Femme sauvage - Collectif Les 7 Mercelaires

 

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Description

Compilation de textes par le Collectif d'écrits Les 7 Mercelaires, réalisé par un groupe de 8 écrivantes qui se sont rassemblées à la Bibliothèque d'Ixelles (Bruxelles)

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Collectif 7Les Mercelaires Femme sauvage 8Recueil de textes de écrivantes Laurence Bastin Sefora Ben Moussa Dominique Bovesse Irma Buiatti Sophie Hustinx Mahalia Kamba Patricia Lacourte Tatiana Seinlet ScriptaLinea

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7Collectif Les Mercelaires Femme sauvage 8Recueil de textes de écrivantes Laurence Bastin Sefora Ben Moussa Dominique Bovesse Irma Buiatti Sophie Hustinx Mahalia Kamba Patricia Lacourte Tatiana Seinlet ScriptaLinea

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© Collectifs d’écrits Droits d’utilisation : Femme sauvage du Collectif Les 7 Mercelaires est produit par ScriptaLinea aisbl et mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons texte complet sur http://www.creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr ScriptaLinea, 2017. N° d’entreprise BE 0503.900.845 RPM Bruxelles Editrice responsable: Isabelle De Vriendt Siège social : Avenue de Monte-Carlo 56 – 1190 Bruxelles (Belgique) www.scriptalinea.org Si vous voulez rejoindre un collectif d’écrits, contactez-nous via www.collectifsdecrits.org 7Collectif Les Mercelaires ScriptaLinea Quelques mots sur ScriptaLinea La compilation de textes Femme sauvage a été réalisée dans le cadre de l’aisbl ScriptaLinea. ScriptaLinea se veut un réseau, un soutien et un porte-voix pour toutes les initiatives collectives d’écriture à but socio-artistique, en Belgique et dans le monde. Ces initiatives peuvent se décliner dans différentes expressions linguistiques: français (Collectifs d’écrits), portugais (Coletivos de escrita), espagnol (Colectivos de escritos), néerlandais (Schrijverscollectieven), anglais (Writing Collectives)... Chaque Collectif d’écrits rassemble un groupe d’écrivant-e-s (reconnu-e-s groupe choisit un thème de société que chacun-e éclaire d’un texte littéraire, pour aboutir à une publication collective, outil de sensibilisation et d’interpellation citoyenne et même politique (au sens large du terme) sur la question traitée par le Collectif d’écrits. Une fois l’objectif atteint, le Collectif d’écrits peut accueillir de nouveaux et nouvelles participant-e-s et démarrer un nouveau projet d’écriture. Les Collectifs d’écrits sont nomades et se réunissent dans des espaces (semi-) publics: centre culturel, association, bibliothèque... Il s’agit en effet, pour le Collectif d’écrits et ses lecteurs, d’élargir les horizons et, globalement, de renforcer le tissu socioculturel d’une région ou d’un quartier, dans une logique non marchande. Les Collectifs d’écrits se veulent accessibles à ceux et à celles qui veulent stimuler et développer leur plume au travers d’un projet collectif et citoyen, dans un esprit de volontariat et d’entraide. – page 5 –

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Chaque écrivant-e y est reconnu-e comme expert-e, à partir de son écriture et de sa lecture, et s’inscrit dans une relation d’égal-e à égal-e avec les autres membres du Collectif d’écrits, ouvert-e aux expertises multiples et diverses. Chaque année, les Collectifs d’écrits d’une même région ou d’un pays se parcours d’écriture une approche similaire. Cette démarche, développée au niveau local, vise donc à renforcer les liens entre individus, associations à but social et organismes culturels et artistiques, dans une perspective citoyenne qui favorise le vivre-ensemble et la création littéraire. Isabelle De Vriendt Coordinatrice de l’AISBL ScriptaLinea – page 6 – 7Collectif Les Mercelaires Éditorial Éditorial Les 7 Mercelaires Comme dans un très vieux rock’n roll, Un concert harmonieux de voix non accordées Chante « où vont les amours perdues ». Trouver le « la » pour ajuster nos voix Toutes ont leur histoire, écho proche ou lointain, Leurs convictions, leurs folies aussi, surtout… Douce ou bergère, elles se déclinent au féminin Mais ne sont-elles pas plus salvatrices que la raison ? Pom, pom, popom, mais qui sont ces musiciennes ? Venez, venez, approchez ! Tendez l’oreille. Qu’entendez-vous ? Au départ, trouver un thème, nous perdre pour nous rassembler Frissons, rictus, sourires, cris, pleurs, énergie vitale, brute, libre Dans le vent du temps, qui s’expriment dans nos errances paresseuses Chacune a fait cadeau à l’autre, aux autres, de son art de la fugue, Portée par son instrument intime et émotionnel. Voici que s’avance une fanfare de vie, d’énergie, d’amour qui éclate en un kaléidoscope, Crachats de couleurs dans la lande de nos imaginations vagabondes ! Point besoin de chef d’orchestre Ici juste le rythme, voilà le maître à bord. Pom, pom, popom, mais qui sont ces musiciennes ? Déchirer les partitions, envolées les notes, Hurler à la vie – page 7 –

