La capitale de la vie, par le Collectif Soif de la vie!

 

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Description

Le Collectif Soif de la vie! est basé dans la commune bruxelloise de Molenbeek-Saint-Jean, au sein de l'asbl Le Piment. Cette première compilation s'attache au thème de la santé et est écrite par des personnes primo-arrivantes et/ou sans papiers.

Popular Pages


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LA CAPITALE DE LA VIE COLLECTIF Soif de la vie ! Recueil de textes de 13 auteur.e.s sur le thème de la santé Antar, Isabelle De Vriendt, DJ, DTatiana, Fatoumata, Kheïra, Lahcen, Pedro Lukombo, Evelina Ponukalina, Soumia, Faïçale Taoussi, Nina Yeghishyan et Zoki Traductions de l’arabe par Nora El Alaoui

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LA CAPITALE DE LA VIE COLLECTIF Soif de la vie ! Recueil de textes de 13 auteur.e.s sur le thème de la santé Antar, Isabelle De Vriendt, DJ, DTatiana, Fatoumata, Kheïra, Lahcen, Pedro Lukombo, Evelina Ponukalina, Soumia, Faïçale Taoussi, Nina Yeghishyan et Zoki Traductions de l’arabe par Nora El Alaoui

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Droits d’utilisation La capitale de la vie du Collectif Soif de la vie ! est produit par ScriptaLinea aisbl et mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons (texte complet sur www.creativecommons.org/licenses/ by-nc-nd/2.0/fr) ScriptaLinea, 2018. N° d’entreprise BE 0503.900.845 RPM Bruxelles Éditrice responsable Isabelle De Vriendt Siège social Avenue de Monte-Carlo 56 1190 Bruxelles (Belgique) www.scriptalinea.org Si vous voulez rejoindre un Collectif d’écrits, contactez-nous via www.collectifsdecrits.org COSLLEoCiTfIF de la vie ! SCRIPTALINEA QUELQUES MOTS SUR SCRIPTALINEA La compilation de textes La capitale de la vie a été réalisée par un groupe d’apprenant.e.s de l’asbl Le Piment (Molenbeek-SaintJean, Région de Bruxelles-Capitale) dans le cadre de l’aisbl ScriptaLinea. ScriptaLinea se veut un réseau, un soutien et un porte-voix pour toutes les initiatives collectives d’écriture à but socio-artistique, en Belgique et dans le monde. Ces initiatives peuvent se décliner dans différentes expressions linguistiques : français (Collectifs d’écrits), portugais (Coletivos de escrita), espagnol (Colectivos de escritos), néerlandais (Schrijverscollectieven), anglais (Writing Collectives)… Chaque Collectif d’écrits rassemble un groupe d’écrivant.e.s (reconnu.e.s ou non) désireux de réfléchir ensemble sur le monde qui les entoure. Ce groupe choisit un thème de société que chacun.e éclaire d’un texte littéraire, pour aboutir à une publication collective, outil de sensibilisation et d’interpellation citoyenne et même politique (au sens large du terme) sur la question traitée par le Collectif d’écrits. Une fois l’objectif atteint, le Collectif d’écrits peut accueillir de nouveaux et nouvelles participant.e.s et démarrer un nouveau projet d’écriture. – PAGE 3 –

