Feuilletage - L'alcoolisme est-il une fatalité ? Comprendre et inverser une spirale infernale

 

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Feuilletage - L'alcoolisme est-il une fatalité ? Comprendre et inverser une spirale infernale

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Philippe de TIMARY L’ALCOOLISME EST-IL COMPRENDRE UNE ET INVERSER FATALITÉ ? UNE SPIRALE INFERNALE santé en soi

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TABLE DES MATIÈRES Introduction 1 Où commence l’alcoolisme ? Quelques définitions pour savoir de quoi on parle 2 Pourquoi la personne alcoolique ne cherche-t-elle pas d’aide ? Le déni du problème 9 15 16 23 25 3 La personne alcoolique est-elle responsable de sa situation ? Les facteurs prédisposant à boire Les facteurs liés à la consommation d’alcool elle-même 31 31 35 4 L’alcool modifie le psychisme Les effets temporaires sur l’humeur Les effets psychologiques à plus long terme Comprendre ses propres émotions, mais aussi les gérer 39 39 45 53

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L’ALCOOLISME EST-IL UNE FATALITÉ ? 6 COMPRENDRE ET INVERSER UNE SPIRALE INFERNALE 5 Les mécanismes biologiques 57 de la dépendance à l’alcool Les mécanismes d’action de l’alcool 60 sur le cerveau Les mécanismes de l’addiction ailleurs dans 68 l’organisme 72 Quand le biologique rejoint le psychique 75 6 L’alcool modifie nos rapports aux autres 76 Le rôle fondateur de la construction du Soi 79 Un rapport au Soi fragile 81 Une grande sensibilité au rejet social Un manque de compréhension des émotions des 84 autres 85 Une « théorie de l’esprit » défaillante Comment s’articulent les difficultés en excès et en 88 défaut du lien social 95 7 L’alcool laisse des traces dans le cerveau 95 Une urgence : le syndrome de Gayet-Wernicke 96 La démence de Korsakoff 97 Les autres atteintes du cerveau Les lésions portent souvent sur des régions précises 98 du cerveau

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TABLE DES MATIÈRES 7 8 L’alcool et la famille, une histoire complexe Alcoolisme « symptôme » d’un déséquilibre familial ? Que peut faire la famille face au développement de l’alcoolisme ? Réparer les dégâts à la famille 103 105 112 116 9 Quel est le rôle de la société face à la consommation d’alcool ? Informer et sensibiliser Mieux organiser la prise en charge Faire confiance aux personnes concernées elles-mêmes 119 123 124 126 10 Traitement de la problématique alcoolique Quel objectif poursuit-on ? Faut-il aller vers l’abstinence totale ? Étapes préliminaires Le sevrage ou démarrer une spirale positive Raconter sa propre histoire avec l’alcool Changer de vie ? Soigner en créant du lien Une autre approche très différente : la pleine conscience 129 129 134 139 144 149 152 154

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L’ALCOOLISME EST-IL UNE FATALITÉ ? 8 COMPRENDRE ET INVERSER UNE SPIRALE INFERNALE 157 11 Bien vivre avec l’abstinence ? Persistance d’une envie de consommer prononcée en 157 situation d’abstinence ? Quel état psychologique ou social en situation 162 d’abstinence ? Comment vivre un projet d’abstinence dans une société où la consommation d’alcool 163 est omniprésente ? 167 Conclusion 171 Pour aller plus loin

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INTRO DUCTION Lorsque les Éditions Mardaga m’ont contacté, il y a environ trois ans, pour me proposer de rédiger un livre sur la problématique alcoolique et la manière dont il est possible d’aider ceux et celles qui en souffrent, je n’ai pas hésité longtemps. Je les remercie d’ailleurs infiniment de m’avoir offert cette possibilité. L’alcoolisme est un sujet vieux comme l’humanité et pourtant dramatiquement actuel, un problème de santé publique majeur, qui commence heureusement à interpeller les autorités de santé. C’est en 2005 que l’OMS a tiré la sonnette d’alarme en publiant des chiffres cinglants : l’alcoolisme est la 3e cause de mortalité dans le monde ; il est responsable de plus d’un décès sur vingt. Dans la tranche d’âge comprise entre 15 et 56 ans, il constitue même la 1re cause de décès. De toute évidence, les systèmes de soins actuels ne parviennent pas à répondre à la gravité de ce fléau. En effet, malgré sa fréquence, l’alcoolisme est une des maladies les moins bien traitées, puisque seulement 5 à 20 % des personnes présentant un problème lié à la consommation de boissons alcoolisées ont accès à une aide, qu’elle soit médicale ou non médicale. C’est un constat alarmant.