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© Eddy Hubin 7Collectif Les Mercelaires Table des matières Pour s’y retrouver Éditorial 7 La petite femme du verger aux pommiers, Laurence Bastin De la femme sauvage, Sefora Ben Moussa La femme aux confettis, Dominique Bovesse Modesta, Irma Buiatti Cabane, Sophie Hustinx Secrètes connivences, Mahalia Kamba Joyeux désordres, Patricia Lacourte Transmission du combat, Tatiana Seinlet 11 19 25 29 31 37 43 49 Les écrivantes 53 Le lieu d’ancrage 59 Remerciements 61 – page 8 – – page 9 –

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© Eddy Hubin – page 10 – 7Collectif Les Mercelaires Laurence Bastin La petite femme du verger aux pommiers Je l’ai rencontrée dans un temps de chaos extrême. J’étais partie marauder des pommes dans un verger implanté au coeur d’un parc intemporel qui abritait pêle-mêle statues de bois, champignons et têtes de guerrier, un potager, une roseraie, des étangs et même la maison de … Baba Yaga. Perchée dans l’arbre, je me griffais pour accéder aux branches garnies des fruits les plus charnus, vierges de toute attaque d’oiseaux, de toute souillure d’insectes. Certaines pommes étaient coriaces à cueillir et le déséquilibre de ma position ne me rendait pas la tâche aisée. Je remplis les poches et la capuche de mon imperméable à les faire craquer, et avant de descendre, secouai Après avoir plongé dans la mare à la poursuite des canards, son jeu favori du dans un état de propreté plus que douteux. La bête, intriguée par mon agitation, attendit sagement au pied du pommier que je veuille bien entamer la descente, indifférente à la pluie d’astéroïdes acidulées qui s’abattait à ses pieds. Lorsque je mis le pied à terre, je la vis aux aguets, oreilles dressées et patte en l’air. Puis elle plongea nerveusement sa truffe dans les hautes herbes et en ressortit avec, dans sa gueule, une proie lilliputienne qui gigotait en tous sens et lançait des cris aigus à en déchirer les tympans. Je la sommai de lâcher cette drôle de créature souillée par la boue des hautes herbes. Celle-ci avait entre temps arrêté ses soubresauts et reposait molle et froide dans ma main. Il me fallut prendre mes lunettes pour découvrir de – page 11 –

