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Carnet et Instants

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BELGIQUE - BELGIE P.P. - P.B. CHARLEROI X 9/3306 À LA UNE  Les premiers romans ÉVÉNEMENT Le prix unique du livre RENCONTRE Thierry Van Hasselt LETTRES BELGES DE LANGUE FRANÇAISE Trimestriel. N° 197, du 1er janvier au 31 mars 2018 Périodique - P 302031 - Bureau de dépôt Charleroi X - Éd. resp. Nadine Vanwelkenhuyzen - 44, Bd Léopold II - 1080 Bruxelles - décembre 2017

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sommaire n° 197 © Fotolia La moitié du ciel 01 ÉDITORIAL par Nausicaa Dewez MAGAZINE Les premiers romans 03 À LA UNE Le prix unique du livre 15 ÉVÉNEMENT Thierry Van Hasselt, Prix FWB en bande dessinée 18 RENCONTRE Charles Plisnier, premier Goncourt belge 25 ANNIVERSAIRE Nicole Malinconi 27 PORTRAIT Isabelle Fagot, attachée de presse 34 MÉTIERS DU LIVRE Bernadette Gervais 39 RENCONTRE Les Roulades littéraires corsées 42 LA LITTÉRATURE EN LIEUX Le musée Alexandre Dumas 45 VUES D’AILLEURS 48 BRÈVES le-carnet-et-les-instants.net BIBLIOGRAPHIE le-carnet-et-les-instants.net RECENSIONS Le Carnet et les Instants est aussi sur internet : le-carnet-et-les-instants.net

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ÉDITORIAL La moitié du ciel Du débat suscité par l’écriture inclusive à l’affaire Weinstein et à la dénonciation massive des harceleurs et violeurs de la rue, du travail et du cercle familial, les droits des femmes ont – une fois n’est pas coutume – fait la une de l’actualité plusieurs semaines durant. Les événements récents ont jeté une lumière crue sur la perversité et les méfaits d’un système patriarcal dénoncé depuis des dizaines d’années par les féministes, mais aujourd’hui toujours confortablement ancré dans nos sociétés occidentales. Cinéma et séries télévisées ont, plus que tout autre, été pointés du doigt, vilipendés à la fois pour les jeux de pouvoir d’une industrie qui laisse sévir des Weinstein et des Polanski en toute impunité – le génie artistique conférant tous les droits, semble-t-il –, et pour les images des femmes véhiculées dans des œuvres qui banalisent le viol et n’utilisent les actrices que comme faire-valoir de ces messieurs. Relativement épargné par la polémique, le milieu littéraire ne brille pas non plus dans le domaine de l’égalité entre les hommes et les femmes. On sait ainsi que les prix littéraires restent des bastions masculins, y compris ces dernières années : attribués par des jurys où les hommes sont majoritaires, ils récompensent majoritairement des hommes. 2017 restera même comme une année particulièrement phallocratique, puisqu’à l’exception du Goncourt des lycéens décerné à Alice Zeniter, tous les grands prix d’automne ont couronné des hommes. Si les chiffres de 2017 frôlent la caricature, ils ne font qu’accentuer une tendance récurrente, qui jamais encore ne s’est inversée, comme le montre, graphiques à l’appui, un éclairant article du Monde1. Quant aux images des femmes véhiculées dans les livres, on pourrait s’interroger sur la proportion des fictions littéraires qui réussissent une épreuve aussi basique que le test de Bechdel, à savoir remplir la triple condition de 1° comporter deux femmes identifiables (par leur nom), 2° qui parlent ensemble et 3° parlent d’autre chose que d’un personnage masculin. Les représentations véhiculées par les livres (et la fiction en général) jouent pourtant un rôle essentiel dans notre appréhension du monde et notre manière d’y évoluer, comme l’indique Liliane Leroy, parmi d’autres spécialistes : « Les images habituelles ne présentent qu’une partie de la réalité et leurs répétitions peuvent faire penser que les choses doivent être comme ça ou qu’elles sont une sorte d’idéal à atteindre2. » Pour répondre à cette exigence, le Service général des Lettres et du Livre éditait, en 2011 déjà, Ce genre que tu te donnes, une brochure proposant une sélection de livres de jeunesse qui déjouent les stéréotypes de genre. Cette publication faisait le pari que l’égalité entre les hommes et les femmes se construit dès le plus jeune âge et que le livre a un rôle à jouer dans le changement des mentalités et l’avènement d’un monde plus juste. Ce programme n’a rien perdu de sa nécessité en 2018. Il est seulement devenu plus urgent encore. 1 Grégoire ORAIN et Gary DAGORN, « Combien de femmes parmi les prix littéraires français ? », dans Le Monde, 03/11/2015 mis à jour le 24/11/2017, URL : www.lemonde.fr/les-decodeurs/ article/2015/11/03/les-prix-litteraires-francais-sont-ilssexistes_4802462_4355770.html 2 Liliane LEROY, « Filles et garçons en construction, l’importance du livre », dans Ce genre que tu te donnes, Service général des Lettres et du Livre, 2011, p. 91. Brochure à télécharger en ligne sur www.litteraturedejeunesse.cfwb.be Nausicaa Dewez

