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belgique belgie p.p p.b liege x 9/3306 le verboludisme françois weyergans dossier rencontre enquête mon éditeur et moi lettres belges de langue franÇaise bimestriel ne paraît pas en juillet-août n° 167 du 1er juin au 30 septembre 2011 maternité et écriture xavier hanotte p 302031 bureau de dépôt liège x ed resp jean-luc outers 44 bd léopold ii 1080 bruxelles mai 2011

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sommaire n° 167 en couverture françois weyergans © baltel/sipa dépasser le cadre par michel lambert le verboludisme françois weyergans maternité et écriture alexandre soljenitsyne xavier hanotte daniel charneux joseph pearce anne richter verhaeren anarchiste onlit les prix littéraires 2011 les lauréats de 2010 bruxelles wallonie Éditorial 01 04 11 16 19 22 28 32 34 36 38 40 42 magazine dossier itinÉraires transfrontaliers enquête petit exercice d admiration mon Éditeur et moi portrait Écrivains de flandre littÉrature fantastique poÉsie Édition prix bourses agenda rencontres et spectacles littÉraires expositions thÉÂtre nouveautÉs et rÉÉditions critiques 46 48 52 54 56 76

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dépasser le cadre dans le prologue de son dernier roman les miroirs de rosalie Éditions de fallois/l Âge d homme jean-baptiste baronian met en scène un facteur en tournée qui s arrête chez un écrivain auteur de polars et lui dit « j ai une histoire pour vous » il la raconte à la suite de quoi l écrivain concède qu en effet l histoire est intéressante mais qu il doute trouver là matière à roman « et pourquoi » demande le facteur avec dépit « vous m avez raconté un fait divers répond l écrivain un bon polar suppose qu on dépasse le simple cadre d un fait divers » depuis que la littérature existe les faits divers ont fourni aux écrivains de quoi nourrir leur imaginaire jusqu à l extinction totale de la planète gutenberg dans un essai récent un jour le crime Éditions gallimard jean-baptiste pontalis s interroge sur la fascination exercée par la violence sur nos consciences en particulier sur celles des écrivains et pas seulement de polars « au commencement était l acte » proclame-t-il ­ et non le verbe « la mise à mort du père selon freud du frère selon la bible » voilà comment tout a commencé et ne se terminera sans doute jamais soit mais le verbe a vite suivi parce que ces mises à mort parricide fratricide et toutes les autres physiques ou morales il fallait les raconter ne serait-ce que pour les comprendre et le meilleur moyen de les comprendre est encore de les soumettre à l exploration de la fiction que de livres majeurs nés d un simple fait divers et pontalis d en citer quelques-uns madame bovary exemple parmi les exemples cette oeuvre qui fit accomplir un pas décisif à l art du roman combien de lecteurs savent qu elle s appuie sur une histoire vraie celle d une certaine delphine delamare qui s est suicidée à l arsenic après une vie désastreuse criblée d échecs amoureux et de dettes c est en lisant le journal que flaubert prend connaissance du drame aussitôt il mène son enquête auprès de pharmaciens d avocats va jusqu à reconstituer les plans de yonville-l abbaye le bourg près de rouen où habitait l infortunée mais une fois cette documentation assimilée il s approprie pleinement le fait divers le transforme par l écriture le hisse au rang de chef-d oeuvre des années avant lui plongé dans la gazette des tribunaux stendhal s intéresse au cas d antoine berthet au point d en faire le principal personnage julien sorel de son roman le rouge et le noir lui aussi loin de transcrire déplace fantasme arrange les choses selon sa cuisine propre ce que fit aussi camus pour l Étranger qui n a rien perdu de son envoûtante modernité et mauriac dans thérèse desqueyroux inspiré d un procès d assises sur ce sujet un éditorial tout entier pourrait être consacré à notre « grand contemporain » patrick modiano fils d un juif et d une flamande d anvers il est sans doute l écrivain le plus incollable sur les faits divers qui ont défrayé la chronique depuis un siècle en particulier durant l occupation c est en parcourant un paris soir de 1941 qu il tombe sur ceci « on recherche une jeune fille dora bruder 15 ans 1m55 » de là il se lance dans une investigation capitale pour lui car de son propre aveu l essentiel de sa démarche littéraire s articule autour de « la survie des personnes disparues l espoir de retrouver un jour ceux qu on a perdus dans le passé » dora bruder un de ses plus beaux livres a donc été écrit grâce à ces quelques lignes oubliées dans un quotidien relégué aux archives depuis plus de cinquante ans cette genèse et tant d autres denis cosnard nous les raconte dans un ouvrage incontournable qui démonte la mécanique en cours chez l auteur dans la peau de patrick modiano Éditions fayard mais un fait divers n est jamais qu un fait divers aussi riche soit-il en signification existentielle en tragédies tues en potentialités romanesques encore faut-il qu il soit élu par l auteur autrement dit que celui-ci en devienne le complice en imagination qu il y trouve dans la violence ou la compassion une part de lui-même souvent cachée dans les replis profonds de son âme et surtout il convient qu il dépasse lui aussi le cadre comme le fit celui qui le fascine ou le révulse mais qu il le dépasse dans le texte en prenant les risques de la littérature michel lambert éditorial