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Les Collectifs d’écrits sont nomades et se réunissent dans des espaces (semi-)publics : centre culturel, association, bibliothèque… Il s’agit en effet, pour le Collectif d’écrits et ses lecteurs.trices, d’élargir les horizons et, globalement, de renforcer le tissu socioculturel d’une région, d’une commune ou d’un quartier, dans une logique non marchande. Les Collectifs d’écrits se veulent accessibles à ceux et à celles qui veulent stimuler et développer leur plume au travers d’un projet collectif et citoyen, dans un esprit de volontariat et d’entraide. Chaque écrivant.e y est reconnu.e comme expert.e, à partir de son écriture et de sa lecture, et s’inscrit dans une relation d’égal.e à égal.e avec les autres membres du Collectif d’écrits, ouvert.e aux expertises multiples et diverses. Chaque année, les Collectifs d’écrits d’une même région ou d’un pays se rencontrent pour découvrir leurs spécificités et reconnaître dans les autres parcours d’écriture une approche similaire. Cette démarche, développée au niveau local, vise donc à renforcer les liens entre individus, associations à but social et organismes culturels et artistiques, dans une perspective citoyenne qui favorise le vivre-ensemble et la création littéraire. En 2017, le Collectif Soif de la vie! a ainsi vu le jour au sein de l’asbl Le Piment. Isabelle De Vriendt Coordinatrice de l’AISBL ScriptaLinea – PAGE 4 – COSLLEoCiTfIF de la vie ! PRÉSENTATION QUELQUES MOTS SUR LE COLLECTIF SOIF DE LA VIE ! On étudie ensemble, à l’association Le Piment. On veut apprendre le français et écrire est un bon moyen d’apprendre. On a choisi d’écrire sur la santé parce que la santé, c’est la vie. On n’a pas les mêmes origines, on n’a pas la même histoire, on n’a pas le même métier ni la même mentalité mais on veut tous vivre mieux. Plus on a connu des moments difficiles, plus on apprécie les petits bonheurs et plus on a soif de vivre. Et pour bien vivre, il faut une bonne santé. Antar, Isabelle De Vriendt, DJ, DTatiana, Fatoumata, Kheïra, Lahcen, Pedro Lukombo, Evelina Ponukalina, Soumia, Faïçale Taoussi, Nina Yeghishyan et Zoki Membres du Collectif Soif de la Vie !. – PAGE 5 –

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COSLLEoCiTfIF de la vie ! SOMMAIRE POUR S'Y RETROUVER 8 Éditorial 13 L’histoire d’une fille, Nina Yeghishyan 15 Comment je suis devenu malade, Zoki 17 La santé, Kheïra 21 Un esprit sain dans un corps sain, Faïçale Taoussi 23 Sandra, Fatoumata, Isabelle De Vriendt, Lahcen, Pedro Lukombo et Faïçale Taoussi 29 À la rédaction, Isabelle De Vriendt 33 Mon histoire, Faïçale Taoussi 39 Souffrances de mon enfance, Soumia 43 Les bonheurs de ma vie, Antar 45 Un soleil pour me chauffer, Nina Yeghishyan 47 Je cours dans la nuit, DTatiana 51 Soyons sportifs, DJ 53 Antwerpen, Evelina Ponukalina 57 Les auteur.e.s 60 Les lieux traversés 63 Remerciements © Collectifs d’écrits – PAGE 7 –

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COSLLEoCiTfIF de la vie ! ÉDITORIAL ÉDITORIAL Il fait chaud dans le local. On ouvre les fenêtres. On s’installe, on se détend, on respire, on prend du temps pour nous. Et on réfléchit à la santé. La santé, c’est la base pour vivre. C’est comme une couronne qu’on porte fièrement et qui nous donne l’envie de vivre. Sans la santé, nous ne sommes rien. La santé, ça ne s’achète pas. Chacun de nous doit prendre soin de son corps et protéger sa santé. L’exercice physique, c’est bon pour la santé. L’école a bien compris l’importance du sport. L’école aime tous les sports. On aime quand les enfants font du sport et vont courir comme avant, avant la télévision, avant les écrans. Ce n’est pas toujours facile de commencer à faire du sport. De toute façon, bouger, sortir et se forcer un tout petit peu chaque jour, c’est ça qui compte. La santé, c’est aussi une bonne alimentation. Manger bien, c’est important ! Pas de santé ? Pas de travail, pas d’argent. Pas de santé? Pas de livres, pas de vie, rien. – PAGE 8 – Face à la mort, on prend conscience de l’importance de la santé. « Un esprit sain dans un corps sain» Oui, la santé, c’est aussi lié à une vie équilibrée, un cerveau q ui prend le temps de s’aérer. Quand on a un enfant, il faut pouvoir lui donner ce dont il a besoin, l’encadrer et l’éduquer. Et l’éduquer à ce qui est bon pour la santé, aussi. Être informé.e sur la santé, c’est important à tout âge, en fait ! Mais la santé, ça ne dépend pas que de nous ! Il y a beaucoup d’humains qui fabriquent des choses dangereuses pour la santé. Ils coupent les arbres, ils cherchent le pétrole dans la mer, il y a beaucoup de choses dans le monde qui ne sont pas bonnes pour la santé. L’air, l’eau sont pollués et contaminent les aliments, attaquent la peau, les poumons. Aujourd’hui, l’économie prime sur la santé. Même soigner, c’est devenu une industrie qui veut vendre à tout prix ses médicaments et ses vaccins. Non, la santé, ça ne dépend pas que de nous ! La Belgique l’a bien compris ! Elle prend en charge le coût de nombreux médicaments et le prix d’une visite chez le médecin. Ici, il n’y a pas de corruption, et on en est fier! Le système de sécurité sociale est basé sur la solidarité, via la mutuelle. Mais aujourd’hui, on assiste à des changements, les soins de santé deviennent moins bons: on doit attendre plus, ou payer plus pour être soigné comme avant. On est soigné différemment d’un hôpital à l’autre. Quand on est à un stade premier d’une maladie, on est peu remboursé… Les maisons médicales sont – PAGE 9 –

