Magazine WaMe n°16

 

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Description

Magazine d'architecture édité par Patriarche. Office of architecture

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Avril 2018 Actualités Coup de projecteur sur RTE, ICF et l’UFR Rouen Dossier Alteroffice Chapitre 1:Digital et modes de travail Métiers Delphine Blein, Vincent Duret, Clément Bonnet, Laurent Poncet Mais aussi : Actus, Portrait, Culture 16

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ÉDITO LE MAGAZINE EST DE RETOUR Les mutations du travail et de notre rapport au travail s’accélèrent drastiquement sous l’effet conjoint et hégémonique des innovations technologiques et de l’évolution sociologique et générationnelle du rôle du travail dans le positionnement social et communautaire. Le travail s’immisce dans la sphère privée, se fragmente, se dématérialise, se nomadise et fait émerger une nouvelle économie du partage. La technologie et l’espace sont les outils principaux de ces mutations, fluidifient les activités jusqu’à les rendre plus faciles, séduisantes et ubiquitaires. Qu’elles soient alarmistes, salvatrices ou mystiques, les mutations futures et possibles du travail sont autant de possibilités qui donnent l’occasion d’inventer de nouvelles organisations sociales, de nouveaux outils et de nouveaux lieux de travail -les « Alter-office ». Que sera l’entreprise du futur ? Quelles nouvelles organisations du travail émergeront ? Comment les individus se repositionneront ils dans cette nouvelle géométrie du travail ? Quelles conséquences pour les concepteurs sur la production de formes / d’espaces / de services adaptés à ces nouveaux besoins ? Dans ce maelström puissant et engagé, la démarche de recherche sur le thème « d’Alteroffice » est une exploration modeste structurée en quatre chapitres, qui tend à mieux comprendre les mutations à l’œuvre dans nos modes de travail et à esquisser les fins ou alternatives possibles. La synthèse de ce premier chapitre centré sur l’impact du digital dans l’évolution de nos pratiques et espaces de travail explore tantôt de manière distanciée l’évolution des pratiques de management des entreprises, l’expérience utilisateur ou le mouvement « smart » et tantôt par le recueil d’expériences concrètes l’évolution culturelle à mettre en œuvre dans le processus de conception architecturale et les impacts du nomadisme sur l’individu connecté, la géographie des lieux de travail et notre rapport à l’entreprise de demain. Il en ressort un besoin urgent de faire évoluer de nos métiers vers une posture plus hybride d’observateur, de stratège, de concepteur, et de programmiste… pour mieux stimuler et répondre aux attentes des utilisateurs finaux. PAR DAMIEN PATRIARCHE

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SOMMAIRE TITRE 2 ÉDITO & SOMMAIRE • 4 ID-CARD • 8 ACTUS • 10 DOSSIER • Alteroffice Architecture, Digital et renouveau du Management : Une nouvelle frontière pour l’entreprise ? Numérique et Nomadisme au travail Architecture ou design des espaces tertiaires ? L’UX comme nouveau fil conducteur Smart is the New Deal Interview Yann Costes et Baptiste Gey 26 MÉTIER • 30 PORTRAIT • 32 SORTIES • 3

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TITRE ID Card UFR ROUEN Maître d’ouvrage : Rectorat de l’Académie de Rouen Superficie : 18 600 m² Livraison : 2015 Réhabilitation et extension d’un bâtiment universitaire pour affectation à l’UFR de Sciences et Techniques du campus de Mont-Saint-Aignan, un beau défi d’architecture et d’ingénierie. Construits entre 1959 et 1963, les locaux de l’UFR Blondel sur le campus de Mont-Saint-Aignan à Rouen méritaient une modernisation importante. L’enjeu du projet était de réorganiser les circulations au sein du bâtiment, d’améliorer les performances énergétiques du bâtiment et de réhabiliter les 18 000 m2 de locaux et les façades pour rendre le tout plus fonctionnel. Après désamiantage, la transformation de cette barre monumentale de 5 niveaux, accrochée à un bâti arrière en peignes, passait par la réorganisation de la distribution verticale et des circulations entre les zones publiques d’enseignement et les zones privées de recherche. 4