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LE DUR DÉSIR D’ÊTRE ÉDITÉ MICHEL TORREKENS Quel plaisir que celui de la découverte d’un nouveau talent ! Plaisir pour l’éditeur, bien sûr, mais aussi pour le critique, le libraire et, in fine, le lecteur, sans oublier celui de l’écrivain qui voit son premier roman sortir de l’anonymat. Cette simple quête du plaisir démultiplié justifie le coup de projecteur porté sur les premiers romans, un phénomène éditorial en soi. D’autant que, du manuscrit à la librairie, le parcours est long, sinueux, rempli d’embûches et soumis à une part de hasard. Les premiers romans occupent une place de choix à chaque rentrée littéraire, soit en septembre et en janvier. La critique, ou plutôt le journalisme littéraire en l’occurrence, sort quasi systématiquement son « marronnier » sur le nombre de romans publiés à ces deux occasions saisonnières, et singulièrement celui des premiers romans. Des données qui rappellent que l’édition est aussi affaire de chiffres. UNE CURIOSITÉ BIENVENUE C’est ainsi qu’en 2017, cinq cent quatrevingt-un romans et recueils de nouvelles sont arrivés sur les tables des libraires pour la rentrée littéraire automnale. Parmi ceux-ci, Livres Hebdo a recensé trois cent nonante titres d’auteurs francophones et quatre-vingt-un premiers romans, soit quatorze pour cent quand même des sorties recensées. On peut donc parler d’une réelle audace éditoriale de la part du secteur. Cet intérêt s’explique par le coup de projecteur «  marketing  » mis sur ces ouvrages mais également par un goût assez partagé pour la nouveauté. Beaucoup d’éditeurs expriment leur fierté d’avoir pu découvrir tel ou tel nouveau talent, d’avoir pu l’accompagner par la suite et d’avoir participé à l’émergence d’une œuvre. D’autant qu’une maison d’édition qui ne renouvelle pas son catalogue est une maison d’édition qui ronronne, stagne et est menacée d’extinction. Ce qui vaut pour la littérature aussi d’ail- leurs. De plus, l’effet de surprise augmente l’excitation, l’énergie et le plaisir suscités par un nouvel auteur, effet de surprise que l’on rencontre plus rarement, trop rarement peut-être, avec un écrivain chevronné, pour ne pas dire confirmé. MERCI LA POSTE Encore faut-il que l’éditeur et le primoromancier, par définition inconnu au bataillon des lettres modernes, se rencontrent. Comment tomber sur la perle rare pour l’éditeur  ? Comment décrocher le sésame d’une première publication pour l’aspirant écrivain  ? Un aspirant souvent bien soupirant d’ailleurs, tant l’accumulation de refus est le lot de la majorité des candidats. L’histoire littéraire cite des exemples fameux d’écrivains devenus classiques qui ont failli désespérer de décrocher un jour la timbale. Être édité est aussi affaire de persévérance. Et pourtant, le simple envoi par la poste reste la référence pour la plupart des éditeurs (à l’exception de quelques-uns qui ont opté pour la voie numérique). Qu’il s’agisse de confidences d’éditeurs mais aussi d’écrivains, les exemples de premiers romans repérés parmi des piles d’enveloppes matelassées arrivées au service des manuscrits restent d’actualité. Certes, d’autres arrivent dans telle ou telle maison après avoir été lus par un écrivain de référence, ou après avoir été repérés à la suite d’un concours, ou par l’effet du simple bouche à oreille. Il n’y a

