La Main Froide !

 

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t allait s’asseoir, afin d’établir par cette prise de possession son droit de défendre la belle inconnue, mais le protecteur resta debout, fronçant le sourcil, pinçant les lèvres et opposant sa large poitrine à toute tentative d’occupation. –Monsieur,

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la main froide 1 la main froide the project gutenberg ebook of la main froide by fortuné du boisgobey this ebook is for the use of anyone anywhere at no cost and with almost no restrictions whatsoever you may copy it give it away or re-use it under the terms of the project gutenberg license included with this ebook or online at www.gutenberg.org title la main froide author fortuné du boisgobey release date february 10 2006 [ebook #17747 language french character set encoding iso-8859-1 start of this project gutenberg ebook la main froide produced by carlo traverso eric vautier and the online distributed proofreaders europe at http dp.rastko.net this file was produced from images generously made available by the bibliothèque nationale de france bnf/gallica fortunÉ du boisgobey la main froide

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la main froide troisiÈme Édition ernest kolb Éditeur i le vieux quartier latin a disparu avec la dernière grisette le temps n est plus où les étudiants tenaient à honneur de ne jamais quitter la rive gauche maintenant ils passent volontiers les ponts et ils se répandent sur les grands boulevards comme ils les appellent pour les distinguer du boulevard saint-michel qu ils nomment familièrement le boul mich quelques-uns même demeurent de l autre côté de l eau et viennent aux cours en voiture quand ils y viennent pourtant sur les hauteurs de la montagne sainte-geneviève on trouverait encore en cherchant bien des représentants d un autre âge des attardés fidèles à la tenue et aux moeurs de leurs devanciers ceux-là arborent des coiffures étranges fument la pipe en buvant des bocks devant les cafés de la rue soufflot font queue au théâtre de cluny dansent à la closerie des lilas et croient fermement que l univers finit au petit bras de la seine ces convaincus sont rares si rares que l année dernière on en comptait jusqu à deux que les nouveaux venus se montraient comme des phénomènes encore se distinguaient-ils des étudiants d autrefois en ce point qu ils avaient tous les deux de la fortune et qu il n aurait tenu qu à eux de mener une autre existence c était par vocation qu ils vivaient de la vie du quartier l un des deux était même assez riche et assez bien apparenté pour faire bonne figure ailleurs il s appelait jean de mirande et à sa majorité il était entré en possession d une vingtaine de mille francs de rentes sans compter la perspective d hériter plus tard d un oncle millionnaire et célibataire qui avait été son tuteur il est vrai qu il ne comptait guère sur cette succession car le susdit oncle était solide comme le pont du gard bâti par les romains et de plus complètement brouillé avec son neveu depuis que ce neveu s était avisé de déroger aux traditions de ses nobles aïeux en s enrôlant dans la bohème scolaire le pylade de cet oreste du pays latin ne descendait pas des croisés et même il ne sortait pas comme on dit vulgairement de la cuisse de jupiter 2 sa mère veuve d un facteur aux halles avait amassé une très honnête aisance en vendant des primeurs à la pointe saint-eustache et servait une pension de six cents francs par mois à son unique rejeton qu elle ne voyait pas souvent car elle demeurait rue des tournelles au marais et paul ne s éloignait guère du panthéon les deux amis ne se ressemblaient pas du tout jean était brun grand large d épaules il aurait fait un superbe cuirassier et il était fier de sa taille et de sa force paul blond mince et délicat avait un peu l air d une demoiselle.