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le verboludisme françois weyergans maternité et écriture alexandre soljenitsyne xavier hanotte daniel charneux joseph pearce anne richter verhaeren anarchiste onlit les prix littéraires 2011 les lauréats de 2010 dossier itinÉraires transfrontaliers enquête petit exercice d admiration mon Éditeur et moi portrait Écrivains de flandre littÉrature fantastique poÉsie Édition prix bourses

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maga zine magazine festival du mot de la charité-sur-loire dr

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le verboludisme daniel laroche la langue est une législation quand lexicographes et grammairiens la décrivent c est en effet comme un édifice complexe de règles de contraintes et d interdits qui s imposent à tout sujet voulant s exprimer par la voie verbale de cet édifice chacun d entre nous s accommode tant bien que mal la crainte de la faute de l impropriété ou du lapsus accompagne comme son ombre l exercice de la parole ou de l écriture surtout dans ces zones d « insécurité linguistique » que nous connaissons si bien en belgique toutefois ce face à face un peu sévère entre la loi et le sujet n est pas aussi simple et aussi figé qu il y paraît à première vue comme on dit familièrement il arrive qu il y ait « du jeu » un jeu dont seul un examen attentif peut révéler la nature la fréquence et l ampleur exactes ce qui est ici en cause n est autre que la dimension du verboludisme c est-à-dire l ensemble des pratiques qui consistent à jouer avec les constituants physiques de la langue sons lettres syllabes mots expressions toutes faites etc il s agit dans ces pratiques d utiliser les composants sonores ou visuels du langage non comme outils de construction et de transmission d un message mais comme autant de petits éléments matériels doués de caractères perceptifs propres et susceptibles d être agencés de manière imprévue c est dire que le mot d esprit en principe ne fait pas partie du champ ainsi défini car il relève généralement du niveau rhétorique comme dans ce paradoxe « vous êtes en avance sur votre retard habituel » dans les jeux de mots p.u.f 2e édit 1979 pierre guiraud distingue les jeux avec les mots ou « divertissements verbaux » tels que la charade ou les mots croisés et les jeux sur les mots qui portent « sur la forme sur le signifiant alors que le bon mot ou mot d esprit porte sur les idées sur le signifié » on nous permettra de prendre nos distances avec cette dernière explication dont le pouvoir discriminant est fortement sujet à caution hormis les cas limites comme la kyrielle « j en ai marre marabout bout d ficelle » il est rarissime que les jeux verbaux n engagent pas d une manière ou d une autre la signification quoi qu il en soit si le verboludisme englobe incontestablement les divertissements verbaux et les jeux de mots il ne s y réduit nullement sa diversité est surprenante il est présent à tous les âges de la vie dans toutes les cultures humaines on l observe dès l antiquité il connaît des formes populaires comme des formes littéraires dans le registre oral comme dans l écrit bref il est à la fois doué d omniprésence et animé d une force de réinvention permanente dès l enfance on ne s attardera pas longuement sur le phénomène du babil propre au stade préverbal chez le jeune enfant et qui relève de l expérimentation psychomotrice l un des pionniers de son étude n est autre que le