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04 en réalité pas de règle établie et le monde de l’édition est truffé d’anecdotes diverses. Tout écrivain est passé par un premier roman : chacun a sa petite histoire plus ou moins romancée à propos de son entrée en littérature. VERS L’OBJET-LIVRE Une fois accepté, le manuscrit va encore connaître bien des étapes. Sorti d’un plaisir et d’un travail solitaires, l’aspirant écrivain découvre le monde de l’édition à travers le prisme de la maison qui l’a accepté. En la matière, il y a aussi presqu’autant de réalités que d’éditeurs  : celui qui se contente d’apporter les corrections de base, celui qui demande de retravailler le texte en profondeur, les longueurs, la découpe, la psychologie de tel ou tel personnage, celui qui suggère – ou impose – un changement de titre, celui qui interpelle l’auteur sur le choix de l’illustration en couverture quand il y en a une… Et puis se posera la question du contrat, au contenu sibyllin pour pas mal de néophytes (quand contrat il y a !). Ce qu’il avait déjà expérimenté à l’envoi du manuscrit peut également se confirmer à cette étape-ci : l’édition est une école de patience et un livre ne se met pas en page, ne s’imprime pas et ne se vend pas en un jour… Ce qui peut paraître une évidence désoriente parfois l’impatience du futur auteur. DE LA PUBLICATION AU PUBLIC L’objet-livre en mains, l’écrivain frais émoulu connaît l’euphorie de l’accouchement après le temps de la grossesse. Il peut savourer l’odeur du papier neuf, le toucher particulier du plastifié ou du grain de la couverture, le plaisir d’identifier un graphisme propre à telle maison ou collection, en un mot la fierté de rejoindre un label, tant il est vrai que la plupart des maisons d’édition ont une identité graphique propre, avec des signes distinctifs qui sont autant d’éléments de séduction. Mais le bébé arrivé à terme après un accouchement plus ou moins laborieux, il lui reste à grandir, à vivre sa vie loin (ou pas) de son géniteur, de sa génitrice, ainsi que des nombreuses fées qui se sont penchées sur son berceau. Cette étape peut aussi entraîner son lot de désillusions. Critiques négatives ou, pire ?, silence de la critique, absence du livre sur les tables des librairies ou relégation en bas d’étagère, rencontres parcimonieuses avec le public, manque de suivi de la part de l’éditeur pour diverses raisons, etc., etc. Les chiffres de vente surprennent plus d’un. Selon une enquête du magazine Lire, la plupart des premiers romans se vendent entre trois mille et… trois cents exemplaires. À l’inverse, le succès rapide et foudroyant peut être au rendez-vous et se révéler tout aussi déstabilisant. La vie d’Amélie Nothomb confrontée dès ses débuts à un tourbillon médiatique a dû exiger d’elle une capacité de résistance au stress dont tout le monde ne dispose pas nécessairement. Après avoir connu la solitude, le silence et l’anonymat de l’écriture, celui qui a décroché le nirvana entame un parcours qui révèle aussi son lot de surprises. Beaucoup de candidats-auteurs méconnaissent les contraintes éditoriales et les dures lois de ce marché, ainsi que les caprices d’un sort dont nul ne peut prédire l’issue. S’en informer davantage au préalable leur épargnerait bien des déconvenues.

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DE JEUNES PREMIERS ET PREMIÈRES TÉMOIGNENT MICHEL TORREKENS « Le premier roman est toujours celui d’un bon élève. Seuls les génies sont d’emblée des cancres », affirme sans rire David Foenkinos. Nous avons rencontré quelques primo- romanciers pour leur demander comment s’est passée leur entrée en littérature. À vous de voir s’ils sont bons élèves ou cancres et géniaux. Au vu de l’actualité littéraire de ces dernières années, force est de constater que la littérature belge de langue française ne manque pas d’une certaine relève. Les primo-romanciers occupent une belle place à toutes les rentrées et même en dehors, notre pays étant moins rivé aux saisons littéraires. Nous avions l’embarras du choix pour solliciter l’un ou l’autre quant à son expérience de bleu en lettres. Gallimard a ainsi ouvert coup sur coup son catalogue à deux (très bons) premiers romans belges  : Monsieur Origami, de Jean-Marc Ceci, et Robinson, de Laurent Demoulin. Lequel a même remporté le prix Rossel. Celui-ci a retenu en 2017 quatre nouveaux venus en littérature sur ses cinq finalistes : c’est dire que les nouveautés ont le vent en poupe. Pour notre « table ronde », nous avons pu interroger Victoire de Changy, finaliste du Rossel pour Une dose de douleur nécessaire, premier roman belge publié aux éditions Autrement  ; Olivier El Khoury qui a lui aussi ouvert la porte à la littérature belge chez Notabilia/Noir sur Blanc, avec Surface de réparation. Français vivant chez nous et dès lors retenu dans notre sélection, Simon Johannin connaît un beau succès avec L’été des charognes, chez Allia. Martin Buysse, quant à lui, a publié son premier roman, La logique du sang, chez Zellige, éditeur français qui a créé une collection, Vents du Nord, consacrée aux écrivains belges (voir C.I. n° 196). Ce livre a reçu récemment le prix des… Marins pêcheurs de Guadeloupe. Enfin, il nous a paru amusant de contacter Clara Magnani, pseudonyme d’une Bruxelloise qui a été accueillie chez Sabine Wespieser, éditrice qui nous a servi d’intermédiaire, l’auteure veillant scrupuleusement à son anonymat… Une situation particulière pour quelqu’un qui publie. TOUT EST VRAI PUISQUE JE L’AI INVENTÉ Souvent, on dit qu’un premier roman est autobiographique. Pouvez-vous le confirmer dans votre cas et pourquoi ? Olivier El Khoury  : Mon roman est une fiction. Je suis allé chercher l’inspiration dans un périmètre très proche de moi, ce qui peut laisser penser que mon roman est autobiographique, beaucoup de caractéristiques me rapprochant de mon personnage et de son environnement. J’estime que c’est toujours plus facile de raconter ce qu’on connaît, ça donne une sincérité aux personnages. Mais le côté autobiographique n’est qu’une base sur laquelle je me suis amusé à déployer un univers, des actions, une intériorité et des interactions complètement inventées. Heureusement pour moi, je ne suis pas le héros de mon roman. Victoire de Changy : Je vais me permettre de ne parler que de mon cas précis, qui, j’imagine, doit ressembler à celui de certains autres premiers romans. Si je le confirme ? Oui et non. Dans ce premier roman, j’ai déposé tout ce que j’aurais souhaité mettre