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la main froide jean aimait les aventures tapageuses les assauts de beuverie et les conquêtes à la hussarde rageur et querelleur avec cela il ne parlait que de pourfendre et il pourfendait quelquefois paul qui pourtant n était pas poltron préférait aux batailles de brasseries les promenades sentimentales sous les arbres de l avenue de l observatoire mais ses goûts paisibles ne l empêchaient pas d être de toutes les joyeuses parties arrangées par le turbulent jean de mirande ils s étaient liés en vertu d une loi naturelle à laquelle nous obéissons tous l instinct qui nous pousse à fusionner les races et aussi parce que jean avait un soir énergiquement et victorieusement défendu paul cormier assailli par une bande de messieurs à accroche-coeurs venus de la rive droite pour envahir le bal bullier et dernier contraste entre ces inséparables jean dont les ancêtres auraient pu monter dans les carrosses du roi jean donnait dans les idées nouvelles il allait jusqu au nihilisme inclusivement tandis que paul fils de commerçants prétendait regretter l ancien régime paul aurait donné dix ans de sa vie pour être aimé d une duchesse jean lui s accommodait fort bien des petites ouvrières en rupture d atelier et des chanteuses de cafés-concerts dits beuglants qui constituent le fond du monde galant d outre-seine eu quoi il n avait pas tout à fait tort car il régnait sans partage sur le coeur de ces donzelles faciles et paul n avait pas encore subjugué la moindre grande dame 3 paul aurait voulu que son ami le présentât dans les salons du noble faubourg où jean de mirande aurait pu être reçu à cause de son nom et qu il fuyait comme la peste mais quand paul exprimait ce désir ambitieux jean lui riait au nez et l emmenait dîner chez foyot foyot est le café anglais du quartier ces messieurs y mangeaient habituellement sans dédaigner cependant de dîner quelquefois dans les bouillons d alentour à seule fin de rester populaires parmi les étudiants moins opulents qu eux le dimanche pendant la belle saison oreste et pylade se montraient au luxembourg à l heure de la musique et ces jours-là ils faisaient des concessions à la mode en s habillant d une façon moins excentrique l an passé donc par une claire journée dominicale du mois de mai ils se promenaient bras dessus bras dessous sur la terrasse qui domine le grand bassin central du côté de la rue de fleurus c est là que s assemblent pour jouir du concert gratuit les habitantes de ces régions reculées honnêtes bourgeoises assises en rond sur des chaises de louage et flanquées de demoiselles à marier bonnes d enfants entourées de marmots et de militaires non gradés habituées de la closerie des lilas circulant par groupes de deux ou trois et blaguant les mères de famille le ciel était splendide les marronniers en fleurs embaumaient l air tiède le printemps faisait sa rentrée après six mois de relâche pour cause de brouillard et de frimas les arbres et les femmes avaient des toilettes neuves paul cormier lui aussi s était fait beau il portait une redingote noire coupée par un bon tailleur un joli pantalon de fantaisie et des bottines pointues ni plus ni moins qu un gommeux remontant les champs-elysées à l heure où les équipages reviennent du bois.

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la main froide et cette tenue élégante lui allait à merveille jean de mirande avait endossé pour la circonstance une espèce de justaucorps en velours violet boutonné jusqu au menton il avait chaussé des bottes molles montant jusqu au genou sur une culotte gris-perle extra collante et pour compléter ce mirifique costume il s était coiffé comme un calabrais d opéra-comique d un feutre pointu orné d un large ruban vert 4 et ainsi accoutré il ne paraissait pas trop ridicule sa haute mine sauvait tout et nul n était tenté de se moquer de lui en face les hommes attendaient pour hausser les épaules qu il leur tournât le dos les jeunes filles de bonne maison le suivaient des yeux à la dérobée et les mamans pensaient «voilà un beau gars!» lui marchait la tête haute et la moustache au vent remorquant son camarade qui s arrêtait souvent pour regarder les femmes et qui ne passait point inaperçu quoiqu il n eût ni l imposante prestance ni les airs vainqueurs du beau mirande roi des Écoles et bourreau des crânes en arrivant sur la terrasse paul cormier avait avisé assise contre le piédestal d une statue une personne charmante elle était sans cavalier mais sans doute elle ne comptait pas rester seule jusqu à la fin du concert car elle gardait deux chaises près de celle qu elle occupait paul qui ne manquait jamais la musique le dimanche et qui tous les jours traversait le jardin plutôt deux fois qu une paul ne l y avait jamais rencontrée donc elle venait de la rive droite sa toilette le disait assez une toilette élégante et de bon goût comme on en voit peu dans les environs de saint-sulpice du reste elle ne semblait pas s apercevoir qu elle attirait l attention de ce joli blond qui lui décochait une oeillade brûlante chaque fois qu il passait devant elle et paul se demandait déjà s il avait enfin rencontré ce qu il cherchait etait-ce le début d une aventure il l espérait presque et il s y serait volontiers embarqué sans savoir où elle le conduirait s il avait pu prévoir comment elle devait finir il aurait certainement hésité la dame lisait un livre à couverture jaune sans doute un roman nouveau et ce roman devait être fort intéressant car elle ne levait pas les yeux paul cormier qui la lorgnait inutilement commençait à se lasser de ce manège improductif lorsque mirande s arrêtant tout à coup lui dit ah ça qu est-ce que tu as donc à te retourner à chaque instant j en ai assez de te traîner comme un cheval rétif qu on mène par la figure et qui tire au renard une femme adorable mon cher murmura cormier en serrant le bras de son ami où donc cette liseuse là-bas au pied d une statue elle n est pas mal mais ce n est pas la peine de risquer d attraper un torticolis pour la contempler aborde-la carrément tu ne vois donc pas que c est une femme du monde une vraie.

