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Carnet et Instants

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BELGIQUE - BELGIE P.P. - P.B. CHARLEROI X 9/3306 À LA UNE  Jean Tousseul ÉVÉNEMENT Prix littéraires de la FWB ÉDITION Paul Nougé LETTRES BELGES DE LANGUE FRANÇAISE Trimestriel. N° 195, du 1er juillet au 30 septembre 2017. Périodique - P 302031 - Bureau de dépôt Charleroi X - Éd. resp. Nadine Vanwelkenhuyzen - 44, Bd Léopold II - 1080 Bruxelles - juin 2017

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sommaire n° 195 Jean Tousseul, doc. Bibliotheca Andana Exigence 01 ÉDITORIAL par Nausicaa Dewez MAGAZINE Tousseul, identité et littérature en Wallonie 03 À LA UNE Prix littéraires de la FWB 11 ÉVÉNEMENT Nougé, Écrits anthumes 1922-1966 16 ÉDITION L’Atelier Mille 20 RENCONTRE Mario Ramos 26 PORTRAIT Norge 31 PATRIMOINE Les librairies labellisées 37 VIE DU LIVRE Passa Porta, Read & Meet 41 LA LITTÉRATURE EN LIEUX Le Musée Jean de la Fontaine 45 VUES D’AILLEURS 47 BRÈVES le-carnet-et-les-instants.net BIBLIOGRAPHIE le-carnet-et-les-instants.net RECENSIONS Le Carnet et les Instants est aussi sur internet : le-carnet-et-les-instants.net

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ÉDITORIAL Exigence En Fédération Wallonie-Bruxelles, le printemps aura été fécond en événements littéraires. On retiendra entre autres un festival international Passa Porta de très haute tenue (et fréquenté par un public venu en masse et comblé) ou encore un Boulevard du polar, qui a misé sur le transmédia et a offert aux auteurs et auteures de thrillers une vitrine dédiée, et au public, le plaisir de rencontres et de découvertes enrichissantes. Autre point d’orgue de la saison, sur le versant plus institutionnel cette fois  : la remise des prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cet événement offre traditionnellement l’occasion de tirer un bilan de l’année, voire de plusieurs années (certains prix étant triennaux ou quinquennaux), par la mise à l’honneur de quelques œuvres remarquables. Avec ces prix, c’est aussi la diversité des expressions littéraires à Bruxelles et en Wallonie qui est rappelée et célébrée, du rap à l’essai, du français au wallon, et des premières œuvres aux livres d’écrivain-e-s confirmé-e-s. Sous la diversité des lauréat-e-s affleure le dénominateur commun au palmarès de cette année : l’exigence. Celle de l’édition tout d’abord. Est-ce parce qu’elle a consacré essentiellement des œuvres poétiques ? – la cuvée 2017 restera celle du triomphe de (très) petites structures éditoriales qui, malgré des moyens financiers et humains réduits, dénichent de bons manuscrits et accompagnent avec sérieux et passion le travail de leurs écrivain-e-s. À l’heure où pullulent les pseudo-maisons d’édition, qui facturent le moindre service à des auteurs et auteures dont elles acceptent – forcément – tous les manuscrits sans discernement, on ne peut que se réjouir que les prix 2017 aient couronné le travail exceptionnel des éditions Rougerie, Le Taillis Pré ou encore Le Somnambule équivoque. Mais l’exigence est aussi celle des auteurs et auteures primé-e-s, tant on sent dans les œuvres distinguées le refus de toute faci- lité, une quête du mot juste, du sentiment vrai, de l’expression précise. Cette exigence radicale de l’écriture, Annie Ernaux, invitée d’honneur du festival Passa Porta, l’a formulée avec force dans son dernier livre : « À quoi bon écrire si ce n’est pour désenfouir des choses, même une seule, irréductible à des explications de toutes sortes, psychologiques, sociologiques, une chose qui ne soit pas le résultat d’une idée préconçue ni d’une démonstration, mais du récit, une chose sortant des replis étalés du récit et qui puisse aider à comprendre – à supporter – ce qui arrive et ce qu’on fait. » Si cette ambition épouse en premier lieu les variations autobiographiques de l’auteure des Années, nombre d’écrivain-e-s pourraient sans doute y souscrire. Et les lecteurs et lectrices ? Peut-on remplacer « écrire » par « lire » dans le texte d’Annie Ernaux ? Oui, l’exigence s’applique aussi à la lecture. Dans le choix d’œuvres qui bousculent, heurtent, élèvent, questionnent. Mais aussi dans la manière de les lire. « Je lis comme je mange ; ça ne signifie pas seulement que j’en ai besoin, ça signifie surtout que ça entre dans mes composantes et que ça les modifie », fait dire Amélie Nothomb au héros d’Hygiène de l’assassin. Les mets sont nombreux, leurs goûts variés – et l’été, une occasion de les savourer. Nausicaa Dewez

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Dessin extrait de La cellule 158, 1924 / doc. « Jean Tousseul, La plume au service de la mémoire » (exposition)