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magazine 07 dossier page de g une oeuvre de frédéric baal parue dans la revue luna park n° spécial « graphies » 1976 linguiste belge antoine grégoire auteur de l apprentissage du langage 1937 il montre que au sommet de sa période de babil l enfant est « capable de produire tous les sons imaginables » tels qu on ne les trouve jamais réunis dans une seule langue ni même dans une famille de langues dans langage enfantin et aphasie 1969 pour la trad française roman jakobson confirme et approfondit cette thèse la maîtrise du système phonétique de la langue maternelle présuppose la réduction de cette incroyable habileté préverbale de l enfant ce qui suffit pour notre propos c est de noter que l acquisition puérile de la langue est précédée d un comportement oral qui loin de toute rationalité ressortit à la jonglerie musculaire et phonatoire laquelle possède donc une importance fondatrice quelques années plus tard à la cour de récréation apparaît un nouveau phénomène les formulettes préludiques du type « am stram gram » on aura reconnu le vaste domaine des comptines « terme générique employé depuis une cinquantaine d années par les folkloristes pour désigner les petits poèmes oraux traditionnels le plus souvent rimés ou assonancés toujours rythmés ou mélodiques utilisés communément par les enfants au cours de leurs jeux » jean baucomont les comptines de langue française 1961 début d une comptine qui connaît de nombreuses variantes en wallonie al poûr ­ mouzoûr cousin ­ couzoûr saint pierre ­ bourdon djosèf ­ simon et cette autre rond pipon canette fusette rond pipeau caneau fuseau les nombreuses comptines de wallonie ont été recueillies dès la fin du xixe siècle par des chercheurs comme joseph defrecheux les enfantines liégeoises 1888 julien delaite glossaire des jeux wallons de liège 1889 ou oscar colson formulettes wallonnes d élimination 1890 l on sait qu un grand poète comme norge leur a accordé une attention soutenue dont témoigne entre autres un article dans le journal des poètes en 1931 plus récemment il faut signaler au moins les travaux du folkloriste roger pinon dont la nouvelle lyre malmédienne 1952-1953 cependant le verboludisme enfantin ne se limite pas au babil et aux comptines il s étend au registre des charades et devinettes à celui des charmants « mots d enfant » ou encore à celui des rondes et chansonnettes il est temps néanmoins d aborder le monde des adultes en commençant par les formes « populaires » ou « familières » celles qui sont largement répandues dans toutes les couches sociales des jeux à la portÉe de tous loin d être un phénomène marginal le jeu de mots ­ au sens large du terme ­ émaille de nombreuses conversations que ce soit sous la forme du calembour « vous avez tort et le tort tue » « dans quel état j erre » de l àpeu-près « le ministre de la dépense nationale » « retour à l âge des casernes » de la contrepèterie « ne confondons pas le vélo du minus et la vénus de milo » du nom propre farfelu « pierre abriquet » « paul hitesse » et bien d autres on connaît aussi les « combles » piégés « quel est le comble pour un cordonnier c est de battre la semelle dans une rue en lacets » ou les glissades homophoniques « est-ce sûr et certain aussi sûr qu un kilo de citrons verts » apparemment gratuit le jeu de mots constitue une sorte de clin d oeil destiné à faire rire ou sourire les allocutaires des enseignants ont souligné le fait qu il est largement inaccessible aux apprenants étrangers même avancés lesquels « manifestent un malaise certain face aux jeux de mots que ce soit sous la forme d une incompréhension totale ou de l incapacité à passer du premier au second degré ou encore de l impuissance à partager le sentiment d hilarité que ceux-ci suscitent chez les francophones » ruggero druetta in bouquets pour hélène n° 6 la capacité de jouer avec les mots serait donc intimement liée à l apprentissage de la langue ce qui doit donner à réfléchir outre les catégories déjà citées pierre guiraud op cit évoque l enchaînement par écho « tu l as dit bouffi » le pataquès « entre quat zoreilles » les argots le « javanais » le verlan il décrit d autre part le domaine multiforme du divertissement verbal parmi lesquels les mots croisés le scrabble les rébus etc les jeux de

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08 société ont été décrits avec minutie par henry landroit dans 100 jeux de langue à l école et ailleurs 2004 où l auteur a de plus inséré quelques inventions de son cru il n est donc pas utile d en refaire ici le tableau il faut par contre ménager une place à un secteur lexical beaucoup moins étudié et qui témoigne pourtant d une grande créativité le vocabulaire de l injure dans le lexique clandestin la dynamique sociale des insultes et appellatifs à bruxelles français et société 2000 laurence rosier et philippe ernotte analysent 523 insultes en usage dans la région bruxelloise récoltées sous leur direction par une trentaine d enquêteurs si leur perspective est strictement sociolinguistique la créativité lexicale des insulteurs se manifeste en de nombreux passages de l étude « boucaque » « bourge » « lesbiche » « marlouf » « mataquec » « moutouf » « tapiole » etc les pirouettes verbales n ont pas toujours été tenues en haute estime il s en faut de beaucoup « les classiques ont censuré l anagramme comme ils l ont fait du calembour voyant dans l un et l autre des jeux vains et puérils » pierre guiraud op cit boileau qualifiait d « insipides plaisants » et de « bouffons infortunés » les amateurs de « jeux de mots grossiers » pour voltaire c était « la pire espèce du faux bel esprit » pour littré un « abus » pour hugo « la fiente de l esprit qui vole » pour gustave lanson « la forme la plus basse des sonorités verbales » tandis que freud assimile le stade du jeu à l enfance de la raison l on pourrait aisément étoffer une telle anthologie elle montrerait de manière irréfutable que le verboludisme n a pas sa place dans l idéologie rationaliste pour laquelle la langue est vouée exclusivement au service et à l exaltation de la pensée aussi les acrobaties linguistiques sont-elles renvoyées à l insignifiance sinon à la bêtise pourtant l omniprésence même de telles pratiques devrait donner à réfléchir elle suggère au contraire qu elles remplissent des fonctions obscures et que ces fonctions ont probablement partie liée avec la nature même de la langue et de la relation sujet-langue le domaine paralittÉraire quittant insensiblement le domaine des formes « populaires » abordons celui des formes paralittéraires la bande dessinée notamment constitue en matière linguistique un terrain de jeu privilégié pensons à hergé et aux « langues imaginaires » qui émaillent les aventures de tintin ou encore à l époustouflante série des injures du capitaine haddock voir jan baetens hergé écrivain 1989 pensons à la « zorglangue » dans l album de spirou z comme zorglub au parler « schtroumpf » inventé par peyo à la rhétorique ampoulée de l antihéros achille talon greg qui n est pas sans parenté avec celle du maire de champignac etc l invention du récit dessiné en de tels cas s accompagne et se soutient d une véritable réinvention de la langue laquelle réinvention au-delà de son apparence fantasque s impose comme une donnée narrative fondamentale du côté de la chanson certains paroliers-interprètes prêtent au verboludisme un intérêt particulier ainsi en va-t-il de julos beaucarne qui avec la collaboration de pierre jaskarzec a consacré au « virelangue » tout un recueil les chaussettes de l archiduchesse ­ et autres défis de la prononciation points 2007 l amateur y trouvera de nombreux exercices de virtuosité articulatoire de diverses provenances y compris des chansons de l auteur ou encore ce classique du genre « un chasseur sachant chasser sans son chien est un bon chasseur » notons au passage que julos beaucarne en préface rend hommage à son prédécesseur roger pinon déjà cité qui a publié en 1974 « une véritable bible des amateurs de virelangues » ton thé t a-t-il ôté ta toux musée de la vie wallonne autre jongleur renommé jean-luc fonck invente dans histoires à délire debout casterman 2003 un procédé original en tête de