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la main froide décidément tu es encore plus jobard que je ne pensais c est toi qui a la manie de prendre toutes les femmes pour des drôlesses celle-là est seule en ce moment mais elle attend quelqu un son mari très probablement 5 allons donc elle attend quelqu un oui seulement elle ne sait pas qui toi si le coeur t en dit ou moi si je voulais mais moi je ne veux pas elle me déplaît ta princesse avec son air en-dessous et puis ce soir j offre à dîner à deux ou trois jolies filles qui s amusent bon jeu bon argent au lieu de faire les pimbêches maria l élève de la maternité et georgette une petite actrice des nouveautés gaie comme un pinson lâche ta femme honnête je t invite nous aurons en plus véra la russe externe à la pitié une nihiliste merci ton apprentie accoucheuse et ta figurante ne me tentent pas non plus du reste tu sais bien qu aujourd hui dimanche je dîne chez ma mère blagueur va dis donc plutôt que tu as envie de suivre ta marquise de carton faut-il que tu sois naïf ça une grande dame une horizontale tout au plus et de petite marque mon pauvre paul je m y connais tu crois t y connaître et tu n y entends rien ah c est comme ça tu prétends m en remontrer eh bien je vais te donner une leçon tu vas voir comment on s y prend pour faire connaissance avec une princesse qui vient chercher fortune à la musique du luxembourg et dégageant son bras mirande alla droit à la liseuse paul essaya de le retenir il n y réussit pas et il resta planté sur ses jambes au milieu de la terrasse et fort embarrassé de sa contenance pendant qu à dix pas de lui le beau mirande s asseyait sans façon sur une des chaises restées libres à côté de la dame cette fois elle leva la tête et elle se montra dans toute sa radieuse beauté c était une blonde aux yeux noirs une blonde qui avait le teint mat et chaud d une espagnole de séville avec la physionomie intelligente et vive d une parisienne de paris pas du tout intimidée d ailleurs pardon madame commença mirande en retroussant sa moustache vous devez vous ennuyer toute seule et je me suis dit il n acheva pas sa phrase la dame le regardait fixement et ses yeux n exprimaient que le dédain mais un dédain si calme et si fier qu il s arrêta net les grosses galanteries qu il allait débiter lui restèrent dans le gosier et alors se joua une scène muette qui ravit d aise l ami paul déconcerté par ce regard froid et par ce silence hautain mirande ôta son chapeau qu il avait d un geste conquérant enfoncé sur sa tête avant de s emparer de la chaise vacante alors qu il croyait à une victoire facile se découvrir poliment ce n était pas assez pour réparer sa première inconvenance et la dame continuait à le dévisager sans lui adresser la parole il se décida à se lever et il cherchait un mot pour se tirer le moins mal possible de la sotte situation où il s était

