Grange aux Dîmes de Ouistreham, hier et aujourd'hui : huit siècles d'histoire - 2008 - Leticia Rodriguez - Réédition 2016

 

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Grange aux Dîmes de Ouistreham, hier et aujourd'hui : huit siècles d'histoire - 2008 - Leticia Rodriguez - Réédition 2016

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Le nom de Ouistreham apparaît pour la première fois, en 1082, à l’occasion d’un don fait à l’abbaye de la Trinité de Caen, ou abbaye aux Dame, par le duc de Normandie, Guillaume et sa femme Mathilde. L’histoire de Ouistreham est étroitement liée à celle de l’abbaye aux Dames, qui fut, à la fois, patronne de la paroisse de Ouistreham et seigneur de la baronnie. La fondation de cette abbaye est le résultat de la stratégie politique du duc Guillaume pour asseoir son pouvoir. Menacé par une partie des membres de sa famille qui dément sa légitimité, Guillaume élargit son réseau de fidélité, en 1053, en épousant Mathilde de Flandres, fille du comte de Flandres, Baudouin V, et nièce du roi de France, Henri Ier, malgré l’interdiction du pape Léon IX. Le voilà ainsi l’allié d’une des plus puissantes principautés du nord de la France. Cependant, pour que cette alliance ne soit pas contestée par ses ennemis, Guillaume doit négocier avec le pape afin qu’il accepte ce mariage qui va à l’encontre du droit canon car en degré de parenté défendu. 3

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Archives départementales du Calvados 4

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Ce n’est qu’avec le nouveau pape Nicolas II que Guillaume obtient l’absolution à la condition que le couple fonde deux abbayes, une pour les hommes et une autre pour les femmes. L’abbaye aux Dames est fondée en 1066. Un acte du duc Guillaume et de Mathilde datant de 1082 donne à l’abbaye aux Dames un ensemble de fiefs rachetés à des petits seigneurs qui devient la baronnie de Ouistreham. Par un autre acte de 1087, l’abbaye aux Dames acquiert le patronage de l’église Saint Samson et la part des dîmes qui y étaient affectées. La condition de baronnie et sa situation d’avant-port de la ville de Caen, ville choisie par Guillaume comme centre politique et économique, font de Ouistreham un village important et dynamique. La construction de l’église Saint Samson par l’abbaye au XIIème siècle en témoigne : ses vastes dimensions permettent d’asseoir la puissance du monastère. La construction de la grange aux dîmes est également l’œuvre des religieuses de l’abbaye aux Dames, signant dans le paysage leur puissance foncière. 5

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1 – La grange monastique La construction de la grange aux dîmes, à proximité de l’église comme le pratiquaient les moines de l’époque, témoigne de l’importance accordée à cette source de revenus par l’abbaye aux Dames. La première mention d’une grange récoltant les dîmes de Ouistreham, Saint-Aubin d’Arquenay, Bénouville et Colleville figure dans un censier de 1257 (compilation des droits et des revenus d’une seigneurie) commandé par l’abbesse Jolienne Saint-Celerin dont n’a été conservé qu’un résumé datant de 1622. Les sources ne précisent pas la localisation de cette grange. Cependant, la paroisse de Ouistreham étant siège de baronnie, on peut supposer que cette grange est bien celle qui se tient à côté de l’église Saint Samson. Formée d’une seule nef de 260 m2 au sol et maçonnée en moellons de petits calibres hourdés à la terre, elle est munie de contreforts. Ces éléments architecturaux permettent d’en situer la construction au XIIIème siècle. 6

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Datation Le côté Est comporte neuf contreforts. Six d’entre eux, présentant un ressaut assez en saillie et reposant sur des socles moulurés, font corps avec des blocs latéraux de pierre de taille qui ont été raccordés avec la maçonnerie du mur primitif. Ces contreforts ont été construits après coup, très certainement à l’emplacement d’anciens contreforts sans doute insuffisants ou défaillants. Ces contreforts semblent remonter au XIVème siècle ou au début du XVème. Par contre, les troisième et septième contreforts en partant du Nord ne présentent pas la même forme que les autres. Ils sont beaucoup plus plats et présentent l’ordonnance de contreforts romans avec un ressaut. Il s’agit de contreforts du XIIIème siècle comme on en trouve de nombreux exemples sur les églises de cette époque. Ils font corps avec la maçonnerie du mur contrairement aux autres. Ils ont donc été construits au même moment que le bâtiment primitif et permettent ainsi de dater le gros œuvre de la grange au XIIIème siècle. 8