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magazine 09 dossier page de g julos beaucarne virtuose du virelangue © grain de sel chaque chapitre sous une photo parfaitement banale figure une légende incongrue ainsi une affichette « appartement à louer » est assortie de la formule « loué soit-il » une photo montre deux mains dont l une tient un sécateur et l autre une petite pelle « c était l époque les mains de jardin » un signal triangulaire posé sur un trottoir « souvenir de la panne » on retrouve le procédé dans prochaines histoires à délire debout casterman 2006 sous l image d un carrousel « tombe manège » deux sacs à dos « de droite à gauche un sac adulte et un sac ado » une canette de boisson non alcoolisée « le soda inconnu » nul doute que les boileau et autres littré n eussent guère apprécié cette forme d humour ­ lequel il est vrai exige du lecteur une culture toute contemporaine les numéros des humoristes professionnels forment un genre paralittéraire moins étudié et pourtant d une grande richesse verboludique tout le monde se rappelle la stature et la faconde d un raymond devos auteur de phrases improbables telles que « l oie oit-elle » plus près de nous bruno coppens renouvèle le genre avec des spectacles comme bain zen ou ma terre happy sans reculer devant les approximations les plus téméraires extraits de son recueil le fond de l air effraie luc pire 2010 « rendons à césar ce qui est assez rare » « de l ozone qu on troue aux langes dont les pans percent c est toujours une affaire de couche » barack obama disant à sa femme « yes weekend » au casino « attention rien ne bat plus les oeufs sont frais » le champ littÉraire les formes populaires et paralittéraires du jeu verbal pourraient laisser croire que celui-ci se réduit à une sorte de contre-culture ou de sousculture visant à ridiculiser non la langue ellemême mais l usage raisonnable et sérieux de la langue tel qu il est enseigné à l école il s agirait en somme d une pratique de type « carnavalesque » au sens de mikhaïl bakhtine les choses ne sont pas si simples car on s en rend compte les formes verboludiques sont très diversifiées et de nombreux divertissements verbaux tels que les mots croisés ont pleinement pignon sur rue d autre part la littérature elle-même a donné au verboludisme de nombreuses lettres de noblesse comme en témoignent les oeuvres de rabelais des grands rhétoriqueurs de jean tardieu de raymond queneau de l oulipo qui comptait deux membres belges andré blavier et rené florkin et de bien d autres À vrai dire c est toute l histoire de la poésie qui par le biais de la versification implique un travail intense et complexe sur le signifiant soit ce que nous avons appelé le côté « physique » de la langue la métrique règle le nombre de pieds syllabes par vers la prosodie organise le rythme et la mélodie assonances et rimes créent un effet d écho les formes fixes tels le rondeau ou le sonnet imposent au poète un moule textuel préétabli autant dire que les pratiques verboludiques à l oeuvre dans le champ littéraire sont d une tout autre ampleur que les procédés exami nés jusqu ici comme on va le voir elles portent sur des unités linguistiques bien plus larges mettent en jeu des mécanismes bien plus complexes et vont jusqu à soutenir la structure d oeuvres entières la littérature de france on l a suggéré regorge de telles pratiques en ce qui concerne le domaine belge nous disposons d une anthologie largement panoramique un pays d irréguliers archives du futur 1990 dont le choix des textes et des images est dû à marc quaghebeur jeanpierre verheggen et véronique jago-antoine en tête de leur ouvrage les auteurs retiennent à juste titre charles de coster souvent considérée comme l oeuvre inaugurale de notre littérature la légende d ulenspiegel 1867 se singularise en effet par une langue d apparence désuète qu un non-initié pourrait prendre pour de l ancien français y apparaissent de nombreuses forgeries originales « ivrognial » « pansard » « crevaille » « guenillard » « gloutu » « califourchonner » etc pour jean-marie klinkenberg le caractère fondamental de ce langage n est autre que l archaïsme « vieux mots tournures syntaxiques légèrement gauchies formes traditionnelles telles que chansons proverbes longues énumérations versets régulièrement introduits par et termes allant par couples » « lecture » in la légende d ulenspiegel espace nord Écrite dans un français classique la légende n aurait certes pas la même force comme on l a déjà noté à propos de la bande dessinée la réinvention de la langue n est ici nullement une question