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la main froide mis lorsqu il vit debout devant lui un monsieur vêtu de noir qui s était approché sans qu il l entendît venir 6 enfin s écria-t-il tout heureux de consoler son amour-propre en cherchant noise à quelqu un enfin je trouve à qui parler jean de mirande s était bien aperçu que la blonde inconnue le trouvait ridicule et il était d autant plus vexé que paul cormier assistait de loin à sa défaite paul cormier qu il comptait éblouir en faisant au pied levé la conquête d une femme jeune jolie et parfaitement distinguée quoi qu il en eût dit avant de l aborder et pour se relever aux yeux de son ami de cet échec humiliant il n avait rien imaginé de mieux que d apostropher un monsieur père frère ou mari très probablement de cette grande mondaine fourvoyée au luxembourg ce personnage qui venait de surgir tout à coup comme un diable jaillit d une boîte à surprise montrait un visage complètement rasé sauf une paire de favoris coupés au niveau de l oreille et portait à la boutonnière de sa longue redingote un mince ruban rouge il avait tout à fait l air d un officier en demi-solde un de ces types de grognards licenciés comme on en voyait du temps de la restauration et comme on en voit encore dans les dessins de charlet grands traits qui semblaient avoir été taillés à coups de hache regard dur physionomie chagrine au lieu d interpeller mirande qui s y attendait et se préparait à répliquer vertement l homme vêtu de noir vint sans dire un mot se placer entre l étudiant et la liseuse qui ne lisait plus mirande crut que ce protecteur muet allait s asseoir afin d établir par cette prise de possession son droit de défendre la belle inconnue mais le protecteur resta debout fronçant le sourcil pinçant les lèvres et opposant sa large poitrine à toute tentative d occupation monsieur dit jean un peu déconcerté par ce sang-froid je viens d aborder cavalièrement madame qui je le suppose vous tient de près si vous n êtes pas content je suis à vos ordres et je vous laisse le choix des armes vous pouvez m envoyer vos témoins demain matin jean de mirande boulevard saint-germain 119 je les attendrai jusqu à midi je n ai que faire de votre adresse répondit sèchement le monsieur passez votre chemin alors vous ne voulez pas vous aligner très bien je me suis trompé je vous prenais pour un ancien militaire à cause de ce bout de ruban je m aperçois que j ai affaire à un bourgeois décoré par l intermédiaire de l agence limouzin puisque vous ne vous battez pas je n ai plus rien à vous dire gardez bien madame votre épouse et au plaisir de ne jamais vous revoir après avoir lâché cette dernière impertinence mirande pirouetta sur ses talons avec la désinvolture d un marquis d autrefois et s en alla rejoindre paul cormier il était resté à distance cet excellent paul et assez embarrassé de sa situation de la place où il semblait avoir pris racine au milieu de la terrasse il n entendait pas les paroles agressives que lançait jean mais il suivait de l oeil ses mouvements il comprenait très bien que son incorrigible ami cherchait querelle au défenseur de la dame blonde et il ne fut pas peu surpris de le voir battre en retraite.

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la main froide eh bien lui demanda-t-il sans pouvoir s empêcher de sourire as-tu réussi 7 mon cher répliqua sèchement mirande je sais tombé sur une rouée qui me l a faite à la pose pour lui montrer que je n étais pas sa dupe j ai proposé la botte à cet escogriffe qui lui sert de garde du corps il a cané il a cependant l air d un ancien officier lui jamais de la vie le ruban qu il porte doit être celui d un ordre des îles mariannes j aurais dû le gifler il est encore temps et je vais tiens-toi en repos je te prie tu te ferais mettre au poste pense à ces demoiselles que tu as invitées à dîner chez foyot la douce véra te jetterait du vitriol à la figure si tu la plantais là il faut que je corrige ce drôle la blonde verra que je ne me laisse pas berner cette blonde ne s occupe plus de toi elle a repris sa lecture elle y est plongée quant au chevalier noir le voilà qui s en va se mêler aux badauds occupés à regarder jouer au ballon cet homme n est qu un domestique un mari ou un amant se serait campé sur la chaise tu as raison au fait on ne se bat pas avec un valet allons-nous en pour que je ne voie plus sa vilaine tête si je me trouvais encore bec à bec avec lui l envie me prendrait de lui tomber dessus et je n y résisterais pas paul s empressa d entraîner son rancuneux camarade et jean se laissa faire mais avant d arriver au bout de la terrasse ils donnèrent en plein dans une chaîne de femmes qui leur barrèrent le passage elles étaient quatre qui se tenaient par le bras comme des escholiers du moyen âge et qui scandalisaient par leurs airs évaporés et leurs toilettes bizarres les familles bourgeoises rangées en espalier des deux côtés de la terrasse il y avait maria l élève sage-femme coiffée d un immense chapeau de paille orné de fleurs des champs il y avait véra l externe nihiliste coiffée d un béret rouge et deux échappées des petits théâtres de la rive droite plus élégamment habillées celles-là mais pas moins tapageuses toutes les quatre fumaient des cigarettes turques offertes par l étudiante russe les gardiens du jardin les regardaient de travers mais au luxembourg on n est pas si collet-monté qu aux tuileries et les habitués y ont leurs coudées franches ce fut une fête en plein air que cette rencontre entre ces émancipées et les deux étudiants les plus chic du pays latin il y eut des cris de joie et des accolades à grands bras maria proposa de se prendre tous par la main et de danser en chantant la ronde du pont d avignon peut s en fallut qu on ne s y mît mais paul cormier modéra ces ardeurs en disant gaiement veuillez remarquer mesdames que je suis aujourd hui en tenue d homme sérieux respectez ma redingote noire et mon chapeau haut de forme t as raison mon p tit s écria mademoiselle zoé figurante au théâtre beaumarchais si tu gigottais ici devant les femmes comme il faut du quartier ça te ferait du tort pour te marier pas de bêtises po-paul épouse la fille d un épicier cossu et quand tu auras le sac n oublie pas tes petites camarades paul ne songeait guère à se marier mais la dame au livre n était pas loin en se retournant il s était aperçu

