Suicide - Mode D'emploi

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avis au lecteur ce document est une transcription littÉrale de l ouvrage original de claude guillon et yves le bonniec « suicide mode d emploi histoire technique actualité » paru en 1982 elle a été effectuée à partir d un document pdf circulant sur le web lourd de 40 mo le but premier de cette réécriture a été de l alléger pour le rendre accessible au plus grand nombre et faire de sa censure d etat ­ inacceptable ­ une publicité a l époque l anathème fut jeté sur cet ouvrage au prétexte qu il fut parfois trouvé au chevet de suicidés les adolescents auraient été les premières victimes fragiles de ce texte sulfureux qui fournissait des recettes garantissant l accès à une mort douce et propre on n a jamais su la portée réelle de la censure puisque malgré tout les suicides n ont pas cessé tant chez les adultes que chez les jeunes la société s est juste donné bonne conscience en refusant de laisser des « recettes » à la portée des suicidaires en somme si tu veux mourir démerde-toi toute seule expérimente la mort propre n est pas pour toi sans doute estime-t-elle cette société que les exemples bien « gores » fournis par ceux qui se suicident par le feu qui se jettent sous les trains ou dans le vide se tirent une balle en pleine tête ou se pendent seront plus dissuasifs la mort volontaire ne se conçoit socialement qu en termes de souffrances peut-être qu au tréfonds de l inconscient collectif celles-ci rachètent-elles en quelque sorte un décès aussi « immoral » la mort par le plaisir ­ ou le plaisir par la mort ­ n est pas concevable de surcroît le suicidé renvoie la société face à elle-même et elle déteste ça le texte ci-dessous est absolument conforme à l original toutefois la pagination a été modifiée pour s adapter à word et les renvois en bas de page « dé-numérotés » et remplacés par des astérisques enfin la table des matiÈres a été rejetée à la fin j espère que mm guillon et le bonniec ne me tiendront pas rigueur d avoir agi sans leur permission je suppose que le problème des droits ne se posent pas ou plus s agissant d un ouvrage qui n est plus en circulation que l on me pardonne les fautes de frappe ou autres qui auraient pu s y glisser le transcripteur texte intÉgral.

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il est impossible de ne pas être frappé de deux phénomènes moraux qui sont comme l expression d un mal qui travaille maintenant d une manière particulière les membres et le corps de la société nous voulons parler du suicide et de la révolte impatient de toute loi mécontent de toute position on se soulève également contre la nature humaine et contre l homme contre soi-même et contre la société ainsi le suicide et la révolte ne sont que le double effet d une même cause deux symptômes d une seule maladie morale savoir une inquiétude brûlante conséquence d un vide commun au coeur et à l esprit de la manie du suicide et de l esprit de révolte de leurs causes et de leurs remèdes j tissot ladrange éditeur paris 1840 essayez de vous suicider si vous avez la malchance de ne pas vous réussir sur le coup ces cons de vivants mettront tout en oeuvre pour vous refoutre en vie et vous forcer à partager leur merde je sais que dans la vie certains moments paraissent heureux c est une question d humeur comme le désespoir et ni l un ni l autre ne reposent sur rien de solide tout cela est d un provisoire dégueulasse l instinct de conservation est une saloperie « vive la mort » chaval reproduit in carton les cahiers du dessin d humour n°2 1975.

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le discours de la domination est obscène tant pour asseoir leur pouvoir que pour en jouir les maîtres doivent montrer leur mépris la planète se couvre de centrales nucléaires et de silos atomiques des fascistes sudafricains aux rad socs français tous vont répétant que la sécurité est à ce prix les peuples espéraient qu au moins les maîtres sauraient préserver le jouet qu ils leur abandonnaient l avenir de cette illusion se rétrécit chaque jour aux dernières nouvelles on se contente belle consolation d une guerre nucléaire « limitée » on sait que le terrain est choisi c est l europe au milieu de tous leurs tracas les maîtres pensent encore à nous enseigner ils gardent des trésors d étonnement douloureux et d indignation devant certaines faiblesses auxquelles nous prétendons des sujets en grand nombre prennent chaque jour ce qu il faut bien appeler la liberté de disparaître tout de bon mais traiter du suicide autrement que par des lamentations sociologiques religieuses ou médicales expose aux plus vives remontrances les maîtres qui tout à l heure bricolaient le dernier mensonge sur le retraitement des déchets de la hague le risque de tremblement de terre à pierrelate ou la bombe à neutron parlent soudain d inconscience d irresponsabilité et réclament qu on pense aux victimes innocentes le suicide existe c est entendu des gens se tuent on s en accommode mais de grâce le silence la mort est une chose trop sérieuse pour être abandonnée à l initiative individuelle on s occupera bientôt de fournir aux impatients une occasion de mourir utilement dans quelque scénario d envergure pensons outre le droit de décider de l heure et du moyen de sa mort n a certes pas besoin du nucléaire pour se justifier il trouve néanmoins dans la perspective d un massacre planétaire commandé une actualité supplémentaire il ne se réduit pas à cela plus que jamais la violence collective est à l ordre du jour contre le terrorisme d état contre l énergie nucléaire brûlera l énergie de la révolte la connaissance de techniques fiables de suicide en sera un puissant adjuvant « il se peut que la vie de la plupart des hommes s écoule dans tant d oppression et d hésitation avec tant d ombre dans la clarté et somme toute tant d absurdité que seule une possibilité lointaine d y mettre fin soit en mesure de libérer la joie qui l habite » robert musil nous vivons en démocratie on nous l a assez dit tout le pouvoir au peuple l idée naît dans l athènes de périclès où déjà ni les femmes ni les esclaves ne participaient à la vie de la cité la démocratie est dès l origine un bon mot sur le pouvoir elle n est jamais que l une des modalités de l oppression exercée depuis le xixème siècle par la bourgeoisie industrielle il n y a nulle part de « vraie » de « bonne » ou de « réelle » démocratie comme le croient les démocrates de gauche la facilité avec laquelle ils décernent le label démocratique aux régimes qui assassinent les révolutionnaires emprisonnés r.f.a espagne en dit long sur un concept pestilentiel l etat démocratique réglemente les moeurs les amours les gestations la loi le droit de vie et de mort pèse d abord sur les corps et singulièrement sur les ventres certains gestes amoureux ou médicaux sont prohibés on peut vendre un film en affichant les seins nus