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quoi il s’agissait. Quelle ne fut pas ma stupeur lorsque j’aperçus une espèce de inconsciente ! Je la mis dans ma poche au milieu des pommes et repartis aussitôt, intriguée par mon étrange cueillette.. Arrivée chez moi, je montai à la salle de bain, pris une serviette, y déposai ma trouvaille et entrepris de la débarbouiller avec le coin d’un gant de toilette humide. Un visage diaphane m’apparut nimbé d’une chevelure cuivrée aux boucles hirsutes de la longueur du corps. Elle était vêtue d’un habit de peau brunâtre, devenu guenille. Je la retournai précautionneusement, écartai ses cheveux et découvris dans son dos un amas de feuilles mortes écrasées. Elle ouvrit les yeux, éternua bruyamment et m’arracha un cri d’effroi. Ma chienne, qui avait suivi toutes ces opérations dans un trouble nerveux, se mit à aboyer, puis à hurler telle une louve un soir de pleine lune ! Je sortis en trombe de la salle de bain, ma chienne dans mon sillon. Mon coeur battait à tout rompre. La pluie avait cessé, un franc rayon de soleil perçait les Quand je rentrai, la nuit avait étendu ses voiles sombres sur ce quartier tranquille. Je montai à pas de loups et entrouvris doucement la porte de la salle de bain, de peur de la voir surgir comme un diable de sa boîte ! Ça respirait la quiétude Je me penchai sur le lavabo, ma nouvelle petite compagne s’était endormie, roulée en boule, perdue dans la grande serviette. Je rejoignis machambre et tombai dans un sommeil aussi épais que les brumes de cet étrange automne. Ouvrir les yeux, lourdeur des paupières… Que l’air est chaud, oh que c’est bon… Se retourner, s’étendre. Refermer les yeux, replonger dans le rêve. – page 12 – ma bouche, son sourire, nos rires, je m’y plonge. Énergie douce de l’amour. Reste, reste encore, susurre-t-il ... Quand je m’éveillai, ma chienne avait déserté les lieux. Il me fallut quelques minutes pour recomposer le puzzle des événements de la veille. Je me levai d’un bond. La porte de la salle de bain était entrebâillée. J’y découvris ma chienne couchée de tout son long dans le soleil du petit matin. Entre ses pattes, la serviette roulée en boule et notre demoiselle miniature lovée dans son pelage. Instantané de paix. Réveillées par le bruit de mes pas pourtant délicats, elles s’étirèrent de concert. La petite femme ouvrit les yeux et bâilla aboiements d’un petit roquet. Entre deux quintes, la respiration se faisait de plus en plus courte et bruyante. Ma chienne observait la scène, l’oreille dressée, l’oeil en point d’interrogation. Je pris cette petite chose misérable en main, elle fut alors saisie de spasmes et vomit abondamment. Un mélange improbable sortait de ses tripes, boue visqueuse, bouts de corde de chanvre, broyage de feuilles et de coques. Malgré mon dégoût, je la laissai se vider “Je vais aller te chercher une serviette propre et de quoi te changer. Prends le temps de te laver…”, lui murmurai-je doucement. Je partis fouiller dans le j’avais pu trouver. J’attendis dans ma chambre, le coeur chamboulé, la tête traversée de mille questions, mais le corps étrangement détendu. Je tentai de lire, en vain. J’écoutai le silence puissant qui comblait l’espace et m’abandonnai à cet état de douce inertie. – page 13 –