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ID-CARD 5

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ID-CARD RTE Maître d’ouvrage : RTE (Réseau de Transport d’Electricité) Superficie : 10 859 m² Livraison : 2016 Conception réalisation de bureaux et espaces de restauration pour RTE Ouest, un nouveau siège à l’image d’une entreprise dynamique. Ce projet immobilier visait à regrouper sur un seul site les 530 salariés de RTE Ouest travaillant à Nantes sur un terrain de 22.000 m2 à La Chapelle-sur-Erdre. Conçu en conception-réalisation avec Bouygues Bâtiment Grand Ouest, Patriarche. et le cuisiniste Spooms, il s’agissait de construire deux bâtiments supplémentaires sur le site dit Gesvrine, positionnés à côté du bâtiment actuel, au niveau du parking existant, pour une surface totale de 19.000 m2. 6

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TITRE ICF Maître d’ouvrage : ICF la Sablière Superficie : 6 480 m² Livraison : 2017 52 logements familiaux, une résidence étudiante de 100 logements et 1 logement de fonction, c’est le programme de ce bâtiment livré à l’été 2017 à Saint-Germain-en-Laye. Le projet se situe en lisière de forêt et à proximité directe d’axes de transports importants. Le bâtiment est un marqueur et un point d’accroche pour l’entrée de la ville. Le programme est composé d’une résidence étudiante de 100 logements et de 50 logements familiaux, abrités par cette forme ovoïde valorisée par des bow-windows habités. Un large dégagement, au rez-dechaussée, dans la direction est-ouest, relie les abords et le centre, laissant le regard filer vers la forêt. Ce porche bardé de bois, donne accès au cœur du projet ou l’on découvre, un jardin intérieur conçu comme une clairière, véritable espace de rencontre, mais aussi d’intimité, du projet. 7

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Actus TITRE VISITE DE L’HÔTEL EKLO À LILLE Patriarche et Eklo ont eu le plaisir d’accueillir une délégation du CNOUS le 2 février dernier pour une découverte de ce concept d’hôtel éco-responsable et de son principe constructif modulaire. La visite s’est terminée autour d’une bonne pizza au sein de l’espace de convivialité de l’hôtel. BOOK 2018 Un ouvrage de 164 pages broché pour découvrir une sélection de projets d’architecture, d’urbanisme et les concepts de l’agence. CLASSEMENT DES ARCHITECTES D’A Comme chaque année le magazine D’A édite un classement par chiffre d’affaires des agences françaises, pour l’année 2016, Patriarche est classée 15ème. Actus CHRISTMAS SESSION 2017 Cette soirée dédiée à faire le bilan des actions du semestre dans une ambiance festive a été l’occasion de révéler le gagnant du défi de la journée solidarité. Ce workshop réalisé en interne avait pour objectif de faire émerger un projet d’action solidaire et écologique. 8

