CI 168

 

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belgique belgie p.p p.b liege x 9/3306 maeterlinck modernité d un poète jean-luc outers dossier double portrait hommage petit exercice d admiration lettres belges de langue franÇaise bimestriel ne paraît pas en juillet-août n° 168 du 1er octobre au 30 novembre 2011 vladimir dimitrijevic henri de régnier p 302031 bureau de dépôt liège x ed resp laurent moosen 44 bd léopold ii 1080 bruxelles septembre 2011

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sommaire n° 168 en couverture jean-luc outers vu par nathalie gassel 2004 doc aml la rentrée et le départ par laurent moosen maeterlinck modernité d un poète jean-luc outers vladimir dimitrijevic henri de régnier geneviève bergé alain bertrand bernard gheur nadine monfils dimitri verhulst espace nord les midis de la poésie bruxelles et wallonie bruxelles wallonie Éditorial 01 04 10 20 23 28 33 35 39 43 46 47 magazine dossier double portrait hommage petit exercice d admiration mon Éditeur et moi Édition nostalgie itinÉraires transfrontaliers Écrivains de flandre actualitÉ rencontres agenda rencontres et spectacles littÉraires exposition thÉÂtre nouveautÉs et rÉÉditions critiques 50 52 58 63 63 68 98

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la rentrée et le départ par-delà le concert convenu des soupirs découragés qui chaque année accompagne l incontrôlable flot de la rentrée littéraire une question demeure et se fait toujours plus pertinente comment faire exister un livre cette préoccupation n épargne aucune étape dans la longue chaîne du livre l auteur au premier chef jaloux de son enfant et inquiet de lui lâcher la main pour qu il se mêle à ses nombreux petits camarades en quête des mêmes lauriers l éditeur ensuite qui connaît l exact coût de ses choix et l effort immense qu il lui faudra déployer pour les faire partager le libraire enfin contraint par l espace restreint dont il dispose à limiter l étalage de ses vibrations À ces angoisses croisées s ajoute désormais celle d une révolution numérique en ordre de marche mais qui peine à trouver l exact déploiement de ses potentialités malgré la multiplication des débats que la nouvelle nommée fédération walloniebruxelles suscite à ce sujet force est de constater que de nombreuses questions demeurent dont la plus criante est certainement celle d un modèle économique qui reste à définir nul ne doute néanmoins que c est dans une appréhension collective et dans une mutualisation des savoirs et des pratiques que ce cap devra être franchi c est donc avec une grande satisfaction teintée d optimisme que nous avons confié l avenir de la précieuse collection espace nord désormais propriété de notre fédération à une association d éditeurs qui mêle compétences éditoriales et numériques les impressions nouvelles et cairn cet accord d un genre nouveau clôt de la plus belle des manières le parcours de celui à la place duquel j écris désormais ces lignes jean-luc outers ce numéro de notre revue sera donc une manière d hommage à celui qui pendant vingt ans a présidé au destin de nos lettres le long entretien que découvrira le lecteur dans ces pages lui permettra de se faire une juste idée du chemin parcouru sur une période finalement très courte aides aux éditeurs aux librairies bourses aux auteurs manifestations littéraires d envergure valorisation de notre littérature sous d autres latitudes sont autant d outils qui ont peu à peu permis de professionnaliser un secteur qui il n y a pas si longtemps encore ne devait qu aux efforts combinés de l artisanat du talent et de la bonne volonté sa survie et ses titres de gloire ce parcours est d autant plus paradoxal pour un homme dont les qualités d écrivain furent d abord révélées par un livre qui s amusait à dépeindre les étrangetés kafkaïennes du monde administratif l ordre du jour publié en 1987 je me souviens à titre personnel de ma première rencontre avec lui autour d une table dont la collection anarchique et bigarrée de livres qui la jonchait empêchait de deviner et les limites et la couleur son regard parfois distrait sous une improbable coupe de cheveux s illumina soudain lorsque je prononçai le nom d henri michaux je compris alors que je n avais pas devant moi un haut fonctionnaire inféodé à une matière culturelle quelconque mais un véritable passionné de littérature pour lequel ce domaine de la création avait non seulement un passé mais également un avenir pour lequel toutes les énergies méritaient d être mobilisées il ne fut donc pas pour rien dans ce toujours improbable parcours professionnel qui aujourd hui m amène à lui succéder la confiance dont il m a toujours entouré dans les projets que j ai menés au sein du service de la promotion des lettres est pour moi le plus bel héritage à partir duquel j espère glisser mes pas dans les siens conscient du travail accompli qu il s agira de défendre et de consolider comme des défis nouveaux que j évoquais plus haut et face auxquels l équipe qui m entoure et les innombrables acteurs du monde de nos lettres tenteront d apporter des réponses porteuses d espoir qu il me soit donc ici permis cher jean-luc de vous remercier pour tout l aventure continue laurent moosen éditorial