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d une enfant de treize ans séduisant son beau-père mais des gens sont en prison pour avoir aimé qui n avait pas le sexe et/ou l âge légalement requis on nous fera remarquer charitablement que les suicidaires n attendent pas la reconnaissance d un « droit au suicide » pour l exercer il est d usage chez les maîtres de feindre avoir toujours toléré de bonne grâce ce qu en vérité ils n ont jamais pu empêcher ils assuraient il y a peu que les femmes étaient bien libres d avorter les jeunes de faire l amour et pourquoi pas les gens de se détruire a les entendre certaines lois ne seraient que vestiges surannés d un passé rigide libre à chacun de les transgresser à ses risques et périls on joue bien un peu sa vie en usant de la queue de persil on ne saurait forniquer sans procréer un jour ou l autre dame ce sont les risques de la liberté du « métier » dit-on parfois par malheur nous voulons tout l avortement sans risques ni trafics le plaisir sans punition et la mort nous la voulons sûre et douce la liberté n a pas de prix et nous n entendons pas payer celui de la souffrance de l affirmation du droit à une mort choisie nous faisons une arme contre les voleurs de vie pour l essentiel nous avons limité le cadre de notre étude à la france que le lecteur ne s attende pas à trouver le pittoresque morbide qui fait l ordinaire de la production livresque consacrée au suicide on n apprendra rien ni sur le hara-kiri ni sur les lemmings ni sur la secte de jim jones ni sur les kamikazes de même nous ignorerons délibérément jan palach montherlant manuel pardinas romain gary roméo et juliette des mêmes auteurs tankonala santé ouvrage collectif quatre articles de c.g petite bibliothèque maspero 1975 pour en finir avec reich claude guillon alternative diffusion 1978 ni vieux ni maîtres guide à l usage des 10-18 ans alain moreau 1979.

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claude guillon yves le bonniec suicide mode d emploi histoire technique actualité am éditions alain moreau 5 rue eginhard 75004 paris 272-61-51 chapitre premier un flÉau social le 19 janvier 1907 le juriste félix herpin prononce le discours de réouverture de la conférence des avocats stagiaires de poitiers il y fustige le suicide « acte de désespérance de la part de l individu suprême insoumission de la part du coupable il est également insultant à la justice humaine voilà un malaise social autrement nuisible que l échafaud autrement pernicieux et destructeur le législateur restera-t-il indifférent » herpin propose pour sa part la répression des tentatives le huis clos des procès et la censure de la presse la première moitié du siècle connaît une abondante production de littérature antisuicide le ton en est donné par l ouvrage de jacques bonzon guerre à l immortalité criminels suicidés et buveurs cet avocat parisien plaide pour le relèvement de la race « criminels suicidés et buveurs ces trois termes ne doivent plus se séparer ils désignent les petite bibliothèque morale et sociale s d.