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ACTUS USINE SIMOND La phase d’appel d’offres a démarré pour l’usine de l’entreprise Simond, qui développe et fabrique du matériel de montagne depuis plus de 150 ans dans la vallée de Chamonix. Le programme se compose d’ateliers de fabrication ainsi que d’espaces de travail pour les équipes de développement, de recherche et de diffusion des produits. La nouvelle construction intègre les fonctions dans une forme qui s’adapte à son environnement. La peau métallique de la coque supérieure capte les multiples échos du ciel et de la montagne. Les panneaux de métal micro-perforés, se poursuivant en toiture, offrent quant à eux une alternance de plein et de transparence variant selon les heures de la journée et selon les angles des rayonnements solaires et artificiels. PROJET CULTUREL SAINTE-BATHILDE Surface : 4 000 m² Démarrage chantier : Sep. 2019 Livraison : Mars 2021 Lieu : Chelles L’agence a remporté le concours lancé par le diocèse de Meaux pour la création d’un ensemble culturel composé d'une église, d’un sanctuaire, d’un centre paroissial ainsi que de logements sociaux au cœur de la ville de Chelles (Seine-et-Marne). À la frontière du site historique de l’ancienne abbaye, la nouvelle église de Chelles est un projet urbain qui se doit de faire le lien. Il rassemble les cultures, les populations et les générations en son sein, autour d’un dialogue spirituel entre l’architecture, l’histoire et la croyance. Projets LE NÉON Lancement de la phase Pro pour le projet de Résidence pour étudiants et services au sein de l’écoquartier Bouchayer-Viallet. Notre projet répond aux enjeux environnementaux et de mixité de ce nouveau quartier d’entrée de ville de 14 hectares, à Grenoble. Les espaces conçus pourrons être appropriés par les futurs résidents qu’ils soient étudiants, doctorants, jeunes chercheurs mais aussi par les visiteurs extérieurs afin de favoriser les échanges et la vie au sein du quartier. Le socle de la résidence, largement vitrée sur la rue, offrira des services partagés ainsi que des espaces récréatifs aux étudiants, participant à l’animation de la rue des Arts et Métiers. Le bâtiment animera ainsi le quartier en s’ouvrant sur lui. THERMES DE ST-GERVAIS Surface : 4 481 m² Démarrage chantier : Octobre 2017 Livraison : juillet 2018 Lieu : Saint-Gervais (Haute-Savoie) En novembre 2016, L’Oréal rachète les thermes de SaintGervais Mont-Blanc, et la licence de la marque cosmétique éponyme, 100% à base d’eau thermale. Ce bâtiment datant du début des années 1990 fait aujourd’hui, l’objet d’un programme de rénovation qui porte sur la mise en conformité et la reconfiguration de certains locaux. L’objectif est aussi de redonner une image cohérente et en adéquation avec la marque en dessinant des lignes sobres et élégantes. Le chantier à lieu en site occupé et les travaux sont réalisés en plusieurs phases par zone. 9

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Dossier TITRE Laboratoire des pratiques émergentes (LPE) Par Patriarche & Hank C’est pour répondre plus efficacement aux enjeux croissants, complexes et rapides posés par l’évolution des attentes et usages de la ville et des bâtiments, que Patriarche et Hank se sont dotés d’un laboratoire des pratiques émergentes (LPE). Ce think-tank, structure miroir de l’agence d’architecture, d’urbanisme et d’ingénierie, permet de bousculer les pratiques et réflexes établis dans le domaine conservateur de l’architecture, de mettre en perspective et exploiter les connaissances transdisciplinaires et de renforcer un écosystème d’acteurs et partenaires réunis par la conviction qu’il faut prendre des risques pour innover. Le LPE est à la fois un outil de veille prospective, d’identification des nouvelles tendances et signaux faibles, mais également une plateforme ouverte pour développer et prototyper de nouvelles approches, méthodologies, concepts et idées.  

