Marie Josée Cordeau

 

Embed or link this publication

Description

Magazine Le Funam'Bulle - Réseau Bulle Québec

Popular Pages


p. 1

[Tapez ici] Le Funam’Bulle Réseau Bulle Québec  Volume 1 – Numéro 1  Novembre 2016 Réseau Bulle Québec http://reseaubulleqc.blogspot.ca

[close]

p. 2

Sommaire et éditorial Famille Réseau Bulle - Luis 3 Le sommeil? 5 Dossier - Équitation thérapeutique 8 La parole aux parents 22 Info Réseau Bulle Québec 28 Crédits pour cette édition Rédactrices de Réseau Bulle Québec : Marie-Josée Aubin  Sophie-Geneviève Bournival Marie Josée Cordeau Collaborateurs à cette édition : Ginette Boulanger  Stephan Blackburn  Aube Labbé Correctrice-réviseure des textes: Lise Dolbec Rédactrice en chef et mise en page : Marie Josée Cordeau Crédits photos libres de droits : pixabay.com Autres crédits : voir photos Pourquoi un magazine Réseau Bulle Québec? Ce mini-magazine web permet de faire connaître différents services offerts aux familles concernées par l’autisme, tout en donnant la parole à différents parents, adultes et intervenants du milieu, au Québec et à travers la francophonie. Le Réseau Bulle est né en France. C’est par désir de créer un réseau d’entraide et de solidarité dépassant nos frontières, tout en s’alliant à un groupe solide déjà existant, que nous avons évalué l’immense potentiel de travailler, main dans la main, avec le plus grand nombre de personnes possible. Comme l’indiquent les créateurs du Réseau Bulle France, Bruno Fastyn et Cédric Lecerf, le mot « bulle » ne représente pas celle des autistes, mais bel et bien celle créée involontairement par les parents et dans laquelle ils finissent par s’enfermer, car leur famille différente les éloigne de la réalité des familles dites plus « standard ». Nous espérons qu’au fil des différents numéros, vous trouverez des réponses utiles et du plaisir à découvrir avec nous le merveilleux potentiel du milieu de l’autisme. Le magazine se nomme Le Funam’Bulle, car l’adulte autiste ou le parent d’enfant autiste doit toujours se maintenir en équilibre face aux différents obstacles de la vie, sans jamais ressentir un sol stable sous ses pieds. L’équipe de Réseau Bulle Québec Le Funam’Bulle 2 Page 

[close]

p. 3

Famille Réseau Bulle Luis à l’écurie par Sophie-Geneviève Bournival Cette histoire de Luis est basée sur une histoire vraie. Il aura fallu plus de 10 séances et plusieurs étapes (observer les autres, promener et jouer au ballon avec le cheval, etc.) pour voir le miracle s’accomplir : disparition de la peur des chats, des chiens et surtout un petit tour de cheval suivi de plusieurs séances de vraie équitation thérapeutique. Ce texte est un aperçu d’une première séance d’équitation thérapeutique, vue par un tout jeune enfant. Voici le point de vue de Luis : Le grand jour est arrivé, on fait une longue balade en voiture. On arrive devant une grande maison et maman dit que ça s’appelle une écurie. Ça sent bizarre et je panique. Sauve qui peut ! Je cours et je tombe face à face avec une grosse bête qui me regarde tranquillement. C’est GROS. Je reste figé sur place. Maman me prend par la main et on entre dans l’écurie. Oh non, un chat ! Je hurle et maman doit me retenir. Elle m’entraîne vers une pièce et, oh surprise, ma cousine Alice est là avec une dame qui s’appelle Caroline. Maman m’a montré des figurines et des images d’un gros animal : un cheval. Elle a aussi installé une photo sur mon horaire. Samedi, je vais en voir un vrai. J’ai un peu peur, parce que maman a dit que c’est un GROS animal. Déjà que Giloux, le chat du voisin, me fait hurler de peur et me sauver en courant. Maman me rassure. J’entends maman dans la cuisine, elle parle d’intégration sensorielle avec papa. Je me demande bien c’est quoi ? Le Funam’Bulle 3 Page 