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06 dans tous ces autres que je n’ai pas écrits. Tout inclut certes du vécu, donc, mais aussi et surtout du vu, de l’entendu, du ressenti, du senti, du songé. C’est comme s’il m’avait fallu vider le contenu de mes innombrables carnets dans un nombre limité de pages, pour ensuite les refermer à tout jamais, et enfin passer à autre chose.  Simon Johannin : Non, mon roman n’est pas une autobiographie, même si je partage beaucoup de sensations du narrateur.  Martin Buysse  : Mon premier roman, La logique du sang, ne l’est pas, loin s’en faut. Même parmi les manuscrits qui prennent la poussière dans mes tiroirs, il n’y a pas grand-chose d’autobiographique. Il est rare que la vie d’un romancier soit romanesque. Certains ont le talent pour fabriquer un roman puissant à partir de presque rien. Moi, je ne suis pas à l’aise face à cela. Ce qui m’intéresse, c’est de plonger un personnage ordinaire dans des circonstances qui ne le sont pas.  Clara Magnani : Vous connaissez la phrase de Picasso: «  Tout est vrai puisque je l’ai inventé.  » Cette phrase est très vraie… même si je ne l’ai pas inventée.  ÉCRIRE ET… PUBLIER Le lecteur n’est pas toujours conscient que le temps de l’écriture n’est pas le temps de la publication. Un premier roman publié a parfois été précédé de plusieurs manuscrits. Est-ce le cas pour vous ? Autrement dit, comment avez-vous fait vos armes en littérature ? OEK  : J’ai réalisé un master de création littéraire au Havre. Dans ce cadre, j’ai présenté un projet de fin d’études, et ce projet est devenu mon roman. Entretemps, des contacts avec l’éditrice, des corrections et des remaniements ont eu lieu. Je dirais que l’écriture pure a duré cinq mois et les corrections et améliorations, trois mois, mais avec un rythme moins soutenu.  VdC : J’écris depuis toujours et n’ai jamais envisagé de faire autre chose que cela. Mon écriture a donc été travaillée, retravaillée, retravaillée encore depuis une bonne vingtaine d’années. S’agissant de se faire les armes auprès de lecteurs, je tiens un blog et reçois de nombreux retours sur celui-ci, depuis l’âge de quatorze ans.  SJ : L’été des charognes est le premier manuscrit que j’aie présenté à un éditeur, tout s’est passé très vite. Les armes se sont faites en même temps. J’écris pour moi depuis longtemps, mais je n’avais jamais envisagé les choses aussi sérieusement que ce qui s’est passé avec cette première publication. Pour le livre et d’une manière générale à chaque fois que j’écris, ce sont des images qui me font réagir, soit des choses que je vois dans le réel, soit des photographies ou de l’image filmée à partir desquelles l’écriture se met en route. C’est le cas pour L’été des charognes, où en amont du livre j’ai réalisé avec Capucine Spineux une série de photographies à partir desquelles est né le désir d’écrire.  MB : Il y a eu des galops d’essai. Pendant des années, j’ai passé mes soirées à écrire dans la quasi clandestinité, avec une bière, une cigarette et une lampe de bureau comme seuls compagnons. Je suis plutôt lent. Il aura fallu quinze ans avant que le premier texte soit édité. Depuis lors, je suis passé au jus de tomate, j’ai lâché la clope et j’écris plutôt dans le train et les cafés, quand j’en ai le temps.  CM  : Ce premier roman n’a été précédé d’aucun manuscrit. Je l’ai proposé uniquement à Sabine Wespieser dont j’aime énormément la maison d’édition et qui – joie ! – à tout de suite voulu le publier. 

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Premiers romans 07 À LA UNE page de g. Victoire de Changy Simon Johannin © Capucine Spineux page de d. Olivier El Khoury © Rita Cuggia LE PREMIER OUI Votre éditeur a-t-il joué un rôle particulier pour ce premier roman ? OEK  : Mon éditrice m’a découvert, sans que j’aie à envoyer mon manuscrit dans les maisons d’édition. Elle faisait partie du jury de fin d’études auprès duquel j’ai présenté mon projet, et elle a rapidement adhéré. Elle m’a fait confiance directement et m’a évité la case postulation, sans quoi j’aurais peut-être abandonné le manuscrit dans un tiroir pour m’éviter d’éventuels refus. Après, elle a apporté un regard extérieur, neuf, sur le texte, qui est une bouffée d’air quand on a son nez dans le guidon. VdC  : Mon éditeur (une éditrice, en l’occurrence, Émilie Lassus) est la première à m’avoir dit oui. C’est un rôle fondateur, que personne ne pourra lui ôter, un oui qui lui est presque venu d’emblée après lecture des premières pages du roman, et qu’elle a prudemment contenu en elle avant de me le confirmer deux jours plus tard.  SJ : Oui, la rencontre avec l’équipe d’Allia a été quelque chose d’incroyable, parce qu’ils voulaient faire le même livre que moi. D’abord, matériellement, dans les choix éditoriaux : la conception d’un objet beau, sombre et un peu énigmatique, à un prix très abordable. J’ai du mal à supporter les gros livres vendus plus de vingt euros alors que le contenu tient dans un format poche. Je n’aime pas cette idée de maximiser le profit au détriment d’un accès le plus large