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JEAN TOUSSEUL LITTÉRATURE ET IDENTITÉ EN WALLONIE ÉRIC BROGNIET La Ville d’Andenne a récemment réalisé une intéressante exposition destinée aux réseaux scolaires ou à toute institution de vie collective, permettant de mieux comprendre l’œuvre de Jean Tousseul et son inscription dans le paysage mosan et son Histoire. Une occasion, alors que nos Régions sont à la croisée de leurs destins, ce dont rend compte une actualité politique et économique bouleversée, de revenir sur une œuvre littéraire symptomatique et de réfléchir à partir d’elle à notre destinée commune1. Jean Tousseul (pseudonyme d’Olivier Degée, Landenne-sur-Meuse, 1890 – Seilles, 1944) est l’auteur d’une œuvre dont une partie fut publiée à Paris chez Rieder, éditeur lié à l’histoire de la revue Europe2. Classé parmi les écrivains « régionalistes », comme Hubert Krains, Hubert Stiernet, Edmond Glesener ou Arsène Soreil3, le romancier a décrit la région mosane, son petit peuple et ses métiers. On ignore pourtant qu’il fut un écrivain « engagé », à la fibre anarchiste : journaliste et militant pacifiste, il se démarque du poète Émile Verhaeren, qui, à la même époque, se fait le chantre virulent du nationalisme patriotique. Admirateur des grands romanciers scandinaves et russes, Tousseul, à partir d’un point de vue régional, s’élève souvent à une dimension universelle : le rapport entre l’Homme et la Nature, le destin et la vie. Il est témoin d’une période marquée par l’industrialisation et le combat pour la dignité de la condition ouvrière mais aussi par les deux guerres mondiales et un contexte historique où s’expriment les sentiments nationalistes, le racisme, la problématique des empires coloniaux, une grande crise économique, la montée des fascismes. Romancier et nouvelliste dont les œuvres n’ont, pour la très grande majorité, jamais été rééditées, Tousseul est pourtant lu par un cercle de lecteurs fidèles. BIOGRAPHIE ET PAYSAGE Tousseul appartient à une famille paysanne qui trouve dans le développement indus- triel de la vallée de la Meuse, l’existence des fours à zinc, l’extraction de la pierre calcaire, de l’oligiste4 ou de la derle5, une occasion d’améliorer son quotidien. Landenne, le village natal, n’est pas le « village gris », titre du roman le plus largement connu de l’auteur. Le village gris, ce sera Seilles, au bord de la Meuse, qui, jusqu’au milieu du xxe siècle, l’envahissait lors de ses crues. De santé fragile, Jean quitte avec sa famille les hauteurs de Landenne pour une petite maison du bord de l’eau. L’enfant, sensible, solitaire et rêveur, supporte mal ce déménagement ; souffrant d’hyper-émotivité, il abandonnera précocement ses études. Il exercera divers emplois : garçon de laboratoire, ouvrier dans les carrières, préposé à la pesée, payeur, comptable, pépiniériste. Il écrit quelques comptes rendus de courses cyclistes pour une gazette locale. Quand la Grande Guerre éclate, il signe des articles dans la lignée de Romain Rolland, qu’il admirait. Quand l’Armistice est signé, il est emprisonné à cause de ces articles et de ses opinions pacifistes : on le traite de défaitiste. Il sera libéré après trois mois de captivité et obtient un non-lieu. Tenté par la politique, il s’affilie au Parti ouvrier belge, figure un temps sur les listes électorales et continue à écrire en journaliste « engagé ». Sa liberté d’esprit s’accommode mal des contraintes sociales ; quant à l’engagement politique, il est dans une situation paradoxale : soucieux de défendre les ouvriers, il leur apparaît trop intellectuel. Incompris, il se fatigue bien vite