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une vraie réponse à la question de la pauvreté, mais on les met en danger. On manque de médecins, et on limite les étudiant.e.s en médecine. Même quand on est sans papiers, il est possible de se faire soigner via « l’aide médicale urgente », et ça, c’est bien! Les médicaments, en général, sont pris en charge par le CPAS. Mais quelle énergie et… que de papiers pour être soigné.e par un.e spécialiste ! On dépend de la bonne volonté de l’assistant.e social.e. Les procédures sont pesantes, le renouvellement des cartes médicales est devenu plus strict. Tout ça se reporte sur notre santé psychique, et on va moins bien qu’avant! La santé psychique est aussi atteinte quand on a vécu un traumatisme, comme la guerre. Il faut du temps, alors, pour retrouver le goût de vivre. Le rythme de travail, le stress, ça détériore notre santé, aussi. Ça perturbe notre rythme de vie. Les riches sont mieux soignés que les pauvres. C’est injuste. Et les sans-papiers ont moins de droits que tou.te.s. Ils n’ont pas droit à l’éducation, ni à un travail salarié, et parfois pas non plus aux soins. Ils n’ont pas toutes les informations. Ils sont parfois victimes du trafic d’organes. C’est injuste. Et quand il y a une erreur médicale, c’est encore plus difficile de se défendre. C’est injuste. Pour survivre, les illégaux travaillent au noir comme des esclaves et s’abîment la santé. Ils travaillent tellement qu’ils n’ont ni le temps, ni la force d’apprendre le français. Quand, par chance, ils obtiennent leurs papiers, ils ne peuvent plus faire de travail physique car leur corps ne le leur permet plus, ni de travail plus intellectuel vu qu’ils ne parlent pas assez bien le français. – PAGE 10 – Tout ça, ça met en colère. Et la colère, ça donne des insomnies, des problèmes de tension, des maux de tête, de l’eczéma ou même le cancer. Où est la solidarité ? Souvent les gens en bonne santé comprennent mal ou n’acceptent pas les problèmes de santé chez les autres. Et on reste avec notre solitude. Mais que tu aies la santé ou pas, la vie continue, et on est là… Le Collectif Soif de la vie ! – PAGE 11 –

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Soif de la vie !COLLECTIF NINA YEGHISHYAN L’HISTOIRE D’UNE FILLE Il y avait une fille de quatorze ans qui habitait en Arménie. Elle était très dynamique et positive. Elle aimait faire du sport et jouer au football avec ses frères. Elle tournait sur les barres asymétriques et elle était très athlétique. Mais un jour, toute sa vie a changé. Elle se sentait mal et ses parents l’ont emmenée à l’hôpital où elle a été immédiatement hospitalisée. Après trente minutes, le médecin est sorti et a dit à ses parents : « Je suis désolé mais votre fille a un problème rénal. Le taux de créatine dans le sang est monté et elle doit être dialysée pour pouvoir prolonger sa vie ». Le médecin a aussi dit qu’elle devait être opérée rapidement sinon elle allait mourir. Trois ans plus tard, le père a envoyé sa femme et sa fille en Belgique où elle a été opérée. Aujourd’hui, elle vit à Bruxelles. Elle est vivante mais sa santé a eu un prix : elle a dû quitter sa famille et son pays. Elle ne les a plus vus depuis huit ans. Cette fille s’appelle Nina et c’est l’histoire de ma vie. © Collectifs d’écrits – PAGE 13 –