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DOSSIER : ALTEROFFICE Dossier: ALTEROFFICE Chapitre 1 : le numérique au cœur des transformations des modes de travail Alter-office Alterdifférent, faire différemment, modifier, disrupter qui peut préfigurer office [anglicisme] tous les types d’espaces nécessaires pour l’exercice d’une activité professionnelle Architecture, Digital et renouveau du Management : Une nouvelle frontière pour l’entreprise ? Les théories de l’organisation comme les courants architecturaux, les tendances de mode ou de design suivent des cycles. L’analyse historique des modèles ou des théories de l’organisation montre des phases d’allers-retours entre des conceptions technicistes des organisations et des conceptions plus humanistes ou comportementalistes. Au début du XX°, le fordisme et le taylorisme ont mis en place une organisation scientifique du travail, le spectaculaire « travail à la chaîne » et une architecture rationalisée et « linéarisée ». Face aux excès de cette d’organisation, le besoin s’est progressivement fait sentir de réfléchir aux motivations de l’individu, quelle que soit sa place dans la hiérarchie, et de faire évoluer progressivement ces modèles. Dès les années 1930, l’influence de l’Ecole des relations humaines remet l’humain au centre de l’organisation et fait émerger l’ergonomie et le développement d’espaces de vie au sein de l’entreprise. A partir des années 50, l’émergence d’entreprises mondialisées et l’accélération des évolutions techniques et technologiques ont marqué le retour des théories « rationalistes » (école néoclassique ou toyotisme principalement) qui remettent le process, la hiérarchie, etc. au cœur du système de pensée spatiale. L’architecture des espaces de travail est utilisée comme un outil de cette rationalisation et comme un totem démonstrateur – marketing - de la puissance des entreprises. C’est l’ère de la standardisation des espaces (hauteur de plafond, trame de bureau, mobilier), et de la spécialisation spatiale au sein de quartiers d’affaires ou de campus dédiés, où les fonctions sont définies et isolées les unes des autres. Aujourd’hui, la plupart des entreprises sont toujours pilotées selon des modèles traditionnels de management et hébergées dans des bâtiments issus de ce courant, mais la généralisation des pratiques digitales remet progressivement en question ces modèles vieillissants. Dans ce contexte, plusieurs questions méritent d’être posées : quel est l’impact managérial et architectural de la révolution digitale sur l’offre immobilière actuelle ? Pourquoi les évolutions des modes de travail et de management font émerger des besoins que la réponse architecturale peine à satisfaire ? 11