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04 de ces velléités d’engagement et, déménageant à Machelen, dans le Brabant flamand, il s’enferme dans une solitude toujours plus grande, en compagnie de sa seconde femme. Il souffre d’une grave dépression nerveuse en 1936. Rétabli, c’est dans cette campagne flamande défigurée par l’industrialisation qu’il écrira toute son œuvre, dévouée au pays mosan, comme si l’exil était la condition de la reviviscence de l’émotion première. Il se tient à l’écart de l’agitation littéraire, ne fréquente pas les salons et les cénacles et, contrairement à d’autres, refuse toute collaboration aux autorités issues de la victoire allemande de 1940. Son œuvre est traduite en de multiples langues. Il obtient la plus haute récompense littéraire de l’époque en Belgique, le Prix triennal de littérature de l’Académie royale de langue et de littérature françaises. Néanmoins, lui qui avait entretenu avec son maître et confrère Hubert Krains6, des liens étroits, et une réelle proximité avec Georges Eekhoud7, qui lui fut toujours d’un fidèle soutien, n’obtient pas à l’Académie le fauteuil de son aîné, qui est attribué à Charles Plisnier. Sommé de patienter, le caractère ombrageux de Tousseul l’amène à refuser toute sollicitation ultérieure. Nommé conservateur-adjoint du Musée de Mariemont en 1941, la Seconde Guerre mondiale l’affecte en profondeur. Il revient mourir de tuberculose à Seilles, dans la maison du moulin. Toute sa vie, Jean Tousseul, dont le nom de plume est à lui seul tout un symbole, aura donc été partagé entre plusieurs dilemmes : brillant autodidacte, il est incompris de ses concitoyens, matière première de ses romans ; militant humaniste et pacifiste, il est le témoin des soubresauts d’un monde qui, sous l’effet du progrès et de l’industrialisation, nous engage dans une rupture définitive entre l’Homme et la Nature, avec pour conséquence un « esseulement » radical de l’individu8. On peut donc déduire de cette œuvre, basée sur de nombreux référents autobiographiques transposés, qui a pour trait distinctif d’être à la frontière du classicisme par sa langue et les valeurs qui la soutiennent mais qui, par ailleurs, est profondément éthique dans son rapport à la communauté, qu’elle pose question, par cette ambivalence à la fois de production et de réception.   L’ŒUVRE Comment Jean Tousseul devient-il écrivain ? Il commence par écrire des poèmes. Un livre, lu à l’âge de dix ans, l’enchante durablement : Afraja, de Theodor Mügge9. Une lecture attentive de Tousseul montre à quel point un élément naturel, la neige, joue un rôle important dans son économie métaphorique et son imaginaire psychique. « Jean Tousseul, écrit Désiré Denuit, croyait que Mügge l’avait conduit au puissant Andreas Haukland qui fait aussi trotter des Lapons dans la neige, sous la magie de l’aurore boréale, ainsi que vers les Russes, les Norvégiens, les Suédois, les Danois, les Finlandais. C’est que Mügge avait encadré son drame d’un puissant décor dont jamais ses yeux d’enfant n’oublièrent les lignes émouvantes et il avait enveloppé sa sombre histoire de lueurs de justice10. » Knut Hamsun et Selma Lagerlöff l’attireront tout autant. Mais indubitablement, sur le plan du métier d’écrire, il avait reconnu en Gustave Flaubert le maître incontesté des exigences du style et de la vérité littéraire. Son premier livre paraît en 1916 : Pour mes amis, recueil composite, avec des vers mais aussi un fragment de Jean Clarambaux, une brève histoire de Seilles. Son second livre : un recueil composé de neuf histoires, avec Le  muet et Les carriers, repris du livre précédent. La mort de Petite Blanche raconte la vie d’un traîne-misère, Pierre Muraille. « On y côtoie, écrit Denuit, des ouvriers qui triment pour vivre dans les carrières, s’abrutissent au cabaret et gardent, sous leurs dehors frustes, une sensibilité généreuse et vive11. » Dans ces textes, Jean Tousseul nous livre des pages admirables et documentées sur la vie des métiers : carriers, vanniers, sabotiers, derliers, mineurs des mines d’oligiste, ouvriers des fours à zinc. C’est surtout le monde des carrières qu’il décrit avec le plus d’insistance, de détails : il y reviendra régulièrement, même s’il le fait de manière plus atténuée dans ses œuvres postérieures : Au bord de l’eau, Le village gris, Le retour, Le masque de tulle, La roche de la Mère-Dieu, Tablettes ou encore Les feuillets rustiques.

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Portrait paru dans La mélancolique aventure, 1919 doc. « Jean Tousseul, La plume au service de la mémoire » (exposition)

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06 Tousseul est l’un des rares écrivains européens à avoir prêté voix et attention à ce métier qu’il décrit, de manière émouvante, avec une grande fibre sociale. Jean Tousseul est aussi l’auteur de nouvelles historiques et légendaires. Il plonge dans le décor d’une vallée de la Meuse qui abrita des hommes préhistoriques, il y dépeint des destins épiques. Le délicat poète si attentif à la nature se révèle ici capable du souffle de l’épopée. La mélancolique aventure, L’exode, La parabole du Franciscain, La légende des dogues, La maison perdue, Le passé, La légende de Geneviève de Brabant, Le grand malheur ou encore L’épine blanche montrent toute la richesse de la palette de l’écrivain. Maître de ses outils, Jean Tousseul est prêt pour les grands cycles romanesques qui vont suivre. Parmi ceux-ci, la saga de Jean Clarambaux, proche d’un modèle admiré : le JeanChristophe de Romain Rolland. Si de nombreux éléments autobiographiques et un décor natal familier soutiennent le récit, l’écrivain élève ces éléments à un type universel. En cinq volumes (Le village gris, Le retour, L’éclaircie, La rafale, Le testament), cette saga se déroule comme un roman de formation. Elle nous retrace la vie d’un fils du peuple wallon, à travers les aléas de l’Histoire dont il est le contemporain. Cantique à son pays natal, autoportrait, peinture sociologique, exposé des motifs intérieurs et de l’utopie qui requiert le jeune homme, futur écrivain à défaut de pouvoir devenir, comme il le rêvait, insti- tuteur dans son village, Le village gris est une extraordinaire galerie de portraits : Monsieur Nalonsart, Man, Lardinois, le casseur de pierres Jean Smal sont plus que des personnages mosans : ils deviennent des archétypes humains, produits d’une société ancestrale, appelée à bientôt disparaître à l’issue des bouleversements qui enfantent le monde moderne. Le roman a aussi valeur d’archives, relatives aux paysages, à la flore, aux minéraux, aux métiers et à une langue, le wallon, avec ses particularismes. Cet accord de l’homme avec son environnement et ses grands cycles, typique d’une société encore agricole, souligne combien importante la sensation, combien structurant le rapport au sacré. Campé sur une ligne de fracture qui est celle de l’entre-deux-guerres, le romancier saisit, en même temps que les valeurs spirituelles contestées qu’il identifie, combien douloureux sera le siècle : une conception du bonheur, de la justice et de la solidarité va se fracasser durement dans les soubresauts du « progrès » qui coïncident avec la marginalisation progressive de la culture et de la langue wallonnes. La première étape de cet exil est dépeinte dans Le retour. Notre héros a quitté sa chère campagne et vit dans une petite ville proche, Huy : il y subsiste, étudiant pauvre, déraciné. Entre éveil à la sensualité, sentiment de la déchirure et appel d’une vocation, l’adolescent est animé d’une grande utopie christique : prêcher la paix sur terre. Dans le volume suivant, L’éclaircie, Tousseul se livre à une satire féroce des milieux de l’enseignement. Mais c’est aussi la description d’un couple, d’une famille et surtout, plus globalement, de la vie de toute une communauté mosane à la veille de la guerre. C’est aussi la relation entre cette communauté et son environnement naturel, qui donne un sens à la vie des hommes. La fracture s’approfondira, minutieusement décrite dans La rafale. Tousseul parle des atrocités commises par les troupes allemandes dans la vallée mosane : Andenne a payé un lourd tribut lors de la guerre de 1914. Relatant les quatre années de l’occupation, l’écrivain décrit les exactions, l’exode, les meurtres de civils, les déportations, le froid, la faim, les épidémies. Le romancier parle de la vie quotidienne, brosse un tableau de la psychologie des hommes, et remontant aux origines, explique les vagues successives de la formation de sa région, carrefour de bien des affrontements entre les différentes vagues qui vont écrire l’histoire européenne. Ici aussi, le romancier ne se contente pas d’un récit linéaire, mais, comme d’habitude, nous donne à lire une mise en perspective de l’individu et de l’ensemble, du profane et du sacré, de l’événementiel et du permanent. Ni pamphlet ni ouvrage pacifiste, ce roman se termine pourtant par la croyance de l’auteur dans un avenir pour l’humanité. Cette foi sera d’autant plus durement atteinte lorsque les années 1930 verront la montée en puissance des troubles socio-politiques et des systèmes totalitaires.