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maeterlinck modernité d un poète jean-luc outers vladimir dimitrijevic henri de régnier geneviève bergé alain bertrand bernard gheur nadine monfils dimitri verhulst espace nord les midis de la poésie dossier double portrait hommage petit exercice d admiration mon Éditeur et moi Édition nostalgie itinÉraires transfrontaliers Écrivains de flandre actualitÉ rencontres

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maga zine magazine sans titre odilon redon 1840-1916

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maeterlinck avant le nobel modernité d un poète jeannine paque en 1911 l académie suédoise attribue le prix nobel de littérature à maurice maeterlinck ce faisant elle consacre un écrivain déjà célèbre dont la carrière a démarré de façon fulgurante en 1889 et dont les oeuvres sont alors connues dans toute l europe et outre-atlantique elles sont traduites en une dizaine de langues elle couronne un auteur de poésie de théâtre d essais et un traducteur lettré le prix qui dote le symbolisme d une aura officielle récompense pour la première fois un écrivain de langue française qui n est pas originaire de france.

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magazine 07 dossier page de d illustration de george minne pour serres chaudes 1889 photo alice piemme doc aml un autre belge Émile verhaeren pouvait prétendre à cette consécration qui aurait peut-être plu davantage à quelques personnalités littéraires ou politiques du pays mais le choix s est porté sur l auteur d oeuvres symbolistes majeures et a probablement été directement déterminé par l immense succès de la féerie l oiseau bleu 1909 l attribution de ce prix prestigieux survient à un moment où maeterlinck a renoncé à poursuivre dans la ligne des premières oeuvres dans la masse de sa production ­ plus de cent volumes à la fin de sa vie ­ la période symboliste est brève effervescente et concentrée sur un petit nombre d années maeterlinck en minimisera l importance alors que l influence de sa poésie notamment sur les surréalistes et le succès rencontré par son premier théâtre joué tout au long du siècle suivant indiquent qu il se trompait en effet un mince recueil de poèmes et huit pièces de théâtre ont donné en cinq ans forme et sens à un symbolisme spécifique par son origine et unique par son empreinte générique des oeuvres qui concrétisent les projets de la modernité esthétique par la saisie d un imaginaire inconnu et l écriture les serres chaudes instaurent un code nouveau à la thématique profonde correspond la simplicité du discours une poésie incandescente par son minimalisme même pourtant maeterlinck est entré très tôt en purgatoire la quantité d essais ou d écrits de circonstance pas toujours intéressants d un point de vue littéraire probablement à cause d une propension hautaine ou moralisante ou pour d autres raisons plus obscures mais effet du centenaire d une période illustre de nos lettres ou regain d intérêt tout à fait justifié pour l auteur de pelléas et mélisande les dernières décennies ont vu se multiplier les rééditions de ses oeuvres et de nouvelles perspectives critiques ainsi les nombreux travaux de paul gorceix ont démontré la spécificité d un symbolisme belge lorsqu il contribuait par ses éditions présentations et annotations à établir un corpus qui rassemble l essentiel de l oeuvre maeterlinckienne plus récemment 2002 fabrice van de kerckhove dont l édition critique du théâtre est toujours en cours a publié en deux volumes épais et au terme d un travail rigoureux d élucidation et d exégèse très détaillées les carnets de travail 1881-1890 de maeterlinck des documents qui éclairent un moment privilégié de l histoire littéraire en belgique c est alors que la littérature accède à l autonomie et s institue en propre un poète moderne serres chaudes le recueil paraît le 31 mai 1889 chez vanier l éditeur de verlaine en 155 exemplaires et illustré de sept bois de george minne il comprend trente-trois poèmes dont vingt-six en vers réguliers et sept en vers libres maeterlinck évoquera un an avant sa mort dans bulles bleues un récit rétrospectif son attrait quand il était enfant pour les serres paternelles recélant lumière chaleur et mystère on peut cependant faire l économie de cette explication biographique même si beaucoup de poèmes sont écrits à la première personne la présence métaphorique est telle qu elle exclut toute velléité de représentation du réel le motif de la serre domine l ensemble métaphore centrale qui n en finit pas de se différencier et de progresser en développements complexes jusqu à suggérer une impression d incohérence tant l imaginaire luxuriant développe de bourgeonnements imprévus de ces « végétations monstrueuses » qu évoquait huysmans dans à rebours les poèmes en vers libres sont les plus étonnants et les plus novateurs témoignant d un refus de la tradition et d une volonté explicite de s émanciper des règles établies mais c est dans leur ensemble que tous les textes proclament l abandon de l esthétique classique parnassienne notamment des valeurs conventionnelles de clarté d ordre de beauté et d harmonie impropres à traduire les visions intérieures l inconscient et tout ce qui dépasse la réalité physique la fragmentation la discontinuité la dissonance sont autant de signes d une forme libérée même si la thématique se nourrit parfois d archaïsme la serre singulière ou plurielle génère toute une série d analogies autour du verre de l eau de la transparence mais elle induit aussi des notions d enfermement de confinement de suffocation qui engendrent l onirisme l ennui et surtout l angoisse libérée de toute censure rationnelle la poésie se nourrit de désordre s enrichit des incohérences les plus incongrues les images se suivent sans aucun lien logique et fusent en tous sens l allure est litanique mais sans jamais se réduire à un jeu superfi-