[close]

p. 4

Famille Réseau Bulle Alice a un drôle de chapeau sur la tête. Caroline me fait signe et elle veut m’en mettre un aussi sur la tête. Arrrrrrggggg, non, non et non ! Maman m’appelle et me montre mon casque de trottinette. Ouf ! Lui, je le connais ! Je le mets vite sur ma tête avant de recevoir une horrible boule noire comme celle d’Alice. Nous suivons la dame jusque dans la section des stalles, et au centre, il y a un tout petit cheval. Un poney nommé Milord. C’est Alice qui commence et il faut le brosser avec une brosse douce et une brosse dure. Alice le fait très bien. Je me tortille dans les bras de maman, je n’ai pas envie moi… ouahhhhh. Mais la dame est très patiente et elle dirige ma main doucement pour que je touche le cheval. Wow, c’est doux ! Mais au secours, il essaye de me grignoter la manche… je hurle. Ensuite, nous allons au manège. Mais ce n’est pas un vrai manège, il n’y a qu’un autre cheval, rien à voir avec La Ronde! Alice met une ceinture autour de sa taille et monte sur la rampe pour s’asseoir sur le cheval. Moi pas question... Je pleure et je crie dans mon coin. Parfois, je jette un coup d’œil à Alice sur le cheval. Caroline lui fait faire différents exercices en la tenant par la ceinture : se tenir debout dans les étriers, se coucher vers l’avant sur le cheval, lever les deux bras, lever un genou et plein d’autres. Puis, ils jouent au ballon. J’aime bien les ballons, mais hors de questions que je monte sur le cheval. Lorsque c’est mon tour, je me sauve et je vais me réfugier dans la voiture. C’est fini pour moi ! De retour à la maison, je vois qu'il y a encore un pictogramme de cheval pour samedi prochain...??? Oh non… Il y a plusieurs visites le samedi. J’ai compté 11 visites à l’écurie et juste avant la dernière fois, quand j’ai vu le picto avec l’image du cheval, j’ai enfin dit : « Youppi!!! » Le Funam’Bulle 4 Page 

[close]

p. 5

Chronique d’une drôle de famille! Le sommeil ? Par Marie-Josée Aubin C’est l’œil cerné, la mine déconfite et le café noir en main que j’ai décidé d’aborder un sujet crucial : le sommeil. Première pensée : quel sommeil ? Et du sommeil de qui veut-on que je cause au juste? Celui de mes enfants ou du mien? Dans tous les cas, c’est du pareil au même, si les nuits de mes fils sont courtes et blanches, les miennes risquent de l’être tout autant. D’entrée de jeu, j’ai envie de vous dire qu’il y a longtemps que j’ai perdu espoir de retrouver un jour la sensation salvatrice d’une nuit régénératrice. La capacité de me lever d’un bond avant l’aurore, fin prête à me lancer dans une série de katas sans grâce aucune, tient plus du fait que mon benjamin se lance sur moi de tout son long en me criant aux oreilles: « Maman c’est l’heure de se lever! » Il y a onze années, il y eut d’abord mon aîné qui, comme tout bon bébé qui se respecte, sabra nos nuits, tel un gouvernement sans vergogne qui Le Funam’Bulle coupe dans les dépenses en éducation. Déjà avec une réserve de sommeil sous les normales nocturnes, nous constations avec effroi qu’il était possible que les choses aillent de mal en pis avec l’arrivée de son petit frère, 23 mois plus tard. Ce fut la fin, le point final à tous nos espoirs. Morphée prit alors « ses cliques et ses claques » et déserta notre chambre en maudite lâcheuse et, à ce jour, nulle nouvelle d’elle. Il semblerait qu’elle ait migré chez des baby-boomers de l’avenue De Lorimier à Montréal. Bref, très loin de chez nous… Effectivement, notre deuxième fils, ce tendre chérubin, se révéla être un fragile ballon de baudruche qui, dès que déposé sur les draps rêches et épineux de son berceau par ses parents maudits, se mettait à hurler sa vie. Évidemment, TOUT fut tenté. D’abord, la routine d’endormissement constante et rigoureuse, effectuée dans un environnement calme, comme prescrit par notre infirmière du CLSC. Puis le fameux ''5-10-15 minutes pour permettre à l’enfant de faire confiance à sa capacité de s’autoconsoler '' et ainsi lui donner l’opportunité de bâtir une bonne estime de lui-même. Même les judicieux conseils de tout un chacun furent exécutés : de la promenade en auto, aux céréales ajoutées à la bouteille de lait du soir. 5 Page 