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Jean Tousseul 07 À LA UNE Le romancier ne s’en remettra pas. La rafale, nous avertit Désiré Denuit, « constitue un témoignage objectif, un document puissant et minutieux sur la guerre et le désarroi des esprits qui en résulta. Tousseul évoque le visage authentique de la guerre, il le peint avec franchise et indépendance, en homme libre qui aime son pays et qui souffre de le voir meurtri. Ce livre est aussi une condamnation. Jean Tousseul condamne le recours à la guerre, mais redoute que celle-ci ne reste longtemps encore accrochée au flanc d’une humanité toujours aux prises avec ses instincts élémentaires12 ». La rafale est une des rares œuvres littéraires belges qui traitent avec rigueur, sens de la composition et du style, des années 1914-1918 en Belgique13. Tousseul s’y impose comme l’un de nos meilleurs chroniqueurs qui soient. Dans Le testament, ayant atteint la quarantaine, Tousseul est préoccupé par le contexte international qui succède à la Première Guerre. Il est aussi de moins en moins certain que son idéal de paix et de justice puisse résister à ces événements. Dès lors, bouclant un parcours à la fois d’exil et d’appartenance à la communauté sociale, son héros amorce un retour en lui-même. Jean Clarambaux, atteint dans sa chair même, est forcé au repos à la campagne. Une certaine forme de sérénité se dégage pourtant des premières pages du récit : comme le Candide de Voltaire, il choisit une retraite, son jardin, son village, pour mettre au net sa propre histoire et communiquer son « testament » humain. Du sentiment rousseauiste de la nature à l’analyse des causes de la violence moderne, Jean Clarambaux se fait l’interprète de la pensée de Jean Tousseul. Ce constat s’énonce avec sérénité et sagesse, sinon avec un calme renoncement, comme l’avait bien remarqué Franz Hellens : « Le testament qui forme à lui seul un beau roman, ou un beau conte d’amour, est peut-être le plus émouvant de la série, d’autant plus poignant que l’on sent, dès le début, et sans se laisser suggestionner par le titre, que cet amour sera le dernier bonheur de Jean Clarambaux, le dernier témoignage (combien discret et jaloux) de son existence dure et tourmentée, ardente et déçue14. » À ce grand cycle romanesque succède une trilogie articulée autour de la figure de François Stiénon : Le cahier de François Stiénon, La cité fortifiée et Le livre de raison épousent étroitement la personnalité de leur auteur, dont la sérénité est encore traversée, parfois, d’éclats de révolte devant la misère et l’injustice. C’est d’une chronique de la vie d’autrefois dans une petite commune rurale du pays de Meuse, au cœur de la Wallonie, qu’il s’agit ici, non d’un roman de formation comme dans le cycle précédent. On y retrouve une tonalité sentimentale, fréquente chez Tousseul, souvent proche de la sensiblerie voire d’un apitoiement sur soi. La portée littéraire de ce trait stylistique a vieilli et passe mal aujourd’hui. Il est pourtant caractéristique du mode sur lequel souvent le Wallon se ressent et se positionne, contrairement à d’autres cultures romanes, où des œuvres comme celles de Charles F. Ramuz, de Jean Giono, d’Henri Pourrat ou d’Antonine Maillet, provençales comme chez Alphonse Daudet, ou occitanes comme dans les œuvres de Frédéric Mistral ou de Max Rouquette, trouvent, dans la proximité d’un terroir, d’une culture spécifique, une occasion de magnification et d’inscription identitaire. Jean Tousseul a écrit bien d’autres ouvrages : les premiers sont des mines d’information pour qui veut connaître la vie du début du siècle, les coutumes, la langue, en Wallonie mosane. L’auteur égrène ses souvenirs et ses confidences : entre 1936 et 1942, paraissent ainsi Humbles visages, Almanach, Tablettes, Feuillets rustiques, Vieilles images, Méditations sur la guerre, Images et souvenirs, Silhouettes et croquis. Dans ces recueils, outre les coutumes et les traditions, ce sont aussi les paysages, les légendes et l’histoire du Namurois que dépeint l’auteur. Ces textes sont aujourd’hui quasi ethnologiques. Les seconds appartiennent au genre du conte et de la nouvelle : Au bord de l’eau, La mouette, Les oiseaux de passage, Le masque de tulle, La  croix sur la bure, La roche de la MèreDieu, Lutins, La fée Claudine. Tousseul n’y est pas très éloigné des deux maîtres incontestés du genre : Maupassant et Tchekhov. On sait que Tousseul n’obtint pas le Nobel, pas plus que le Goncourt et n’entra pas non plus à l’Académie. Il demeura… Tousseul. On peut dès lors légitimement s’interroger sur les raisons profondes de cet isolement et