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la main froide 8 qu elle le regardait et il ne se souciait pas de danser une farandole sous les yeux de cette blonde qu il persistait à trouver charmante et distinguée on dépit des sarcasmes du beau mirande vexé d avoir été éconduit ils sont trop verts pensait paul cormier si elle avait daigné lui répondre quand il l a abordée il déclarerait qu elle est adorable et il ne m est pas démontré qu elle recevrait aussi dédaigneusement un hommage plus discret le refus de paul fut appuyé par mademoiselle véra cette jeune personne qui portait les cheveux courts comme un garçon et une mante de serge blanche taillée comme les touloupes des paysans russes n était pas précisément jolie avec son teint chlorotique et son nez à la roxelane mais elle avait des yeux verts d un éclat singulier et d une mobilité troublante elle déclara que libre-penseuse et citoyenne de la future république universelle elle rougirait de se donner en spectacle aux vils bourgeois qui attristaient de leur présence le jardin du luxembourg tu aimerais mieux pétroler le palais moi aussi dit le seigneur de mirande heureusement son oncle n était pas là pour l entendre eh bien reprit-il gaiement chère véra qui vivra verra oh un calembour ricana une des cabotines voilà mirande qui joue les christian à la ville mes enfants il ne s agit pas de tout ça dit maria on s embête ici au milieu de tous ces types tu paies à dîner pas vrai mon vieux jean À dîner à souper tout ce que vous voudrez mes petites reines alors il est temps d aller prendre l absinthe au boul mich allons-y conclut mirande en es-tu paul non je dîne chez ma mère je te l ai déjà dit tiens s écria zoé j ai vu jouer une pièce qui s appelle comme ça en route reprit maria en s emparant du bras de jean ses aimables compagnes entourèrent le couple et le groupe tumultueux roula comme une avalanche vers la grand escalier de la terrasse trop heureux d être délivré de leur bruyante société paul cormier les laissa partir sans regret ils l avaient entraîné assez loin de la dame blonde il lui tardait de la revoir et d essayer d attirer son attention car il ne désespérait pas de lui plaire en s y prenant autrement que ne l avait fait mirande il tenait d autant plus à tenter l aventure que pareille occasion ne s offrirait peut-être plus jamais de réaliser le rêve de toute sa vie ce rêve ambitieux c était de se faire aimer d une femme du vrai monde et celle-là en était certainement quoi qu en pût dire ce jean qui ne croyait à rien.

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la main froide il s agissait maintenant de manoeuvrer adroitement et paul avait à choisir entre deux partis ou aborder à son tour la liseuse sous prétexte de lui présenter les excuses de son ami en lui disant que cet ami était gris ou bien se contenter de la saluer respectueusement afin de marquer par cette politesse discrète que lui paul cormier désapprouvait la conduite de son camarade au chapeau pointu et se tenait prêt à réparer les torts de ce garçon mal élevé pour peu qu elle voulût l y encourager d un coup d oeil paul penchait pour cette dernière façon de procéder qui convenait mieux à son tempérament et il en était déjà à se composer une attitude pour ne pas manquer son effet quand il s aperçut que la place était vide la dame avait levé le siège pendant qu il se défendait contre les instances des invitées de mirande et il eut beau chercher de tous les côtés il ne retrouva ni elle ni son chevalier noir allons murmura-t-il tristement j arrive trop tard et il ne me reste même pas la ressource de la suivre pour voir où elle demeure elle a dû remonter dans son équipage qui l attendait à une des portes du jardin l ange blond s est envolé et je ne le reverrai plus bah qui sait en venant tous les jours sur cette terrasse je l y rencontrerai peut-être et j aurai soin d y venir sans ce grand fou de mirande médiocrement consolé par ce très vague espoir paul s achemina vers la grille qui fait face aux galeries de l odéon il était résigné à s en aller rue des tournelles chez sa mère qui l attendait pour dîner il y a tout près de cette sortie du luxembourg une station de fiacres et il comptait en prendre un le concert tirait à sa fin les amateurs de musique en plein vent commençaient à se disperser et le gros de la foule s écoulait du côté de la rue de vaugirard paul suivit le torrent après avoir passé devant la fontaine de médicis il franchit la grille et avant de remonter à droite du côté où stationnent les voitures de place il s arrêta un instant sur le trottoir pour allumer un cigare quand ce fut fait en regardant machinalement devant lui il avisa au coin de la rue corneille un coupé de maître attelé de deux beaux chevaux bais-bruns un cocher majestueux haut perché sur son siège avait les guides en main et le fouet appuyé sur la cuisse droite un valet de pied en livrée sombre se tenait debout près de la portière paul qui avait la prétention d être connaisseur en équipages se mit à admirer celui-là les glaces étaient levées quoiqu il fît très chaud mais il crut voir à travers la vitre un visage féminin qui disparut aussitôt 9 c en était assez pour exciter la curiosité d un flâneur mais paul se dit qu il ferait une sottise en allant regarder de plus près une princesse si bien gardée et passa non sans se retourner trois fois a la troisième il constata que le coupé n était plus là il avait dû tourner rapidement et filer vers la place de l odéon paul continua son chemin sans se presser arrivé à la station il ouvrit la portière du fiacre qui tenait la tête de la file et il allait y monter lorsqu une