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08 ciel ou à un simple exercice de virtuosité il s agit bien d une suite d illuminations au sens rimbaldien d enluminures donc autour d un motif central d ordre ontologique destinées à mimer les éclats d une personnalité perturbée implosée en quelque sorte et à traduire sans nul doute « cette sensation de choses qui ne sont pas à leur place » selon le poète ce qui n exclut pas l absurde et même l humour de certaines associations il fallait en tout cas casser la langue pour l émanciper en transgresser la logique ce que feront tous les poèmes en vers libres tandis que dans les poèmes réguliers la méthode est différente instituant une espèce de moquerie même dans les évocations dramatiques qui consiste à ironiser en recourant à la répétition aux effets d échos aux déplorations naïves procédés différents qui visent un même objet de déconstruction déstabiliser le message en biaisant les usages prosodiques dans les poèmes en vers libres et les valeurs sémantiques dans les autres « neuf à faire craquer toutes les habitudes » on aura reconnu la véhémence de verhaeren qualifiant ainsi le premier poème « serre chaude » qui donne le ton à l ensemble du recueil celui-ci est en vers libre ce qui est en effet une déclaration liminaire qui a son poids neuve en effet cette juxtaposition dérangeante d images sauvages énigmatiques hétéroclites neuf ce vers cahotant déréglé imprévu neuf cet univers clos,

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magazine 09 dossier à g en bas et à d page et couverture du manuscrit de serres chaudes photo alice piemme doc aml à g en haut dédicace de maurice maeterlinck à Émile verhaeren photo alice piemme doc aml concentré troublant la serre c est la tiédeur enclose et l immobilité la luxuriance et le repli avec ses variantes ­ la cloche de verre la cloche à plongeur le verre l aquarium etc ­ se développe le thème ambigu de la clôture que traverse le regard seul confrontation affrontement du dedans et du dehors la cloison est mince transparente entre sentiment de protection et frayeur mais elle est infranchissable le malaise est constant ressassé toute progression est exclue les poèmes en vers réguliers présentent de subtiles correspondances internes mais l énoncé de ces variations est statique désabusé la répétition de situations peut s ériger en système selon des parallélismes aux niveaux rythmique lexical syntaxique « cloches de verre » le retour à peine varié d images donne une impression de rétrécissement de pauvreté « Âme de nuit » ailleurs la répétition est déjouée dans l opposition des temps par le passage du non-accompli à l accompli ou l inverse voici d anciens désirs qui passent encore des songes de lassés encore des rêves qui se lassent voilà les jours d espoir passés « heures ternes » verhaeren avait épinglé les associations « hermaphrodites énigmatiques suscitant l envie cuisante de deviner de comprendre irritant l esprit » mon âme aux frêles mains de cire arrose un clair de lune las « oraison » en je ou sous forme métonymique le poète fait part de désirs de regrets d angoisses obsédantes au travers d images tout à fait déroutantes dans les poèmes en vers libres où l inadéquation domine le dérèglement est constamment projeté le contraste le paradoxe sont récurrents fêtes « un dimanche de famine » « végétation orientale dans une grotte de glace » etc le plus souvent l association purement onirique échappe à toute logique et se noue dans le surréel sous la cloche de verre il y a peut-être un vagabond sur le trône nous devrons admettre que des repas de malades s étendent à tous les horizons mais parfois le poète prendra des précautions et annoncera l inouï comme pour en atténuer l impertinence par une médiation je crois que les cygnes ont couvé des corbeaux ou on croit être dans un château qui sert d hôpital ou on a l idée que des corsaires attendent sur l étang ou il nous mettra en garde comme dans ce distique si émouvant pour apollinaire attention l ombre des grands voiliers passe sur les dahlias des forêts sous-marines et je suis un moment à l ombre des baleines qui s en vont vers le pôle le poète invite ou ordonne par de fréquentes injonctions ­ « Écoutez » « examinez » comme il peut interdire « n approchez pas des fenêtres » mais il choisira aussi de noter la dissonance comme s il s agissait d une évidence ou d une banalité les poèmes en vers libres additionnent des images à la file réalisant un bizarre inventaire de fragments les pensées d une princesse qui a faim l ennui d un matelot dans le désert une musique de cuivre aux fenêtres des incurables « serre chaude » « le vers est un mot parfait » selon mallarmé maeterlinck partage avec lui la préoccupation du « mot » et aussi le constat d un certain déficit du langage par rapport au silence originel il s est exprimé à plusieurs reprises sur l indigence du vocabulaire et son approximation c est la lecture de ruysbroeck durant ces mêmes années où il écrit ses poèmes qui lui révèle une « étrange insistance sur certains mots ordinaires » et lui enseigne à les utiliser « de manière à en faire apparaître les aspects inconnus et parfois effrayants » il use donc d un vocabulaire simple réduit même mots quotidiens prosaïques qu il répète ressasse il recourt au silence au « blanc » notamment dans les poèmes en vers libres où les intervalles sont irréguliers et nombreux c est l emploi inusité des mots qui les sort de l ordinaire et les leste d un pouvoir suggestif « l âme pâle de sanglots » « la prière blanche » « une soif sans étoiles » représentent bien des écarts linguistiques l épithète de couleur est presque toujours déviante le concret se caractérise par l abstrait ou l inverse « lune absolue » « attouchements mornes » « âme humide » le poète utilise peu la comparaison canonique ou la métaphore in praesentia clairement déchiffrable il emploie fréquemment