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08 se demander pourquoi cette œuvre occupe une position si singulière : « L’œuvre de Jean Tousseul bénéficie, depuis une quarantaine d’années, d’une réputation tranquille. Chacun, en effet, s’accorde à reconnaître à l’écrivain une place de choix dans l’histoire des lettres belges, mais peu se sont hasardés à le relire, voire à le republier. Tel un monument, l’œuvre survit de son prestige régional et de son rayonnement de l’entre-deuxguerres. Aussi se dégage-t-elle avec peine des stéréotypes : hymne à la classe laborieuse, témoignage de la condition ouvrière, célébration poétique d’une région (la Hesbaye namuroise), littérature de pitié et de compassion, les livres de Tousseul souffrent de ces images toutes faites15. » Cette sorte de reconnaissance tranquille qui nous fait presque oublier le projet d’écriture, n’est-elle pas une manière d’évacuer de l’identité belge et donc de son histoire littéraire, un écrivain qui par ses thèmes, sa langue, son art et sa position sociale, marque une espèce de « blanc » dans notre identité collective ? Soulève des questions qui dérangent à la fois les tenants du mythe unitaire comme ceux de la régionalisation, et qui contrarie aussi bien les partisans du classicisme que ceux du formalisme moderne ? AU-DELÀ DE L’ŒUVRE, LE PROJET D’ÉCRITURE Qu’en est-il par conséquent du projet d’écriture, que différentes lectures – le rous- seausime de Tousseul, son esprit franciscain ou a contrario sa dimension de chantre de la condition ouvrière – tentent d’intégrer à des idéologies antagonistes ? Si l’on peut à bon droit situer Tousseul dans une littérature du terroir, de l’enracinement et du social, il n’empêche que, écrivain sorti du peuple, il en conçoit un sentiment d’exil et de culpabilité. « Avec Tousseul, écrit Bertrand, c’est toute la question de la littérature prolétarienne qui se pose de façon aiguë […] d’un côté, éphémère, la tendance Barbusse qui accepte la soumission à une directive dictée ; de l’autre, constante, la tendance Rolland qui oblige l’écrivain à rester fidèle à sa conscience, fût-elle en rupture16. » Il y a chez Tousseul une montée progressive du sentiment de culpabilité et d’amertume. Par ses références, le romancier emprunte le chemin de la pure littérature. Qu’advient-il alors du « programme régionaliste et populiste de l’auteur » ? Pour Tousseul, capable de soutenir la comparaison avec les meilleurs auteurs européens dans l’art de conter et de faire surgir un certain fantastique, s’engager sur cette voie seule eût été compromettre le succès de sa position reconnue d’écrivain populaire et régionaliste. C’est de cette zone-là précisément que lui était venue la reconnaissance, notamment par l’entremise d’Eekhoud. Tousseul, fils du peuple, autodidacte, entend rester fidèle à son pays, à sa classe sociale. L’enracinement permettant la recréation du monde idéal de l’enfance comme la peinture d’une communauté à laquelle le poète restera fidèle toute sa vie et l’imaginaire libéré marqué par l’errance et le décentrement sont deux des tendances à la fois contradictoires et complémentaires donnant à l’écriture de Tousseul sa singularité. Cette double stratégie, qui lui permet d’exceller sur les deux plans du style et des thèmes, possède en elle-même son propre piège : à la fois classés et inclassables, l’œuvre comme son auteur s’accommodent mal des étiquettes et des récupérations. Le projet d’écriture en devient « inactuel ». L’œuvre de Tousseul ne peut se réduire à des traits angéliques. Comme chez Eekhoud, il y a dans un certain nombre de ses pages une irruption du désir, une violence du sensualisme. Le mode d’irruption du tragique est souvent exprimé par le terme soudain : « La solitude des êtres et l’attente à laquelle ils

