poids du ciel et l effort d un oiseau me plongeait dans un ravissement dont je ne devinais pas la cause je sais aujourd hui que j y découvrais ma première image de la beauté » 16 l enfance l enfance retrouvée le sable en est sans doute le meilleur écrin il suffit de le fouler pour que tout revienne intact assurément ce thème est le plus fréquemment traité toutes générations confondues mais de tous ceux qui l ont développé jean muno l a clairement poussé le plus loin ripple marks son roman écrit juste après sa retraite anticipée se veut un autoportrait devant la mer par un phénomène mimétique la page qu il noircit dans son appartement avec vue sur mer se remplit au même rythme que la plage des mêmes personnages qui lui ont pourri la vie au bord de la mer les conventions se trouvent balayées par le vent le protocole n y a pas sa place l un des romans où ce phénomène s avère le plus manifeste est sans doute mariages de charles plisnier trois cousines issues de la bourgeoisie montoise de l entredeux-guerres se retrouvent sur la plage de la panne en froid depuis des années elles ne concevraient pas de se parler en ville mais à la mer et si leur petite enfant jouait les ambassadrices tous les codes seraient modifiés quant à la cousine répudiée plisnier exprimera à merveille le lent cheminement des souvenirs à la mer dans la mémoire affective « facilement on délaisse mais oublier il était des choses qui demeuraient prises à son âme de celles qu elle disait à gilbert quand aux beaux soirs ils étalaient leurs enfances comme des images d Épinal des parties de cache-cache aux lisières des dunes quand l ombre embrouillait les buissons d argousiers quand les joues brûlaient sous la main quand les cheveux se défaisaient sur les épaules quand la cloche qui appelle au dîner venait sur le doux air salin des lectures sur la terrasse quand on reculait la chaise-longue à mesure qu avançait le soleil et qu à la fin paresseuse on se laissait prendre par les rayons on cédait à

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magazine 11 dossier page de g jean muno et son chien aaron à nieuport coll j burniaux la chaleur à la torpeur aux songes vagues toutes ces minutes de sa vie laissaient dans son âme une perfide blessure à voir une affiche dans une gare ­ la panne perle des plages la voile d un char en biseau sur le ciel ­ à lire un livre où il y avait des dunes des cousines ce souvenir fugace qui lui pinçait le coeur »17 il ne faudrait pas croire que cette distorsion du paysage cette tendance à l emballement au contact du vent soit une tendance exclusivement belge de tout temps les écrivains étrangers de passage par notre littoral ont éprouvé à leur tour ce pouvoir hypnotique témoin honoré de balzac qui a situé l un de ses premiers contes à ostende dans jésus-christ en flandre le sauveur s y trouve incarné en bourgmestre flamand tandis que la petite ville prend l aspect d une île jalonnée de cathédrales jean cocteau qui a passé un temps dans les tranchées de nieuport durant la première guerre s en est souvenu dans thomas l imposteur où la station balnéaire apparaît sous un jour lunaire constellée d abris portant des noms de stations du métro parisien « les dessous de nieuport ressemblaient à ceux du théâtre du châtelet on avait relié les caves les unes aux autres et surnommé cet égout nord-sud chacun des orifices arborait le nom d une station du nord-sud et ce n était pas son moindre charme que de vous déverser à la pancarte concorde au milieu des ruines d un casino »18 quant à marcel proust si sensible au pouvoir évocateur des noms il a replacé ostende dans son oeuvre comme un lieu mystérieux à l écart de tout « et très près de là c est ostende où il avait été quand il était petit il éprouva une sensation singulière en sentant ainsi un passé si différent se relier au présent en pensant qu en suivant le rivage gris de cette immense mer grise il arriverait à ostende qui était pour lui une plage isolée du reste du monde et ainsi se souvenant de la mer du nord de la baltique de dieppe jean constate que seule la nature en nous faisant sentir ce que nous avons senti une fois nous mène droit à quelque point de ce monde fabuleux qui est devenu le monde de la vérité »19 1 georges rodenbach la plage 2 juillet 1882 2 Émile verhaeren « le voyage de noces » la plage 23 juillet 1882 3 fernand crommelynck « le petit apache » le carillon 