[close]

p. 6

Chronique d’une drôle de famille! Rien à faire. Bébé baudruche ne trouvait pas le sommeil et ce dernier restait bien tapi dans sa cachette. Des nuits d’encre à s’obstiner entre nous, père satanique et mère gâteuse, à savoir si le mieux était de laisser notre enfant hurler son désespoir (selon ma perception toute maternelle) et ainsi mettre la table à un trouble d’attachement risquant de compromettre sa vie entière. Ou de le laisser pleurer tout son soûl, pour ainsi lui faire comprendre que dans la vie, la nuit, on dort!  Marie, recouche-toi, si tu te lèves encore pour aller le voir, je ne me lève plus JAMAIS!!!  Et s’il avait un bras pris dans les barreaux de son berceau? S’il avait vomi dans son lit? S’il avait une bibitte dans le cou? Ou qu’un mauvais esprit lui tournait autour?  Couche-toi, là, je vais vraiment perdre patience!  En tout cas, ça sera de ta faute si demain matin…  Ça fait! Le Funam’Bulle Le lendemain matin, à cinq heures, bébé Baudruche se réveillait en pleine forme suite à trois longues (sic) heures consécutives de dodo. Surtout, ne me demandez pas s’il dormait le jour, car la réponse est NON! J’appris quelques années plus tard, de la bouche de mon bon pédiatre, que le sommeil perturbé de monsieur balloune était dû à son TDA/H et à son autisme. Soit, alors il devait y avoir de la lumière au bout de nos nuits, non? L’artillerie lourde fût alors déployée : mélatonine 3 mg, puis 5 mg et enfin 10 mg, rien ne donna les résultats escomptés. Le panier de collation la nuit, le lit en angle, la lumière bleue, parler de la journée avant le dodo et classer l’information retenue dans cette journée, le langage conceptuel, le système d’émulation, l’intraveineuse de camomille (mais non, quand même pas!), rien n’y fit. Depuis maintenant neuf ans, je vieillis de 3 ans par année. J’ai totalement renoncé à arborer un teint de pêche signe de nuits bienheureuses, j’ai même appris à cultiver mes cernes et à apprécier la beauté dans la finesse du dégradé de violet qu’ils forment sous mes yeux hagards. Fiston ballon a maintenant neuf ans, et hier soir, je l’ai bordé vers 20 heures, dans son lit, suite à une routine qui comprend actuellement : collation, lecture, câlins à toutou écureuil, coquette Lapinette et toute leur joyeuse bande pour ensuite terminer avec le « mégagigua-colleux » pour mon beau garçon. Avant de sauter moimême sous les draps, je suis allée faire un 6 Page 

[close]

p. 7

Chronique d’une drôle de famille! dernier tour de piste pour voir les enfants, sait-on jamais? Une bibitte dans le cou? Un mauvais esprit? Heureusement que non, mes petits hommes en devenir dormaient profondément. Nuit d’encre, toujours et encore. Mes pieds butent sur quelque chose au bout du lit. Je suis tout ensommeillée et n’y comprenant pas grand-chose, j’essaie de dégager de l’espace pour que je puisse déployer mes jambes. Mais, toujours cette masse lourde et inerte à mes pieds qui m’empêche de m’étaler à mon aise. Je m’assois dans mon lit en fixant de mes yeux qui voient « flu » comme le dit si bien mon aîné. Une silhouette est couchée à mes pieds. Une petite voix bien éveillée résonne dans la chambre : « J’ai trouvé une belle petite place pour dormir près de vous, hein, maman? ». Ainsi donc, depuis plus de 9 ans, à ceux qui me demandent de leur parler de sommeil, je réponds, sourire en coin : le quoi??? Réseau Bulle Québec est un partenaire de la page Le Funam’Bulle 7 Page 

[close]