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10 la structure du type « les brebis des tentations » « la faune de mes remords » mais la structure favorite est la suivante « les hyènes louches de mes haines » ou « les fouets bleus de mes luxures » soit un recours très fréquent à la dislocation qualitative où il y a coréférentialité entre les deux noms du syntagme ce qui permet au terme d arrivée de la figure de se présenter avant le terme de départ l effet de surprise est garanti car le mystère est livré d abord avec une brutalité qui renforce le caractère péjoratif de la plupart de ces métaphores d autres emplois volontairement équivoques d épithètes inadéquates ou des rejets syntaxiques plus sophistiqués encore dans leur distribution accentuent l ambiguïté de la connotation on ne saurait trop insister sur l étonnante disparate des fragments d images des plus complexes aux plus simples sur leur profusion l allure désorganisée qu elles peuvent prendre dans les vers libres notamment ce serait toutefois une erreur de les croire assignées au hasard on peut relever dans la plupart des poèmes des facteurs d unité soit l isotopie est manifeste soit la redondance ou la structure phonétique est porteuse de sens comme dans le poème « ennui » où le thème central se constitue à partir des récurrences de sons des répétitions de syllabes ou de mots les paons nonchalants les paons blancs ont fui les paons blancs ont fui l ennui du réveil je vois les paons blancs les paons d aujourd hui les paons nonchalants les paons d aujourd hui paul gorceix a souligné dans son analyse d « hôpital » le retour des motifs et l évidence avec laquelle ils concourent aux thèmes la répétition ici encore accentue le relief thématique il faut d ailleurs étendre au recueil tout entier cet effet de la redondance le retour de thèmes obsédants comme la maladie l enfermement la privation indique une constante l aspiration au dépassement à la transcendance en dépit d un nombre élevé d éléments itératifs qui sont des facteurs d unité de serres chaudes le recueil manifeste pourtant une grande disparité dans la prosodie ce que la critique a souligné dès la parution tandis que verhaeren met en évidence la beauté insurrectionnelle des poèmes en vers libres qui laissent à l idée « sa forme primordiale » du côté des conservateurs ywan gilkin élogieux sans doute envers le jeune maeterlinck qu il range parmi « les plus puissants et les plus originaux » lui reproche d avoir dans « les morceaux de prose » éludé les difficultés prosodiques et opté pour « le relâchement » son commentaire réducteur envers ce qu il appelle le « pseudo-vers » révèle son intention de frapper d illégitimité la poésie nouvelle les poèmes réguliers presque tous en octosyllabes se conforment aux règles de versification en apparence puisqu ils sont rimés rythmés et strophés selon l usage commun l effet de parallélisme syllabique est particulièrement mis en évidence par de fréquentes reprises de vers à vers mon âme est malade aujourd hui mon âme est malade d absences mon âme a le mal des silences « chasses lasses » l enjambement est rare ou ténu mais lorsqu il est présent il est conflictuel avec leurs flammes végétales et leurs éjaculations obscures de tiges obscures « tentations » À la différence du vers régulier où le rythme sert de garde-fou le vers libre obéit aux pulsions de l imaginaire sa mesure est déterminée par une image non par une cadence il s ouvre dès lors au déséquilibre et exprime l incohérence capitale de la vie ou du monde les phantasmes et les hallucinations du poète le vers libre assure le règne de l image il emboîte sa démesure s invente avec elle il en va de même de la strophe dont la dimension variera selon la séquence l option est fondamentale le vers libre est une forme d autocitation il reflète une crise trahit une rupture c est la perception de dissonances dans les profondeurs de l individu et dans le corps social qui génère un radicalisme de l écriture poétique les poèmes en vers libres mettent en scène des moments de drame des instantanés d effroi dont l intensité et la distance évoquent l univers théâtral son atmosphère l étrangeté de ses lieux et de ses personnages cette émergence du drame dans la poésie est un indice de plurigénéricité de contamination entre les genres tout comme le théâtre s ouvrira à l envahissement poéti-