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COSLLEoCiTfIF de la vie ! ZOKI COMMENT JE SUIS DEVENU MALADE En 1990 commence la guerre dans mon pays. J’ai été mobilisé deux heures après minuit. Je suis resté soldat quatorze mois. J’ai vu beaucoup de victimes de la guerre mais j’ai protégé ma vie et mes mains sont restées propres. Quand la guerre a été finie, je suis tombé malade : syndrome d’aprèsguerre. J’ai perdu beaucoup de poids, presque cinquante kilos. Je ne dormais plus, je me réveillais à trois heures du matin et ne parvenais plus à me rendormir. Je fumais beaucoup. Je ne sortais plus, je ne mangeais plus. Je restais toujours dans ma chambre sans dormir. Je ne regardais plus la télévision. Je n’avais plus la motivation d’aller travailler. J’ai alors aussi perdu mes amis et ma famille. Après six mois, une amie m’a amené chez un médecin. Je ne lui ai rien dit mais lui m’a parlé, de tout, de mon problème. Il a diagnostiqué une dépression et m’a prescrit des médicaments. Quand j’ai pris pour la première fois les médicaments, j’ai bien dormi et j’ai recommencé à manger. J’ai utilisé ces médicaments pendant deux ans puis, après discussion, je les ai diminués. Ma santé s’est rétablie. Aujourd’hui je suis bien mais je prends encore des médicaments tous les jours. Après cette maladie, je suis devenu un pacifiste, un homme contre la guerre parce que rien n’est pire que la guerre. – PAGE 15 – © Collectifs d’écrits

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COSLLEoCiTfIF de la vie ! KHEÏRA © Collectifs d’écrits – PAGE 17 –

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LA SANTÉ Être en bonne santé est un état de bien-être sans comparaison pour l’être humain, et ce, sur tous les plans: mental, physique et social. Une personne ne souffrant d’aucune maladie ou handicap n’a nul besoin de recourir à des médicaments ou à un traitement médical. Être en bonne santé ne signifie pas uniquement ne pas être malade mais signifie surtout que le corps humain fonctionne sans anomalie et que chaque organe remplit parfaitement ses fonctions. Être en bonne santé représente une part très importante dans la vie d’une personne. Elle lui permet de vivre et d’accomplir diverses tâches avec beaucoup moins de contraintes. Il y a quelques temps, mon oncle était gravement malade. Il souffrait d’un cancer des poumons provoqué par le tabac. Il a été très éprouvé et il est passé par des moments extrêmement durs. Je ne compte pas le nombre de fois où médecins et proches ont mis en garde mon oncle contre les dangers du tabac; il n’en a jamais tenu compte. Malheureusement, il en a pris conscience tardivement et la maladie était déjà bien implantée. Et dans tout son malheur, il y a eu un miracle et il a pu se rétablir et recouvrer la santé. Il a arrêté de fumer et a repris une vie normale. Mon conseil à tout le monde, c’est de cesser rapidement et définitivement de fumer, IL Y VA DE LA VIE. Et n’oublions pas qu’un fumeur ne nuit pas seulement à sa propre santé mais qu’il détériore aussi la santé de ses proches qui partagent le même espace que lui en inhalant la fumée qu’il dégage. – PAGE 18 –

