Engrenages. Individu et société - par le Collectif BalLades en Forest

 

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Description

Compilation de textes par le Collectif d'écrits BalLades en Forest, réalisé par un groupe de 7 écrivant.e.s de Forest et alentours (Bruxelles)

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Engrenages Individu et société COLLECTIF BalLades en Forest Recueil de textes de 77 auteur.e.s Massimo Bortolini, Isabelle De Vriendt, Rina Horowitz, Pull O’ Tard, Hélène Schneider, Myriam Scoriels-Prist et Claire van Gheluwe

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Engrenages Individu et société COLLECTIF BalLades en Forest Recueil de textes de 77 auteur.e.s Massimo Bortolini, Isabelle De Vriendt, Rina Horowitz, Pull O’ Tard, Hélène Schneider, Myriam Scoriels-Prist et Claire van Gheluwe

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Droits d’utilisation Engrenages. Individu et société du Collectif  est produit par ScriptaLinea aisbl et mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons (texte complet sur www.creativecommons. org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr) ScriptaLinea, 2018. N° d’entreprise BE 0503.900.845 RPM Bruxelles Éditrice responsable Isabelle De Vriendt Siège social Avenue de Monte-Carlo 56 1190 Bruxelles (Belgique) www.scriptalinea.org Si vous voulez rejoindre un Collectif d’écrits, contactez-nous via www.collectifsdecrits.org COLLECTIF BalLades en Forest SCRIPTALINEA Quelques mots sur ScriptaLinea La compilation de textes Engrenages. Individu et société a été réalisée par le Collectif BalLades en Forest, né sous l’impulsion conjointe de ScriptaLinea et du Contrat de Quartier Durable Abbaye (Forest, Bruxelles). ScriptaLinea se veut un réseau, un soutien et un porte-voix pour toutes les initiatives collectives d’écriture à but socio-artistique, en Belgique et dans le monde. Ces initiatives peuvent se décliner dans différentes expressions linguistiques : français (Collectifs d’écrits), portugais (Coletivos de escrita), espagnol (Colectivos de escritos), néerlandais (Schrijverscollectieven), anglais (Writing Collectives)… Chaque Collectif d’écrits rassemble un groupe d’écrivant.e.s (reconnu.e.s ou non) désireux.ses de réfléchir ensemble sur le monde qui les entoure. Ce groupe choisit un thème de société que chacun.e éclaire d’un texte littéraire, pour aboutir à une publication collective, outil de sensibilisation et d’interpellation citoyenne et même politique (au sens large du terme) sur la question traitée par le Collectif d’écrits. Une fois l’objectif atteint, le Collectif d’écrits peut accueillir de nouveaux et nouvelles participant.e.s et démarrer un nouveau projet d’écriture. Les Collectifs d’écrits sont nomades et se réunissent dans des espaces (semi-)publics : centres culturels, associations, bibliothèques… Il s’agit en effet, pour le Collectif d’écrits et ses lecteurs.trices, d’élargir les horizons et, globalement, de renforcer le tissu socioculturel d’une région ou d’un quartier, dans une logique non marchande. Les Collectifs d’écrits se veulent accessibles à ceux et à celles qui veulent stimuler et développer leur plume au travers d’un projet collectif et citoyen, – PAGE 5 –

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dans un esprit de volontariat et d’entraide. Chaque écrivant.e y est reconnu.e comme expert.e, à partir de son écriture et de sa lecture, et s’inscrit dans une relation d’égal.e à égal.e avec les autres membres du Collectif d’écrits, ouvert.e aux expertises multiples et diverses. Chaque année, les Collectifs d’écrits se rencontrent pour découvrir leurs spécificités et reconnaître dans les autres parcours d’écriture une approche similaire. Cette démarche, développée au niveau local et articulée avec le niveau mondial, vise donc à renforcer les liens entre individus, associations à but social et organismes culturels et artistiques, dans une perspective citoyenne qui favorise le vivre-ensemble et la création littéraire. Isabelle De Vriendt Coordinatrice de l’AISBL ScriptaLinea – PAGE 6 – © Collectifs d’écrits