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trois manifestations les plus importantes mais non les seules de l affaiblissement de notre race » il y a certes des différences entre suicide et crime mais « ce sont les deux plus grandes atteintes qu il soit possible d apporter à la vie sociale non seulement chacun est contraire à la loi morale mais chacun aussi froisse et meurtrit la loi écrite » soixante ans plus tard le discours est à peine retouché « dans notre vie moderne il y a trois grandes sociopathies dont les sujets sont proches au point de vue psychique antécédents conditions de vie le suicidant l alcoolique et le délinquant 1 » le thème s est pourtant « démocratisé » au sens où la gauche le reprend pour condamner ou déplorer le suicide était une stratégie de la canaille dans sa lutte sournoise contre l etat il est à présent dénoncé comme machine de guerre de la droite et conséquence de sa politique le monde titre « alcoolisme chômage suicide trilogie de la détresse bretonne 2 » dans une conférence de presse le syndicat national du personnel de l Éducation surveillée énumère la drogue l alcoolisme la prostitution et « la recrudescence du suicide » comme autant de preuves de la volonté du pouvoir de droite à l époque de « détourner les jeunes du terrain de la lutte » aux staliniens comme à l habitude la caricature le travailleur hebdomadaire du parti communiste du val-de-marne résume à l usage de ses lecteurs la teneur de libération « c est ce journal qui appelle les jeunes à se droguer et qui présente le suicide comme le fin du fin de la lutte ­ volez violez droguez-vous prostituez-vous suicidez-vous ­ voilà tout ce que libération a à proposer aux jeunes ces gens ne vous offrent que l impasse le désespoir et la pourriture pour perspective ils vous flattent ils vous racolent comme les démagogues fascistes flattaient et racolaient la jeunesse allemande dans les années 30 » et le travailleur de conclure ingénument « nous sommes les seuls à proposer du neuf vraiment du neuf 3 » la contagion « le suicide est à l ordre du jour aucune classe de la société n échappe à sa funeste influence l enfant comme le vieillard lui paient chaque jour un tribut de plus en plus élevé il y a dans cette manifestation à laquelle nous assistons depuis plusieurs années déjà une contagion une véritable épidémie toujours croissante qui si on ne prend pas des mesures énergiques pour la combattre atteindra des proportions désastreuses 4 » le suicide se répand comme la peste les maladies de l âme tuent aussi sûrement que les autres l idée de la contagion est simple rassurante elle permet de visualiser un phénomène inexplicable autrement de plus elle est « scientifique » en fait la médecine encore aujourd hui ne sait que peu de choses des mécanismes qu elle rassemble par commodité dans le même concept de contagion les maladies les plus redoutées sinon les plus redoutables comme la syphilis ne se transmettent pas automatiquement la notion de « porteur sain » relativise aussi la part de fatalité attachée au concept le « porteur sain » véhicule le virus le transmet éventuellement sans souffrir aucun trouble chacun de nous est « porteur sain » d une ou de plusieurs centaines de maladies en vérité la notion de « porteur sain » contredit largement la représentation courante de la maladie elle vient d abord combler le vide d un raisonnement scientiste incapable de décrire à plus forte raison d expliquer la maladie admettons que la contagion se réduise à la probabilité pour un individu de provoquer le déclenchement chez un tiers d une affection dont il n est pas obligatoirement atteint sans que l on puisse prévoir qui sera contaminé et comment alors nous pouvons aussi bien admettre cette probabilité en matière de suicide Ça n engage à rien 1 précis de toxicologie clinique evreux motin roche vincent masson éditeur 1968 2 3 mars 1981 3 « libération ça pue » reproduit in libération du 10 nov 1980 4 suicides et crimes étranges moreau de tours 1899.

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très tôt l agent de contagion le plus vigoureusement dénoncé est la presse c est elle qui propage l exemple funeste elle qui assassine la thérapie est facile à concevoir « tuer le mal en faisant le silence autour de lui » c est l avis autorisé d icard séverin dans la nouvelle revue en 1902 pour lui la contagion ne fait pas de doute rien qui se répande comme une idée nuisible « a un moment une femme est coupée en morceaux on remonte à vingt ans cinquante ans un siècle plusieurs siècles au-delà pas d exemples semblables on redescend quelques années vers nous et on ne compte plus tellement ils sont nombreux les cas d hommes et de femmes qui ont été coupés en morceaux » le mécanisme de la contagion n arrête pas longtemps notre auteur c est le même que celui « du tic chez le cheval et de l avortement chez la vache » ayant consulté « les journaux intimes de nombreuses jeunes femmes » pour rédiger la jeune femme pendant la période menstruelle il accuse formellement la presse à grand tirage et nommément le petit parisien il aura suffi que cet organe représente à la une le suicide d une jeune fille pour qu une désespérée de chair et d os se tue rue marcadet à paris reproduisant la mise en scène du dessin elle avait laissé le journal incriminé bien en évidence afin que « sa culpabilité fût bien démontrée et éclatante au grand jour » l histoire est édifiante icard séverin ne l a pas inventée quoiqu il se trompe de cible le polémiste libertaire zo d axa l a rapportée par le menu dans l endehors 1 la jeune fille se tue bien rue marcadet mais c est l intransigeant qui mérite le titre décerné par d axa d « organe des refroidis volontaires » c est à la une de ce journal que le dessinateur avait donné « la recette la formule et le décor du plus joliet des suicides sur une table un numéro de l intransigeant illustré attestait l entraînement dont la faible créature avait été victime la provocation par l image » un autre libertaire suicidé comme d axa ernest coeurderoy rejette l idée de contagion « ne me dîtes pas que l odeur et la vue du sang sont contagieuses non certes l image de la mort violente n est pas aussi pernicieuse que celle des maladies incurables si la tête du suicidé est si horrible à voir elle détournera les hommes du suicide bien loin de les y pousser soyez conséquents avec vous-mêmes criminalistes ne tuez-vous pas les assassins pour frapper les sociétés d épouvante 2 » il faudrait des volumes entiers pour consigner les hypothèses brillantes des chercheurs qui s attachent depuis des décennies à découvrir le virus du suicide nous ne parlons pas ici des médecins et des psychiatres dont il sera question plus loin toutes les mesures curatives ou préventives se révélant vaines le suicide reste une valeur sûre du délire pseudoscientifique chaque époque y va de ses fantasmes et de ses obsessions en 1840 le chirurgien forbes wilson attribue la montée des suicides à la diffusion des idées socialistes à l humidité atmosphérique ainsi qu à « un certain vice secret qui nous le craignons est pratiqué sur une très vaste échelle dans nos grandes écoles d enseignement secondaire 3 » c est une autre découverte qu annonce en 1977 david p phillips dans la revue science 4 la publicité des suicides accroît leur nombre voilà ce que tout bon sociologue sait déjà phillips révèle que les accidents d auto excédentaires sont des suicides cqfd a chaque siècle son vice caché le problème du suicide des jeunes a retenu tout particulièrement l attention du législateur soupçonnant ceux que la société bâillonne de vouloir jeter un cri par leur dernier geste il a prévu d interdire la publicité des suicides de mineurs dans un rappel à l ordre de 1978 le ministre de la justice renvoie à la loi sur la presse où figure depuis 1955 l interdiction 1 « par l image » in endehors recueil d articles parus en 1896 chamuel éditeur 2 oeuvre jours d exil 3 vol paris stock 1910-1911 sur coeurdelion et d axa voir plus loin une revendication révolutionnaire 3 cité par a alvarez in le dieu sauvage mercure de france 1972 4 « motor vehicle fatalities increase just after publicised suicide stories » 24 juin 1977.