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Jean Tousseul 09 À LA UNE page de g. Jean Tousseul doc. AML / photographie C. Tirlemont sont contraints se voient toujours rompues par un événement malheureux qui brise le fil de leur existence et survient comme un cataclysme », écrit Bertrand. Si l’apparition de l’Ange aux yeux de l’Homme Tout Seul est décrit comme un terrassement, c’est que l’auteur revisite ici un très vieux mythe, celui de l’ange et de la bête. Entre pureté et violence, entre instinct et surmoi, les personnages de Tousseul sont toujours complexes. Le terrassement se déroule selon des modalités récurrentes : la chute, l’accident, la vengeance, le châtiment, la fatalité complètent quelques métaphores emblématiques où l’eau est associée au trou (la neige, la glace, le fleuve, la crue d’une part ; le puits, la cellule, la mine, l’ergastule, l’enfouissement d’autre part). L’aspect poétique ou bucolique, tout comme la dimension narrative de la réalité décrite par le romancier, dans son registre régionaliste ou prolétarien, est aussi toujours complété, à l’autre pôle, par l’irruption soudaine, ici encore, du fantastique, de l’exogène, de l’étranger, de l’irrationnel et de l’instinctif, qui viennent troubler l’ordre environnant. Parce qu’il ne donne pas d’explication causale à ce phénomène irruptif et déstabilisateur, le romancier lui confère précisément un statut de catastrophe. Mais cette tonalité, une fois encore, ne fait pas pour autant de Tousseul un écrivain fantastique : pas d’intervention du surnaturel et pas de perméabilité entre réel et irréel chez lui : la catastrophe vient rompre un état donné, mais après le passage de la perturbation, cet état se répare, et la vie reprend son cours. Mais le résultat final du projet, c’est, au-delà de l’irruption du déstabilisant, du ratage ou du malheur, l’élaboration d’une « esthétique de la compassion et du bon sens17 ». L’œuvre de Tousseul est traversée par l’observation du destin et des soubassements de l’être humain ; elle s’est pourtant fixé comme objectif de tendre vers une morale du salut et de l’équilibre, à travers l’exercice d’une certaine éthique. S’il n’y avait que l’éthique et la morale de la compassion, cette œuvre serait édifiante. S’il n’y avait que le fantastique ou l’art du récit, elle serait classique. Si elle n’était que prolétarienne ou régionaliste, elle serait simplement témoignage anthropologique et ethnologique. Mais elle est en définitive ambiguë, complexe, entre pathos et morbide, entre réalisme et poétique. LITTÉRATURE ET IDENTITÉ On sait combien le langage, ou la littérature, sont des vecteurs déterminants pour la construction d’une histoire commune, en ce qu’elles traduisent ou réfléchissent un ensemble de propos structurants de la société qui les produisent. À ce propos, Danielle Bajomée écrit : « On ne peut se dissimuler le malaise dans la représentation qui affecte en Wallonie et la société civile et les repères symboliques qui définissent le groupe social comme tel. On connaît trop la valeur d’opérateur d’identité du mythe pour s’y attarder. […] Existe-t-il une mémoire partageable, sorte de consensus autour d’une vision du monde, d’une continuité de significations sans cesse tissées entre l’individu, les objets et les autres hommes ? En d’autres termes, les Wallons possèdent-ils un récit commun, un discours social commun autour de “lieux communs”, qui manifesteraient leur culture singulière18 ? » Pour l’identité problématique de la Wallonie, comme pour celle de la Belgique, les représentations oscillent entre vide et plein, entre néant et imagerie du carrefour. Si la réalité politique pose problème, deux données importantes de la construction d’une identité sont toujours, avant même l’Histoire, la géographie et l’activité économique. Précisément, « à l’absence de perception réelle d’une conscience homogène dans sa sensibilité, sa mentalité, ses coutumes, ses patois, la Wallonie ajoute encore sa division en sous-régions, son goût apparent pour le petit et le morcelé. L’expérience émotionnelle de l’espace épouse cependant un vecteur : celui de la verticalité. Si la peinture et la littérature qui renvoient à la Flandre sont dominés par l’exaltation de l’ouvert, de l’issue vers l’horizon […], la perception mythifiée de la Wallonie apparaît, à partir de 1820 environ, comme contre-poétique : fermeture du spatial, architecture contre-horizontale, verticalité des collines naturelles19 ». Chez ces écrivains sensibles au jeu des forces antagonistes