p. 8

Dossier Du Mois Tout, tout, tout sur l’équitation thérapeutique! Entrevue réalisée par Marie Josée Cordeau Éliane Trempe est une grande passion- née de chevaux depuis sa tendre ado- lescence. Elle a cheminé à travers toutes les étapes et Crédit photo : courtoisie examens requis pour les cavaliers traditionnels. Alors que ses autres collègues cavaliers se dirigeaient avec enthousiasme vers la compétition équestre, elle réalisait que cet aspect ne correspondait pas tout à fait à son tempérament. Un beau jour, alors qu’elle travaillait à un centre d’équitation régulier et non adapté à une clientèle à besoins particuliers, on lui a annoncé qu’un père leur rendrait visite avec une petite fille autiste de 7 ans et que personne ne savait exactement la démarche à entreprendre avec elle. Une fois assise sur le cheval, pour la première fois de sa vie, la petite fille eut une réaction émotive face au mouvement du cheval. Malgré tout, le papa fut enchanté, car c’était la première fois qu’il observait une réaction quelconque chez sa fille. C’est ainsi que la vocation pour l’équitation thérapeutique est entrée par la porte de côté dans la vie d’Éliane Trempe. Plusieurs années plus tard, elle a déménagé dans le Bas-Richelieu et fait des recherches afin de connaître les différents types d’interventions possibles. Elle a alors découvert l’existence de l’équitation thérapeutique. Comme elle est une personne qui s’engage à fond, elle a eu la révélation qu’elle pouvait combiner sa passion pour les chevaux, celle pour l’enseignement et l’aspect entraide humaine. Depuis, elle s’est impliquée grandement dans le milieu. Elle s’est jointe à la Fédération québécoise d’équitation thérapeutique (FQET) à ses tout débuts (2000) ainsi qu’au conseil d’administration de l’Association canadienne d’équitation thérapeutique (ACET) en 2005, dont elle fut présidente de 2009 à 2011, puis à nouveau depuis mai 2015. Durant une dizaine d’années, elle a siégé au conseil d’administration de la FQET dont elle a été directrice générale de 2010 à 2015. De plus, elle a créé son propre programme d’équitation thérapeutique dans la Le Funam’Bulle 8 Page 

[close]

p. 9

Dossier Du Mois région de Sorel-Tracy : Les amis de Joey1. Elle est également fondatrice et directrice générale du Centre d’apprentissage en thérapie équine Québec2. En 2015, elle a reçu le Prix de l'entraide du Gouverneur général du Canada pour s’être démarquée en posant un geste significatif dans le cadre d’une cause bénévole, avec deux autres candidates canadiennes. Crédit photo : Les amis de Joey Nous entendons plusieurs terminologies différentes lorsqu’il est question de thérapie avec les chevaux : équitation thérapeutique, équithérapie, hippothérapie, thérapie facilitée par le cheval. Est-ce que ces termes ont tous la même signification? 1 https://www.facebook.com/lesamisdejoeycateq 2 http://cateq.ca Le Funam’Bulle Il y a des nuances entre eux et il est à noter que les appellations varient d’un pays à l’autre. Le concept demeure cependant le même, soit de mettre en selle, pour des raisons thérapeutiques, des personnes avec des besoins particuliers. Au Canada, on fait consensus sur le terme équitation thérapeutique, d’ailleurs utilisé partout en Amérique du Nord. Dans l’équitation thérapeutique, il y a par contre différents volets. Le volet hippothérapie est un traitement médical fait essentiellement par des spécialistes agréés : les ergothérapeutes, les physiothérapeutes et les orthophonistes. L’hippothérapie est un traitement dont la surface mobile utilisée, contrairement à d’autres instruments plus fixes pour la réadaptation, est le cheval. Le spécialiste impliqué est continuellement aidé par un instructeur certifié en équitation thérapeutique et par certains bénévoles pour le soutien technique. Ces derniers assistent le professionnel reconnu sur les différents points concernant l’équipement, le cheval et le manège, tout comme le protocole de préparation du cheval, afin de soutenir le spécialiste qui se concentre plus précisément sur l’aspect traitement de l’intervention. Suivant les besoins spécifiques, il est possible pour un enfant autiste d’avoir un traitement en équitation thérapeutique sans la présence d’un spécialiste. Le choix est déterminé, selon les besoins du cavalier (l’enfant autiste), par ses 9 Page 

[close]