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de publier tout texte toute illustration concernant le suicide de mineurs que ce soit par le livre la presse la radio le cinéma ou toute autre manière il s agit d éviter autour de ces drames une publicité pouvant susciter de nouveaux actes de désespoir 1 la contagion ou plutôt la contamination est l explication naturelle que les adultes trouvent aux comportements des adolescents qui les choquent qu il/elle fasse l amour défile dans la rue fume un joint ou se suicide l adolescente a été « influencée » ou plus bêtement « veut faire comme les autres » la loi du 28 novembre 1955 concerne les mineurs suicidés mais aussi « ceux qui ont quitté leurs parents leur tuteur la personne ou l institution qui était chargée de leur garde » silence sur l enfant déserteur mort ou vif même fugueur suicidaire ou amoureux le mineur est séduit seducere conduire à l écart toujours détourné par autrui de son destin programmé la commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l enfance et à l adolescence s est émue du non-respect de ces textes d une « particulière utilité sociale » viole-t-on la loi les effets ne tardent pas « c est ainsi qu à la suite des reportages effectués sur la fugue aux usa d un lycéen parisien et celle d une fillette de 13 ans huit tentatives de fugue toutes en direction du havre sic ont eu lieu dans la région parisienne 2 » la commission ne s en tient pas à cette forte démonstration et stigmatise à nouveau les « pernicieux modèles » offerts aux jeunes lecteurs et le désir d imitation qu ils risquent de susciter chez tels d entre eux 3 on nous laissera cette fois sans nouvelles des « tentatives de fugue » en direction du havre quant au suicide si les journaux en parlent personne ne les lit puisqu on ne trouve pas le plus petit exemple édifiant à nous rapporter quelques années plus tard le monde se vante de n avoir pas relaté « par le menu » comme certains de ses confrères le suicide d un enfant de dix ans « les psychologues n ont-ils pas mis en garde à juste titre contre la publicité de tels actes qui dans un milieu où fleurissent le rêve et l exaltation peuvent avoir valeur « d exemple » et gagner par contagion qu on se rappelle cette affreuse série de suicides par le feu de jeunes lycéens 4 » le monde fait allusion au suicide par le feu de deux lycéens lillois en janvier 1970 qui entendaient protester contre la guerre au biafra huit autres personnes se tuent de la même manière à travers la france en l espace de deux semaines on parle bien sûr d épidémie de série il est indéniable qu un suicide par le feu ou par défenestration dont la presse rend compte est généralement imité « Ça n incite pas au suicide une population non prédisposée reconnaît le dr chantal bismuth de fernand-widal mais ils auraient peut-être pris des médicaments au lieu de se jeter du dernier étage de la tour eiffel et le médicament est tout de même beaucoup plus sûr que la défenestration 5 » enfin lorsqu une affaire a défrayé la chronique la presse se montre attentive à toutes les affaires similaires le journaliste par la publicité qu il donne à un suicide par le feu fournit le déclic nécessaire à d autres immolations et se charge ensuite de dénombrer les « imitateurs » possibles sa responsabilité si souvent évoquée est la même que celle d un photographe publicitaire dans le succès des petits pois ou des tampons périodiques il est l un des rouages d un système dont le goût pour la désinformation spectaculaire peut se retourner contre lui les émeutiers de 1968 pouvaient se servir des reportages radiophoniques sur les barricades pour prévoir les mouvements de 1 cf ni vieux ni maîtres guide à l usage des 10/18 ans yves le bonniec claude guillon alain moreau 1979 p.277 et suiv 2 :compte-rendu des travaux de la commission imprimerie administrative melun 01/06/58 3 compte-rendu 1955 4 « faut-il tout dire » 22 janv 1972 5 « sûr » est pris ici au sens médical « qui laisse le plus de chance de survie » entretien 15 mai 1981.