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la main froide femme y entra du côté opposé et y prit place tranquillement il n avait nulle envie de contester le droit de priorité de cette dame et il recula pour se mettre en quête d une autre voiture mais l inconnue lui dit venez monsieur elle avait rabattu sur sa figure une épaisse voilette de blonde noire et paul ne pouvait pas voir si elle était jolie mais la voix était douce la tournure distinguée la toilette élégante c était décidément la journée aux aventures au rond-point des champs-Élysées reprit la dame paul cormier tombait de son haut elle lui parlait comme elle aurait parlé à un de ces commissionnaires qui ouvrent aux stations les portières des fiacres il aurait dû la planter là mais c était si drôle qu il se décida tout de suite à répéter au cocher l ordre qu elle venait de donner et à prendre place à côté d elle dans la voiture le romanesque paul aimait l imprévu il était servi à souhait mais il n augurait pas très bien de cette nouvelle aventure 10 il savait que les grandes mondaines n ont pas coutume de se jeter ainsi à la tête d un monsieur qu elles n ont jamais vu et il pensait que cette personne un peu trop sans façon pouvait bien n être qu une farceuse en quête d une liaison passagère et productive elle avait cependant si bon air qu il voulait savoir à quoi s en tenir sur ses intentions il lui restait tout le temps de faire avec elle avant d aller dîner au marais une promenade qui éclaircirait ce petit mystère et rien ne l empêcherait ensuite de fausser compagnie à la promeneuse s il s apercevait qu elle ne valait pas la peine d être conquise elle ne le fit pas languir le fiacre commençait à peine à descendre la rue de tournon et paul en était encore à chercher une phrase pour entamer la conversation quand elle releva sa voilette cette inconnue c était la blonde aux yeux noirs que jean de mirande avait abordée si audacieusement et avec si peu de succès sur la terrasse du jardin elle regardait paul en souriant et elle paraissait s amuser de son étonnement et de son trouble quoi madame dit-il assez gauchement c est vous qui tout à l heure oui monsieur répondit-elle sans paraître embarrassée c est moi qui étais assise là-bas sous les grands marronniers quand votre ami s est permis de m adresser la parole je vous prie de croire madame que j ai fait ce que j ai pu pour l empêcher de commettre cette inconvenance je le sais monsieur j ai très bien vu que vous avez essayé de le retenir et j ai deviné que vous le

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la main froide désapprouviez oh absolument je n en doute pas c est ce qui m a fait désirer de vous connaître 11 l explication ne laissait pas que d être flatteuse pour paul cormier mais elle n excusait pas l allure pour le moins excentrique de cette dame qui pour faire connaissance avec un jeune homme qu elle venait de voir pour la première fois n imaginait rien de mieux que d envahir un fiacre où il montait et de lui commander de l accompagner à l autre bout de paris il n aurait plus manqué que de baisser les stores elle ne s en avisa point ni paul non plus car il avait beau se dire qu il était tombé sur une chercheuse de rencontres il ne parvenait pas à se le persuader tant l air de cette blonde énigmatique était en désaccord avec sa conduite il y avait dans toute sa personne et dans le ton qu elle avait pris un je ne sais quoi qui commandait sinon le respect au moins des égards et au risque d être dupe paul ne put pas se décider à lui parler autrement qu il ne l aurait fait dans un salon quel dommage reprit-elle qu un homme si bien né soit si mal élevé comment savez-vous qu il est bien né demanda paul il ne s est assis près de moi qu un instant et il a trouvé le temps de dire son nom je crois même qu il y a ajouté son adresse et son nom vous était connu demanda paul très étonné oh depuis bien des années sa famille est une des plus anciennes et une des plus illustres du languedoc cormier pensa tristement que la sienne ne remontait pas si loin et que sa notoriété ne s était jamais étendue au-delà du quartier des halles mais il ne laissa pas voir à la dame qu elle venait de l humilier sans le vouloir il se contenta de répondre jean eût été bien fier s il avait su que pour vous il n était pas le premier venu pourquoi ne le lui avez-vous pas dit je n avais garde pour plusieurs raisons la première c est qu il aurait fallu me nommer or si j ai entendu parler de lui il n a jamais entendu parler de moi mon nom ne lui aurait rien appris et d ailleurs menant la vie qu il mène il doit se soucier fort peu de me connaître il mène la même vie que tous les étudiants la même que moi permettez-moi monsieur de n en rien croire je vous regardais quand vous avez rencontré sur la terrasse les demoiselles qui l ont emmené et j ai vu que vous avez refusé de les suivre j ai refusé parce que je ne pensais qu à vous vraiment alors vous n en avez que plus de mérite à ne pas vous être conduit avec moi comme l a fait m.