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10 de simple forme l intensité dramatique du récit doit beaucoup à l accentuation expressive des contrastes et au caractère évocateur du vocabulaire par lesquels le lecteur se trouve transporté dans un autre monde il est matériellement impossible d aborder ici chacun des auteurs cités dans un pays d irréguliers de lemonnier à podolski en passant par crommelynck ghelderode christian dotremont ou marcel moreau il faut d ailleurs noter que plusieurs d entre eux ne se livrent au verboludisme que d une manière sporadique sinon exceptionnelle ainsi en va-t-il du dialogue entre stella et bruno au début du cocu magnifique de tel « délire » d andré baillon d une bouffée de néologismes sous la plume de gaston compère d une réplique dans la ville à voile de paul willems autant d échappées qui ne sont certes pas à négliger mais au sortir desquelles nos auteurs en reviennent bien vite à une langue plus policée pour d autres au contraire le travail sur la matérialité langagière et la transgression des codes relève d une préoccupation permanente c est ce qu on peut constater dans deux oeuvres poétiques exceptionnelles celles de norge et de jean-pierre verheggen forgerons du langage pompon d or la plus belle la plus belle pompon d or la plus belle sort dehors in calendrier 1929 hormis ses deux premiers recueils la poésie de norge est abondamment nourrie par la reprise de formes langagières anciennes plutôt populaires que strictement littéraires le conte de fées avec ses formules d enchantement ou de sortilège les légendes de grands personnages l almanach des muses où chaque mois de l année faisait l objet d un poème la cartomancie les formules magiques la clé des songes sans oublier la fable les comptines les dictons ou encore le vaste répertoire des rondes et chansons de france on voit que ce corpus est très varié et qu il serait abusif de le réduire au « folklorique » il comporte néanmoins plusieurs traits communs toutes ces formes tous ces personnages viennent d un autrefois lointain de sorte qu ils donnent une impression générale de « démodé » plusieurs d entre eux ont pour origine une tradition orale textes et formules sont souvent anonymes ou bien leurs auteurs sont oubliés ils composent ensemble une sorte de patrimoine collectif bariolé où chacun peut puiser à sa guise ce dont norge ne se prive pas mais ce qui compte davantage pour notre propos c est le travail de transformation auquel le poète soumet tous ces matériaux de récupération travail aux antipodes du pastiche ou de la contrefaçon prenons cet extrait de totaux in la langue verte 1954 où une morale souriante revêt l habit du virelangue ton temps têtu te tatoue t as-ti tout tu de tes doutes t as-ti tout dû de tes dettes t as-ti tout dit de tes dates sans conteste la langue verte est le livre où se manifeste de la manière la plus explicite la propension de norge au verboludisme il s ouvre sur quelques pages où l auteur cherche à réhabiliter des expressions et des mots désuets pittoresques enfantins ou simplement savoureux « calembredaine » « fouette cocher » « tudieu » « en tapinois » « bélître » « bayer aux corneilles » « bernique » et de conclure par une pirouette qui en dit long « chausse un peu tes bésicles professeur et dis-moi il répond que le mot est le serviteur de l idée bon mais voyez-vous ce maire du palais qui guette le pouvoir » pour norge l une des fonctions essentielles de la poésie consiste à rendre au langage sa concrétude et sa saveur anémiées par l usage intellectuel et l esprit de sérieux on a souvent rapproché jean-pierre verheggen et norge qui a préfacé la réédition de pubères putains dans espace nord ce rapprochement partiellement justifié exige toutefois beaucoup de prudence le projet de verheggen est plus âpre plus orienté vers la démystification la parodie en un mot vers la dérision comme le suggèrent quelques-uns de ses titres le grand cacaphone 1974 divan le terrible 1979 les