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la police mais qui décidera de se tuer en lisant son journal rien ne permet de supposer comme l avance chantal bismuth que le défenestré aurait eu recours faute d exemple aux barbituriques n importe qui sait qu en se jetant du haut de la tour eiffel ses chances de survie sont infimes tandis que l absorption de médicaments reste aléatoire on peut seulement conjecturer que la première manière correspond à une volonté de mourir sans appel l idée de « contagion » nourrit celle de « série » et d « épidémie » on se contente pour brandir une série d un seul point commun visible entre deux ou trois suicides dans ce registre le chômage est du meilleur effet il arrive naturellement qu un chômeur tienne par des écrits posthumes à souligner lui-même le lien direct entre sa situation et sa décision de mourir les journalistes n en demandent pas tant trois chômeurs suicidés dans la même semaine ou mieux dans la même cité hlm font une série caractérisée par une organisation particulière d évènements dans le temps elle ne peut être selon le sens commun due au hasard par malheur on ne nous dit jamais si les trois chômeurs suicidaires étaient homosexuels ou divorcés ou abonnés à l observateur ou dans toute autre situation douloureuse que vous voudrez imaginer le chômage n est qu un pseudo-analyseur du suicide et c est l analyseur qu on veut montrer « nous savons qu un suicide n est jamais totalement explicable par la raison qu en donne celui qui choisit de mourir sans doute bruno carmier avait-il plus d un motif de désespoir il nous a semblé que trop de français s accommodaient bien facilement de l existence dans leur pays d un million sept cent mille chômeurs 1 » d autres faits sociaux sont ainsi prétendument éclairés par les suicides lorsqu en mai 1978 florence 15 ans se tue « parce qu elle » n a pu se faire avorter dans les délais légaux on peut à bon droit incriminer la loi veil et la situation juridique des mineures il y a sûrement un lien entre le suicide d un chômeur et son chômage entre celui d un taulard et la prison belle découverte en vérité d un lien entre la situation matérielle d un individu et ses actes or dès que l on quitte l analyse individuelle pour établir des « tendances » montrer des « séries » on verse dans la spéculation le bluff les chercheurs de l institut national d etudes démographiques ined viennent conforter quoique de façon mesurée la thèse du chômage suicidogène « en 1980 écriventils pour la première fois en france le nombre annuel de décès par suicide a dépassé 10 000 on ne peut pas ne pas rapprocher ce phénomène de la crise économique actuelle mais les choses méritent examen 2 » on peut être honnête et chercher le rythme de raisonnement le plus propre à entraîner l adhésion les démographes choisissent « deux pas en avant un pas en arrière » d abord une affirmation arbitraire mais qui s accorde à l opinion générale une certaine corrélation existe à n en pas douter entre accroissement du suicide chez les 15-24 ans et montée du chômage puis feinte arrière « mais il n est pas possible d établir une relation simple entre chômage et suicide l influence du chômage sur le suicide ne se limite sans doute pas à une liaison directe et individuelle l angoisse créée par l ambiance générale de crise compte sans doute autant que la perte d un emploi » enfin à nouveau un ton péremptoire « il n en demeure pas moins que l incidence du suicide a brusquement augmenté peu après l entrée de la crise économique dans sa phase la plus aigüe » on sait que les sociologues ne disposent 1 nouvel observateur 23 fév.1981 introduction à la « lettre d un chôesmeurtre » envoyée au journal par un jeune chômeur qui s est tiré une balle dans le coeur 2 elles méritent même de s entourer de précautions ainsi le lecteur est-il averti par une note de ce que « l usage du mot crise n implique aucune appréciation sur la nature de celle-ci mais se réfère à l usage le plus courant justifié ou non » désarmante honnêteté population et société bulletin mensuel de l ined n°147 mai 1981.

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d aucun moyen d enregistrer « une brusque augmentation » du suicide on aimerait savoir ici comment ils repèrent la « phase la plus aigüe » d un phénomène dont la nature est inappréciable et dont ils renoncent à justifier l appellation courante on aurait pu mettre le suicide en parallèle et donc en pseudo-relation avec n importe quel facteur pourquoi pas l âge du premier rapport sexuel on choisit le chômage parce que c est de ça qu on veut parler même si l on admet ce choix le chiffres de l ined indiquent tout au plus un accroissement des déclarations de décès pour cause de suicide par les médecins français or comme le souligne une étude des laboratoires roche si les « bonnes raisons » sont présentes chômage misère les autorités se montrent plus disposées à enregistrer le suicide comme cause de décès et les taux montent invoquant sur-le-champ un courant dit « suicidogène 1 » les chiffres déparlent d eux-mêmes la question du suicide est l un des terrains de manoeuvre préféré de la sociologie internationale l honorable durkheim a lancé la mode en 1897 en le choisissant pour montrer de quoi la nouvelle science sociale était capable depuis lors de critiques d école en critiques méthodologiques les études se sont multipliées pour démontrer le phénomène en analyser les causes en expliquer les variations proliférante littérature qui fait bon marché de « l incertitude radicale » viciant la méthode sociologique fondée sur les statistiques du suicide « des données incertaines et une théorie inconsistante 2 » en france depuis 1968 l institut national de la santé et de la recherche médicale inserm est chargée de l exploitation statistique des certificats médicaux de décès 3 un pourcentage non négligeable d entre eux décrit mal la cause du décès ou n en indique aucune de 7 à 9 pour cent environ 4 deuxième source d incertitude la plupart des médecins d état civil chargés de remplir ces certificats n ont aucune formation de médecine légale et effectuent un examen plutôt superficiel du cadavre ne serait-ce que faute de temps et de moyens 5 certains suicidaires ou leur famille le plus souvent camouflent le suicide en accident ou en mort naturelle lorsqu une maladie grave la rend plausible on sait par ailleurs que beaucoup de médecins se font complices d une telle attitude lorsqu ils sont persuadés de l inopportunité d une enquête judiciaire ou tout simplement pour éviter des contestations en matière d assurance-vie 6 la dénégation du suicide se fait systématiquement dès qu il s agit d un enfant signalons enfin que le dispositif de collecte lui-même comporte des failles « les 2 000 décès qui font en moyenne l objet d une autopsie judiciaire à paris 1 les suicides roche belgique s d 2 dixit jean baechler les suicides calmann-lévy paris 1975 3 la cause du décès est mentionnée de façon anonyme sur la partie « confidentielle » du certificat « à remplir par le médecin » ce document est ensuite transmis au médecin attaché à la direction départementale de l action sanitaire et sociale ddass qui doit le détruire après exploitation des renseignements qui y figurent l inserm centralise les statistiques ainsi obtenues 4 selon le dr guidveaux de l inserm le suicide ­ pour une politique de santé p.20 documentation française 1975 5 la littérature spécialisée est édifiante sur ce point pour documentation nous renvoyons à l article de v richir et a sueur in bulletin de médecine légale 1979 n°6 6 comme en témoigne le professeur jacques vedrinne de lyon in le suicide ­ pour une politique de santé op cit p.43.voir également les déclarations de chantal bismuth au chapitre iv.