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magazine 11 dossier page de g la méduse 1893 jean delville © the delville estate page de d le polype difforme flottait sur les rivages sorte de cyclope souriant et hideux 1883 odilon redon que maeterlinck ne déclarera-t-il pas à jules huret à propos de la princesse maleine « mais savez-vous que ce sont des vers libres typographiquement mis en prose » entre prose et poÉsie on sait que la composition de serres chaudes s échelonne de la fin de 1885 au début de 1889 il en publie les premiers textes dans une revue parisienne la pléiade d autres poèmes paraîtront de 1887 à 1889 dans la jeune belgique et dans le parnasse contemporain il aurait abordé le vers libre seulement en 1888 dans son édition des carnets de travail déjà citée fabrice van de kerckhove a analysé les esquisses poétiques et narratives présentes dans les agendas particulièrement au cours des années qui précèdent la publication en volume à paris plus précisément dans sa contribution au colloque présence/absence de maeterlinck1 il a montré qu un texte inédit comme l ébauche de sous verre éclaire étonnamment certains aspects des poèmes de serres chaudes notamment la thématique de l impuissance et de la stérilité que fonde une fantasmatique d antériorités culturelles ou intimes alors qu il vient de publier ses premiers poèmes en revue il commence en été 1886 à rédiger ce texte en prose dont les prolongements narratifs commentent indirectement ces poèmes y alternent des séquences réalistes et des moments lyriques descriptions de jardin de végétations proliférantes de serres et d aquarium la serre est un symbole de fécondité mais si elle protège du monde extérieur elle peut aussi tuer par la prolifération même qu elle engendre toute une série d images que reprendront les poèmes suivants sont déjà présentes des « végétations de symboles » à l abri du verre ou destinées à mourir étouffées des connotations morbides des oraisons d obsédantes visions « typhoïdes » qui voisinent avec une sorte de raillerie ou d ironie il y aurait donc selon la démonstration du critique une réelle circulation entre prose et poésie une continuité dans le choix et la nomination des images mais aussi des parallélismes répétitions et effets d échos une preuve de plus que maeterlinck a tenté d abolir les frontières génériques autre connivence les essais narratifs comme les visions typhoïdes et onirologie des essais critiques comme la confession de poète un théâtre d androïdes le tragique quotidien accompagnent la production poéticodramatique de cette époque et lui sont étroitement apparentés mais en cette année 1896 qui clôture le premier cycle du théâtre maeterlinck prend congé de la poésie en tant que genre en publiant douze chansons elles deviendront quinze chansons en 1900 bien qu il délaisse alors la plupart des composantes symbolistes et change de rythme puisqu il adopte la forme ritournelle il restitue encore parfois l atmosphère sombre des drames ainsi que les thèmes et les symboles déjà présents dans serres chaudes si la poésie le théâtre les essais se sont écrits simultanément et ont interagi il semble bien que l année 1896 soit marquée d un renoncement de l abandon d une expérience et d une manière 1 « maeterlinck entre prose et poésie de sous verre à serres chaudes » présence/absence de maeterlinck colloque de cerisy 2 ­ 9 septembre 2000 bruxelles aml Éditions Éditions labor pp 41-73.