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08 possible au texte, et Allia s’attache à vendre les livres à un prix raisonnable. C’est tout une éthique relative au livre qui, pour moi, est très rassurante. Ensuite dans le travail sur le texte, rapide, où tout s’est fait dans l’échange et le respect.  MB  : En amont, les corrections d’usage. Plus loin, j’ai été bien servi côté distribution et presse belge. J’ai un éditeur très sympathique et aguerri, mais comme beaucoup, il est seul et débordé.  CM : Oui, dans le sens où, encore une fois, il a été écrit avec l’espoir de trouver sa place dans son catalogue.  Avez-vous rencontré des difficultés à trouver cet éditeur? CM : Aucune.  VdC : J’ai essuyé quelques refus, mais deux mois seulement après envoi aux éditeurs, mon livre était reçu chez Autrement. Je sais que ça ne se passe pas toujours comme cela, je m’en sens franchement chanceuse et honorée.  SJ : Pas vraiment, j’ai eu une chance folle, et j’ai un peu forcé le destin. C’est-à-dire que j’ai fait emprunter à mon manuscrit plusieurs chemins afin d’augmenter les chances de trouver une porte ouverte. MB  : Énormément. Envoyer un manuscrit, même si l’on écrit une adresse sur l’enveloppe, avec un nom, une rue, un code postal, c’est jeter une bouteille à la mer. Le nombre de textes reçus par les éditeurs est tel que même pour un romancier déjà publié, ce n’est pas évident d’être lu. Alors pour les manuscrits pleins de bravoure –  souvent bourrés de maladresses – des aspirants, il ne faut pas demander.  PUBLIER ET… ÊTRE LU Maintenant que votre premier roman est publié, quels sont vos étonnements –  positifs et négatifs  – par rapport à ce qui doit apparaître à vos yeux comme un événement ? OEK  : Beaucoup de choses très positives m’assaillent, de la presse, des sollicitations, des rencontres, des proches qui me parlent du bouquin. C’est très positif de sentir que les gens s’intéressent véritablement à ce qu’on accomplit et vous témoignent de la reconnaissance. Souvent, ça intrigue aussi. Malgré la bonne publicité accordée à mon roman, je trouve le concept de rentrée littéraire un peu étonnant et pénible. Je m’étonne de cette publicité et de cette reconnaissance en entonnoir que font subir la presse et les professionnels du milieu aux cinq cent quatre-vingts livres qui sont sortis. Je vois mal comment un quasi consensus peut être trouvé autour des huit ou neuf livres dans la masse. Des chefs-d’œuvre passent sans doute à la trappe.  VdC : Étonnée (très) positivement que des gens qui ne me connaissent pas du tout, qui n’ont donc aucun rapport de bienveillance ni de tendresse à mon égard, soient pris par le roman, en parlent autour d’eux, parfois me le font savoir. Étonnée (un peu) négativement de mon rapport à mon objet-livre, que j’imaginais vénérer, exposer fièrement, et que j’ai au contraire presque du mal à placer dans ma bibliothèque parmi les autres. Il m’appartient et ne m’appartient plus dans le même temps, c’est un sentiment ambivalent étrange à expliquer.  SJ : Beaucoup de choses sont surprenantes, le négatif comporte tout ce qui entrave la reprise de l’écriture et qui a surgi d’un coup avec la publication. Parce que mon livre connaît un certain succès auprès des médias et du public, et que plus de dix mois après sa sortie, mon temps tourne encore autour d’interventions à son propos (comme ici), ce qui est inespéré, mais ce qui, en même temps, me maintient dans cette histoire à laquelle j’ai mis un point final il y a maintenant plus d’un an. Pour le reste, ma vie a basculé, je suis passé d’une absence de perspectives claires à de vraies possibilités. C’est-à-dire que je suis passé du statut d’absolument personne à celui de jeune écrivain à suivre, ce qui socialement est beaucoup plus confortable et me permet d’accéder à des activités plus intéressantes que celles auxquelles j’étais, de par ma condition, assigné jusqu’alors. Si vous voulez un exemple concret, avant je détestais l’école parce que je subissais ses systèmes de pouvoir. Aujourd’hui, des professeurs font débloquer des budgets pour me faire intervenir dans leurs classes, au sein desquelles je peux m’exprimer librement,