p. 10

Dossier Du Mois parents et des intervenants du réseau de la santé ou de l’éducation, qui vont étudier ensemble ce qui peut être fait, souvent en adéquation avec le diagnostic de l’enfant et son plan d’intervention. Si la médication est modifiée, le parent doit en informer le centre. Ce dernier doit ainsi être en mesure de valider toute réaction anormale, de repérer les signes de fatigue et de décider si la leçon doit être terminée plus tôt. Il faut se référer également au plan d’intervention de l’enfant pour le choix des éléments à travailler. Quelle est la durée habituelle d’une séance d’équitation thérapeutique et les étapes de son déroulement? Crédit photo : Les amis de Joey À partir de quel âge un enfant peut-il pratiquer l’équitation thérapeutique et quelles sont les exigences pour être admissible? À partir de 2 ans, on peut commencer à introduire des notions à travers des jeux. L’Association canadienne recommande de ne pas débuter avant cet âge. Mais il n’y a pas d’âge limite par la suite, tant que l’autorisation est faite par le médecin. En effet, un médecin doit signer un formulaire d’autorisation où il révèle les informations nécessaires, comme le diagnostic primaire et le diagnostic secondaire. Il mentionne également les médicaments pris par l’enfant s’il y en a, précisant les effets secondaires possibles. Le Funam’Bulle Une séance normale est d’environ une heure maximum, mais peut être plus courte au besoin, par exemple si l’enfant est trop fatigué ou moins bien disposé certains jours à cause de certaines problématiques. À tout moment, on demeure à l’écoute de l’enfant et on arrête quand il n’est plus entièrement disponible pour l’activité. Lorsque le cavalier arrive, il y a d’abord l’accueil, puis la prise de nouvelles de son état d’esprit et de son humeur, particulièrement pour les enfants qui ne peuvent s’exprimer facilement. Une mauvaise semaine en classe, un événement déplaisant, une nuit trop courte ou un trouble de l’appétit peuvent influencer le déroulement de la séance. Une vérification sera aussi faite concernant tout changement de médication ou période d’ajustement de dosage. Le centre doit être assez souple pour faire les accommodations  Page 10 

[close]

p. 11

Dossier Du Mois nécessaires, même si une séance précise a déjà été planifiée. En premier lieu, le cavalier va chercher sa bombe (casque de sécurité standard pour l’équitation) et une ceinture de sécurité s’il en a besoin pour sa protection, selon son niveau. Ensuite, l’accompagnateur va faire le toilettage du cheval avec lui. Il y a donc le volet du toucher qui permet de créer un lien bénéfique et apaisant. Pour certains, c’est plus difficile quand les textures sont problématiques ou s’il y a résistance au toucher. Durant cette étape, une manipulation d’objets et des exercices de motricité fine permettent à l’enfant de faire un apprentissage à ce niveau également. se fait par le biais de jeux, mais en même temps, l’enfant apprend les règles sécuritaires dans le manège, le vocabulaire équestre et tout ce qui est relié à l’équitation régulière. Différents visuels peuvent enjoliver tout ce travail, comme l’usage de pictogrammes. Les instructeurs s’adaptent à l’âge de la personne, aussi bien physique que psychologique, tout en tenant compte des objectifs et des attentes du parent ainsi que de ce qui est inscrit au dossier de l’enfant. À aucune étape celui-ci n’est seul. Il est toujours accompagné d’instructeurs qualifiés alors que le parent est présent comme observateur. Au départ, aucun prérequis n’est nécessaire en équitation. Cette approche permet d’apprendre les techniques équestres et de développer la capacité physique de faire les mouvements équestres traditionnels. Par contre, les chevaux sont habitués aussi à comprendre un code verbal si le code physique (la pression des jambes, par exemple), n’est pas possible. Ainsi, une méthode alternative de communication avec le cheval est accessible. Crédit photo : Les amis de Joey Ensuite, le cavalier est mis en selle et tout se passe comme pour une séance traditionnelle d’équitation : échauffement, suivi d’une explication par l’instructeur du déroulement de la séance. L’apprentissage équestre avec les codes Le Funam’Bulle Pour un enfant ayant des troubles de communication et de comportement, il est fascinant de réaliser que la sensibilité particulière du cheval aux émotions peut être très révélatrice. Ainsi, l’instructeur sera sensible aux indices, par exemple la résistance du cheval. On peut donc amorcer une discussion avec l’enfant pour ajuster son comportement. Dans bien des cas, un  Page 11 

[close]