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Soif de la vie !COLLECTIF FAÏÇALE TAOUSSI © Collectifs d’écrits UN ESPRIT SAIN DANS UN CORPS SAIN « Le plus beau cadeau que la vie peut vous donner c’est la santé. Quand vous avez la santé, rien ne peut vous arrêter ». Une bonne santé est un point important dans la vie. Sans elle, on ne peut pas vivre tranquillement. C’est pour ça qu’on doit toujours prendre soin d’elle. Pour en prendre soin, il faut faire du sport et avoir une alimentation équilibrée. Ça veut dire marcher au lieu d’utiliser la voiture ou les transports en commun qui nous rendent fainéants et manger des fruits, légumes et céréales en diminuant le gras et le sucre. On constate que les gens, par paresse, préfèrent manger des snacks ou des plats préparés et surgelés qu’il faut juste réchauffer au micro-ondes. Quand on ne fait pas attention à son alimentation, on peut attraper des mauvaises maladies comme le diabète, des maladies cardio-vasculaires liées à un taux de cholestérol trop élevé, ou même des cancers. Quand on parle santé, on pense d’abord à la santé physique mais c’est plus que ça. Il y a aussi la santé mentale. Quand la tête ou le moral ne vont pas bien, on n’est pas en bonne santé. Pour ça, il faut sortir et voir du monde, apprendre à bien vivre en communauté et ne pas rester enfermé chez soi. Il faut aussi essayer de ne pas se mettre en colère et se laisser envahir par le stress. Lire beaucoup aide aussi à entretenir le cerveau. On apprend et on s’évade. – PAGE 21 –

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COSLLEoCiTfIF de la vie ! * SANDRA * FATOUMATA, ISABELLE DE VRIENDT, LAHCEN, PEDRO LUKOMBO ET FAÏÇALE TAOUSSI © Collectifs d’écrits Elle a des enfants. Elle est en Belgique. Ses enfants sont deux sœurs, Angela et Jessica ; elles vivent avec leur mère. C’est le papa qui est venu ici, avant. Il est resté ici. Quand il a reçu la carte d’identité, il a fait le regroupement familial pour amener sa femme, ses enfants. Mais quand elle est arrivée ici, le mari a préféré l’argent à sa femme, à sa famille. Il travaillait et avait beaucoup d’argent grâce au salaire, et aussi grâce aux allocations familiales. Elle ne savait rien du tout. Le mari ne l’aidait pas; si elle avait besoin de quelque chose, il la laissait comme ça. Pour les enfants aussi : quand il gagnait de l’argent, il le mettait dans sa poche. Il envoyait de l’argent en Afrique. Quand elle disait : « Je veux travailler, moi aussi, pour gagner de l’argent », le mari disait : « Non, toi, tu ne dois pas travailler. » Parce que, si elle travaillait, le salaire du mari diminuerait un peu. Il ne voulait pas qu’elle travaille à cause de ça. – PAGE 23 –

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Quand elle voulait dire quelque chose, il disait : « C’est moi qui t’ai amenée ici. C’est moi qui suis le chef de famille. C’est moi qui sais. Et tais-toi. » Alors, elle a préféré divorcer de son mari, pour vivre sa vie avec les enfants, pour ne pas être punie, parce qu’elle ne gagnait rien du tout, avec un mari qui n’aidait pas, qui ne faisait rien pour elle. Elle s’appelle Sandra. Sandra, elle doit s’occuper de ses deux filles. Elle les élève bien, elle fait bien. Elle est séparée, maintenant. De temps en temps, elle cherche quelque chose pour manger, pour dormir bien. Alors, Sandra, c’est comme ça: tu travailles en dehors, tu travailles à la maison. Elle aide ses enfants. Avec des crayons de couleurs. L’une est en maternelle, l’autre, en primaire. La présidente du pays fait de la politique pour les gens. Elle a été réélue pour la troisième fois. Sandra travaille pour le pays aussi. Elle travaille pour une société de nettoyage. Les voisins de Sandra – ils vivent tous dans un grand immeuble – ont aussi deux enfants. Ce jour-là, la voisine est partie faire des courses. Ses enfants sont à la garderie. Elles attendent que leur maman arrive, qu’elle vienne pour les prendre. Les enfants sont très proches de celles de Sandra. Le gérant de la boutique d’alimentation générale, à côté de l’immeuble, il connaît Sandra, ses enfants, ses voisins. Ce supermarché est tenu par une personne qui connaît beaucoup de choses sur la politique. – PAGE 24 – Ce jour-là, Sandra entre dans le magasin. Elle est nerveuse. Elle parle presque en criant au téléphone. La boutique est pleine. Tout le monde la regarde. Tout à coup, elle tombe par terre. L’épicier appelle l’ambulance. Il accompagne Sandra à l’hôpital: elle n’a pas de famille en Belgique. Ils arrivent aux urgences. Sandra reprend conscience. Elle panique. « Mes filles ! Mes filles ! Mes filles ! Quelle heure est-il ? » L’épicier lui répond : « 16 heures ». « Il faut absolument aller chercher mes filles à l’école ! » L’infirmier accourt : « Calmez-vous, Madame, s’il vous plaît. Vous allez encore tomber en syncope ! » « Où est mon téléphone ? » L’épicier lui tend son téléphone. « Mais ! Il était tout neuf ! » « Regardez s’il fonctionne encore. » « Qui je vais appeler ? … Les voisins, vite ! » L’infirmière vient faire des examens. « Allô, Sandra, qu’est-ce qui se passe ? » « Je suis à l’hôpital. Je suis tombée. Tu peux aller chercher mes enfants à l’école ? » « Ah ! Sandra, qu’est-ce qui t’est arrivé ? » « Je ne sais pas. Je suis tombée. » « À quel hôpital tu es ? » « Quel est cet hôpital, infirmier ?»  « Vous êtes à Saint-Pierre. » « À Saint-Pierre, Sara » « D’accord. Jacob va chercher tes filles. On va s’en occuper, ne t’inquiète pas. » « Merci. Je te donne des nouvelles. » « Madame, je dois rentrer à ma boutique, c’est bientôt la fermeture. – PAGE 25 –