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DOSSIER : ALTEROFFICE La généralisation des outils digitaux (cloud, 4/5G, technologies de l’échange…) bouleverse, d’une part, le rapport entre le marché immobilier et les besoins des entreprises. Dans le domaine tertiaire et l’économie créative, les entrepreneurs deviennent en quelques mois des challengeurs d’entreprises mondiales. Ils attendent de leurs sites d’intégrer des modes de fonctionnement plus souples et réactifs dans une logique de performance, à la manière des startups qui révolutionnent les modèles économiques dans beaucoup de domaines d’activité. La notion d’utilisateur prévaut sur la notion de propriétaire. Le bâtiment n’a de sens que s’il est capable de se reconfigurer tous les deux ans pour répondre aux usages émergents de nouveaux modes de travail, bien loin des processus « normaux » de conception et d’amortissement immobilier. Pour faire face à cette mutation, l’architecture déployée tend à être de plus en plus générique, voire informe, au nom de la flexibilité, laissant une place croissante à l’architecture d’intérieur et au space planning pour recréer des ambiances de garages, lofts ou halle industrielle, qui au-delà de l’effet de mode permettent ces évolutions. D’autre part, le numérique accélère, rend plus facile et fluidifie les relations au sein d’un organisme. Il fait émerger des communautés d’acteurs réunis au sein d’une entreprise ou hors entreprise autour d’un but ou d’un projet commun. La flexibilité, le dialogue, la capacité de création, le bien-être au travail sont au cœur des besoins exprimés par les entreprises dans la refonte de leurs espaces de travail. Plusieurs théories du management et de l’organisation ont formalisé ces notions dans des modèles comme « l’entreprise libérée », le « lean management », « l’halocratie ou équipes autonomes », ou encore « monozukuri et hitozukuri ». Elles recouvrent toutes différentes réalités mais donnent à voir des besoins communs. Pour les entreprises, il s’agit de booster la performance par l’intelligence collective, d’innover en boucles rapides (« time to market ») pour s’adapter aux besoins du marché, de mieux connecter la recherche et développement et le marketing, de valoriser les « talents » en répondant à leur quête de sens, et de décloisonner ou horizontaliser la structure organisationnelle pour favoriser les organisations par projet ou par résultat et optimiser les circuits de décision. Les « travailleurs », quant à eux, expriment la volonté de trouver davantage de sens et d’épanouissement au travail par un gain d’autonomie, une liberté d’agir et d’organiser leur temps de travail de manière plus souple et fragmentée (présence physique vs. télétravail ou nomadisme). Pour la génération Y ou Z, leur espace de travail doit de plus en plus leur offrir un stimuli, une expérience socialement porteuse de sens plutôt que de s’affirmer comme le marqueur d’un statut social ou professionnel. Enfin, ces considérations ne sont rendues possibles qu’avec un développement accru des outils numériques et des réseaux qui les diffusent au sein d’un bâtiment, d’un îlot ou d’un quartier. Ces derniers sont eux aussi à l’aune de révolutions rapides et difficilement prédictibles. La mobilité des postes de travail incite à faire disparaître le filaire mais ainsi à rendre plus complexe la connexion « sans-fil » ; la collecte et l’exploitation des données d’usages internes aux bâtiments pour optimiser le travail en équipe reste difficile ; les outils numériques ne garantissent pas toujours une bonne interopérabilité, un confort d’usage ou une continuité de services efficace. Cette combinaison d’attentes et de facteurs fait émerger des nouvelles perspectives que l’architecture doit saisir et investiguer pour retrouver une place constructive dans la fabrication d’espaces de travail innovants. Trois axes principaux nous paraissent essentiels à creuser. 1. La fin généralisée du bureau fermé au profit du flex-office s’accélère drastiquement sans que des nouveaux modèles d’organisation spatiale n’aient réellement émergés. Pour ce faire, le rapport entre stress psychologique (perte d’un lieu fixe, de repères) du travailleur, affirmation d’espaces collectifs, du mobilier et mise en scène d’ambiances intérieures et extérieures (rapport au paysage) doit être particulièrement considéré. 2. La diversification de l’offre d’espaces de travail archétypaux doit être placé au cœur de chaque projet nouveau d’espaces de travail. Quatre typologies doivent-être systématiquement intégrées pour offrir à l’usager l’opportunité de les fréquenter dans une journée au gré de ses besoins : • « Openoffice », lieu d’hyperconnexion et d’échanges virtuels ; • le « Socialoffice », plateau projet partagé avec une équipe dédiée ; • le « Slow-office », espace de déconnexion technologique et de ¶concentration individuelle ; • le « No-office », lieu non conçu initialement pour travailler, mais détourné ponctuellement pour la recherche d’un stimuli ou de rencontres fortuites. 3. L’intégration d’espaces de créativité ou de « plateforme » pour réunir et faire phosphorer des équipes pluridisciplinaires et pluriculturelles, voire même d’accueillir d’autres entreprises ou experts dans une logique d’incubateur, de start-up. Là encore, des réflexions approfondies doivent être menée à une échelle urbaine pour bien localiser ces fonctions programmatiques dans un projet et s’assurer que le contexte puisse les valoriser pleinement, mais également à une échelle plus fine de « management visuel » (Obeya) avec ses outils : salles de réunions debout, espaces de pilotage collectifs, etc. Merci à Yann Costes de Newquest et Julien Phélip de Cellance PAR ROSE MEGARD 12

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DOSSIER : ALTEROFFICE Chronologie comparée des évolutions technologiques, des théories économiques et d’organisation du travail et de leurs impacts sur les grands courants architecturaux Flex-office, espace pilote en entreprise avec évaluation continue des gains de productivité et de l’impact socio-comportemental chez les salariés. 13