p. 12

Dossier Du Mois parallèle est fait avec la vie familiale et la vie scolaire. Quels sont les bienfaits de l’équitation thérapeutique pour les personnes autistes? En premier lieu, il faut savoir où se situe la personne sur le spectre et ses besoins particuliers identifiés par le parent et les professionnels. Un enfant peut apprendre à verbaliser davantage, à socialiser plus aisément et à devenir moins rigide dans le quotidien. On va travailler dans le sens du besoin émis par le parent et par la personne autiste, si elle est adulte. Évidemment, il faut au départ que la personne autiste ait une affinité avec les chevaux. S’il y a un désir, une attirance et le goût de se rapprocher du cheval et de communiquer avec lui, un aspect est déjà réglé. Mais on doit respecter la personne autiste et l’observer continuellement. On remarque ce qui l’attire et lui plaît. On doit lui permettre dans un premier temps de demeurer dans sa zone de confort. Les routines sont importantes pour les personnes autistes et l’équitation est routinière par défaut : approche sécuritaire du cheval, préparation, installation du licou… donc au début ce n’est pas compliqué et la routine est inévitable. Le cheval assigné à l’enfant et la routine de toilettage sont toujours les mêmes. Cette zone de confort s’installe et permet d’évoluer tranquillement sans pression. On demeure à l’écoute des réactions verbales et non verbales du cavalier, pas juste dans son visage, mais dans son corps tout entier, dans ses regards. Il faut tout prendre en considération pour suivre l’évolution et repérer les signes que tout va pour le mieux. Après la séance équestre, on a besoin d’une rétroaction. On garde un contact très étroit avec la famille. Le parent pourrait aviser que son enfant, au cours de la semaine, a commencé à dire ceci ou à faire cela alors qu’il ne le faisait jamais auparavant. Une petite fille possédant une ferme équestre jouet intégrait ses routines dans son jeu et sa mère a fait usage de ces habitudes afin de l’aider de plus en plus dans son autonomie à la maison. Le Funam’Bulle  Page 12 

[close]

p. 13

Dossier Du Mois Quels sont les bienfaits obtenus en socialisation? En fait, l’enfant a toujours un ou deux accompagnateurs avec lui. Si l’enfant n’a pas de problème d’équilibre, un seul accompagnateur le suivra dans sa séance. Ce dernier connaît la condition de l’enfant et est formé pour savoir comment réagir aux différentes situations possibles. Donc, c’est une présence stable à laquelle l’enfant peut s’attacher. L’instructeur est toujours là à ses côtés. Il y a aussi un premier contact social avec le cheval et on laisse le temps faire son œuvre. Ensuite, l’accompagnateur devient une personne ressource incontournable. Le cheval va aussi communiquer à sa manière par ses réactions, avec son propre langage. Les premières socialisations de l’enfant seront donc avec le cheval, l’instructeur et l’accompagnateur. Au début, le parent peut être très présent durant la séance, puis graduellement, il va se retirer et l’accompagnateur va prendre le relais. Avec le temps, on peut introduire l’enfant dans un cours avec d’autres enfants, à deux ou à trois simultanément. À ce moment-là, on découvre un potentiel de compétitivité et d’amitié entre certains enfants. Tout est toujours axé sur l’aspect très ludique. En réunissant plusieurs enfants, des liens sociaux se tissent. La socialisation se développe en premier lieu autour de l’activité équestre. Le Funam’Bulle On parle beaucoup de l’anxiété présente chez la majorité des personnes autistes. Est-ce que l’équitation thérapeutique a un effet sur cette problématique? On accueille au centre des clients souffrant d’anxiété sévère et, de plus en plus, des enfants en bas âge, des enfants du primaire même. Cette anxiété est extrêmement nuisible dans l’organisation de la vie scolaire et les parents ont besoin de savoir comment faire pour rendre l’école plaisante et agréable. Tranquillement, pas à pas, on apprend aux enfants à reconnaître les éléments perturbants et à mieux les gérer. Le cheval impressionne, car c’est un gros animal. Le premier contact peut représenter un obstacle pour l’enfant, tout comme l’école. Tranquillement, il apprend à connaître le cheval, à communiquer avec lui, à circuler simplement tout autour, à reconnaître les signes positifs d’accueil de l’animal et ses signes de contentement. L’enfant vit aussi des moments de plaisir, de bonheur et de confort. Cette habileté et ce processus sont aussi transférables au niveau scolaire. Au premier abord, le cheval peut être un élément anxiogène à cause de sa prestance et de sa taille. Alors, l’enfant apprend graduellement à vérifier ses limites par rapport à ce qu’il est capable de gérer. Pour certains, s’approcher du cheval, au début, nécessite qu’ils demeurent à un mètre de lui. Mais tranquillement, pour  Page 13 