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jean-luc outers à livre ouvert laurent moosen les lecteurs de jean-luc outers savent que ce romancier de talent est aussi sans jeu de mots un homme de lettres c est lui en effet qui pendant vingt ans a dirigé le service de la promotion des lettres au ministère de la culture et à ce titre était l éditeur responsable de la publication que vous tenez entre les mains alors que jacques dubois rend hommage à l écrivain dans un autre article nous avons voulu au moment où il quitte ses fonctions faire le point avec celui qui a ouvert des chantiers importants pour la littérature de notre pays le carnet et les instants quelles sont les circonstances de votre arrivée au service de la promotion des lettres et quel était votre parcours jusqu alors jean-luc outers j ai travaillé après mes études dans un organisme devenu par la suite la cocof je m occupais essentiellement d audiovisuel de cinéma et c était aussi l époque des médias participatifs ce lien avec le cinéma s illustre aussi part ma présence pendant neuf ans au sein de la commission des films dans laquelle je me suis familiarisé avec l écriture et la production cinématographiques tout en rencontrant des gens comme andré delvaux chantal akerman etc c était l époque de toto le héros de jaco van dormael je dois encore préciser que tout au début j ai également enseigné d abord au snark que nous avions créé à plusieurs une institution pour enfants marginaux et aussi dans l enseignement supérieur à l erg pendant une dizaine d années où je donnais des cours liés au cinéma et aux médias c.i donc il n y avait pas lien direct entre ce parcours et le monde de la littérature belge j l.o j ai commencé à écrire quand j avais environ 35 ans et ce que je publiais tournait précisément autour de l univers des bureaux avec un point de vue très kafkaïen sur ce monde clos avec son propre langage mais à vrai dire à l époque j ignorais à peu près tout de la littérature belge de l édition je savais à peine qu il existait des éditeurs belges raison pour laquelle entre autres le manuscrit de mon premier roman je l ai envoyé chez des éditeurs français avec la chance qu il soit retenu par gallimard c.i mais vous veniez d une famille lettrée avec un père lucien outers figure de proue du fdf dont les talents rhétoriques étaient vantés jusque chez ses adversaires politiques cette influence familiale a-t-elle été déterminante dans votre approche de la littérature j l.o mon père nous a élevés mes frères mes soeurs et moi dans le culte absolu de la langue française c en était pesant lorsqu il nous lisait le soir des passages des mémoires de chateaubriand ou de saint-simon c était donc une approche très classique qui nous a presque dégoûtés de la littérature j avais aussi ce sentiment comme mes rapports avec mon père n étaient pas simples que pour exister il fallait que moi-même j écrive un livre ce que j ai fini par faire mais ce qui m a réellement donné le goût de la littérature c est plutôt un prof qui m a fait découvrir d autres univers comme celui d henri michaux qui a été pour moi la révélation de ce que c était « écrire » cette question des mots et de la langue comme matériaux bruts à laquelle l écrivain se confronte mais finalement mes bagages étaient minces et on pourrait même dire que j étais incompétent en entrant à la promotion des lettres c est d ailleurs ce que j ai dit à henry ingberg qui m a proposé ce poste où je devais succéder à marc quaghebeur j étais assez réticent mais henry ingberg a beaucoup insisté sur ma propre expérience d écrivain et sur la connaissance « intérieure » qu elle me donnait de la création littéraire finalement © marc brasseur

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magazine 13 double portrait page de d marc quaghebeur photo alice piemme j ai accepté et je ne l ai jamais regretté car j ai découvert l incroyable corpus de la littérature belge francophone je connaissais bien quelques auteurs contemporains comme jeanphilippe toussaint ou françois weyergans mais la littérature symboliste par exemple m était à peu près totalement étrangère donc la première chose que j ai faite en arrivant à ce poste ce fut lire lire et encore lire et j ai bien sur découvert de nombreux trésors dont l oeuvre de maeterlinck qui m a bouleversé c.i et mise à part cette phase d imprégnation dont vous parliez comment fonctionnait ce service de la promotion des lettres que vous découvriez alors j l.o on peut dire que le travail de mon prédécesseur était centré pour résumer sur ce qu on pourrait appeler le « patrimoine littéraire » en développant les archives et musée de la littérature et en créant la collection espace nord pour rendre enfin accessible un patrimoine constitué de livres qui pour beaucoup avaient disparu de la circulation sans être réédités et n étaient donc plus accessibles pour le public il a lancé ce vaste chantier qui est toujours d actualité aujourd hui puisque comme vous le savez la communauté wallonie-bruxelles est désormais propriétaire de cette collection quant au service des lettres de l époque c était une petite équipe qui s occupait principalement de la gestion administrative parallèlement ce qu on appelait la promotion des lettres était géré par une asbl qui avait son siège au palais des beaux arts subsidiée par les pouvoirs publics et s occupait de promotion de la littérature belge auprès des écoles d organiser des expositions des rencontres littéraires etc quand je suis arrivé au ministère le ministre de l époque a considéré que cette asbl jouait un rôle de service public et devait intégrer l administration de la communauté française mon premier chantier a donc été d intégrer le personnel et les missions de cette asbl au sein du service des lettres on peut d ailleurs dire qu aujourd hui encore il reste des traces de cette ancienne organisation et une répartition du travail entre des tâches plus administratives et d autres davantage liées à la promotion c.i et cette double nature du service de la promotion des lettres a-t-elle été un frein ou un moteur pour son développement j l.o d après moi ce fut plutôt une chance car l appel d air introduit par cette intégration a permis de ne pas cantonner notre travail au seul volet administratif mais de le doter aussi d un contenu qui lui donne du sens tout en multipliant les rencontres avec des gens passionnants écrivains éditeurs etc cette ouverture vers l extérieur me semble indispensable pour éviter à l administration de se refermer sur elle-même c.i et pour revenir un instant sur le travail de marc quaghebeur que vous évoquiez et qui a permis avec d autres de circonscrire un véritable champ de la littérature belge francophone souscrivez-vous avec cette « identité en creux » qui est devenue une sorte de lieu commun de nos lettres j l.o ma position est sensiblement différente j estime que la littérature commence par la langue cette langue qui forge notre rapport au monde Écrire c est donc mettre un mot derrière l autre et au travers de cette action se développe un sens pour cette raison j estime que la littérature belge francophone appartient au corpus de la littérature française mon premier roman a été publié dans la collection « blanche » de gallimard et non dans celle « du monde entier » qui regroupe les écrivains étrangers la question de la traduction et du caractère intraduisible de certains mots ou de certaines expressions souligne cette primauté de la langue certains titres de mes propres livres comme la place du mort ou corps de métier sont souvent impossibles à traduire dans d autres langues ceci dit il y a quand même l histoire de la belgique qui est singulière c est un petit pays et je rappelle toujours de mémoire cette phrase de milan kundera à propos de la tchécoslovaquie « les petits pays sont ceux qui vont disparaître et qui le savent » il n existe donc pas chez nous ce destin qui parfois s apparente à l éternité et que connaissent les grandes nations comme la russie l angleterre l allemagne ou la france cette singularité se retrouve dans notre littérature marquée par la liberté et une forme de fragilité même notre langue est poreuse et traversée d influences germaniques le symbolisme belge en est la parfaite illustration mais cette spécificité qu on trouve chez maeterlinck ou verhaeren a aujourd hui à peu près disparu.