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DOSSIER : ALTEROFFICE Dans 5 ans, votre bureau pourrait tenir dans un sac à dos, un pop-up office déployable en tout lieu et capable de répondre à tous vos besoins. (Extrait - The Fast Company, Adele Peters, 16.11.2017) Hypernomadisme ou le risque de l’île sociale ? La société contemporaine se digitalise de plus en plus et génère une nouvelle génération de travailleurs nomades, capables d’interagir avec plusieurs communautés, en permanence avec le monde entier, depuis leur domicile, leur lieu de villégiature, dans les transports comme depuis une île déserte. Cette montée en puissance du nomadisme bouleverse le rapport de l’Homme à l’entreprise entraînant de fait une obsolescence du modèle traditionnel de ses valeurs, traditionnellement incarnées dans un lieu physique. Pour autant, malgré cette transformation, la création de valeur dans l’entreprise repose(ra) toujours sur la capacité à provoquer des interactions entre les gens et donc sur la nécessité de remettre de la convivialité, de l’échange, de la rencontre et du confort au service de la performance individuelle et collective. Loïc et Benjamin, deux « hypernomades » au quotidien s’interrogent et partagent leur vision des enjeux pour valoriser le nomadisme comme un atout pour l’entreprise et les territoires de demain : Comment redonner un sens nouveau aux entreprises peuplées de digital nomads ? Comment développer des solutions centrées sur l’utilisateur en dépassant les outils et technologies pour recréer des écosystèmes fertiles et performants ? Comment le territoire et les métropoles doivent-elles passer de la « smart city » à la « UserFriendlyCity » (UFC) ? #ToujoursConnecté - Une offre de solutions à la mobilité qui devient pléthorique et illisible La barrière technologique est désormais dépassée : chacun peut disposer aujourd’hui à des coûts compétitifs d’outils de mobilité (smartphone, tablette, …) et de solutions lui permettant d’interagir en temps réel sur des projets communs quelle que soit sa localisation (skype, trello, slack, …). L’offre immobilière s’adapte avec retard à ses nouvelles pratiques de travail et la généralisation du « flex-office » en est une illustration probante. Le digital permet même une transition accélérée d’une logique de stock et de « propriété » - de ses bureaux, ses salariés… - à une logique de flux, de consommation, d’usagers d’espaces de travail, de talents, etc. Pour un travailleur nomade, son « offre immobilière » est en pleine « disruption », tout devient espace de travail et lieu de vie. Les concepts et les produits s’accumulent : coworking, desk-sharing, flex-office, incubateur, fablab, coworking dans les hubs de mobilité… Le logement devient de plus en plus souvent le premier et/ou le dernier espace de travail dans la journée, sans que ses caractéristiques n’aient drastiquement évoluées. Dans cette offre pléthorique et illisible, où est l’utilisateur et comment fait-il pour se repérer ? Il est globalement perdu ! Tout comme l’entreprise d’ailleurs. Comment doit-elle s’y prendre pour attirer et garder ses talents et assurer ainsi sa pérennité ? #DroitALaDeconnexion - L’utilisateur et ses paradoxes. Le numérique est porteur d’une culture de l’instantané dont l’utilisateur est simultanément générateur et victime. Il court en permanence après le temps, pour faire plus, plus vite, partout. Ses outils rendent son nomadisme plus confortable et permettent de travailler de partout, y compris en ayant l’impression d’être en « vacances » - car hors du cadre « normé d’une entreprise traditionnelle ». Le brouillage de plus en plus marqué entre la sphère privée et professionnelle pose la question de l’équilibre que chaque individu est capable de définir pour préserver un équilibre de vie et éviter les écueils de cette sur stimulation (avec risque de burn out). Et mon droit à la déconnexion ? Paradoxalement, en France, les managers n’incitent pas forcement leurs salariés à être connecté en permanence, mais ne leur autorisent pas vraiment le droit à la déconnexion. De la même manière, le jugement de la productivité et de la performance des salariés passent encore beaucoup par la sphère présentielle, difficile à évaluer dans le cas d’un nomade. L’instauration d’un pacte de confiance et de respect des impératifs de production et de vie personnelle est le seul rapport de gouvernance à établir désormais entre le manager et son salarié nomade. 14