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COLLECTIF BalLades en Forest PRÉSENTATION Le Collectif Année deux. Le collectif    a continué à découvrir sa commune de cœur, en roue libre. Liberté d’expression, plaisir d’écrire et de se partager des textes qui nous dévoilent et traduisent les choses de la vie, dans le respect de l’intime, voilà ce qui l’anime ! Le Collectif veut s’ancrer dans Forest, partager son parcours d’écriture et de vie, s’ouvrir à tous et toutes, dans le clair accueil des différences et quels que soient l’expérience et le niveau d’écriture. Pour inviter des personnes à les rejoindre dans leur balade, les membres du collectif amuseront les Forestois cet été 2018 avec des jeux d’écriture, dans la rue et sur les marchés publics. Massimo Bortolini, Isabelle De Vriendt, Rina Horowitz, Pull O’ Tard, Hélène Schneider, Myriam Scoriels-Prist et Claire van Gheluwe © Collectifs d’écrits – PAGE 9 –

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COLLECTIF BalLades en Forest SOMMAIRE Pour s'y retrouver 12 Éditorial 15 Et c’est à ce moment-là, Massimo Bortolini 17 Y a de la joie, Hélène Schneider 21 La menteuse, Rina Horowitz 27 De Chine et d’ailleurs, Isabelle De Vriendt 29 Celluloïd, Pull O’ Tard 33 Ivresse, Massimo Bortolini 35 Elle m’a dit, Hélène Schneider 37 Suicide collectif, Massimo Bortolini 43 Une histoire de rien, du tout, Claire van Gheluwe 51 Dérive hygiéniste, Hélène Schneider 53 Âme en friche, Claire van Gheluwe 55 Spirale à insectes, Hélène Schneider 61 Déchirure, Isabelle De Vriendt 67 Fâcheux voisinage, Rina Horowitz 71 Bleu, Isabelle De Vriendt 75 Noces tactiles, Claire van Gheluwe 77 SLF – Sans Lit Fixe (chanson), Rina Horowitz 81 Tu crois que ça ne t’arrivera pas, Massimo Bortolini 84 Engrenage 1 : non-sens, Myriam Scoriels-Prist 88 Les auteur.e.s 90 Les lieux traversés 95 Remerciements © Collectifs d’écrits – PAGE 11 –

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COLLECTIF BalLades en Forest ÉDITORIAL Éditorial Engrenage : neuf lettres, une image, se sont imposées à nous. Presque naturellement. C’était une de nos premières rencontres. Octobre s’étirait en chaleur. À l’ombre des murs de l’Allumette, cette idée a jailli et a fait l’unanimité. Engrenage: un mot, une image… Une image ? Des images ! Très vite, il s’est avéré que la notion était multiforme. La première question qui nous est venue : un engrenage peut-il être porteur de promesses ? Un détour par l’étymologie confirme que le mot provient du verbe « engrener » qui désigne le fait d’emplir de grains, puis par extension de mettre en route, d’initier. Le collectif a d’abord exploré des engrenages négatifs. Violences politicardes, choc des milieux et des générations, dégradations environnementales… D’autres textes parlaient de chagrins d’amour, de réminiscences de l’enfance à l’approche de la mort… Ainsi une deuxième question essentielle a affleuré. Nos engrenages relèvent-ils de la vie privée, de la trajectoire individuelle de nos personnages ? Ou bien s’inscrivent-ils dans une dynamique collective et sociale ? Nous avons cherché comment le sujet est traité dans des œuvres culturelles, littéraires, cinématographiques… Celles-ci nous montrent des personnages en prise à la fois avec leur propre vie et avec les rouages de la société. L’idée d’un va-et-vient entre individu et société s’est ainsi imposée à nous : des cercles vicieux induits par la collectivité viennent renforcer ceux qui existent dans la vie personnelle. Forts de ces balises, nous nous sommes laissé voguer au gré des inspirations. Les mois de rencontres et d’échanges autour de la lecture des textes ont – PAGE 12 – vu se succéder les saisons. Les lieux qui nous ont accueillis ont nourri nos imaginaires. Au musée de la frite, l’automne finissant et d’hétéroclites vitrines. De la neige sur la grande bibliothèque. Du thé à la menthe au Kiosque pour adoucir février. Les chats d’Isabelle pour encoquiner mars. Le jardin de Claire. Et les prairies de l’abbaye annonçant l’été, rappel de la chaleur de nos premières rencontres à l’Allumette. La roue a tourné… Un engrenage négatif ? Certes non ! Au terme de ce parcours, nous souhaitons que vous trouviez autant de plaisir à lire ce recueil que nous nous sommes amusés à l’écrire, et à vivre ensemble ce parcours. Le Collectif   – PAGE 13 –