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10 du proche et du lointain, du déchirement d’un monde ancien et de l’enfantement d’un nouveau monde, de la condition ouvrière et paysanne opposée à celle des nantis, deux leitmotivs : chez Verhaeren, l’immensément et chez Tousseul, le soudain. Chez le premier, un appel à l’exploration, à la fusion avec le monde et ses énergies vitales, à l’instar du poète américain Walt Whitman ; chez le second, l’irruption brutale de la catastrophe, qui lézarde une fusion avec l’ici. L’œuvre de Jean Tousseul est exemplaire de cette identité problématique : le bornage, le petit sont vécus sur le mode de l’affectivité. L’irruption de l’exogène, de l’étranger ou de l’étrangeté sont vécus sur le mode de la catastrophe. Le romancier est complexe comme la Wallonie elle-même : il en traduit, à la fois sur le plan affectif, ethnologique ou psychique toute la richesse et toutes les limites. Relire l’œuvre de Jean Tousseul sous cet éclairage, malgré certains de ses passages, aujourd’hui « datés », lui qui fut le témoin d’un gigantesque miroir de faille, à la fois mondial, européen et national, à la charnière centrale du xixe et du xxe siècles, et qui appartint, comme Verhaeren, à une sensibilité littéraire non seulement belge mais européenne ne peut que nous inciter à reprendre cette question, vitale pour notre identité culturelle et notre destin communs dans un monde aujourd’hui globalisé. 1 Pour toute demande de prêt ou d’animation autour de l’exposition, prendre contact avec le concepteur de celle-ci : adrien.laruelle@ ac.andenne.be (0492/15 89 92). 2 Fondée en 1923, Europe a pu compter sur des écrivains comme Georges Duhamel, Charles Vildrac, Luc Durtain, Jean-Richard Bloch et Léon Bazalgette, le traducteur de Walt Whitman mais aussi Romain-Rolland, symbole du pacifisme et de l’indépendance d’esprit, fort admiré par Tousseul. 3 Les conteurs de Wallonie, 2 t., Labor, coll. « Espace Nord », 1985 et 1989. 4 Oxyde naturel de fer se présentant en filons ou en masses et constituant un excellent minerai. 5 Cette terre argileuse, déjà utilisée par les Romains lors de leur occupation du bassin mosan, joua un rôle essentiel dans l’industrie du feu : glaceries, verreries, creusets pour la fabrication du zinc, objets en céramique, pipes. 6 Auteur de Le pain noir, Hubert Krains (Les Waleffes 1862 – Bruxelles 1934) fut un ardent défenseur de la langue et de la culture françaises et un militant wallon : il sera l’un des premiers à collaborer à La terre wallonne, d’Élie Baussart. Comme Émile Verhaeren, Hubert Krains meurt broyé sous les roues d’un train, à l’âge de 71 ans. 7 Georges Eekhoud (Anvers 1854 – Schaerbeek 1927) est notamment l’auteur, entre autres titres, de Kees Doorik, Escal-Vigor (l’un des premiers romans à traiter ouvertement de l’homosexualité dans notre pays, réédité en 2017 chez Tusitala), Les fusillés de Malines, Cycle patibulaire, La nouvelle Carthage, Les libertins d’Anvers ou Voyous de velours. Lui qui vécut une grande passion amoureuse avec son secrétaire Sander Pierron, était aussi anarchiste : la thématique principale de son œuvre, qui débute dans une tonalité naturaliste, est l’opposition entre les laissés-pour-compte et la bourgeoisie, entre les pauvres et les possédants. Son œuvre est originale pour son époque : elle se définit par son anticonformisme, sa violence et sa sensualité ; et par une langue très expressive qui se distingue du style puriste défendu par Gilkin ou Giraud. 8 Lire à ce propos Claude FROCHAUX, L’homme seul, L’Âge d’Homme, 1996, rééd. 2001. Et du même : L’homme achevé ou la fin des rêves, L’Âge d’Homme, 2011. 9 Theodor Mügge (Berlin 1806-1861) est un auteur de récits et romans consacrés aux pays nordiques, notamment la Norvège, mais aussi de multiples contes et nouvelles. Il est également l’auteur d’un pamphlet contre la censure, et ses prises de positions libérales le conduisirent à être arrêté et persécuté par le régime prussien. 10 Désiré DENUIT, Jean Tousseul : l’homme et l’œuvre, Office de publicité, coll. Nationale, sixième série, n° 65, 1945. 11 Ibid. 12 Ibid. 13 On lira aussi avec intérêt, sur ce thème, Invasion 14, de Maxence van der Meersch (Roubaix 1907 – Le Touquet 1951). Son humanisme chrétien, sa peinture des milieux modestes de la région du Nord-Pas-de-Calais et son recours à un vécu personnel rapprochent van der Meersch de Tousseul. 14 Témoignages sur Jean Tousseul, réunis par J.-P. BONNAMI, revue L’Horizon nouveau, 1939. Rééd. sous forme d’un volume collectif, avec des contributions e.a. de D. Denuit, B. Bolsée, R. Couvreur, L. Christophe, G. Vanwelkenhuyzen, F. Hellens, G. Charlier, G. Rency, E. Noulet, Presses de L’Horizon nouveau, 1941. 15 Jean-Pierre BERTRAND, « Lecture », dans Jean TOUSSEUL, La cellule 158, Labor, coll. « Espace Nord », 1990. 16 Ibid. 17 Ibid. 18 Danielle BAJOMÉE, « Mythologie de Wallonie. Le Petit », dans Deuxième Congrès La Wallonie au futur : Le défi de l’éducation, Namur, 1991 : www.wallonie-en-ligne.net/WallonieFutur-2_1991/WF2-43_Bajomee-D.HTM 19 Ibid.