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n entrent pas dans les statistiques générales des causes de décès 1 » la plupart des auteurs d études sur le suicide y compris dans les publications les plus officielles reconnaissent volontiers le peu de fiabilité de ces statistiques certains en profitent pour doubler derechef le nombre des décès la majorité n en fait état que pour balayer l objection d un revers de manche les estimations pèchent sans doute par défaut mais les erreurs commises étant constantes ne biaiseraient pas les analyses par âge sexe catégories socioprofessionnelles etc d ailleurs le taux d erreur ne doit pas être important il se traduirait sinon par des variations désordonnées nous admettons volontiers que les statistiques officielles du suicide offrent un ordre de grandeur acceptable mais rien de plus qu on nous épargne les spéculations sociologisantes à partir de comparaisons de pays à pays ou d évolution dans le temps 2 le problème est résolu pour les pays où l on ne se suicide jamais la chine l urss depuis 1925 pour les autres les définitions les modes d enquête varient la prédominance du catholicisme n est sûrement pas étrangère aux faibles taux des pays latins a l intérieur même d un ensemble statistique utilisant la même définition du suicide l interprétation des faits est loin d être uniforme aux etats-unis certains coroners ne l admettent que lorsque le défunt a laissé un écrit établissant qu il s est donné la mort les statistiques officielles de l irlande eire montraient un taux quatre fois inférieur à celui de l angleterre pour 1968-1970 une étude critique a réduit la différence à un facteur deux 3 on pourrait multiplier les exemples on en déduira que les tableaux comparatifs qui prétendent classer les pays du plus au moins « suicidant » avec des écarts sur de petits nombres sont pour le moins sujets à caution quant aux spéculations sur les variations dans le temps elles suscitent le même type de critiques on reste confondu devant les échafaudages interprétatifs de sociologues qui attribuent une valeur significative équivalente à des statistiques recueillies depuis le début du xixème siècle jusqu à nos jours en france la comptabilité commence en 1827 sur le plus court terme les amateurs ne manquent pas pour rendre compte des oscillations chacun y va de sa théorie la crise l urbanisation la pollution les variations climatiques or c est là que joue à plein le « principe de négligeabilité 4 » le suicide étant un phénomène relativement rare l analyse doit prendre en considération un chiffre élevé de population et le résultat s exprime en taux très faibles de l ordre de 20 pour 100 000 en france on devrait donc s abstenir de gloser à partir de variations infimes quelques centaines en valeur absolue qui restent inférieures à la marge d erreur probable autrement dit on peut constater que le taux français passe de 15,5 pour 100 000 en 1976 à 16,5 en 1977 17,2 en 1978 et 18,4 en 1979 on peut même admettre que cela traduit une augmentation effective du nombre de suicides constatés on n en est pas autorisé pour autant à déduire que « c est la faute à la crise » ou à tel autre facteur « social » privilégié encore n avons-nous parlé jusqu à présent que des chiffres de mortalité par suicide 1 il s agit des décès à domicile sur la voie publique ou à l hôpital pour lesquels on estime nécessaire une autopsie à l institut médico-légal p hadengue in bulletin de médecine légale 1979 n°6 2 les développements qui suivent doivent beaucoup à la critique iconoclaste de jean baechler les suicides op cit qui reprend en particulier les arguments de d douglas cf the sociological analysis of social meanings of suicide archives européennes de sociologie 7 1966 n°2 p 249-275 3 the different incidence of suicide in eire and in england and wales b.m barraclough british journal of psychiatry 1978 p.132 36-8 4 l expression est du dr achille delmas in psycho-pathologie du suicide paris alcan 1932.