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m’assis sur le bord de la baignoire, à une distance d’intimité respectable et me mis à fredonner les premières notes d’une balade rock… “Aide-moi”. Sa voix me sortit de ma torpeur rêveuse. Je me levai d’un bond et lui tendit la serviette que j’avais préalablement chauffée. Elle s’y enroula et je la transportai jusqu’à ma chambre et l’installai confortablement sur un coussin. “Que t’est-il arrivé ?” “J’ai perdu l’amour”, soupira-t-elle profondément. “J’ai dû être inattentive, oublier de le transférer en changeant de sac,… Ou peut-être l’ai-je trop bien rangé ? Je l’emportais partout avec moi, il a tout aussi bien pu tomber d’un sac ou de ma poche lors d’une balade. Ça m’était déjà arrivé de l’égarer, mais jamais je n’aurais cru qu’il était possible de le perdre. Impossible de remettre la main dessus !» Les bouffées d’exaltation coloraient ses jolies joues rebondies. “Cela fait des mois que je le cherche, j’ai fouillé partout chez moi de la cave au grenier, dans le moindre tiroir, dans la plus petite armoire, derrière chaquelivre de chacune des bibliothèques, dans ma penderie, dans chaque sac à mains, chaque valise…» Elle parlait de plus en plus vite. Je me mis à rire. , me lança-t-elle offensée. “Non, non, pas du tout, mais tu parles de l’amour comme de tes clefs ou de – page 14 – portes, … des coeurs … et, et, et … voyager !” Elle me tourna le dos et se mura dans un silence boudeur. Je l’ai rencontrée dans un temps de grand vide. Je me murai à mon tour dans un silence épais. “L’immense silhouette de l’homme aux yeux bleus disparaît dans la lumière blanche de mon aveuglement, et s’efface peu à peu de mes rêves, de mon corps... Il emporte avec lui une bouteille, un élixir, l’essence, la quintessence… La soif… je me déshydrate.” Plonger dans son vide intérieur est de l’ordre de la chute libre. On se sent comme happée dans un espace sidéral. La descente est brutale, le coeur se soulève, le temps s’arrête, secondes interminables, gros plan sur le rictus de la peur. Et puis on tombe, tombe, tombe, tombe … sans jamais s’arrêter. Le plus dur, c’est qu’on n’arrive jamais au sol. Au mieux, on se cogne et on rebondit dans les territoires cruels de la mélancolie, sorte d’antre d’un par Madame l’Angoisse. Je ne sais pas combien de temps nous restâmes prostrées, perdues dans nos pensées. Elle n’avait pas bougé d’un millimètre, moi non plus. À quoi bon lutter quand la douleur du souvenir vous submerge, quand l’ineffable réalité vous transperce. Il faut parfois se rendre, cesser d’être une bonne guerrière, déposer les armes. Se laisser emprisonner derrière les remparts du désespoir, s’y terrer dans l’ombre et tenter d’oublier. Les petits cris inquiets de ma chienne me ramenèrent à la réalité. “Emmène-moi”, me dit-elle. “Je veux retrouver la grande beauté.” – page 15 –

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Les femmes, petites ou grandes, ont parfois de curieux souhaits. Nous partîmes en promenade. Le vent s’était à nouveau levé. Je l’ai rencontrée dans un temps de grandes tempêtes. Nous grimpâmes jusqu’à la tour du guetteur. Installées sur un muret, les jambes ballantes, les yeux perdus dans l’horizon bouché par de gros nuages gris, nous nous laissâmes bercer par les gémissements des vents contraires. “J’ai froid” Elle s’y installa, je la tins plus près de moi. “Merci de m’avoir ramassée, sans toi je crois que je serais morte. Tu m’as sauvé la vie… Jamais je n’aurais cru devenir si petite, si faible. Un oiseau pour le chat … C’est ce satané philtre qu’il a emporté avec lui. Avant il m’en donnait à déguster quotidiennement, puis ça s’est espacé. Je ne me suis pas rendu compte tout de suite combien cela me nourrissait. Avec la quantité qu’il m’avait donné à absorber dans les premières années, j’étais rassasiée pour des siècles.” Ses paroles s’envolaient avec les rafales du vent dont la force augmentait de minute en minute. “J’ai connu un premier gros affaiblissement environ trois ans après notre rencontre. Mon état physique était fragilisé par le manque, de cette nourriture et de sa présence. J’avais mal tout au creux de mon corps, là où il s’était blotti comme un chat depuis plusieurs années. Il était devenu impalpable comme ce vent, il entrait et sortait de la maison, et parfois quand nous étions en présence l’un de l’autre, il devenait immatériel. Femme et fantôme …” – page 16 – Je devais tendre l’oreille pour capter les moindres détails de son histoire. Sa voix cristalline était régulièrement couverte par le claquement des vents sur “Je n’étais plus sa muse…, voilà ce qu’il m’avait dit, un soir sur notre terrasse remplie d’amis déjà bien imbibés d’alcool. Personne n’avait entendu. Sauf moi. Pendant longtemps j’ai d’ailleurs cru que j’avais rêvé.” Je l’invitai à se lever, j’avais besoin de marcher. Nous suivîmes cette route majestueuse qui serpentait jusqu’au centre-ville. Je l’emmenai sur les pas de imposante allure, l’autre de sa discrète beauté, cette petite cité empêtrée dans ses propres contrastes, et mélangeaient leurs eaux au pied de cette forteresse la place du vieux marché et partîmes à la découverte des boutiques vintage, des bouquinistes. Le vent avait fait son oeuvre. Les nuages chargés avaient fait place à une lumière froide éclairée d’un soleil de presque hiver. Je ne sais pas combien de de son humeur maussade. Nous rentrâmes à la maison, fourbues mais légères. J’improvisai un dîner champêtre composé de soupe, de grosses miches garnies de pâté et de fromages régionaux goûtés plus tôt aux étals des artisans. Nous mangeâmes voracement dans un silence entrecoupé de grands bruits de couverts et de mastication. La fatigue eut raison de nous. Plongée dans un premier sommeil, je l’entendis vaguement susurrer “Je suis heureuse de t’avoir rencontrée.” – page 17 –