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COLLECTIF BalLades en Forest MASSIMO BORTOLINI Et c’est à ce moment-là Et c’est à ce moment qu’il les voit, les Numéros gagnants, apparus comme par miracle sur l’écran Gagnant, il est le seul gagnant, 203 millions d’euros pour lui seul Rapidement, il avertit la famille, les amis, des collègues Et puis, il s’endort Nuit Aurore Gagnant, il s’est rêvé gagnant, comme toutes les nuits depuis 3 ans Epuisé de gagner tant, il se lève, ouvre la fenêtre et du 8e étage Saute. – PAGE 15 –

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COLLECTIF BalLades en Forest HÉLÈNE SCHNEIDER Y a de la joie Ça avait commencé par un communiqué à la radio. Bonjour Nation Nouvelle, comment ça va bien ? Ça avait commencé par des communiqués à la radio. Ça avait commencé par des mots. Nation Nouvelle, comment ça va bien ? Un matin, la boulangère tendit à Maude sa ration. On constata que Maude avait oublié. Oublié de sourire à la boulangère. Oublié de répondre le Ça va bien et vous comment ça va bien ? On lui signifia son changement d’affectation. Aux premiers temps de la Nation, on les avait laissé choisir. Maude avait pris le Dispensaire. On l’avait laissé faire. Maude désobéissait. On la plaça dans la Parade. La grande Parade. On lui fournit un costume de panda. Sous son costume, Maude suait. À côté d’elle sur le char, un type déguisé en koala. Il suivait le rythme mais En dansant, il parlait. Ça ne va pas bien ça ne va pas bien ça ne va pas bien – PAGE 17 –

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Il parlait de plus en plus fort Il dansait de plus en plus vite Ça ne va pas bien ça ne va pas bien ça ne va pas bien Le lendemain, il n’était plus là. Où allaient ceux qui disparaissaient? Maude se mordait les lèvres… La radio serinait des avertissements. Les gens disparaissaient. Maude pensait au type… Ça ne va pas bien ça ne va pas bien ça ne va pas bien On s’introduisit chez elle. On lui prit ses photos. On trouva ses cachettes… Elle éclata en sanglots. Une sirène retentit. Venant de la radio. Toujours allumée. On l’avait ordonné. Interdit d’éteindre les radios. Maude fit taire ses sanglots. De la salle de bains montaient les glapissements joyeux de la loutre qu’on lui avait assignée comme animal de compagnie. La radio hurlait cette chanson. Hymne de la Nation Nouvelle. Y a de la joie. Bonjour bonjour les hirondelles. – PAGE 18 – Trois pas et Maud fut dans la salle de bains. En chantonnant, elle s’approcha de la loutre. Bonjour bonjour les hirondelles. Elle saisit l’animal par une patte. La loutre dut penser que Maude voulait danser. Y a de la joie. La loutre ne se méfia pas. – PAGE 19 –