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Quel est votre numéro ? » « Le voici : … » « Donnez-moi de vos nouvelles quand vous aurez vu le médecin. Bon rétablissement. Quand vous serez mieux, si vous voulez, je peux vous ramener en voiture. » « Merci beaucoup ! » Une demi-heure plus tard, le docteur arrive. « Qu’est-ce qui vous arrive, Madame ? » « Je ne sais pas. Je suis tombée. J’ai mal à la tête. Je ne sais pas ce qui m’arrive, docteur. J’ai la tête qui tourne de temps en temps. Parfois, je ne dors pas bien. Ça fait 15 jours que je mange peu et que je m’endors tard. J’ai quitté mon mari. Je n’avais pas le choix. Il travaillait beaucoup, il préférait l’argent à sa famille, il allait dans les bars… » « D’accord, Madame, vous avez trop de stress. C’est mauvais pour la santé. Vous avez trop de tension. Si vous ne changez pas ça, l’hôpital sera votre maison ! » Le médecin fait des ordonnances, il prescrit à Sandra de la vitamine D, du fer, des médicaments pour sa tension et il lui donne des conseils: « Vous savez, une séparation, ce n’est pas la fin du monde. Vos enfants ont besoin de vous. Vous êtes encore jeune. Vous allez rencontrer quelqu’un d’autre rapidement… » « Merci docteur, est-ce que je peux partir, maintenant ? » Le jour suivant, Sandra rentre dans le magasin d’alimentation générale. « Qu’est-ce qui se passe ? », demande l’épicier. Sandra lui explique. Elle a des problèmes avec son ex-mari. Elle ne sait pas ce qu’elle doit faire. Elle vit seule avec ses enfants. Quand on arrive, on ne connaît pas les règles. – PAGE 26 – Sandra raconte les problèmes qu’elle a avec cette personne dont elle a divorcé. Le père a oublié les enfants, il ne veut pas lui donner les allocations familiales. Il a tout oublié. L’épicier est maintenant au courant du problème des enfants. Il donne des solutions, parce qu’il connaît beaucoup de personnes, le professeur, l’employé dans la commune, l’avocat, le médecin. Il est épicier, mais un peu assistant social. Si une personne vient avec un problème, il l’aide. Il connaît beaucoup de choses à propos de la police, de la justice, des professeurs, des médecins. Il aime donner des solutions à ses clients. Parce que le client est roi. Il est central, dans la boutique. L’épicier dit à Sandra: « Tu as des droits. Tu peux aller au CPAS. Ils vont t’aider ! » – PAGE 27 –

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