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pour la morbidité autrement dit le recensement des tentatives sans décès c est la bouteille à l encre fort heureusement elles ne font l objet d aucune recherche systématique seules sources d approximation les enquêtes sur échantillon limité fournies par les services hospitaliers spécialisés une autre possibilité consiste à partir du chiffre de suicide-décès selon la méthode utilisée pendaison noyade etc et du pourcentage de « risque de décès » propre à chacune à en extrapoler le nombre de tentatives pour la france on arrive à un rapport de 7,4 tentatives pour un décès soit 74 000 environ pour 1980 Élaborées à partir d enquêtes en milieu hospitalier de telles estimations ignorent les tentatives soignées « en ville » par les médecins traitants les experts de l organisation mondiale de la santé retiennent plutôt la proportion d un suicide accompli pour 9 ou 10 tentatives au total les hypothèses varient selon les sources de 1 pour 2 ou 3 jusqu à 1 pour 50 pour tourner la difficulté tous les moyens semblent bons durkheim ne souffle mot de la tentative halbwachs 1 décide tout bonnement de l ignorer au motif que les rescapés sont des simulateurs ou des candidats peu sérieux à la mort comme le fait remarquer justement jean baechler que peut valoir une explication des « causes » du suicide qui élimine d emblée tous les échecs et qui peut prétendre connaître des critères rigoureux départageant les tentatives « sérieuses » des autres la conclusion s impose les sociologues n ont rien à nous apprendre sur le suicide l école en mars 1981 une collégienne de 13 ans véronique se suicide à aix-en-provence après son renvoi du conseil de classe auquel elle participait en qualité de déléguée des élèves « que cachent les conseils de classe » interroge l express 2 c est bien entendu l inverse qui nous intéresse ce que montrent les conseils de classe l image d une institution incapable de sauver les apparences dont elle a tenu à farder l abêtissement des gosses les délégués la participation c est « l apprentissage de la vie en démocratie » véronique aura appris vite que la démocratie c est le pouvoir des autres comme si l on devait participer à son décervelage pourquoi pas autogérer l école et le salariat aussi et les qhs la conscience humaniste s émeut des suicides de jeunes après la mort de véronique on cherche à comprendre on ne trouve rien derrière les conseils de classe on essaye du côté de la discipline « tout au plus un doigt noué à celui d un camarade de classe qui lui fut reproché par un professeur mais assure le professeur principal surtout parce qu elle ne l avait pas dénoué lorsqu elle en avait reçu l ordre 3 » ce sont les mêmes pédagogues la musique de certains mots qui construisent des lycées et les baptisent sans vergogne louise michel ou verlaine ou rimbaud et qui ordonnent que les doigts se dénouent ils ne savent pas que louise michel provoquait à l émeute que verlaine et rimbaud s enfilaient oui m le proviseur entre deux exercices de français l école tue sans doute et au japon plus qu en france là-bas vingt-sept pour cent des gosses du jardin d enfants soixante pour cent des élèves du primaire et cinquante pour cent des lycéens fréquentent les « juku » cours de perfectionnement destiné à améliorer les chances de surmonter la sélection les autorités pensent qu on peut voir dans ce système l origine d une augmentation tout aussi immensurable qu ailleurs du taux de suicide chez les jeunes les autorités annoncent-elles la fin de l école non on met sur pied des consultations psychologiques 1 les causes du suicide paris alcan 1930 2 4 au 10 avr 1981 3 « un conseil de classe très ordinaire » charles vial le monde du 31 mars 1981.

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ayant subi l école nous n avons besoin de rien d autre pour la juger l école tue oui sans doute comme la famille et l armée et le reste c est de ne pouvoir vivre qui pousse à mourir bâtisseurs de ce monde bâtonniers de l ordre moral quand vos enfants nous quittent fermez-la le cilice de papier journal que vous endossez à chaque occasion pour questionner poliment les institutions est obscène le suicide vous « interpelle » paraît-il vous pensez comme des curés vous parlez comme des sergents de ville vous tolérez les écoles et même les prisons vous en êtes les fourriers tout ce que vous demandez c est de pouvoir en parler de temps à autre dans vos hebdomadaires École prison chômage vous savez pourquoi on se tue paraît-il et vous ne faîtes rien vous vous moquez éperdument que le système assassine pourvu qu il tienne en octobre 1980 nouredine 13 ans se pend « pour une poignée de mauvaises notes » assure libération Éric 16 ans se tire une balle dans la tête « c était vraiment un mec pas con il savait ce qu il faisait il a dû réfléchir avant de tirer 1 » serge july commente « lorsque toutes les libertés paraissent s évanouir cette dérobade a toutes les séductions d une ultime liberté » en soixante-dix ans le discours moralisateur s est teinté de compréhension un juriste écrit en 1910 « arrivés à l époque où leurs regards devraient être tournés vers l avenir où ils devraient envisager l existence sous des aspects rassurants il est des enfants qui ne trouvent plus la force de vivre le nombre des suicides d enfants n a pas cessé d augmenter à mesure que l instruction se propageait il faut dire du reste que c est moins l instruction elle-même qu il convient d incriminer que la nature des doctrines qui sont actuellement enseignées aux enfants ceux-ci victimes d une éducation et d une philosophie faussées n hésitent plus à se réfugier lâchement dans la mort ne faudrait-il pas pour diminuer le nombre de ces suicides dus à la contagion qu une forte éducation morale fût partout appelée à compléter la culture de l intelligence 2 » les nouveaux crétins la sociologie s essoufflait à fournir aux masses modernes une fausse conscience d elles-mêmes las l ordinateur vient regonfler les vieilles baudruches ce qui n était en 1920 que cocasserie prétend au titre de vérité scientifique s agissant du suicide le record est aujourd hui détenu sans conteste par emmanuel todd 3 au milieu d un foisonnement de contre sens de non-sens et d à-peu-près dignes d un bernard-henry lévy le lecteur médusé apprend que « l apparente diversité des concepts de suicide d alcoolisme de folie et d adhésion totalitaire cache une proche parenté ces catégories ne sont pas disjointes toutes incluent un degré élevé d abandon de liberté d aliénation ou de destruction de la conscience » le fou p.39 l alcoolisme « aboutit souvent à la cirrhose du foie ou au délire alcoolique versions éthyliques du suicide et de la démence » le fou p.61 chez todd l amalgame et la confusion ne sont plus une méthode mais un état ce que l on peut souhaiter de pire à ces gens c est d être lus aussi nous ne résistons pas au plaisir de nous faire l instrument de quelques révélations supplémentaires pêle-mêle « d un point de vue psychiatrique tous les extrémismes politiques relèvent d une même catégorie définie par un symptôme banal le besoin de violence et de pouvoir le désir aussi de soumission » le fou p.93 « le goût du rouge couleur du sang commune au nazisme et au bolchevisme rappelle en permanence inconsciemment la pulsion de mort de la 1 31 oct 1981 2 de la répression du suicide emmanuel alpy thèse de droit paris 1910 3 le fou et le prolétaire robert laffont 1979 l invention de la france en collaboration avec hervé le bras le livre de poche 1981 emmanuel todd lui a été inventé par son père et par l express.