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DOSSIER : ALTEROFFICE #TousNomades – Un nomadisme comme norme qui pose des questions sur la performance à long terme des organisations L’entreprise moderne doit être plus flexible. Ce mantra désormais généralisé pose la question en creux de la capacité du collaborateur à trouver sa place, tant humainement que physiquement dans l’organisation sachant que sa présence peut y être ponctuelle, voir sporadique. Dans ce contexte d’émergence d’un nomadisme de masse, quel est l’avenir du groupe ou de la PME ? Y a-t-il un risque de sentiment « moins grand » d’appartenance à l’entreprise ? Les gains de performance individuelle au quotidien en mobilité sont-ils compatibles avec la création de valeur permise par un travail collectif et dans le cadre d’une culture d’entreprise porteuse de sens à moyen terme (VS modèles Uber d’indépendants sous une plateforme) ? L’architecture est capable – par nature- de proposer des espaces physiques diversifiés permettant à chacun de trouver un niveau de confort et d’appartenance (physique et symbolique) à l’entreprise – ou au projet commun. Encore faut-il comprendre finement les attentes de chacun pour éviter de galvauder et caricaturer les réponses spatiales en quelques archétypes du fun office : ambiance néo-industrielle, naturalité artificielle, espaces de jeux, survalorisation du rôle de l’architecture d’intérieure et du space planning... Encore faudrait-il également investir le champ aujourd’hui laissé aux seuls informaticiens de faire évoluer l’architecture et les fonctionnalités des espaces de travail collectifs virtuels… Tout comme l’entreprise, elle doit chercher à définir une nouvelle posture et des nouvelles réponses pour maintenir et accroître la possibilité pour les collaborateurs de se rencontrer, d’échanger et de créer ensemble dans des échanges « inter-entreprises » mais également « intra-entreprise ». #BonSens – Repenser l’offre des territoires (virtuels) & de ceux qui les design Si la tentation de créer l’application « magique » est bien présente, la réponse à nos yeux dépasse les algorithmes et la technologie. A la manière dont la Sncf ou les constructeurs combinent aujourd’hui les solutions de mobilité, ou Amazon révolutionne le commerce, un nouveau « Blablawork » ou « Workify » n’est pas la seule option à envisager. Evidemment, aucune solution n’est exclusive ou universelle. Pour autant, la perspective de passer en mode « CAAS – City as a service» en remettant les solutions urbaines et territoriales au cœur de l’offre innovante d’espaces de travail permettrait de faire émerger à partir des deux questions suivantes une nouvelle offre nomade plus efficace et stimulante : quel est le mix programmatique et la bonne masse critique (logement, mobilité, pôle de vie, flex-office, détente / loisirs…) pour offrir une expérience de vie / du travail réellement nouvelle ? Comment faciliter l’émergence « d’écosystèmes » qui soient à la fois attractifs pour les « communautés de talents » et sécurisés pour les opérateurs immobiliers ? Dans cette perspective, l’architecture n’a de sens que si elle se concentre sur les usages et anticipe le passage de « métro / boulot / dodo » à « e-transport / entreprise(s) 3.0 / domicile connecté ». Pour ce faire, elle doit se poser les questions suivantes : comment adapter chacun des lieux à l’utilisation qui en est réellement faite ? faire du salon un espace de travail le jour et de convivialité le soir, de mes bureaux des lieux de calme et d’échange, des moyens / moments de transport à travailler, des espaces à la fois propices au repos et à un travail concentré… ? Comment « réenchanter » le bureau pour qu’il redonne envie aux travailleurs nomades d’y passer du temps avec leurs collègues/équipes projets ? - aménagement des espaces, choix du mobilier, domotique, événementiel … dans les lieux résolument ouverts sur la ville versus les nouveaux sièges des GAFA en mode « ghetto » / « île sociale ». PAR LOÏC POURCHAIRE & BENJAMIN TURGIS 15

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