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L’ALCOOLISME EST-IL UNE FATALITÉ ? 10 COMPRENDRE ET INVERSER UNE SPIRALE INFERNALE D’autant plus alarmant que la maladie alcoolique semble laisser impuissants tous ceux qu’elle touche : les personnes alcooliques elles-mêmes, leurs familles, leurs soignants et finalement la société dans son ensemble. Ce que cet ouvrage vient défendre, c’est l’idée que l’alcoolisme n’est une fatalité que si l’ensemble des intervenants se laisse sombrer dans la résignation. Je suis le premier à reconnaître qu’il s’agit d’un problème difficile à traiter, mais j’espère vous convaincre, avec ce livre, que ce défi peut être relevé, dans la plupart des cas, à partir du moment où l’on parvient à en décrypter la complexité. Je vous propose de vous servir de guide pour comprendre les spirales infernales de l’alcoolisme et vous aider à déjouer ses pièges en proposant des réponses adaptées. Lors de cette visite guidée, je coifferai alternativement deux casquettes, celle du chercheur et celle du clinicien. Deux casquettes que j’enfile d’ailleurs tous les jours dans ma pratique et qui m’ont été conférées par mon parcours personnel. Au sortir de mes études de médecine, j’ai débuté ma carrière en travaillant pendant huit ans dans un laboratoire de recherche fondamentale. Je m’y suis plus précisément intéressé aux mécanismes qui contrôlent la sécrétion d’insuline. De toute évidence, cela n’a rien à voir avec la problématique alcoolique, mais ce parcours prolongé dans un bon laboratoire de recherche m’a permis d’apprendre le

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INTRODUCTION 11 métier de chercheur. Cet apprentissage m’a ensuite été très utile pour mener à bien des projets de recherche en alcoologie. Après ces années de laboratoire, j’ai éprouvé le besoin de prendre de la distance avec les souris pour revenir à une pratique clinique ! Assez naturellement, mon choix s’est porté vers la psychiatrie, discipline qui m’avait le plus attiré au cours de mes années de médecine. Je me suis alors complètement consacré à la clinique pendant les cinq longues années de ma spécialisation, et j’en ai profité pour me former à l’approche psychanalytique, même si celle-ci peut sembler aux antipodes de la démarche scientifique empirique. À la fin de cette formation, j’ai eu une opportunité formidable : celle de créer avec un collègue gastroentérologue une unité d’hospitalisation spécialisée dans l’accompagnement de patients alcoolo-dépendants, tout en reprenant en parallèle une activité de recherche dans le même domaine. C’était pour moi l’accomplissement d’un rêve : pouvoir travailler à la fois comme clinicien et comme chercheur. J’avais l’intuition que ces activités étaient tout à fait complémentaires : les rencontres avec les patients permettent d’identifier les questions qui se posent aux cliniciens et méritent que l’on s’y intéresse à travers la recherche ; la recherche donne des réponses précises à ces questions, et permet d’aller plus loin dans la démarche d’accompagnement des patients.

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1 OÙ COMMENCE L’ALCOOLISME ? L’Europe est la région du monde où la consommation d’alcool est la plus élevée : en moyenne l’équivalent de 10 litres d’alcool pur par personne et par an. Cette consommation est considérable, mais reste pourtant, aux yeux de nos sociétés européennes, tout à fait « normale », parce qu’intégrée à nos cultures. Cette indulgence contribue à ce que les problèmes liés à la boisson restent très longtemps inaperçus, voire niés. Soyons clairs : boire n’est pas forcément un problème en soi. C’est le plus souvent un acte joyeux et convivial. Dans la vie de tous les jours, et pour la plupart des gens, cela contribue à renforcer les liens interpersonnels. Mais cela ne doit pas faire oublier qu’une proportion importante de la population consomme de manière excessive, avec des conséquences à long terme qui peuvent être désastreuses. Le développement d’un problème de dépendance alcoolique n’en est pas la moindre. Jusqu’il y a peu, le monde médical ne s’était guère intéressé qu’aux personnes présentant un alcoolisme avéré. Actuellement, on attache de plus en plus d’importance à

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L’ALCOOLISME EST-IL UNE FATALITÉ ? 16 COMPRENDRE ET INVERSER UNE SPIRALE INFERNALE définir une gradation dans la sévérité des difficultés entraînées par la consommation de boissons alcoolisées. Ce qui est pure logique, si l’on envisage la question sous l’angle de la prévention : ce sont idéalement les personnes présentant des consommations relativement modestes, mais qui risquent d’évoluer vers des situations plus pathologiques, qu’il importe de sensibiliser. Par ailleurs, le terme générique d’alcoolisme n’est plus utilisé de manière courante dans la littérature scientifique, car il est beaucoup trop vague dans sa définition. De plus, ce mot très péjoratif et souvent associé à une dimension de déchéance suscite une stigmatisation, un rejet. Ce qui, soit dit en passant, est assez paradoxal quand on considère l’attitude tolérante, évoquée plus haut, de la société visà-vis de l’alcool. Le « bon buveur » est apprécié, mais s’il « tombe » dans l’alcoolisme, il sera méprisé et bien souvent laissé à son sort : il a bien bu avec nous, mais maintenant, qu’il se débrouille tout seul ! Ceci a amené la communauté scientifique à introduire des distinctions dans le rapport des individus à l’alcool. Quelques définitions pour savoir de quoi on parle L’organisation mondiale de la santé (OMS) a défini, sur base de recherches scientifiques, les critères d’une consommation normale de boissons alcoolisées, c’est-à-dire une consommation n’entraînant pas de conséquences néfastes