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Premiers romans 09 À LA UNE Martin Buysse y compris sur les disfonctionnements de l’institution. MB : J’ai tellement buté contre le mur de l’édition que lorsque le manuscrit a été accepté, j’ai cru que c’était bon, que je n’avais plus qu’à me laisser faire et que tout le reste allait couler de source. J’ai appris à mes dépens que l’auteur doit accompagner son livre à la sortie, et que s’il veut qu’il vive un peu, il doit se battre, faire sa promotion et même se vendre. Quelquefois c’est gênant. Par contre, ce qui est magique, c’est la nouvelle dimension, si petite soit-elle, que prend votre vie : des retours de lecteurs, des expériences inédites, parfois des voyages et surtout des rencontres. J’ai découvert quelques bons confrères qui sont devenus des amis.  CM : La plus belle surprise a été la réponse des lecteurs et des libraires. Il faut croire que l’amour à l’âge mur, qui est le thème du livre, touche beaucoup d’entre eux – d’autant plus peut-être qu’il est peu traité en littérature et qu’il reste encore assez tabou.  SUITE AU PROCHAIN ÉPISODE On dit souvent que la difficulté n’est pas d’écrire un premier roman, mais d’écrire le deuxième. Confirmez-vous cette difficulté et à quoi est-elle due selon vous ? OEK : Je ne me suis pas encore véritablement attelé au deuxième, mais ça risque d’être compliqué. En fait, personnellement, les significations de mon premier

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10 roman ont émergé grâce au public, aux lecteurs. Sa profondeur s’est manifestée dès la confrontation avec des personnes autres que moi, qui lui ont greffé des significations qui dépassaient ma conscience, mais qui aujourd’hui semblent évidentes. Désormais, quand j’écris, j’ai l’impression du vide. Il faut parvenir à se convaincre que le sens vient d’ailleurs et plus tard.  VdC : Je ne la confirme pas, non, je dirais presque le contraire… Mais les circonstances m’ont sans aucun doute aidée. J’ai terminé mon premier roman et entamé une année à l’Atelier des écritures contemporaines de La Cambre exactement en même temps. Or, l’objectif de l’Atelier était d’écrire un roman entier sur l’année de « formation  ». J’avais des échéances, des dates de rendus, et j’ai donc été forcée de m’y remettre immédiatement, sans tergiverser, sans trop m’interroger. Si le premier roman est empli de tout ce que j’évoquais ci-avant, le second ne contient rien d’autre qu’un pur produit de mon imaginaire. Pendant un an, j’ai suivi l’évolution et les cheminements de mes personnages comme si j’assistais à leurs parcours derrière un écran, à une saga. Comme si je n’y étais véritablement pour rien, que mes doigts se trouvaient passeurs d’une épopée qui me dépassait. J’ai trouvé cela magique, grisant et presque mystique. Je pense qu’elle doit se trouver là, la littérature. Ce second roman, qui ne ressemble en rien au premier, est terminé et en cours de lecture chez mon éditrice.  SJ  :  Ce qui rend le deuxième difficile, c’est qu’on l’exige de vous avant même que vous ayez eu l’idée de l’écrire. Mais c’est très simple de faire abstraction de tout ça, il suffit de faire les choses comme on a envie de les faire.  MB : Je ne trouve pas. Bon, c’est vrai que ça va faire quatre ans et qu’il n’y a toujours rien qui sort… Disons que c’est une question de disponibilité, puis à nouveau de processus éditorial. J’en ai un qui est presque prêt. Une fiction qui s’enracine dans l’histoire récente et tragique du Rwanda. Peut-être pour 2018 ?  CM  : Le deuxième est en route. Espérons qu’il verra bientôt le jour.  Avez-vous un point à ajouter sur cette thématique ? VDC : Peut-être que de se lancer dans une si merveilleuse aventure demande de la rigueur et de la chance, de la douceur et de la force.  MB : Bon courage à tous ceux qui tentent de se faire publier ! Pour conclure, nous avons eu envie de poser une question de plus à Clara Magnani, du fait qu’elle ait publié sous pseudonyme. Ce choix l’a de facto coupée de contacts directs avec son lectorat, de rencontres en librairies et ailleurs. Est-ce que cela vous a manqué quand vous avez constaté la bonne réception de votre roman ? CM : On ne peut pas tout avoir. Bien sûr, j’imagine qu’il doit être agréable de rencontrer des lecteurs. Mais dans le cas de Joie, c’est le pseudonyme qui permettait cette sincérité de ton, cette totale et joyeuse liberté dans l’écriture. Or je crois que c’est justement cela qui a ému les lecteurs. Ce qui veut dire que la rencontre a bel et bien eu lieu mais autour des mots sur la page… Après tout, c’est peut-être le plus important ?