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© Eddy Hubin – page 18 – 7Collectif Les Mercelaires Sefora Ben Moussa De la femme sauvage philosophes cosmétologues sophrologues post encyclopédistes Bouvard et Pécuchet «La femme sauvage est un être non doté d’un sexe masculin ayant l’apparence d’une femme, cette sauvageonne portant souvent la culotte, cet être plein de contradictions a pour particularité d’avoir les plus vils comportements du sexe opposé.» Que nous apportent-ils comme précisions supplémentaires à l’une des Au XVIIIème, le grand Pangloss qu’il n’est point nécessaire de vous présenter parle «d’un être à la trompeuse délicate apparence, s’il n’y a point d’effet sans cause, la femme sauvage n’a guère de réelle cause ni même l’effet escompté.» Jean-Jacques Rousseau dans sa dernière version du Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes traite le sujet de la manière suivante : même dans l’état de nature ce genre de créature existe, elle est aux antipodes du bon sauvage. Cet être féminin au singulier comportement n’est guère d’une nature innocente ou bonne. Elle serait à l’origine de l’émergence de la société. Souvent corrompue, cette femme prône des valeurs irrévérencieuses. Rêveries d’un promeneur solitaire, l’opus précédant ce dernier œuvre posthume expliquait les raisons de sa solitude. Ayant eu affaire à une femme sauvage, le petit Rousseau se retrouva dans l’incapacité de renouer toute relation avec le beau sexe ; bien qu’il fût expert en recherches sur le thème, il fut victime d’une sauvageonne. – page 19 –

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Chez Voltaire, cet archétype apparaît égal dans Candide, plus précisément dans le chapitre «Du voyage de Candide en Europe, des doctes des médecines . Voltaire nous raconte comment Candide, alors qu’il tentait de faire procéder à une reconstruction fessielle de sa douce épouse, fut ligoté, fouetté, cruci- «....ces femmes sauvages qui avaient pour habitude de déambuler in naturalibus sur le parvis des églises à l’heure de la messe, devant les hospices, les couvents et bien d’autres endroits.» ( cit. extraite de Candide) «Endroits où le malin aurait enfoui Sa tête sous le sable de peur d’assister à un si horrible spectacle», ajoute Voltaire. Si Candide fut maltraité, condamné de la sorte sans autre forme de procès, «justice» selon la femme sauvage, alors qu’il accom- pagnait sa dulcinée à demi décharnée, cette dernière, n’ayant plus été capable de souffrir les désagréments causés par cette fameuse perte charnelle, insista pour se rendre auprès des plus grands philosophes, barbiers et chirurgiens il aurait été possible de procéder à une greffe et que s’asseoir aurait été sûrement si simple. «La solution était si proche, tant de fois elle avait songé à retrouver cette partie d’elle même perdue trop tôt. Mais voilà qu’une fois encore ces dames sauvages, dont la constipation cérébrale, cas désespérant les apothicaires et les psychériciens (ancêtres des psychiatres), venaient saboter et perturber la vie d’autres femmes et de leur compagnon» (in Candide). – page 20 – Voltaire insiste sur le côté impulsif de la femme sauvage dans cet épisode, Candide est accusé de se focaliser sur la plastique de Cunégonde alors que c’est celle-ci qui désire absolument rencontrer les médecins qui la «répareront» (car texte). Candide est soupçonné, accusé à tort, bien que défendu par Cunégonde qui n’est point écoutée mais «diagnostiquée» syndrome de Stockholm par ces dames. Voltaire dira dans son œuvre : «Des deux tribunaux «humains» ayant causé les pires torts, et commis les pires crimes, je ne vois que l’inquisition et la «justice» des femmes sauvages, j’ignore lequel des deux fut le plus injuste.» qui nous est parvenue est loin de l’image du bon sauvage, ou du mythe amérindien de la femme aux loups. Voltaire déclare dans ses commentaires « Des couillonades j’en aurai écrites, mais pouvoir en voir, assister à de pareilles je ne l ‘aurais point imaginé. Ces êtres s’adonnant plus à la caleçonade que les hommes ne m’inspirent nulle C’est ce philosophe des Lumières qui sera l’aïeul de la théorie médicale des des humeurs et de leurs effets sur l’Homme, Voltaire lance les fondements de la recherche sur le dérèglement hormonal chez la femme, ses conséquences sur son comportement, ses comportements violents imitant à outrance les plus vils comportements du sexe opposé, et leur incidence sur leurs hormones. Nous traiterons sous peu de l’avis du Divin Marquis sur la chose. – page 21 –