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COLLECTIF BalLades en Forest RINA HOROWITZ La menteuse J’ai lu Dolto, tout Dolto, passionnément. J’ai écouté ses émissions, j’ai vu des documentaires, regardé les entretiens avec Pivot, étudié sa biographie. Elle m’a appris à mettre la parole au cœur de l’éducation, à parler directement aux enfants de la réalité de leur vécu quel qu’il soit, dans un langage accessible et vrai, sans faux-fuyant, sans euphémismes. Elle m’a donné envie d’être compréhensive et sincère. Et à vrai dire, je suis persuadée de l’être. Même avec les ados, tellement imprévisibles. Même avec Juliette, si renfermée. Pourtant, quand elle a sonné chez moi ce jour-là, je n’imaginais pas la galère dans laquelle elle m’embarquait. – Personne ne me croit – Mais si – Même toi tu ne me crois pas – Pourquoi tu dis ça ? C’est vrai, la plupart du temps, je ne la crois pas. Juliette est menteuse, tout le monde le dit, tout le monde le sait. Elle ment pour ses retards, elle ment pour ses devoirs, elle ment à la maison, elle ment à l’école. Elle enjolive les histoires qui lui arrivent, elle ment pour se grandir, elle ment par plaisir. Je ne la contredis jamais de front, mais je tente de la déculpabiliser: je lui explique que je ne suis pas fâchée, que si elle n’a pas osé affronter la réalité, c’est sans doute de peur de se sentir amoindrie à mes yeux mais que le mensonge est inutile, je ne lui en veux pas de ses défauts, je ne suis pas parfaite moi non plus… Compréhensive et sincère. Trop souvent, je l’avoue, je cède à la facilité : je fais semblant de la croire, j’évite les histoires. Ce n’est pas malin, je le sais mais après tout, je ne suis pas sa mère. – PAGE 21 –

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Cette fois-là pourtant son « personne ne me croit » sonnait juste, avait des accents bouleversants qui auraient dû m’alerter. Et son insistance : – Personne ne me croit – Mais si – Tu vois, même toi tu ne me crois pas – Je n’ai pas dit ça. « Je n’ai pas dit ça », tu parles. Bien sûr que c’est ce que j’avais dit. « Je n’ai pas dit ça » était la réponse la plus stupide que je pouvais faire. Et la plus hypocrite. Juliette est ce qu’on appelle bêtement « une enfant difficile ». Adorable, espiègle, passionnante, mais difficile. Colérique et de mauvaise foi, elle s’emporte pour un rien, une remarque, un rire, elle se dispute avec chacun. Surtout avec sa mère. Elle est la fille cadette de Jacques, mon ami de toujours, depuis l’école primaire. Nous avons fait toutes nos études sur les mêmes bancs. Ensemble nous avons lancé et fait fructifier notre boîte de publicité, collègues et associés. J’ai été témoin de son mariage avec Evelyne, marraine de leur fils aîné, il est parrain du mien. Alors quand Juliette est rentrée ce jour-là, m’a demandé de l’écouter, sans l’interrompre… – Ce ne sera pas facile pour toi, m’a-t-elle dit sur ce ton docte que peuvent prendre les adolescents, mais c’est encore plus difficile pour moi. Elle parlait sans me regarder, raide, bras croisés, jambes serrées. Son débit rapide m’ôtait toute occasion de l’interrompre, elle m’empêchait de la toucher. Quand elle a fini son récit, elle s’est tournée vers moi. – On ne me croit jamais – Pourquoi tu dis ça ? – Tu vois, même toi tu ne me crois pas – Je n’ai pas dit ça. – PAGE 22 – C’est vrai, je ne la croyais pas. Je n’avais pas envie de la croire. Qui la croirait ? Comment croire les ados quand ils racontent ces horreurs ? Ils fantasment. Ils se vengent de quelque chose. Ou simplement ils exagèrent. Ils dramatisent. Avec tout ce qu’on voit à la télévision… Je connais Evelyne depuis si longtemps, c’est une femme intelligente, elle n’est pas myope ! Les mères sont souvent aveugles devant ces catastrophes, complices même, inconsciemment complices. Je le sais, je l’ai lu. Mais je connais Jacques depuis toujours. Finalement je l’ai prise dans mes bras, pour la consoler, je m’y sentais obligée quand au fond de moi j’avais envie qu’elle parte, qu’elle s’en aille loin d’ici avec ses histoires. Je la serrais dans mes bras, j’avais envie de serrer plus fort, très fort, j’avais envie… – Arrête, tu me fais mal ! – Je t’aime ma Juliette. Ça s’est passé il y a longtemps, tu dis ? Ce n’est plus arrivé depuis deux ans ? Tu as bien fait de le menacer, tu t’es bien défendue, il ne t’arrivera plus rien. Ne t’en fais pas, ça ira, tu oublieras, je serai là ! Les conneries que j’ai dites ! J’aurais dû l’accompagner à la police, déposer plainte. Mais je pensais à Jacques. Non, pas Jacques ! Et puis depuis le temps, comment elle le prouverait ? Qui la croirait ? Personne ! Je pensais à mon fils qui adore son parrain, à ma fille qui a l’âge de Juliette, s’il lui était arrivé quelque chose ? Je pensais à Evelyne, au scandale, à l’entreprise, aux employés. Je ne pensais plus à Juliette. Tout en la serrant dans mes bras je cherchais à échapper à l’horreur de ce qu’elle m’avait raconté. Je lui proposais de chercher de l’aide auprès d’une association. Ou chez un psy. Ou les deux pourquoi pas ? Ces gens sont soumis au secret professionnel. Je me suis levée pour chercher un bottin… – PAGE 23 –