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PROFESSION : ÉDITRICES DE PREMIERS ROMANS MICHEL TORREKENS La Belgique peut se targuer d’une expérience inédite, à notre connaissance, au niveau de la Francophonie : une maison d’édition centrée sur des premiers romans. Son nom ? Diagonale. Une initiative audacieuse qui mérite un coup de projecteur. Diagonale a été créée en 2013 par AnnGaëlle Dumont, romaniste, et Pascaline David, philosophe et scénariste. Deux passionnées – comment pourrait-on se lancer dans pareille aventure sans l’être  ?  – qui, après avoir réédité Les conquêtes véritables de Nicolas Marchal, lauréat du prix Première en 2009, ont vu affluer des manuscrits en français de Belgique et de France, mais aussi de Grande-Bretagne, de Grèce, de Roumanie, des États-Unis, du Chili, de Malaisie… À ce jour, elles ont publié cinq romans. Rencontre avec Pascaline David pour évoquer cette expérience particulière. Pourquoi avez-vous eu l’idée de lancer une maison d’édition consacrée aux premiers romans ? En 2014, lorsque nous avons créé Diagonale, Ann-Gaëlle Dumont et moi, rien n’était vraiment fait pour les auteurs d’un premier roman. Certes, des prix existaient mais c’était à peu près tout. Chaque année, on entendait ces chiffres vertigineux, les grands éditeurs reçoivent une marée de manuscrits par la poste : un toutes les huit minutes chez Gallimard, cinq par jour chez Actes Sud, autant chez Grasset… s’il n’y a pas quelqu’un pour le sortir de la pile (les mots même d’Hubert Nyssen, que nous avions rencontré), c’est mission impossible d’être remarqué, etc.  UNE PROPOSITION ÉDITORIALE PARTICULIÈRE Nous avons voulu faire quelque chose. Le début d’un auteur est primordial. Être publié, c’est une forme de naissance, d’entrée officielle en littérature. Si on désire être publié, c’est qu’on écrit pour un public, l’envie est là de rencontrer des lecteurs. En même temps, il est si difficile pour un auteur de savoir se situer vis-à-vis de son travail d’écriture. Est-ce le moment ? Ou doisje encore travailler ? L’éditeur a ici une vraie responsabilité. C’est le premier qui adoube un auteur, goûte à son univers, identifie un style, etc. C’est lui qui dit : Tu es prêt, on va y aller. C’est aussi important de refuser un manuscrit que de le sélectionner. On pense par exemple à la trajectoire de Jean-Philippe Toussaint : elle aurait été tout autre si elle avait débuté par la parution d’Échecs au Seuil, chez Ramsay ou chez Denoël1 plutôt qu’avec La salle de bain chez Minuit. Accepter un texte à un stade intermédiaire de maturité n’est pas un bon service à rendre à son auteur. C’est le jeter sur le marché alors qu’il n’est pas au meilleur de sa forme. Après, il doit se débrouiller pour convaincre et subsister. C’est ce qu’on pourrait d’ailleurs reprocher à l’autoédition et au compte d’auteur. Il n’y a aucun filtre. Hormis quelques surprises, les auteurs apparaissent comme des diamants bruts, un peu à l’abandon.