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1 OÙ COMMENCE L’ALCOOLISME ? 17 pour les individus. La barre a été placée à 3 unités d’alcool par jour pour les hommes, soit 21 unités par semaine. Pour les femmes, qui présentent une sensibilité à l’alcool plus grande que les hommes, la barre a été fixée à 2 unités par jour, soit 14 unités par semaine. En dessous de cette consommation, l’OMS considère qu’il n’y a pas de risques majeurs pour la santé.Toutefois, en matière de prévention du cancer, on préconise même, aujourd’hui, la consommation zéro. À partir de cette « norme » définie par l’OMS, on distingue ensuite différents degrés de consommation. La consommation à risque est une consommation qui dépasse de temps en temps la quantité hebdomadaire recommandée de 21 verres pour un homme et 14 verres pour une femme. L’usage nocif désigne une consommation qui dépasse de manière régulière les normes de l’OMS. On voit que ces deux premières définitions sont basées sur la quantité d’alcool absorbé. Les définitions suivantes, qui correspondent à des stades plus avancés de la problématique, témoignent quant à elles des symptômes qui y sont liés. L’abus d’alcool (ou consommation excessive) peut être défini comme une consommation qui commence à avoir des répercussions importantes dans plusieurs sphères de la vie de la personne, plus particulièrement des difficultés d’ordre social, familial, professionnel ou de santé.

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L’ALCOOLISME EST-IL UNE FATALITÉ ? 18 COMPRENDRE ET INVERSER UNE SPIRALE INFERNALE UN VERRE = UN VERRE On peut s’interroger sur les raisons pour lesquelles l’OMS a utilisé le terme unité d’alcool pour définir les limites d’une consommation normale. Une unité d’alcool correspond, selon les définitions, à 10 ou 13 grammes d’éthanol. L’éthanol est la molécule active de toutes les boissons alcoolisées, responsable de ses effets positifs comme négatifs. Cette unité d’alcool est la quantité généralement contenue dans un verre normal de boisson alcoolisée, par exemple dans un verre de 100 ml de vin, dans un verre de 250 ml d’une bière ordinaire ou dans un verre – généralement plus petit – d’alcool fort comme de la vodka ou du whisky. Ceci permet de nous rendre compte que, d’une manière assez spontanée, la taille du récipient dans lequel est servie une boisson alcoolisée a été adaptée par l’usage en fonction de la concentration en alcool de ladite boisson, comme pour avertir le consommateur de la quantité d’alcool qu’il s’apprête à consommer. Il est cependant important de remarquer que, dans bien des cas, la dose d’alcool délivrée est nettement supérieure aux 10 à 13 grammes qu’est censé contenir un verre. Par exemple, il n’est plus rare de consommer 330, voire 500 millilitres d’une bière forte dont le degré d’alcool est nettement supérieur à celui d’une bière ordinaire. Dans ce cas, la quantité d’alcool consommée sera plutôt comprise entre 2 et 4 unités pour la prise d’une seule boisson. Sur ce point, on peut légitimement se poser des questions sur les stratégies de marketing de l’industrie des boissons alcoolisées.

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1 OÙ COMMENCE L’ALCOOLISME ? 19 Vient ensuite la dépendance à l’alcool, définition qui d’une certaine façon correspond à un stade plus avancé de l’alcoolisme. La dépendance se définit par une série de symptômes précis qui témoignent du fait que la consommation de la personne a réellement engendré des répercussions importantes tant sur le fonctionnement de son corps que sur l’organisation de son existence. Il y a d’abord les signes dits de la dépendance physique, qui sont de deux ordres. D’une part, ce que l’on appelle la tolérance aux effets de l’alcool : la personne est obligée, pour obtenir les mêmes effets, de consommer des quantités de plus en plus importantes de boissons alcoolisées. D’autre part, l’apparition de signes de sevrage au moment où la personne arrête de consommer. Ces signes de sevrage se marquent par l’apparition de tremblements, de transpiration, d’une accélération du rythme cardiaque, d’une hausse de la tension artérielle et éventuellement de nausées, de vomissements, d’agitation ou d’anxiété. Si les signes de sevrage sont très marqués, l’individu peut réellement se mettre en danger, car il peut présenter des crises d’épilepsie, souvent généralisées, ou encore des épisodes dits de delirium tremens. Le delirium tremens est une perte du sens de la réalité du temps et de l’espace, accompagné d’ hallucinations visuelles au cours desquelles la personne aperçoit le plus souvent de petits animaux (on parle alors d’hallucinations zoopsiques). Le delirium tremens s’accompagne toujours d’une

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