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machine le mot communisme lui-même porte une charge affective exceptionnelle » le fou p.244 « la vitalité de la bande dessinée française témoigne d ailleurs de la situation privilégiée des enfants dans notre pays elle démontre une bonne adaptation des français adultes à l univers de la jeunesse » le fou p.283 le suicide se répand sur la france au départ de paris « il suit en fait les nationales 20 et 7 » l invention p.352 jeune homme moderne c est-à-dire passionnément attaché à la conservation de ce monde todd doit pour balayer les objections mettre le système entier dans la balance conteste-t-on malgré tant de cartes et de graphiques la validité des taux de suicide il rétorque aussitôt qu il y a bien plus de suicides que de meurtres et qu on ne saurait renoncer à compter les uns sans renoncer à compter les autres or « la société française contemporaine fait de la violence et en particulier des meurtres un élément permanent de son système d information » le sociologue confond ici maladroitement l ex-garde des sceaux alain peyrefitte avec « la société française » il y a plus paraît-il le sacrifice irait jusqu à « abandonner en cascade toute une gamme d indicateurs économiques du revenu national par tête au taux d investissements » mais les chiffres de la criminalité n intéressent que les flics et les « indicateurs économiques » sont l affaire des publicitaires de l économie le pauvre sociologue pauvre mais honnête s oblige à nous avertir il a choisi cartes et représentations en fonction des thèses qu il propose libre à chacun de soutenir d autres thèses avec d autres cartes cette subjectivité incontournable a ses limites rassurons-nous « n importe quelle carte n est pas possible de même ni le peintre ni le photographe ne pourront représenter une jeune fille par un fauteuil et ce quelle que soit la recherche d un point de vue » quel crédit accorder à un homme qui n a jamais vu et même juge impossible la représentation d une jeune fille par un fauteuil la pilule comme on pouvait s y attendre la pilule contraceptive a été mise en cause dans certains suicides catherine sokolsky s est fait l écho de ces thèses dans l impatient 1 s avisant de décrypter la propagande des laboratoires en faveur de la pilule elle cite une étude parue dans le lancet en 1974 selon laquelle le taux de mortalité chez les utilisatrices serait de trente-neuf pour cent supérieure à la moyenne les facteurs principaux de cet excédent seraient les troubles cardio-vasculaires ce qui pourrait se comprendre et les suicides nous répondions dans l impatient « voilà un analyseur commode quiconque prétend mettre en rapport le suicide avec la consommation de tel médicament le chômage les chagrins d amour ou les pratiques solitaires est un charlatan laisser imprimer l idée qu il puisse y avoir un lien entre le suicide et la pilule relève de l irresponsabilité intellectuelle et politique la plus totale 2 » l auteur de l article incriminé récidive protestant hautement du sérieux de sa documentation « ce que le docteur valérie béral écrivait dans le lancet en 1974 1 :1280 est confirmé par un examen approfondi paru dans le lancet du 7 mars 1981 des résultats de la plus grande étude sur les effets de la pilule la fameuse « oral contraception study » du royal college of general practitioner anglais 46 000 femmes suivies pendant 14 mois » moralité une ânerie répétée à sept ans d intervalle devient vérité on peut trouver appui pour n importe quelle thèse dans l immense production de littérature médicale c est ainsi qu en 1974 au cours d une journée d étude de la société 1 n° 40 mars 1981 2 n° 42 mai 1981 « statistiques toc » rebaptisé par la rédaction « pilule et statistiques assez ri »

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médico-psychologique le dr fabre de toulouse rend compte de ses travaux sur cinq cent onze femmes accueillies en service de réanimation après une tentative de suicide aucune corrélation affirme-t-il ne peut être établie entre la prise de pilule et le geste suicidaire nous n avons mentionné cette dernière étude que pour montrer l incohérence de la production « scientifique » en ce qui concerne la relation entre contraception orale et suicide c est bien le principe même du questionnement qui est absurde le monde 11 juin 1974 pour les lectrices et les lecteurs intéressés par ces questions nous renvoyons au collectif self help 5 rue veron 75018 paris dont l impatient signale l abondante documentation anglaise et américaine.

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