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magazine 11 dossier page de d jean-pierre verheggen poète iconoclaste expert en autodérision © j p verheggen page s l oral et hardi joué et mis en scène par jacques bonnaffé © xavier lambours le tout sans aucun respect pour la norme linguistique officielle la transgression langagière venant à la fois renforcer et concrétiser le non-conformisme du propos qu ils soient libellistes mâche-lauriers kroumirs bucoliastes rapsodes macrocéphales bardes sans-soif chantres nyctalopes félibres mégalomanes sous-nourrissons des muses ectoplasmes parfaits protozoaires symbolistes librettistes couronnés satrapes de jeux floraux on l aura deviné ceux dont il est question dans ce texte ne sont autres que les poètes corporation dont semble faire partie notre auteur ­ expert aussi en autodérision poète bin qu oui poète bin qu non 2011 véritable genre littéraire à elle seule l oeuvre de verheggen est une vaste et multiforme entreprise de libération ­ terme préférable à celui de « liberté » car davantage dialectique comme notre univers mental et social regorge d interdits de garde-fous d inhibitions de censures de réticences de toutes espèces le terrain de chasse ouvert à cette entreprise parait sans limite encore faut-il maîtriser l art de débusquer des proies si bien masquées ce qui n est pas donné à n importe qui le sens du jeu la langue est une législation disions-nous en commençant elle appelle donc la trans folies-belgères 1990 ridiculum vitae 1994 l oral et hardi 2001 sodome et grammaire 2008 on aura noté la connotation grinçante de ces à-peu-près fort éloignés de la bonhomie norgienne dans son ouvrage déjà cité freud distingue les deux grandes tendances du mot d esprit qui est soit « hostile » attaque satire défense soit « obscène » il vise le sexuel l excrémentiel cette double direction est en gros celle qu on trouve dans l oeuvre de verheggen d une part une guérilla de harcèlement contre toutes sortes de préjugés de stéréotypes sociaux d hypocrisies de convenances de médiocrités d habitudes confortables de convictions de glorioles de petites et de grandes lâchetés d autre part une insistance malpolie sur les fonctions corporelles ordinairement refoulées de la conversation.

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12 gression qui semble en effet l accompagner comme une ombre et qui pourtant ne suffit pas à définir à elle seule le phénomène verboludique malgré son caractère expéditif notre inventaire a montré qu entre la règle et l interdit s étend un large espace de nondroit un entre-deux propice à l imprévu l on transgresse indubitablement quand on commet des fautes volontaires de prononciation pataquès classique « cent-z-euros » d orthographe « keskipudontan » écrit queneau de morphologie « si j aurais su j aurais pas venu » par contre les créations lexicales néologismes forgeries poétiques mots-valises sont bien dans la logique de la langue de même que les apocopes « la récré » « l ordi » et les aphérèses un « blème » pour un « problème » dont les linguistes ont reconnu depuis belle lurette le rôle constant dans la formation du vocabulaire ce qui fonde l originalité du verboludisme n est autre en un mot que son caractère expérimental cf d laroche les jeux de langage in francophonie vivante déc 2006 il s agit en quelque sorte de tirer la langue hors d elle-même de la défigurer sans pour autant la rendre méconnaissable de pratiquer un questionnement empirique et sans cesse recommencé sur ses limites c est-à-dire sur son identité ce questionnement peut prendre des formes légères humoristiques ponctuelles dans le cadre des conversations privées plus systématiques dans la bouche et sous la plume des amuseurs professionnels toutefois c est dans la pratique des discours parodiés et des langues imaginaires qu est malmenée le plus vivement l identité de l idiome l objet du jeu ici n est plus le mot isolé ni même le groupe de mots mais l énoncé tout entier si les jeux verbaux ont été souvent qualifiés de « gratuits » c est donc sans aucun doute par défaut de clairvoyance ils concernent en effet la relation du sujet à la langue dans ce que cette relation a de plus fondamental une étude récemment menée en wallonie a montré que dès leur entrée à l école primaire les enfants de milieux peu favorisés présentent déjà un déficit dans leur maîtrise de la langue française et que ce déficit se traduit notamment par leur incapacité à jouer avec les mots l on a vu ci-haut que dans le cadre des cours de français langue étrangère les apprenants adultes éprouvent une difficulté analogue l inverse les émissions télévisées telles que « le mot le plus long » la maestria des cruciverbistes la verve d un verheggen sont autant de manières de reprendre à la langue un peu de son pouvoir c est donc que sous une apparence de fantaisie le verboludisme est à la fois un puissant révélateur quant à l accès du sujet au langage et une expérience linguistique véritablement structurante.