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14 la jeune génération d auteurs belges s inscrit plutôt dans le courant d une identité européenne pour revenir sur ce que je disais un écrivain est avant tout confronté à un code celui de la langue il doit essayer de faire sa propre langue dans la langue il doit aller jusqu au bout de la langue jusqu à la rendre irrégulière c est ce qui distingue également l écrivain du journaliste ou l écrivain de l écrivant pour reprendre la distinction de roland barthes on reconnaît donc un écrivain avant tout à sa langue c.i et le complexe de l écrivain belge vis-àvis de la france s est-il lui aussi atténué j l.o je crois qu il ne faut pas se tromper la france est une chance pour l écrivain belge francophone car nous évoluons malgré tout dans la même langue en ce qui me concerne comme auteur je n ai jamais caché mon identité belge et j ai toujours été bien accueilli en france la plupart des éditeurs parisiens ont également bien compris que ce qui peut les menacer avant tout c est justement le parisianisme c est par la périphérie que la langue et la littérature se régénèrent c.i votre double casquette d écrivain et de directeur du service de la promotion des lettres n a-t-elle jamais posé de problème j l.o le risque c est bien entendu le conflit d intérêt et j y ai toujours été très attentif ce sont des choses très simples comme ne pas mettre mes productions au programme de manifestations que nous organisions nous n aurions plus aucune crédibilité si ça se produisait il se trouve que j ai toujours été publié en france chez des éditeurs indépendants j aurais été très mal à l aise de publier un livre chez un éditeur que nous subventionnons c est en même temps paradoxal car on pourrait estimer qu en agissant de la sorte je dévalorise nos éditeurs alors que ce n est pas le cas mais j en reviens à mon expérience d écrivain qui face à certains cas personnels délicats me rend très sensible aux souffrances inhérentes au métier de créateur je sais pour l avoir vécu ce que peut représenter une lettre de refus adressée par un éditeur à un écrivain par exemple c.i venons-en maintenant aux chantiers que vous avez vous-même initiés qu en est-il des bourses aux auteurs par exemple j l.o j ai toujours été très surpris de la différence qui existe entre le statut de l écrivain et celui d autres catégories d artistes on considère normal qu un musicien soit payé pour un concert qu un comédien le soit également pour ses prestations mais pour l écrivain hormis des droits d auteurs faméliques qui souvent ne lui étaient même pas payés il n existait rien nous avons donc essayé d instituer une réelle professionnalisation du métier d écrivain en mettant en place une série de bourses ces bourses sont à mes yeux du même ordre que les aides octroyées par les pouvoirs publics à un théâtre par exemple les demandes sont examinées par la commission des lettres qui est l une des instances d avis dont nous assurons le suivi c.i concernant maintenant l aide au monde de l édition belge francophone comment s est opérée l évolution j l.o quand je suis arrivé il y avait peu d éditeurs strictement littéraires et la plupart fonctionnaient de manière tout à fait artisanale ces structures dans l offre éditoriale en belgique francophone dominée par la bande dessinée et les sciences humaines représentaient un pourcentage extrêmement faible elles avaient donc un mal fou à trouver des auteurs et à se diffuser surtout en france c était un véritable problème les auteurs en souffraient eux aussi car leurs droits n étaient souvent pas payés par manque de surface financière de ces éditeurs nous avons donc mis en place des contrats-programmes avec ces derniers pour leur permettre d avoir une aide substantielle dans le développement de leur politique éditoriale en échange ils s engagent à publier un certain nombre de titres par an à rétribuer les auteurs à investir dans la promotion et à avoir une véritable distribution en belgique et en france c.i et au-delà de nos frontières quelle place occupe aujourd hui la littérature belge francophone et quels sont les outils qui participent à son rayonnement j l.o les deux premières choses essentielles ce sont les envois d ouvrages sélectionnés par la commission des lettres à destination des universités à l étranger ­ environ 20 000 par an dans une quarantaine de pays ­ et les lecteurs présents dans certaines d entre elles qui y enseignent notre littérature ensuite il y a le développement de la traduction pour lequel nous nous donnons des aides qui connaissent un succès croissant générant une