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la main froide de mirande mais quel plaisir peut-il prendre à s entourer de ces créatures l une d elles est sa maîtresse n est-ce pas je devrais vous répondre que je n en sais rien mais je veux bien vous dire la vérité jean n a rien de commun avec le lierre il ne s attache pas il n y a que demi-mal alors vous l approuvez de n aimer sérieusement aucune femme je ne dis pas cela répliqua vivement la dame je l approuve de ne pas aimer à tort et à travers mais je ne désespère pas d apprendre un jour qu il a trouvé enfin une femme digne de lui et qu il l aime c est la grâce que je lui souhaite elle ne l a pas encore touché et elle pourra se faire attendre maintenant madame oserai-je vous demander en quoi sa conversion vous intéresse et comme elle ne paraissait pas disposée à répondre paul reprit je me permets de vous poser cette question parce que vous ne m avez encore parlé que de lui n êtes-vous pas son meilleur ami 12 je le crois mais avouez que je pousserais l amitié jusqu à l abnégation la plus invraisemblable si je ne vous disais pas que je serais heureux de vous plaire et que je m étonne d être appelé à l honneur de vous fournir des renseignements sur jean de mirande vous auriez pu les lui demander à lui-même au lieu de l éconduire et je pourrais ajouter pour qui me prenez-vous la dame rougit et ce fut d un ton peiné qu elle répondit pardonnez-moi monsieur si je vous ai offensé j avais cru en m adressant à vous que je pourrais sans vous blesser vous interroger sur m de mirande et je n ai pas craint de tenter une démarche que j espère ne pas avoir à regretter oh protesta paul cormier je n abuserai pas de la situation elle n a cependant rien de flatteur ni d agréable pour moi convenez-en me voilà réduit au rôle de confident et encore jusqu à présent vous ne m avez pas confié grand chose j espérais mieux et quand vous avez bien voulu m inviter à monter dans cette voiture si j avais pu prévoir qu il ne serait question que de mirande et de sa famille ne vous repentez pas d avoir fait une bonne action interrompit la blonde inconnue une bonne action dites-vous voilà un bien gros mot je n aperçois pas encore quel service j ai pu vous rendre un grand service vous le reconnaîtrez plus tard et pourquoi ne l avouerais-je pas je compte vous en demander d autres

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la main froide je vous reverrai donc oui si vous voulez me promettre de ne pas chercher à savoir qui je suis voilà une condition un peu dure et de ne rien dire à votre ami il ne m en coûtera guère d être discret mais quelle sera ma récompense si je me soumets à l autre condition fiez-vous-en à ma reconnaissance et comptez qu un jour vous saurez tout 13 soit j accepte mais comment vous reverrai-je vous ne m avez pas dit votre nom je suppose que vous ne voulez pas me le dire et vous ne savez pas le mien il ne tient qu à vous de me l apprendre je m en souviendrai je vous le jure ce fut dit avec un accent de sincérité chaleureuse qui toucha paul cormier sans le convaincre tout à fait il se défiait encore un peu des intentions de la dame et le rôle effacé qu elle semblait lui réserver ne le tentait guère mais elle était comme a écrit la bruyère si jeune si belle et si sérieuse qu il se laissait aller à la croire il allait peut-être s ouvrir pour lui ce grand monde qu il rêvait et paul n était pas homme à refuser d y entrer même par une porte secrète l inconnue en était certainement et elle lui offrait d emblée une sorte de traité d alliance après l amitié l amour viendrait peut-être et cette chance valait bien qu il acceptât le compromis qu elle lui proposait et pourtant sa réponse se fit attendre il lui en coûtait de décliner son nom roturier à une femme qui connaissait à fond l armorial du languedoc où figurait si brillamment l aristocratique famille de mirande il s y décida cependant c était le seul moyen de la revoir puisqu elle ne voulait pas lui dire le sien je m appelle paul cormier dit-il brusquement comme un homme qui prend tout à coup son parti de subir une nécessité désagréable et ne voulant pas faire les choses à demi il ajouta je n ai plus que ma mère qui n habite pas avec moi je finis ma dernière année de droit et je demeure rue gay-lussac nº 9 vous voilà renseignée madame je ne vous demande pas de me rendre la pareille je vous ai promis que plus tard vous sauriez tout je vous le promets encore en attendant que je puisse tenir ma promesse vous vous contenterez de me voir.