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«Waterloo, Waterloo, Waterloo morne plaine» ... Si Napoléon perdit la bataille en 1815, ce n’est point parce qu’il plut, mais dames de compagnie, furent suivies par des femmes sauvages... Vous visualisez bien les faits historiques, des terres embourbées, un nombre de soldats français moindre comparé aux forces ennemies et une bataille de chattes enragées à gérer. ces sauvages mais de nature fort rabique par essence, sa nouvelle médecine n’eut point d’effet. Si Apollinaire revint blessé de la grande guerre, il manqua de peu d’être une gueule cassée, le traumatisme n’en fut pas des moins graves puisqu’une femme sauvage lui fracassa le crâne à l’aide de ses bottillons à la «mode homme». Il ne reçut nul éclat d’obus, écrivit ses Voyages au Japon, recueil de poèmes relatant métaphoriquement les blessures mentales et physiques causées par cette dame qui lui reprochait de refuser ses avances. Le harcèlement sexuel ayant toujours été un classique chez la femme sauvage. Car depuis qu’elle existe, la femme sauvage est une insulte à l’éternel féminin, un manque de respect pour la gente féminine, tout comme les Femens. Je cite le philosophe contemporain Badreddine ou le Maure : « les Femens sont comme leurs images, plates...». – page 22 –

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– page 24 – 7Collectif Les Mercelaires Dominique Bovesse La femme aux confettis Chaque dimanche, nous nous retrouvions tous pour une après-midi chez mon arrière-grand-mère : mes frères, mon père, quelques cousins de mon père, leur femme et leurs enfants. Ma mère et ma sœur aînée qui détestaient les réunions de famille trop arrosées ne nous accompagnaient presque jamais. Raymond, l’un des cousins de mon père, faisait toujours partie du décor, assis dans un petit fauteuil contre la fenêtre, face à sa femme... Barbara... Barbara avait l’air absent et pourtant on ne voyait qu’elle. Étaient-ce ses grands yeux sombres dessinés au crayon qui lui donnaient cet air de star ? Elle portait des chaussures pointues à très hauts talons. Rouges. Je l’observais en coin : jambes croisées se balançant sans cesse l’une sur l’autre comme si elle voulait fuir. Elle tricotait pour s’occuper les mains, faire semblant d’être là, mais son regard s’échappait par la fenêtre. Elle était hôtesse de l’air et ce métier me faisait rêver. À quoi, à qui pensait-elle lorsqu’elle rejetait d’un mouvement brusque de la tête ses cheveux châtains derrière l’épaule ? Elle et son mari se parlaient peu. J’avais entendu dire, peut-être par ma mère, que Barbara avait rencontré un médecin et qu’il était question qu’elle quitte Raymond, «ce que je comprendrais très bien», ajoutait ma mère d’un air dégoûté en évoquant la dépression, l’alcoolisme et le cynisme de cet homme à l’égard des femmes. D’ailleurs, Barbara et Raymond se sont séparés peu de temps la rencontre entre elle et le médecin dans un avion. Plus tard, lorsque j’ai vu La peau douce, j’ai pensé à elle dans le rôle de Françoise Dorléac. Je me souviens surtout d’un brouhaha de conversations d’adultes dans cet immense salon verdâtre dont les fenêtres donnaient sur une rue passante, en face d’un cinéma. – page 25 –