31 juillet 1908 4 fernand crommelynck « la mer » le carillon 21 août 1908 5 fernand crommelynck les amants puérils Éditions des artistes bruxelles 1942 p 15 6 paul willems un arrière-pays rêveries sur la création littéraire presses de l ucl louvain-la-neuve 1989 pp 80-81 7 paul willems les miroirs d ostende jacques antoine bruxelles 1974 p 9 8 paul willems « requiem pour le pain » in la cathédrale de brume fata morgana montpellier 1983 pp 9-10 9 michel de ghelderode sortilèges marabout verviers 1963 pp 145-147 10 franz hellens trois aspects d ostende tribord août 1931 p 9 11 charles de coster la légende d ulenspiegel la renaissance du livre bruxelles 1966 p 340 12 gérard prÉvot « la simultanée » in le spectre large marabout verviers 1975 p 17 13 maud frere la délice gallimard paris 1961 pp 61-62 14 marcel thiry nondum jam non de rache bruxelles 1966 p 43 15 charles bertin ostende dans l oeuvre de marcel thiry bulletin de l académie royale de langue et de littérature fançaises t 60 n°1 1982 pp 60-88 16 charles bertin journal d un crime jacques antoine bruxelles 1983 p 145 17 charles plisnier mariages corréa paris 1936 p 229 18 jean cocteau thomas l imposteur gallimard paris 1923 pp 83-84 19 marcel proust jean santeuil bibliothèque de la pléiade 1971 p 392

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thomas gunzig un belge incroyable mais vrai thomas gunzig n a jamais dû solliciter d éditeurs pour être publié pourtant son aventure littéraire commence de manière on ne peut plus banale « comme tous les ados torturés j écrivais de sombres textes vers 16-17 ans j ai terminé deux soit-disant romans que je n ai jamais soumis à des éditeurs mais j ai toujours souhaité être publié quand tu es un jeune homme de 15-16 ans tu cherches ta place dans la société la reconnaissance des jeunes filles qui n en ont pas forcément à ton égard j avais plein d idées naïves sur ce qu est être écrivain et beaucoup de fantasmes sur cette activité cela me venait je suppose d une espèce de volonté d exister dans le monde » prix de l Étudiant Écrivain de bruxelles au pays des taureaux et des chevaux michel torrekens les années passent thomas gunzig continue à écrire et notamment des nouvelles survient et il n y en aura qu un dans l histoire de la littérature belge francophone le concours de l étudiant écrivain de la ville de bruxelles organisé par maxi-livres une chaîne de magasins qui a fait faillite depuis thomas alors étudiant en sciences politiques a 23 ans et suffisamment de nouvelles pour constituer un recueil il l envoie et gagne le prix consistait en la publication du manuscrit par un éditeur français jacques grancher spécialisé dans les livres de vie pratique de cuisine de voyance et quasi absent du paysage littéraire « j étais jeune naïf et impressionné jacques grancher était sympathique avec moi mais il m a de suite prévenu qu il n avait pas les moyens de faire un travail éditorial et la promotion du bouquin il allait corriger les fautes d orthographe et l imprimer c était à moi de me débrouiller pour démarcher les libraires et faire connaître le livre c était presque du compte d auteur chic à part que je ne payais pas mais pour moi ma carrière était lancée j allais devenir riche et célèbre » il se charge donc de faire connaître ce premier livre situation instable penchant vers le mois d août en allant dans les librairies libris tropismes et deux trois autres il envoie le livre au journal le soir « où j ai eu un article ultra-mauvais ce bouquin n a pas du tout fonctionné mais il a eu une petite vie » surtout il lui permet de rencontrer francis dannemark écrivain lui-même qui à l époque organisait des rendez-vous littéraires des nuits des lettres c est à cette occasion qu il croise un écrivain français dont il a oublié le nom depuis par pure sympathie celui-ci propose de parler du jeune écrivain belge à robert laffont grand patron de l édition française décédé récemment qui en touche un mot à l une de ses divisions littéraires julliard Élisabeth samama le contacte par téléphone et lui demande s il a quelque chose à publier il lui envoie une dizaine de nouvelles peu de temps après Élisabeth samama le rappelle et lui propose de retravailler ses textes