[close]

p. 14

Dossier Du Mois l’approcher et le toiletter, il faut le toucher, dans la face, sur la crinière et sur toutes les parties de son corps. Le regard du cheval peut être anxiogène puisqu’il a une grosse tête et de grands yeux. L’enfant s’aperçoit qu’il peut transcender cette peur. Il voit au fur et à mesure les étapes qu’il fait et sa progression. Parfois, au début, s’approcher demande une préparation : on respire, on y va et, sereinement, il s’approche, touche, prodigue des soins, met la selle, la bride et l’amène lui-même au manège parce qu’il lui fait confiance. Quand un enfant anxieux est à cheval et sur le point de diriger l’animal de manière autonome, c’est là qu’il prend conscience de ce mot très à la mode : son « empowerment ». C’est lui qui a le pouvoir sur sa vie et c’est lui qui va décider de ce qu’il est capable de faire. Le tout aura des répercussions dans sa vie par la suite. Quel est l’effet de l’équitation thérapeutique auprès de la clientèle en déficience intellectuelle? Il y a de nombreux bienfaits vu que ce sont des jeunes très près des animaux et qui les aiment beaucoup. Ils n’ont aucune réticence ou réserve. Ils aiment les chevaux, c’est inconditionnel et immédiat. C’est tout de suite leur ami, leur animal. Par contre, on doit alors leur apprendre, à l’inverse de la clientèle souffrant d’anxiété, à se retenir davantage. Ils doivent intégrer le respect et la reconnaissance de certains signes, tenir compte des distances de sécurité et du nonverbal du cheval. Quand ils commencent à mener le cheval tout seul, c’est l’explosion de lumière dans leurs yeux, le bonheur, c’est « Wow je suis capable de faire ça! ». C’est très bon pour leur confiance en eux. Un de nos jeunes cavaliers participant à nos jeux paraéquestres depuis 2 ans est fier de son ruban, quelle qu’en soit la couleur; il est fier et montre sa joie. C’est parfois une leçon d’humilité pour d’autres cavaliers, car le bonheur n’est pas dans le ruban bleu ou jaune, mais dans l’accomplissement. Les spectateurs sont enthousiastes quand ils voient nos jeunes en compétition. Ils découvrent ce qu’ils sont capables de faire et à quel point l’équitation a plusieurs visages. Ce n’est pas uniquement une compétition pour être le premier. Les participants n’ont aucune gêne et, devant la foule, ils sont contents de leur réussite personnelle. Le Funam’Bulle  Page 14 

[close]

p. 15

Dossier Du Mois On peut s’attendre à combien de temps avant d’observer des résultats? Habituellement, un changement, sans être spécifiquement qualifié d’amélioration, est observé dès la première séance. Le parent découvre aussi peu à peu des talents. Par exemple, il va y avoir une verbalisation soudaine ou bien l’enfant va se laisser toucher nouvellement la main. Les instructeurs demeurent naturels et respectueux, en continuant d’agir comme d’habitude. Ils ne prennent pas un comportement affecté et ne mettent pas l’enfant « dans la ouate ». Tout demeure fluide et simple. La seule chose à laquelle il faut faire attention, c’est qu’on ne peut pas déterminer un temps précis avant de voir des résultats. Chaque enfant est différent. Il peut y avoir des paliers. Les changements peuvent être très lents au début, puis, soudainement, il y a un déblocage. À travers tout ce qui se déroule, on fait confiance à l’enfant qui va aller chercher ce dont il a vraiment besoin. Pour certains, l’effet sera marquant et déterminant. En contact avec les animaux, des parents reconnaissent enfin leur enfant au naturel et sont soulagés, loin de l’image négative et catastrophique prophétisée dans certains diagnostics émis. tous les éléments disponibles afin de le guider pour devenir un citoyen qui va progresser à l’école, sur le marché du travail et s’impliquer socialement. Avec le temps, l’enfant apprend à grandir à son rythme et à prendre sa place, à développer une confiance en lui et en ses capacités. Dans la progression, certains facteurs extérieurs peuvent influer sur l’évolution des résultats : des problèmes familiaux, des changements dans la routine, la croissance et la puberté, un déménagement, un nouveau conjoint pour un parent, l’arrivée d’un nouvel enfant dans la famille, une séparation des parents, pour n’en citer que quelques-uns. La situation de l’enfant est à prendre en considération globalement pour analyser les changements. Mais souvent, même durant les périodes difficiles, on peut choisir de continuer, car l’équitation peut être la seule chose stable dans la vie de l’enfant à ce moment-là. On fait du sur-mesure. On prend l’enfant où il est et on l’amène où il peut aller. On travaille avec Le Funam’Bulle  Page 15 

[close]

Comments

no comments yet