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la main froide pas chez vous je suppose ni chez vous monsieur dit en souriant la mystérieuse blonde je vous écrirai pour vous faire savoir où nous pourrons nous rencontrer 14 et vous ne croyez pas je l espère que j attends de vous d autres services que ceux qu un galant homme peut sans déchoir rendre à une honnête femme qui a recours à son obligeance sinon à sa protection ce langage ferme et net fit sur paul une impression profonde son consentement ne tenait plus qu à un fil et s il hésitait encore c est qu un point à éclaircir lui tenait au coeur eh bien demanda la dame est-ce convenu oui si quoi il y a un si ne vous fâchez pas de ce que je vais vous dire c est donc bien terrible non c est enfantin donnez-moi votre parole d honneur que vous n aimez pas jean de mirande que vous ne l aimez pas d amour je vous la donne je n ai pas d amour pour lui et je n en aurai jamais jamais c est beaucoup dire je ne puis pas l aimer un jour je vous apprendrai pourquoi c est bien je vous crois dit gravement paul cormier je ferai tout ce que vous voudrez merci monsieur à dater de cet instant vous pouvez compter sur moi comme je compte sur vous et avant de nous séparer déjà il le faut nous approchons du rond-point et je vous prierai de descendre un peu avant d y arriver vous craignez qu on ne nous voie ensemble probablement votre mari n est-ce pas prenez garde voilà que vous manquez à nos conventions c est juste je retire ma question et je ne recommencerai plus mais j ai une grâce à vous demander je vais vous quitter et je ne sais quand je vous reverrai mais vous ne me défendez pas de penser à vous.

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la main froide non certes 15 eh bien quand j y penserai ne serez-vous jamais pour moi que madame x ne pourrai-je jamais rattacher ma pensée à un petit nom celui que vous choisirez si vous tenez à me cacher le véritable c est enfantin comme vous disiez tout à l heure répondit en riant la belle inconnue mais je ne veux pas vous refuser cette satisfaction quand vous penserez à moi eh bien pensez à jacqueline jacqueline murmura paul qui trouvait ce nom charmant je répéterai souvent jacqueline cela m aidera à prendre patience jusqu au jour où vous voudrez bien vous souvenir de moi ne craignez pas que j oublie reprit vivement la dame mais le moment est venu de nous quitter il ne me reste qu à vous dire adieu non au revoir faites arrêter le cocher je vous prie paul tourna le bouton d avertissement et demanda vous gardez la voiture madame oui je la quitterai un peu plus loin paul comprit qu elle attendait qu il partît pour donner l adresse de la maison où elle allait il ouvrit la portière et il descendit il espérait que jacqueline allait lui tendre la main et il l aurait baisée avec enthousiasme cette main gantée de suède il n eut même pas le plaisir de la serrer car dès qu il fit le geste de la prendre elle se retira vivement cette première déception n était pas pour le mettre de bonne humeur il s était laissé enguirlander par les douces paroles de la dame et il venait d accepter les conditions bizarres qu elle lui imposait il n eut pas plutôt pris pied sur la chaussée de la grande avenue des champs-elysées qu il changea de sentiment sur la soi-disant jacqueline ce fut un revirement complet dans la voiture il la trouvait adorable il croyait à ses serments et aux histoires pleines de réticences qu elle lui racontait depuis qu il avait touché terre elle lui faisait l effet d une intrigante et il ne se pardonnait pas de s être laissé prendre à ses mensonges non disait-il entre ses dents je ne me corrigerai jamais les yeux d une jolie fille m empêcheront toujours

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