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– Personne ne me croira – Mais si, on va trouver – Tu vois, tu ne me crois pas – Ne dis pas ça Elle est partie en claquant la porte et en hurlant, comme elle fait si souvent. Une enfant difficile. Je lui en voulais. J’en voulais à Jacques, à Evelyne. Je m’en voulais. Je m’en voulais mais je n’ai pas cherché à la rattraper. Et demain ? Qu’est-ce que je dirai à Jacques ? Qu’est-ce que je pourrais bien lui dire ? Comment il le prendrait ? On se connaît depuis toujours. Et Evelyne ? Et les employés ? Qui me croira ? D’ailleurs Juliette est menteuse. Tout le monde le dit, tout le monde le sait ! – PAGE 24 –

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COLLECTIF BalLades en Forest ISABELLE DE VRIENDT De Chine et d’ailleurs Si j’étais une saison qui s’étire, je serais l’ Été et ses vendanges Si j’étais d’air et d’eau, je serais le Nuage qui annonce l’orage Si j’étais un frisson, je serais le Grincement d’une porte qu’on claque Si j’étais de rayons, je serais une Roue qui tourne fou Si j’étais domestique, je serais un Escalier en colimaçon Si j’étais un mouvement, je serais le Nœud coulant Si j’étais d’espoir et de vertu, je serais l’ Avril qui monte en sève Si j’étais de pierre, je serais le Gravier qui crisse sous les pas Si j’étais de hauts et de bas, je serais l’ Escalade ou la chute d’eau – PAGE 27 –

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COLLECTIF BalLades en Forest PULL O’ TARD Celluloïd C’était une journée de pluie où l’on cherche vainement une activité. Je montai au grenier pour fouiller dans la malle aux trésors : boîtes métalliques, vieux réveils, morceaux de tissus… Rien d’intéressant, quand surgit le baigneur en celluloïd de ma sœur. J’eus une idée lumineuse, j’allais flamber la poupée, elle serait ma Jeanne d’Arc. Je conviai ma sœur à la séance. – Viens, je t’invite à un grand spectacle: Jeanne d’Arc brûlée par les cochons. Elle monta en ronchonnant, un livre ouvert à la main, elle est toujours plongée dans un livre ma sœur. – Ce n’est pas les cochons qui ont brûlé Jeanne d’Arc, c’est les Anglais. Je haussai les épaules : – C’est pareil et puis ça n’a pas d’importance. Je sortis une boîte d’allumettes de ma poche, pris une allumette que j’enflammai et jetai sur la poupée. Nous étions sidérés, aveuglés par une lumière violente suivie d’une explosion. Cela n’avait pas duré trois secondes et il ne restait rien de la poupée. Cette scène s’est ancrée en moi, elle a dicté ma destinée. Le feu me fascine. Longtemps j’ai suivi les autopompes pour me rendre sur les lieux des incendies, me délecter du spectacle des brasiers, entendre le crépitement des flammes, suffoquer dans l’atmosphère âcre des fumées. En Provence, les feux de forêt me passionnaient, les pins s’embrasaient, ils se consumaient en quelques secondes. Un brandon s’envolait mettant le feu à un pin parasol dix mètres plus loin. Les pompiers brandissaient leurs lances d’incendies. Le capitaine hurlait ses ordres pour couvrir le bruit des moteurs. – PAGE 29 –

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