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12 Nous avons fait le pari de donner de notre temps et de notre énergie pour les auteurs d’un premier roman, qu’ils se trouvent, à notre estime, à deux doigts de la ligne de maturité ou qu’ils aient encore beaucoup de chemin à faire. Nous avons envie de nourrir, d’instruire et d’intervenir à cette étape-là de la création littéraire par une proposition éditoriale particulière. Être un interlocuteur professionnel privilégié pour des nouveaux auteurs. Ainsi, pour les manuscrits présentant beaucoup de difficultés, nous avons jusqu’à présent envoyé une fiche de lecture documentée aux auteurs. Bien sûr, celle-ci est à prendre avec une saine réserve. Ce n’est là qu’un avis parmi d’autres. L’idéal serait d’en avoir plusieurs. Quant aux manuscrits qui nous semblent publiables, nous avons engagé, avec l’accord de l’auteur, un travail de perfectionnement. C’est ce qui est arrivé au roman de John Henry, Quand les ânes de la colline sont devenus barbus ou Le modèle de Manuel Capouet. Être un éditeur de petite taille nous donne cette flexibilité.  UNE VRAIE FRAÎCHEUR Quelles particularités trouvez-vous aux premiers romans? Souvent, dans un premier roman, l’auteur donne beaucoup de lui-même, de son histoire. Il y a une vraie fraîcheur. Stylistique aussi.  Comme vous avez souvent affaire à des auteurs débutants, est-ce que cela nécessite un gros travail d’accompagnement de votre part ? La plupart des manuscrits que nous recevons ne permettent pas un travail d’accompagnement. Tout simplement, la matière n’est pas là. Il faudrait tout reprendre et, pour le style, ce n’est pas vraiment possible. Par contre, pour les un à deux pour cent restants, nous proposons à leurs auteurs de les pousser le plus loin possible. Quitte à couper, par exemple, un chapitre, ou parfois certaines parties, dans les dialogues s’ils sont trop bavards… Pour le roman de Manuel Capouet, Le modèle, nous avions devant nous un texte qui nous semblait très intense, qui offrait un univers très riche et éminemment original mais se déforçait dans la deuxième partie du manuscrit. Nous avons alors proposé à l’auteur de supprimer celle-ci. Après réflexion, Manuel nous a dit que la deuxième moitié du texte avait été écrite par quelqu’un d’autre. Il est vrai que le manuscrit était cosigné mais, à l’époque, nous ne savions rien de la répartition du travail.  Est-ce qu’il n’est pas frustrant de lancer de nouveaux écrivains et de ne pas les suivre au cours de leur carrière ? L’idée est bien de les suivre après la parution du premier livre. Il est vrai qu’au début, nous pensions nous contenter des seuls premiers romans mais on nous a rapidement conseillé de suivre nos auteurs. Il ne suffit pas de semer horizontalement, il faut également voir la forêt pousser. Il serait également dommage de renoncer à la confiance qui s’est installée lors d’un premier travail éditorial. Même si aujourd’hui, nous n’en sommes pas encore là. Le seul deuxième roman que nous avons publié est Autour de la flamme de Daniel Charlez d’Autreppe, dont le premier roman avait été publié, il y a quelques années maintenant, dans la collection Baleine (appartenant à ce moment au Seuil), sous un pseudonyme.  Face à des manuscrits de primo-romanciers, quelles sont les principales difficultés auxquelles vous êtes confrontées comme éditrices ? S’il fallait en choisir deux, je dirais : la difficulté d’embarquer le lecteur dans la narration et l’absence de style. Souvent, nous recevons un texte explicatif plutôt qu’un roman. L’auteur nous liste une série d’événements qui ont (eu) lieu et affectent plus ou moins fort le personnage principal. À aucun moment, nous ne pouvons nous identifier à celui-ci et oublier que nous sommes assis, occupés à fournir un effort de lecture. Ennui garanti en perspective. Si cet écueil de taille est évité (c’est malheureusement très rare), l’autre difficulté tient au style. Souvent celuici est réduit à peau de chagrin, versé liquide, tel quel, descriptif et explicatif, au mieux, chargé en adjectifs. Le texte n’est souvent pas proposé comme œuvre d’art. 

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Premiers romans 13 À LA UNE Ann-Gaëlle Dumont et Pascaline David © Cyclic Et quels conseils donneriez-vous à des primo-romanciers ? Nous offrons parfois certaines pistes de retravail sous la forme d’une fiche de lecture. En ce qui concerne les explications qui entravent si souvent la narration, par exemple, nous proposons ce conseil tiré d’Hemingway et trouvé sur Internet  : «  Don’t tell but show it », montrer ne veut pas dire faire voir mais passer par l’expérience plutôt que l’intellect du lecteur pour transmettre une information. La raison neurologique à ça est que le cerveau retient et accepte plus facilement ce dont il est le témoin direct que ce qu’il reçoit de seconde main. Quand vous décrétez que votre personnage est triste ou content, en colère ou hésitant, ou ce que vous voulez, c’est comme si vous rapportiez une information dont vous avez été témoin à votre lecteur, qui doit alors se représenter ce que vous lui dites avant de pouvoir l’intégrer. Quand vous montrez l’information, le lecteur l’assimile immédiatement, parce qu’il n’a pas à la reconstruire avant de pouvoir l’interpréter  : il en est le témoin direct. C’est mieux parce que lorsqu’il analyse ce que vous lui dites, il est obligé de sortir du récit, même si c’est une fraction de seconde, et cela crée une distance entre lui et vos personnages, que vous préféreriez éviter de provoquer. Quand il en est le témoin direct, au contraire, cela le rapproche davantage de vos personnages et l’implique encore plus dans le récit.  Pour le style, c’est difficile. Peut-être que certains très bons ateliers d’écriture peuvent offrir une expérience salutaire. Nous conseillons certains d’entre eux en Belgique ou en France, en fonction du domicile de l’aspirant auteur. Parfois, des lectures dont la narration est intimement liée au style, peuvent aider. Certains romans permettent alors de comprendre ce qu’est le style comme L’étranger de Camus, la trilogie d’Agota Kristof… par-delà l’œuvre artistique, le style a une efficacité narrative. Sans doute que, pour la plupart d’entre nous, écrire s’apprend. Malgré tout, il y a des choses qui fonctionnent en fiction et d’autres non. Beaucoup d’auteurs ont des fonds de tiroirs, des essais, des débuts. Il faut peut-être commencer par déchirer des brouillons pour avoir des déclics, beaucoup lire pour comprendre comment écrire, bref, un peu de tout cela avant de pouvoir librement rebattre les cartes de la narration et du style. 1 Cf. Les Cahiers d’archives de l’auteur : www.jptoussaint.com/books/echecs.pdf

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