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françois weyergans live jeannine paque désormais les publications du prix goncourt 2005 porteront la mention françois weyergans de l académie française Élu en mars 2009 le nouvel académicien sera reçu quai de conti le 16 juin prochain par erik orsenna quant à lui il prononcera ce même jour deux éloges celui de maurice rheims auquel il succède mais aussi celui d alain robbe-grillet élu au fauteuil de ce dernier et décédé avant de l occuper nous l avons rencontré à paris plutôt rieur enthousiaste plein de projets littéraires sans doute mais aussi académiques le prochain texte qu il destine au public devrait bien être un discours en habit vert élégant à coup sûr et à la pointe de l épée dansante de maurice béjart et n en doutons pas une oeuvre originale de plus le carnet et les instants d entrée de jeu je vous vois d excellente humeur et malicieux me tendre un volume d andré gide et cette déclaration liminaire sur la méfiance qu il a toujours eue à l égard des interviewers françois weyergans le livre de gide s intitule interviews imaginaires ce qui veut dire qu on n est jamais mieux servi que par soi-même voici les premières phrases « je n aime pas les interviewers bons pour ceux de quelque profession que ce soit qui peuvent avoir de grandes et fécondes idées mais dont le métier n est pas précisément de les dire nous littérateurs nous n avons nul besoin pour atteindre le public d un truchement qui le plus souvent travestit fâcheusement notre pensée fût-ce avec la meilleure volonté du monde » je trouve amusant de commencer une interview en compagnie de gide vous avez vu qu il dit « littérateur » c est un mot plutôt péjoratif aujourd hui mais peutêtre déjà du temps de gide qui se permettait parfois de délicieuses coquetteries entretemps l interview est devenue un genre avec ses chefs-d oeuvre hitchcock et truffaut francis bacon et david sylvester même si là on quitte l interview pour l entretien et ce sont des livres pas des articles gide a l air de penser qu il n y a que les littérateurs qui échappent au travestissement de leur pensée mais regardez comme les gens d image écrivent bien de nombreux cinéastes le texte de fellini sur rimini le livre de josef von sternberg et puis picasso giacometti le journal de delacroix et les lettres écrites en français par van gogh c est un chef-d oeuvre de la littérature française j ai beaucoup appris en lisant très jeune les interviews imaginaires des réflexions sur le roman sur le roman qui n est jamais parfait contrairement au théâtre de racine disait gide c est un livre que j aurais fait lire à toute ma classe si j avais enseigné gide y rappelle le conte des mille et une nuits où un pauvre est invité par un riche marchand à un dîner somptueux le menu est extraordinaire mais les assiettes resteront vides le nom des plats annoncés par le marchand remplace les plats eux-mêmes le mendiant est nourri de mots je suis en train de vous parler à bâtons rompus © lütfi ozkök

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14 c i vous êtes d accord avec gide ou n estce là qu un peu de provocation à l égard des critiques littéraires f w j aime lire les interviews des autres je n aime pas en donner il faudrait nuancer j adore les interviews dans les pays étrangers où la lecture de mes livres n est pas la même qu en france ou en belgique ils repèrent d autres choses des pages qui évoquent le catholicisme ne sont pas lues de la même façon dans les pays protestants ou au japon dans l ex-allemagne de l est on m a souvent dit « votre enfance catholique me fait penser à la mienne qui fut communiste » quand j étais à taiwan à taipei et à kaohsiung on m a posé des questions auxquelles je ne m attendais pas du tout mais je préfère garder ça pour moi et m en servir comme source d inspiration pour un chapitre dans mon prochain roman et ce sera mon personnage weyergraf qui répondra vous voyez c est un des problèmes que j ai avec les interviews je n ai pas envie de dévoiler ou gaspiller des choses qui seront la matière première de pages à venir un professeur d université taïwanais a donné un cours sur moi en ma présence on me traduisait bien sûr et il a parlé de kawabata ça me changeait de woody allen il paraît que la traduction chinoise de trois jours chez ma mère parue en mandarin à taipei est meilleure que la traduction en chinois simplifié publiée à beijing un sinologue me l a dit et ce me fut confirmé par une hôtesse de l air très cultivée madame lin au cours des treize heures du vol paris-taipei sur eva air c i nous ne parlerons pas tout de suite de vos sentiments académiques ou non mais de la belgique vous êtes le premier écrivain belge élu à l académie française bernard gheur un journaliste et romancier belge de vos amis a écrit à votre propos « pas mal de terre belge reste collée à ses semelles et l on peut être sûr qu il ne se brossera pas les pieds avant d entrer sous la coupole » dans certains milieux ou en privé vous évoquez volontiers la belgique et notamment bruxelles le lieu de votre naissance où vous aimez parfois séjourner f w bernard gheur on s est rencontré grâce à une interview il m a reçu chez lui à liège je connais si mal liège nous sommes très cinéphiles tous les deux des titres comme la scène du baiser et nous irons nous aimer dans les grands cinémas sont formidables mais si bernard m avait parlé de « terre belge » au téléphone je lui aurais dit « plutôt le pavé bruxellois » si terre il y a ce serait la provence la haute provence je revois de modestes chapelles romanes au milieu des champs de thym sans frises ni frontons mais pas moins solides que le mont ventoux qui avait de loin la même couleur que leurs pierres de taille j apprivoisais des lézards on cueillait des pêches dont le goût s est perdu « vous êtes rhénano-méditerranéen » me disait pierre klossowski j ai vécu à bruxelles mon adolescence cette période de la vie un peu négligée au profit de l enfance ce n est pas parce que j y suis né que j aime bruxelles c est une ville qui n a pas attendu ma naissance je tournerais volon tiers un film documentaire sur elle comme manoel de oliveira a tourné porto de mon enfance mais il faudrait reconstruire en studio le jardin du mont des arts tel qu il était avant la construction de cet ensemble quasi mussolinien dont fait partie la bibliothèque royale où l étudiant que je fus découvrit avec ferveur tant d ouvrages qu il ne pouvait pas s acheter je pense à toutes les librairies qui ont disparu ce qui a surtout disparu ce sont les heures que j y ai passées thème connu heureusement il y a de merveilleuses librairies aujourd hui à bruxelles quel que soit leur nombre de mètres carrés de chapitre xii à tropismes de filigranes à la licorne la licorne qui se trouve un peu loin chaussée d alsemberg mais loin de quoi finalement et la librairie d occasions boulevard adolphe max où je trouve toujours des livres épuisés sur le cinéma autres disparitions des salles de cinéma des hôtels mais tant qu on a l hôtel métropole tout va bien l équipe de tournage de mon film couleur chair habita l hôtel métropole pendant tout l été 1976 bianca jagger veruschka anne wiazemsky dennis hopper laurent terzieff roger blin la chambre que j occupais sublime a disparu c est devenu une salle de réunion mais ils ont très bien restauré le bar et mes soeurs et moi avons fêté au métropole l anniversaire de notre mère l année dernière histoire de vous dire que ma mère va bien mais je ne vais pas vous faire un guide de bruxelles chaque fois que j y reviens je fais un petit pèlerinage place rouppe où se trouvait