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A l’origine, la partie supérieure du pignon Nord comportait une fenêtre centrale à lancette qui devait avoir les caractéristiques du XIIIème siècle1. La grange aux dîmes du XIIIème siècle venait probablement remplacer un bâtiment existant mais de construction plus modeste. Localisée à environ une vingtaine de mètres au nord de l’église Saint Samson, la grange aux dîmes voyait ses assises battues par la mer et dominait l’ancienne plage de Ouistreham. Construction d’origine monastique, l’architecture de la grange s’inspire de celle des églises romanes de l’époque. L’emplacement des portes charretières sur les murs gouttereaux en fait un modèle de grange monastique de type anglo-normande ; les granges françaises ayant leurs portes sur les murs pignons (ex : grange de l’abbaye d’Ardennes). Les charpentes étaient à l’origine exécutées avec des pièces équarries de grosses sections en chêne et en orme. La grange fut réparée au XIVème siècle : on substitua de nouveaux contreforts aux anciens. Les contreforts plats primitifs avaient sans doute, à cause de leur faible saillie, une efficacité de butée trop faible, surtout dans un terrain humide, battu par les eaux de mer. Au XVIème ou début XVIIème siècles, des fenêtres furent ouvertes sur le mur Ouest. 1 (d’après le rapport pour l’inscription à l’inventaire supplémentaire des 9 monuments historiques, Henri Pellerin, 11 novembre 1964).

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Le bâtiment construit à cette époque n’est qu’une partie de l’ensemble actuel dénommé «grange aux dîmes». Celui-ci est constitué de deux corps de bâtiments : la première grange aux dîmes du XIIIème siècle, orientée nord-sud et un autre bâtiment pratiquement en équerre venu la compléter au XVIIème siècle. Les dimensions importantes de la grange témoignent de l’emprise foncière de l’abbaye aux dames et de la richesse de la paroisse de Ouistreham à cette époque. Une charte de 1230, citée par Arcisse de Caumont dans sa Statistique monumentale du Calvados mentionne l’importance des dîmes perçues à Ouistreham. La dîme était un impôt collecté en faveur de l’Eglise catholique. Elle correspondait à une certaine part de la récolte : la onzième en Normandie. La dîme la plus importante portait sur les gros grains : froment, orge, avoine… Un état des récoltes des dîmes effectuées dans la paroisse en 1693 précise le contenu de la dîme de Ouistreham : environ 12 tonnes de froment et 7,4 tonnes d’orge. 11

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Les grains étaient collectés par gerbes sitôt la récolte terminée. Les paysans devaient faire publier le jour de la récolte lors de la messe dominicale afin que le tractor, chargé de charrier les gerbes jusqu’à la grange, puisse se trouver sur les lieux le jour dit. L’entrée Ouest de la grange permettait aux charrettes d’accéder à l’intérieur, de vider leur chargement et de ressortir par la porte Est. Chaque grange était constituée de deux parties : une aire de stockage des gerbes et une aire de battage. Les grains étaient battus au fléau, vannés et criblés. Ce travail durait pratiquement toute l’année pour le froment. L’orge était battue avant Noël. Les grains, une fois battus, n’étaient pas conservés dans la grange mais dans des greniers. Le second bâtiment construit au XVIème ou début XVIIème siècle, d’une superficie au sol de 350m2, comportait un grenier à grain sur toute sa longueur, où la dîme était entreposée. Les deux bâtiments étaient séparés, à l’origine, pour éviter tout risque de propagation d’un incendie. La grange aux dîmes resta une grange monastique jusqu’à la Révolution française après quoi elle conserva ses fonctions de grange mais au service d’un particulier laïc. 13

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2 – La ferme de l’abbaye Lors de la Révolution française, les religieuses de l’abbaye aux Dames furent expulsées et la grange aux dîmes changea de propriétaire. Le 11 août 1789, la dîme fut supprimée. Le 2 novembre 1789, par un décret de l’Assemblée Constituante, les biens du clergé furent nationalisés. Un autre décret du 14 mai 1790 permit de les vendre. C’est ainsi que la ferme de l’abbaye fut vendue en 1791 avec les terres alentours et devint une exploitation agricole particulière jusqu’à son rachat par la Ville. Durant cette période, la grange aux dîmes conserva ses fonctions agricoles. Le bâtiment du XIIIème siècle devint une grange à foin. Le second bâtiment abritait un poulailler, une étable, une grange, une cave et un grenier à grain. Au XIXème siècle, un grand porche en avancée fut construit au niveau de la porte charretière Ouest. