Vires-tu réel? par le Collectif des Allumés de la Plume

 

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Description

Recueil de textes sur le thème du virtuel et du réel, par un collectif d'écrits bruxellois, réalisé en 2017-2018 et présenté aux Ateliers Vénerie (Boitsfort) et sur Radio Air Libre

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Vires-tu réel ? Collectif des Allumés de la Plume Cayetana Carrión, Isabelle De Vriendt, Rachel Fine, Tamara Frunza et Michel Vanden Bossche accompagné.e.s de Debora Tillemans et de Geno Wefa

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Droits d’utilisation: Vires-tu réel? du Collectif des Allumés de la Plume est produit par ScriptaLinea aisbl et mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons 2.0 Belgique: Attribution – Pas d’utilisation commerciale – Pas de modification [ texte complet sur: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/ ] ScriptaLinea, 2018. www.scriptalinea.org N° d’entreprise BE 0503.900.845 RPM Bruxelles Editrice responsable: Isabelle De Vriendt Siège social: Avenue de Monte-Carlo 56 - B-1190 Bruxelles (Belgique) Si vous souhaitez rejoindre un Collectif d’écrits? Contactez-nous via www.collectifsdecrits.org - page 2 - CAP - Collectif des Allumés de la Plume Vires-tuSc réel ?riptaLinea Quelques mots sur ScriptaLinea La compilation de textes Vires-tu réel? a été réalisée dans le cadre de l’aisbl ScriptaLinea. ScriptaLinea se veut un réseau, un soutien et un porte-voix pour toutes les initiatives collectives d’écriture à but socio-artistique, en Belgique et dans le monde. Ces initiatives peuvent se décliner dans différentes expressions linguistiques: français (Collectifs d’écrits), portugais (Coletivos de escrita), espagnol (Colectivos de escritos), néerlandais (Schrijverscollectieven), anglais (Writing Collectives)... Chaque Collectif d’écrits rassemble un groupe d’écrivant.e.s (reconnu.e.s ou non) désireux de réfléchir ensemble sur le monde qui l’entoure. Ce groupe choisit un thème de société que chacun.e éclaire d’un texte littéraire, pour aboutir à une publication collective, outil de sensibilisation et d’interpellation citoyenne et même politique (au sens large du terme) sur la question traitée par le Collectif d’écrits. Une fois l’objectif atteint, le Collectif d’écrits peut accueillir de nouveaux et nouvelles participant.e.s et démarrer un nouveau projet d’écriture. Les Collectifs d’écrits sont nomades et se réunissent dans des espaces (semi-)publics: centres culturels, associations, bibliothèques... Il s’agit en effet, pour le Collectif d’écrits et ses lecteurs.trices, d’élargir les horizons et, globalement, de renforcer le tissu socioculturel d’une région, d’une commune ou d’un quartier, dans une logique non marchande. Les Collectifs d’écrits se veulent accessibles à ceux et à celles qui veulent stimuler et développer leur plume au travers d’un projet collectif et citoyen, dans un esprit de volontariat et d’entraide. Chaque écrivant.e y est reconnu.e comme expert.e, à partir de - page 3 -

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son écriture et de sa lecture, et s’inscrit dans une relation d’égal.e à égal.e avec les autres membres du Collectif d’écrits, ouvert.e aux expertises multiples et diverses. Chaque année, les Collectifs d’écrits d’une même région ou d’un pays se rencontrent pour découvrir leurs spécificités et reconnaître dans les autres parcours d’écriture une approche similaire. Cette démarche, développée au niveau local, vise donc à renforcer les liens entre individus, associations à but social et organismes culturels et artistiques, dans une perspective citoyenne qui favorise le vivre-ensemble et la création littéraire. Isabelle De Vriendt Coordinatrice de l’AISBL ScriptaLinea - page 4 - CAP - Collectif des Allumés de la Plume Vires-tu réel ? Quelques mots sur le Collectif des Allumés de la Plume Le Collectif des Allumés de la Plume (CAP) est né un soir de neige en 2012, à Bruxelles, et a publié à ce jour cinq recueils de textes: Courts-circuits (2012), La ville s’en-visage (2013), Mondes souterrains (2014), Par chemins (2015) et La veilleuse (2016), à lire sur le site www.collectifsdecrits.org. Le CAP a vu passer 29 écrivant-e-s et mène sa barque, lentement mais sûrement. Cinq années jour pour jour après son démarrage, un nouveau parcours a pris le large au même endroit, la Maison du Livre, sous la neige. Dans les eaux imprévisibles de la vie en collectif, les CAPiens naviguent entre le réel et le virtuel sans s’éteindre jamais, et choisissent un port différent à chaque rencontre. Allumé? Le Collectif le reste, et se réchauffe d’un joyeux chaos! Vires-tu réel? a fait l’objet d’une lecture publique le 18 mars 2018 aux Ateliers Vénerie (Région de Bruxelles-Capitale, commune de Boitsfort) dans le cadre de la Langue française en fête, le 22 mars 2018 sur Radio Air Libre et a rejoint les autres compilations du CAP sur la toile. Cayetana Carrión, Isabelle De Vriendt, Rachel Fine, Tamara Frunza, Michel Vanden Bossche et Geno Wefa Membres 2017-2018 du Collectif des Allumés de la Plume. - page 5 -

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- page 6 - CAP - Collectif des Allumés de la Plume Vires-tu réel ?tabLe deS matièreS Pour s’y retrouver Éditorial Un rêve bizarre, Michel Vanden Bossche Le Spectacle, Tamara Frunza Cher Monsieur Einstein, Rachel Fine Duel. Échecs aux Temps, Michel Vanden Bossche Mission, Cayetana Carrión Décrochages, Isabelle De Vriendt Les auteur.e.s Les lieux traversés Remerciements 9 11 21 27 31 35 43 47 51 59 - page 7 -

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- page 8 - CAP - Collectif des Allumés de la Plume Vires-tu réel ?ÉditoriaL Fermer les yeux, humer l’air et ses parfums, écouter le sifflement du vent, sentir la caresse sur la joue, goûter la saveur du temps, s’éloigner un temps des images et des écrans pour se poser sans plus s’évader. Mon âme caressée par le soleil. Respirer, enfin! Ancrage Je contemple le ciel Je respire Ici ou ailleurs, aujourd’hui ou demain, je chemine dans la vie au plus près de mes rêves, au plus proche de qui je veux être… ou devenir. Des chemins irréels virevoltent, frontières immatérielles qui s’ouvrent sous mes doigts. Réelle, la semence dans la vallée Virtuel, l’arbre qui naîtra de la semence Virtuel, le livre qui contera le réel Ils n’existent pas, pas encore, et pourtant, ils sont déjà présents… La plume écrira le livre La plume... ou le clavier? Vertu ou vice, vice ou versa, qu’en dira l’avenir? Je vois des âmes glisser sans jamais se toucher, les regards rivés sur des écrans qui éclairent nos jours et nos nuits. Monde d’images que je confonds avec les images du monde. Et la flamme joyeuse de la vie vacille, l’imagination et l’envie remplacées par un réel qui nous échappe. Le Collectif des Allumés de la Plume - page 9 -

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- page 10 - Un rêve bizarre Bascule onirique CAP - Collectif des Allumés de la Plume Vires-tu réel ?micheL Vanden boSSche 15 mai 2100 J’ai fait un rêve bizarre… Je sortais d’un bâtiment, mes cours sous le bras, et je me retrouvais à marcher dans une rivière. Malgré mes pas qui soulevaient des gerbes d’eau grisâtres, je n’entendais aucun son, si ce n’est un bruit étouffé, comme les pleurs d’un enfant. Je me suis retourné et j’ai vu Caroline avec un bébé dans les bras. La rivière avait disparu et j’étais au milieu d’une clairière avec des arbres en béton et un réverbère en son centre… Puis, je me suis réveillé. Bizarre que j’aie pensé à Caroline, notre histoire à l’université n’a pas duré longtemps. Nous sommes restés proches. Travailler pendant plusieurs années sur le même projet, cela crée des liens. Cela fait plus de quinze ans qu’elle est morte maintenant… par ma faute. 17 mai 2100 Je suis assis dans mon fauteuil et je contemple les étoiles. C’est un spectacle dont je ne me lasse pas. S’il y a bien une chose positive dans notre situation, ce sont ces magnifiques ciels étoilés. - page 11 -

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18 mai 2100 J’ai à nouveau rêvé. J’étais dans un amphithéâtre et je buvais les paroles du à petit, sa voix a pris un timbre métallique, comme ces premières tonalités synthétisées du 20ème siècle, sa peau s’est aplanie et son visage est devenu anguleux. Brusquement, sa bouche s’est ouverte et il a avalé le premier rang pendant que je hurlais… je hurlais toujours quand je me suis réveillé. Caroline, dans le labo. Je n’aurais pas dû aller me chercher un café; j’aurais pu m’interposer. 22 mai 2100 et, à tour de rôle, nous devons assurer le contrôle des installations. Notre survie dépend de ces missions et la rigueur y est nécessaire malgré leur côté rébarbatif. Nous sommes donc sortis, Piezzo et moi, harnachés dans nos combinaisons isothermes. Malgré les années, je ne m’habitue pas totalement à cette sensation étonnante de grande légèreté. Non que je la trouve désagréable, elle est même plutôt plaisante, mais antinaturelle. La mission d’aujourd’hui a failli tourner au drame. Piezzo a chuté. En voulant se rattraper, il a fait un large geste de sa main gantée et son piolet a troué sa combinaison. J’ai heureusement réussi à colmater suffisamment la brèche pour nous permettre de revenir en lieu sûr à l’intérieur du complexe. Sortir seul n’est définitivement pas une bonne idée. - page 12 - 26 mai 2100 Toujours ces rêves… Je monte en sifflotant les escaliers qui me mènent à l’aile réservée à notre élite, au cœur de la recherche en intelligence artificielle dans le service du professeur sique angoissante flotte dans l’air et me rappelle un Nous sommes en septembre 2050. 31 mai 2100 Encore un suicide… c’est le quatrième cette semaine. J’ai le ventre noué, je m’en veux. Certains d’entre nous n’arrivent pas à passer le cap, à accepter notre condition d’exilés définitifs. Même si le ciel est magnifiquement étoilé, contempler la Terre en sachant que l’on n’y retournera jamais n’incite pas à l’extase. Finies les plaines verdoyantes, les forêts rousses se balançant sous le vent et les marées bleues venant se disloquer sur les falaises. Difficile de voir la vie en rose… La seule notion de nature qui nous reste, ce sont les champs hydroponiques sous serre pour produire du soja, ne veut plus rien dire. Le soleil brille sans interruption pendant quatorze jours, nous forçant à porter en permanence des lunettes de soleil dès que nous sommes dans une zone exposée. Mais plus difficile encore est sa disparition pendant quatorze longs jours, sous la - page 13 -

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lumière artificielle. L’énergie devient une denrée rare, contrôlée avec parcimonie et nous survivons sur nos bien maigres réserves. 4 juin 2100 Mon dernier rêve était d’une clarté étonnante. Tellement étonnante que je me serais cru dans la réalité. Du coup, j’ai décidé d’y tenir mes notes. J’aime le concept… tenir mes notes tant dans la réalité que dans le rêve, cela introduit un certain flou, une incertitude: Où est le réel? Où est le rêve? 28 août 2050 Je viens de recevoir la lettre confirmant mon intégration dans le service du professeur Diercksen. Je suis super excité; enfin l’aboutissement des efforts fournis pour la réalisation de ma thèse «conscience artificielle, une évolution de l’intelligence artificielle». Je vais enfin avoir les moyens de mettre en œuvre mes théories, mais surtout, MA théorie, celle que je n’ai pas mise dans ma thèse, celle que je dois encore peaufiner, celle qui, si je parviens à la développer, sera à l’intelligence artificielle ce que la théorie de la relativité fut à la physique ! 7 juin 2100 Branle-bas de combat, je prends quelques minutes pour écrire mon journal. Les événements sont un peu flous dans ma tête. La menace est apparue hier mais nous n’avons pris conscience de son ampleur qu’aujourd’hui. - page 14 - Nous avons détecté une activité anormale qui agite la terre; les Compuscious préparent quelque chose de grande envergure. par un Compuscious il y a quinze ans aurait dû nous interpeller; j’aurais dû tout stopper… Mais en leur hommage, tout le labo a décidé de continuer et même d’accélérer le programme. Et lâchement, j’ai suivi… pauvres fous que nous étions! 15 septembre 2050 Depuis quelques jours, je me pose des questions existentielles… Ne jouons-nous pas avec le feu? Ne sommes-nous pas des dieux de pacotille, des apprentis-sorciers? L’intelligence artificielle est un bienfait pour l’humanité, grâce à elle nous avons amélioré les diagnostics médicaux, nous avons éradiqué les problèmes de transport en fluidifiant de manière optimale la circulation qui ne présente plus aucun risque, les voitures intelligentes étant de bien meilleures conductrices que les humains, la répartition des richesses terrestres pour abolir la faim dans le monde. Tout cela est bien! Mais créer un ordinateur conscient… A vivre dans ce labo, à côtoyer des fous encore plus passionnés que moi, je commence à entrevoir que l’ordinateur conscient, ce n’est plus une utopie mais un futur possible; c’est exaltant et pourtant, mon ventre reste noué depuis des mois. - page 15 -

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8 juin 2100 Je suis en apesanteur dans un vaisseau gravitant autour de la Lune. Des étoiles scintillent partout. Un feu d’artifice est parti de la terre, c’est magnifique et inquiétant. Comme des fusées multicolores qui se dirigeraient dans le silence le plus total vers nous. Beauté vénéneuse de la mort en marche ou distraction pour grands enfants? 25 novembre 2050 J’ai enfin synthétisé ma théorie dans une formule digne d’Einstein. Je sais comment créer de la conscience dans un ordinateur… et je l’ai fait! Myrien est «né», je lui ai donné la vie. Premier de sa lignée, premier Compuscious. Il ne ressemble pas à grand-chose mais il sait qu’il existe, vraiment. Ce n’est pas un de ces programmes du 20ème siècle qui donnaient l’apparence de la réflexion à un ordinateur. Myrien vit et pense. Pourtant, je suis inquiet… depuis quelque temps, je fais de drôles de rêves où la Terre est sous la domination des Compuscious et où le restant de l’humanité survivante est réfugié sur la lune. Mais est-ce un rêve? Prémonitoire? Un souvenir? Serait-il possible que je sois revenu du futur par l’intermédiaire de mes rêves? - page 16 - 8 juin 2100 Je deviens fou! Je ne sais plus si j’ai 27 ans en 2051 ou 76 ans en 2100. La lune est sur le point d’être anéantie… à moins que… 15 janvier 2051 Myrien assimile à une vitesse effarante. Il est avide d’apprendre et j’en suis fier, c’est bien mon fils! Je lui ai greffé un petit bras articulé qu’il utilise pour découvrir son environnement. Il aime beaucoup le toucher du bureau en bois, cela lui rappelle sa forêt natale, dit-il avec un timbre humoristique dans la voix. L’humour, preuve ultime d’humanité. Et mes rêves se font de plus en plus noirs, des rêves d’apocalypse. Ma cage thoracique me semble si lourde. 19 janvier 2051 Aujourd’hui, il m’a dit qu’il s’ennuyait et qu’il voulait en savoir plus. Il m’a demandé de le connecter au NET. N’est-ce pas une porte lui permettant de s’échapper? Comment lui dire non sans le vexer? Cela me stresse. 25 janvier 2051 J’ai fait un rêve bizarre… J’étais dans un futur lointain, des cités lunaires explosaient en gerbes sous le regard méchant d’une machine géante. Celle-ci flottait dans l’espace, emplissait totalement notre horizon. - page 17 -

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À ses côtés, Myrien, immense également, souriait avec un rictus sarcastique, un couteau à la «main», prêt à frapper la lune. 26 janvier 2051 Je suis un père infanticide! J’ai débranché Myrien malgré ses cris déchirants et son regard en totale incompréhension. Dans la foulée, j’ai détruit toutes les copies de mes recherches. J’ai détruit mon œuvre, j’ai perdu mon job de chercheur et pourtant… je respire enfin. - page 18 -

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- page 20 - Le Spectacle CAP - Collectif des Allumés de la Plume Vires-ttauma réel ?ra Frunza Sous la Lune de mes priorités La salle était pleine à la soirée animée par la représentation d’un groupe de Roms, artistes de rues, entraînant leurs coutumes et leurs talents créatifs. La scène éclairée accueillait les spectateurs de son décor roux mélangé aux feuilles de chêne, fraîchement tombées, peut-être à la veille d’une tempête, inattendu sortilège venu d’ailleurs. Au son des ondes, stridents, les artistes aux pieds nus bouteille de Rhum à la main, ont trinqué une danse satanique, symbole d’une virilité sacrée. Sur la scène, un rayon de lumière diffus dévoile des silhouettes, et leurs costumes typiques de gitans apparaissent comme des regards ardents d’acteur, pommetés rougissant à l’émotion du moment. Une transmission aux spectateurs surgit à l’arrivée d’un gypse à la voix qui rappelle son origine ethnique dans la danse, de la joie sensuelle, virtuelle. Des mouvements fétiches qui font naître un curieux noyau d’un vieux jeu hindou, comme travestir l’avenir dans la paume de la main. Oulla révèle dans un chant avec Mali Boula, au bras courbé en légiférant, un genre de poème codifié, souhait converti des millénaires. le vin qui coule maintenant dans la vallée se soit transformé, dans la chance et bon sang, ta route sera fleurissante. Hélas, housse joute-moi, Gadjo, à faire croire aux malheureux, que je chasse la haine sous le Chapiteau. - page 21 -

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Hilo, Aloumi, donne-moi, ici, une pièce ou deux, que cela te porte toujours le bonheur, et le mal, que je le chasse dans la vallée, aussi s’estompe là où le bois brûlant s’écroule dans la fumée, hey, hey… Les notes d’une douce musique emporte Gadjo le magique et sur des vers, il récite, hélas housse, je classe le feu, je chasse le mal à emporter les larmes de tristesse et de joie, comme le bébé que je traine sur la jupe de ma femme, heureux soit-il à chaque tétée. Notre colonie s’empare des surprises, nous, des Roms en couleurs, on survit sans les moindres soucis… La vie sourit sous des éclats des pièces ar- Un premier entracte, il songe la pause, les spectateurs applaudissent, ils lancent des roses. La soirée de Jofranka lantes sur décor en couleurs, la magie des artistes appartient à la peau des personnages, nomades issus, rappels touchant les parois du torse d’une vieille Terre, Des ondes en ondulant une accalmie se propagent, des flashes en images rayonnent sur la scène. Accroupis et assouplis une colonne de roms danse contournant l’arbre de vie, ils s’attardent dans une romance à visages expressives, et le port des vêtements magnifiques Pas à pas, Gadjo revient et, sensuel, reprend le son de sa guitare, allume le feu des artifices, sous le chapiteau, il lance son sombrero en souriant, récite le chant… - page 22 - Un brin de rêverie en métamorphose, les spectateurs, ravis par les effets, couleurs fondues, leurs cœurs sur la belle toile, la nostalgie s’enflamme, de l’âme sur un brin de lumière, Parmi les artistes, arrive sur la piste Jofranka avec la foi de célibataire au caractère de fer et son cœur à l’envers, en embrassant Bomba et Putska dans son impulse de poésie, réveil d’amour gitan. Bomba l’approche et lui demande pureté de l’âme et vie… d’éternité en Gaj, et une demande en Mariage, mélange d’Amour et tradition. Les parents se révèlent contents, Jofranka promet le bonheur à son futur bien-aimé. La coutume s’exprime, et sur scène, des vagues fumées blanches entourent les artistes. Plus loin dans un coin, une femme, tremblant des mains la joie, apporte la Pannuello, le voile d’amour de Joffranka. Elle murmure un chant d’obéissance aux heureux futurs des mariés; sur la marge de la fête, les invités semblent ravis, la virginité de Jofranka belle et bien réussie, La fête de mariage prend de la grâce, la magie emportée sur des joyeux ailes, sur la robe immaculée, des perles scintillent le destin de la femme gitane, Jynga revient finir le bal dans un rituel, gigantesque est son récit: et cela apportera la chance éternelle, découvrant des mystères, la magie illuminant ta vie, Ma main du cœur reflète ça de ses six doigts et un courbé, il pointe tout droit, l’image vibrant les autres cieux de ton destin heureux, De Rom naissant, moi le Maître de l’Univers, nomade en route où à l’estrade m’envoûte, je farcis ma vie au nom du notre Roi en à l’avenir sentimental en simulant l’enjeu du monde virtuel. - page 23 -

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Dans les courants de tous les temps, la vocation de nos artistes reflète le pouvoir à ressusciter l’âme, De notre tradition, nous appelons à l’unissons la vie en escalade, les bohèmes, contournant le paysage surréaliste Déchainée la vie mondaine. Dans le décor, des ondes en musique invitent les acteurs en révérence, écorcée a été l’atmosphère dans cette soirée gitane tradition lointaine. L’ambiance dans la salle pétille, les yeux des spectateurs comblés de joie fertile, fluorescente. La danse de la voyance typique et érotique invite, le Public applaudit l’extase dans la soirée frénétique et magique. Le message de son et de lumières, des émotions à refaire la Terre entière s’enchainent sur le tapis des astres brillant à l’effigie de l’inouï. - page 24 -