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magazine 15 unbelge à pa r i s page de g l hôtel métropole place de brouckère à bruxelles page de d le jardin du mont des arts et la bibliothèque royale © jonathan nélis jadis la gare du midi c est là que verlaine a tiré sur rimbaud connaissez-vous le texte de l examen médical de verlaine en prison reproduit dans les années 80 pour la première fois par françoise lalande avec description du pénis et de l anus de l auteur des fêtes galantes de « votre âme est un paysage choisi » c est à bruxelles que rimbaud et lautréamont choisirent de se faire imprimer ce n est pas rien cela dit victor hugo fut expulsé de belgique par le gouvernement de l époque et puis la grand-place sera toujours la grand-place n est-ce pas une place de cette importance sans édifice religieux c est plutôt rare et agréable À bruxelles j achète des cahiers atoma made in belgium je m en servais à la fin de mes études et on en fabrique toujours leur reliure que je suppose brevetée est très pratique c i d autres souvenirs abondent vous pouvez parler longuement de l enseignement chez les jésuites dont vous avez gardé une mémoire très vive que vous avez utilisée dans certains de vos romans comme franz et françois par exemple des lieux vous ont marqué durant ces années de votre adolescence de vos premiers apprentissages f w j ai fait mes « humanités gréco-lati nes » dans deux collèges saint-michel et puis saint-boniface c est là que j ai appris que louis xiv avait fait bombarder la grandplace on ne le dit pas en france ça mon professeur de troisième latine s appelait monsieur lahaye je mets son nom quand un ordinateur pose la question secrète au cas où on oublierait son mot de passe « votre professeur préféré » il m a écrit lorsque j ai publié mes premiers livres il disait être fier de moi dans les années 80 j ai rencontré à tokyo un autre de ses anciens élèves et nous lui avons envoyé une carte postale il mourut peu de temps après je crois pendant un cours de français je m étais disputé avec lui à propos de cocteau sans savoir qu un demi-siècle plus tard ce serait l exemple de cocteau qui me pousserait à me présenter à l académie française l expo 58 a été très importante j ai eu dix-sept ans pendant cette exposition j ai découvert des films des peintres des êtres humains exceptionnels ce serait une belle séquence pour mon film avec reconstruction du pavillon américain et de la fresque de saul steinberg le stabile de calder transfuge de ce pavillon s est retrouvé lui entre l ancien old england et la nouvelle cinematek et si on parlait de venise la ville où je suis allé le plus souvent il n y a pas que bruxelles de toute façon j aime toutes les villes où je vais c est une chance c est peut-être dû à une curiosité que je considère comme un instrument de travail c i que pensez-vous de la belgique actuelle quel est aujourd hui votre sentiment à

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