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magazine 15 double portrait page de d jacques dubois d.r vingtaine de traductions par an enfin il y a le collège des traducteurs de seneffe créé en 1996 et qui accueille en été des traducteurs venus des quatre coins du monde pour traduire des écrivains belges francophones c est un lieu très important qui joue un véritable rôle de catalyseur mais le problème du rayonnement de nos lettres reste la france surtout pour les auteurs publiés en belgique la frontière demeure la création de la librairie wallonie-bruxelles à paris en 1994 était une tentative pour rendre cette production visible en france physiquement présente albert mockel dans les années 1930 avait déjà eu cette idée c.i un des grands chantiers à venir dans le monde éditorial c est l arrivée du numérique quel est votre sentiment par rapport à cette révolution annoncée j l.o mon premier sentiment c est que le livre papier a encore de beaux jours devant lui aux États-unis par exemple la part du livre numérique dans les ventes se situe à 6 ou 7 chez nous on en est à moins d 1 cette part va croître bien entendu mais dans un partage entre le papier et le numérique pour en revenir aux éditeurs belges cette révolution numérique peut être une chance car elle fait disparaître les obstacles matériels à la diffusion des oeuvres certains d entre eux l ont déjà bien compris en se rassemblant pour créer une plate-forme commune de distribution avec le soutien du centre national du livre cette mutualisation est très importante car en restant seul personne ne pourra faire face l association des impressions nouvelles et de cairn pour la gestion du catalogue d espace nord en est un très bon exemple les pouvoirs publics doivent je crois soutenir ce mouvement sans se substituer aux opérateurs c.i un secteur qui est par contre inquiet de cette évolution c est celui des librairies quel est leur place j l.o le libraire est à mes yeux un acteur essentiel et je parle aussi en tant qu écrivain c est quand un écrivain découvre son livre chez un libraire qu il prend conscience qu il existe en ce qui me concerne je ne sais pas si j écrirais encore des livres dans un monde sans librairie où ne resterait qu un espace purement virtuel dans lequel mon travail se retrouverait perdu de manière plus générale la part du conseil dans le métier de libraire va sans doute s accroître encore à l avenir pour aider le lecteur à s y retrouver dans la masse de ce qui s écrit nous sommes donc bien à un croisement et les librairies doivent également entrer de plain pied dans cette évolution vers le numérique en apportant leur savoir et leurs compétences mais encore une fois je crois que cette évolution passera par des outils partagés par une mutualisation c.i un autre instrument de visibilité important pour notre littérature c est le carnet et les instants qui au départ n était qu un agenda des lettres belges j l.o c est en 1992 que le carnet et les instants a pris la forme d une revue dont le rédacteur en chef était carmelo virone on peut dire que c est l outil le plus complet sur la littérature belge et son actualité le tirage est aujourd hui d environ 6000 exemplaires la partie réservée à la critique au regard de la place de plus en plus restreinte accordée à la littérature dans la presse générale est très importante car elle rend compte de livres dont on ne parlerait parfois nulle part ailleurs c est également un bon baromètre de la vie de nos lettres on constate par exemple depuis quelques années une diminution sensible du nombre de publications c.i pour conclure j aimerais qu on évoque également d éventuels regrets ou des chantiers que vous n avez pas pu voir aboutir à l heure où vous quittez votre poste j l.o je dirais simplement que certaines choses ont parfois pris beaucoup de temps pour se mettre en place il y a également la question du rendez-vous avec le public pour des choses que nous avons organisées ou soutenues et pour lesquelles nous aurions espéré davantage d audience même si l arrivée d un événement comme le marathon des mots est à ce titre plutôt réjouissant car il assure la présence d un événement de dimension internationale dans notre paysage culturel cette question du public pose également celle d un recul de la place de la littérature dans la vie des gens et pas seulement chez nous face à la multiplication des médias et des loisirs cette place est de plus en plus difficile à défendre comment passionner les jeunes pour la lecture aujourd hui c est un grand défi le plus grand peut-être.

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