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magazine 13 mon éditeur et moi page de g © bénédicte maindiaux avec lui « je suis parti pour paris dans le bel hôtel particulier dont disposent les éditions julliard sur l avenue marceau cela me changeait des petits bureaux de jacques grancher un peu rustiques j ai eu l occasion de réaliser avec Élisabeth samama le meilleur travail éditorial de ma vie même si j ai rencontré beaucoup d éditeurs par après elle a bossé comme je n ai jamais vu un éditeur bosser sur des textes pour elle il y avait moyen de monter d un cran avec les textes que je lui avais envoyés elle avait passé des nuits dessus je me souviens que les feuilles sentaient l odeur de cigarettes elle avait souligné proposé des tas de choses durant une journée complète dans son bureau nous avons discuté de chaque page de chaque nouvelle sans pression aucune de sa part elle n a rien réécrit mais il y avait des questions des conseils des éclaircissements tous judicieux qui ont apporté une plus-value à l ensemble du recueil par exemple elle a proposé que le personnage féminin de minitrip qui apparaissait dans quelques nouvelles revienne systématiquement pour apporter une unité à l ensemble l idée était excellente il y avait quelque chose dans le noir qu on n avait pas vu est sorti en 1997 avec la très dépouillée mais prestigieuse couverture des éditions julliard c est à partir de ce moment que j ai vu la différence entre un éditeur artisanal et une grosse machine qui a les moyens comme julliard » le recueil de nouvelles bénéficie de critiques élogieuses notamment dans le quotidien français libération et l auteur est invité dans diverses émissions et manifestations littéraires publication d un parfait bilingue au diable vauvert pourquoi dès lors avoir pris un chemin de traverse et ne pas avoir poursuivi l aventure julliard pour aller au diable vauvert deux rééditions en format poche vont être à l origine de ce changement d édition en effet c est à cette époque que les éditions j ai lu lance leur collection « nouvelle génération » portée par « cette idée qui m énerve un peu de rassembler des auteurs mordants rock n roll » il y avait quelque chose dans le noir qu on n avait pas vu est donc reparu chez j ai lu à l initiative de la directrice de collection marion mazauric entre-temps francis dannemark qui a pris la direction de la collection « escales du nord » aux éditions du castor astral lui demande s il est possible de rééditer certaines de ses nouvelles « elles paraîtront avec quelques inédites sous le titre À part moi personne n est mort et c est ainsi que j entre au castor astral éditeur sympathique mais sans les lustres et les dorures de julliard marion mazauric reprendra également ce titre en j ai lu j en avais un peu marre des nouvelles et je décide de me mettre à l écriture d un roman c est vrai que les recueils de nouvelles se vendent moins bien et que la presse s intéresse beaucoup plus aux romans ceci dit les recueils de nouvelles ont des durées de vie beaucoup plus longues que les romans parce que ce genre se prête à toute sorte d exercices qu autorise moins facilement le roman comme la lecture en spectacle l adaptation en court métrage la diffusion radiophonique etc » pourtant ses premiers éditeurs n ont pas été effrayés à l idée de publier d emblée des nouvelles « non mais ils précisaient quand même qu ils attendaient un roman même si cela n a jamais été une condition pour publier les nouvelles » thomas gunzig ne le sait pas encore à cette époque mais sa « carrière » littéraire va prendre un fameux tournant de façon tout à fait inattendue un beau jour il reçoit un coup de fil de marion mazauric qui l invite à un déjeuner à paris et lui annonce qu elle va fonder sa propre maison d édition « un truc hyper nouveau très dynamique elle me demande quelle avance j ai chez julliard elle s élevait à environ 60 000 francs belges et elle me propose le double sur le coup considérant que je suis jeune que je n ai rien à perdre dans cette affaire je lui donne le manuscrit du roman auquel je travaillais et elle accepte le bouquin d ailleurs un peu trop facilement selon moi Ça m aurait plu de me retrouver face à un interlocuteur plus offensif plus ambitieux littérairement » le premier roman de thomas gunzig mort d un parfait bilingue paraît donc en 2001 sous une couverture au design noir sur fond rouge sous le signe d un diablotin ailé dans un format intermédiaire une identité graphique forte signée olivier fontvieille,

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