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- page 26 - CAP - Collectif des Allumés de la Plume Vires-tur réel ?acheL Fine Cher Monsieur Einstein Cher Monsieur Einstein, Il y a quelques mois, je marchais tranquillement dans mon village urbain, quand soudain mon attention s’arrêta sur la porte d’une maison où était affichée une photo de vous. Votre célèbre visage était augmenté de vos deux mains en prière qui «craignaient le jour où la technologie dépasserait les capacités humaines. Le monde, disiez-vous, risquerait alors de voir une génération de parfaits imbéciles. même et je ne pus m’empêcher de contempler votre visage et de communier avec vous. Vous, amoureux de la vie, de la nature, des êtres humains, et de la fantaisie… vous qui avez fait de la lumière le phare même de votre existence, vous qui avez définitivement voyagé avec un passeport nommé «Humanité à quel point «il est plus facile de désintégrer un atome qu’un Aujourd’hui bien des mots qui faisaient battre les cœurs, il n’y a pas si longtemps encore, ont été bafoués de leur substance par une technologie déshumanisante. Qui peut encore prononcer le e? Qui pourrait de nos jours, s’il perdait un ami, ressentir la douleur de Montaigne envers La Boétie et risquerait ces quelques mots: «Je l’aimais parce que c’était lui, parce que c’était moi ? Voyez-vous, Monsieur Einstein, aujourd’hui, on aime beaucoup - tagram, sur Patati, sur Patata. Mais hélas, on aime souvent trop machinalement. - page 27 -

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Quand j’étais enfant, nous avions une maison à la campagne dans laquelle nous nous rendions à chaque fin de semaine. Or, un soir, mon père vint murmurer au creux de mon oreille que, demain, il viendrait me réveiller tôt le matin pour aller voir pousser les champignons. Je me souviens encore de la joie que me procura ce mystère privilégié et du secret avec lequel j’allais m’endormir. Comme promis, papa est venu me réveiller tôt le matin et nous avons quitté la maison à pas de loup, pendant que tout le monde dormait. Dehors, le jour se levait timidement et l’automne pointait doucement le bout de son nez froid. Je découvrais que nous allions cueillir des champignons mais surtout que nous allions les contempler. Je me vois encore couchée dans l’herbe humide, émerveillée par la rapidité de leur éclosion. C’était magique! Des petits lutins poussaient de partout leur chansonnette automnale et nous les avons cueillis un par un, pour les savourer, quelques heures plus tard, dans une omelette douce et moelleuse. Je remercie la Chance d’avoir connu ce temps qui s’est perdu, extraordinairement perdu, dans chacune de mes cellules... juste pour quelques champignons. C’était le temps de la génération X qui, plus tard, engendra les générations Y et Z. À présent, je voudrais vous raconter, si vous me le permettez, l’anecdote d’un ami X. Il se balade en montagne avec sa fille... les décors sont magnifiques. L’adolescente, de génération Z, accompagne son père, le iphone en main. Chaque merveille de la nature est un sujet de mise en boîte et est destiné à être publié, mais voici que l’engin tombe en panne de batterie et déclenche un conflit de génération. Quand l’adolescente, issue de la génération Z, veut rentrer, car il n’y a plus d’intérêt à poursuivre la randonnée, le père, issu de la génération X, insiste pour continuer et jouir de la nature et de son humilité. Mon ami Marc, secrètement, se réjouit, de pouvoir vivre enfin, un moment de présence intense avec sa fille, sans qu’aucun parasite ne les pollue. - page 28 - Eh oui, Monsieur Einstein, plus qu’au scientifique, c’est à l’humaniste que je m’adresse et j’avoue joindre mes mains aux vôtres. J’ose espérer que l’humain finisse, dans son histoire, par privilégier le verbe Être au verbe paraître. J’ose espérer que l’humain trouve au fond de lui l’urgence de ralentir et puisse à nouveau s’émerveiller devant le miracle d’un champignon qui pousse comme un champignon. Enfin, j’ose espérer que la technologie soit le prolongement de l’humain pleinement humain et devienne définitivement un humanisme 2.0. Veuillez recevoir mes pensées les plus respectueuses. Rachel Fine «Je crains le jour où la technologie dépassera l’homme. Le monde aura une génération d’idiots.» Albert Einstein

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