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LES PRIX LITTÉRAIRES DE LA FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES NAUSICAA DEWEZ C’est au Théâtre royal du Parc et en présence de la Ministre de la Culture Alda Greoli que s’est tenue la cérémonie de remise des prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le 15 mai. Ces prix se voulant un reflet du dynamisme et de la diversité du champ littéraire en Fédération Wallonie-Bruxelles, ils couvrent des pratiques diverses, et des champs linguistiques différents, du français aux langues régionales. PRIX PAROLES URBAINES Créés en 2011, ces prix récompensent, tous les deux ans, les écritures urbaines, dans les catégories Slam, Spoken Word (texte scandé avec musique – non attribué cette année) et Écriture rap. Les prix ont été décernés, sur la base des performances des artistes en lice, par un jury de professionnels composé de Gia Abbrassart, Mustafa Bandini, Thibault Carion, Samira Hmouda, Alain Lapiower, Hakim Larabi, Maky, Gilles Martin, Tom Nisse et Manuel Pereira, ainsi que de Joëlle Baumerder, Paul Hermant et Milady Renoir pour les demi-finales. SLAM : Léïla et Toro (ex aequo) Léïla. Âgée de 31 ans, Léïla est coordinatrice de projet chez Zinneke. Après avoir beaucoup écrit dans différents genres, elle est venue au slam il y a cinq ans environ, lors d’une soirée slam au Théâtre de la Vie. Elle y a découvert et apprécié un mode d’expression qui n’est ni le rap, ni une pure lecture de textes, et qui permet de donner vie et de partager en live des écrits nés dans la solitude. Toro. Âgé de 22 ans, Toro est originaire de Charleroi. C’est là qu’il a découvert la scène slam et fait ses premières armes. L’une de ses thématiques récurrentes est la nature, mais il aime explorer des styles et des thèmes divers. Léïla et Toro succèdent au palmarès à Simon Raket, lauréat du prix Paroles urbaines dans la catégorie Slam en 2015. RAP : Badi et L’Hexaler (ex aequo) Badi. De son vrai nom Badibanga Ndeka, Badi a écrit ses premiers textes à 13 ans. Il est originaire du Congo, un pays à la découverte duquel il est parti en 2010. Depuis lors, son rap est empreint de sonorités venues de là-bas. Il a été nommé en 2016 à l’Octave Musique urbaine pour son album Matonge. L’Hexaler. Originaire de Seraing, L’Hexaler est fondateur du collectif « la fine équipe ». Il est aujourd’hui un personnage incontournable de la scène hip hop belge. Il allie un timbre de voix reconnaissable entre tous et une plume simple et efficace.Badi et L’Hexaler succèdent au palmarès à Sanzio, récompensé dans la catégorie Rap en 2015. Badibanga Ndeka © FW-B / Jean Poucet

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Prix littéraires FWB 13 ÉVÉNEMENT page de g. Léïla page de d. Dominique Heymans © FW-B / Jean Poucet PRIX LEO BEECKMAN DU RAYONNEMENT DES LETTRES BELGES À L’ÉTRANGER Décerné pour la première fois en 1998, ce prix récompense une personne qui, dans un pays étranger, a œuvré à la promotion de la littérature de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette année, le prix a été rebaptisé en mémoire de Leo Beeckman, ancien membre de la Promotion des Lettres récemment décédé, en reconnaissance du travail hors du commun qu’il a accompli, avec conviction et générosité, pour la promotion des lettres belges. Le prix est décerné sur proposition de la Commission des Lettres, instance d’avis de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Riszard Siwek Le lauréat. Riszard Siwek est le directeur de l’Institut de langues et de littérature modernes de l’Université pédagogique de Cracovie. Depuis sa thèse de doctorat consacrée à Guy Vaes (La philosophie de l’art dans l’œuvre romanesque de Guy Vaes) suivie d’une thèse d’habilitation, Écrivains belges face à l’étrange de De Coster à Guy Vaes, Riszard Siwek n’a eu de cesse de consacrer ses cours, conférences et articles à la littérature belge de langue française. Riszard Siwek succède au palmarès à Colette Lambrichs, primée en 2016. PRIX TRIENNAL DE POÉSIE EN LANGUE RÉGIONALE ENDOGÈNE Le prix récompense, tous les trois ans, un recueil de poèmes rédigé dans l’une des langues régionales de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le prix est décerné sur proposition du Conseil des langues endogènes, instance d’avis de la Fédération WallonieBruxelles. Dominique Heymans Pleuves Le lauréat. Fonctionnaire communal à Manage, Dominique Heymans habite à Gottignies (entité du Roeulx). Né en 1958 dans un milieu populaire, il apprend le wallon par imprégnation. Il ressent rapidement l’envie de défendre ce patrimoine et d’écrire dans cette langue. En 1982, il rejoint les Scriveûs du Cente, association dont il deviendra le président en 2016, et publie régulièrement dans èl Mouchon d’Aunia. L’œuvre de Dominique Heymans se conjugue en poésie, paroles de chansons et prose, dans une langue qu’il veut à la fois simple et rigoureuse. Dominique Heymans succède au palmarès à Jean-Marie Kajdanski, récompensé en 2014 pour le recueil Ète là, avèc. Le livre. Recueil inédit, Pleuves est écrit en wallon du Centre. Il propose un ensemble de poèmes souvent courts et en vers libres, réunis par le thème de la pluie. À travers celui-ci, le poète évoque le quotidien, la vieillesse, l’ailleurs, sur un ton où la mélancolie alterne avec la légèreté, voire l’humour. xxx

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