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Les autres enfants et moi jouions le plus souvent à nous déguiser avec de vieux vêtements, des chapeaux défoncés et des morceaux de tissus colorés trouvés dans une malle qui traînait là. Nous entendions les conversations des adultes sans vraiment comprendre de qui, de quoi ils parlaient, et dont il s’échappait parfois des paroles plus fortes que d’autres, comme par exemple cette formule criée ou chuchotée selon les moments : «Ce salopard de Martin !» Qui était Martin ? L’amant de Barbara ? Un collabo ? Selon l’expression consacrée, «la famille avait été éprouvée pendant la guerre», des années auparavant, avec l’assassinat d’un jeune oncle résistant par les rexistes. Lorsque tout le monde avait un verre dans le nez, les mêmes discussions, dimanche après dimanche, verre de goutte après verre de goutte, resurgissaient pour essayer de comprendre ou pour évacuer la colère et la douleur toujours présentes. Nous passions donc ces dimanches après-midi chez mon arrière-grand-mère nous nous penchions sur son front pour lui dire bonjour et au revoir. Son corps de longue sauterelle desséchée avait pris la forme du fauteuil dans lequel elle était assise pour toujours. Elle avait plus de 90 ans. Elle était devenue aveugle avec le temps mais, comme le disait mon père, ça ne l’empêchait pas de voir ce qui restait dans la bouteille de peket ! Avec ma logique d’enfant de 7 ans, je ne comprenais pas comment une vieille femme aveugle pouvait voir à l’intérieur d’une bouteille qui n’était même pas transparente ! Son mystère me fascinait, comme me fascinait l’air énigmatique de Barbara. de Raymond, que mon père caustique appelait en privé tante Aniline, en référence au poison qu’on trouvait dans la mine de certains crayons violets. – page 26 – pour regarder passer les chars bigarrés, un groupe de majorettes et la fanfare turlutante. La musique, la couleur, le bruit pénétraient à l’intérieur de nos murs tristes pour nous égayer un peu et en ressortir aussitôt sans laisser de traces apparentes. Pourtant, une année, une géante de carton-pâte aux grands yeux clairs, à la bouche démesurément maquillée crachant des confettis, debout sur un char qui avançait lentement, s’est arrêtée sous les fenêtres d’où nous, les enfants, tendions les bras vers la rue agitée et joyeuse. Alors la bouche immense, narguant tante Aline qui courait de son petit pas saccadé pour fermer les vitres, a éclaboussé de minuscules fragments de couleurs l’intérieur de envolés se sont éparpillés sur les meubles, dans les cheveux grisonnants, sur le tapis verdâtre. Ils se sont accrochés aux coussins du canapé, noyés dans les verres de peket, déposés lentement sur les touches du piano que plus s’est transformé sur tous les visages en un sourire de complicité avec cette notre famille un vent de liberté. – page 27 –

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© Eddy Hubin – page 28 – 7Collectif Les Mercelaires Irma Buiatti Modesta Femme sauvage, Derrière le maquillage, en dessous des hauts talons, sous le vernis à ongles ! Femme sauvage, Au-delà des attentes, des silences et des OUI soumis ! Femme sauvage, Regard planté tels des poignards dans tes yeux hésitants. Femme sauvage, aïeules. Femme sauvage, ventres et les cœurs contre l’invasion XY. Femme sauvage Rit gorge ouverte, s’offrant au plaisir de tes mains viriles, embrassant ton sexe tendu avant de goulument aspirer les seins de ta sœur dans une étreinte saphique. Femme sauvage, En équilibre entre le IL et le ELLE, avance regard concentré, tel un aigle, Femme sauvage, Plonge le blanc virginal dans la boue pour arracher ton cœur à la mort. Femme sauvage, Refusera ton collier de toutou pour danser sous la pluie de ses envies dans un tutu noir lacéré, laissant apparaître sa chair généreuse, irrégulière et tatouée. Femme sauvage, Sourit, pleure, chante, danse, hurle l’amour, ses peurs et ses rêves. Femme sauvage, Meurt à chaque instant pour approcher son centre. – page 29 –

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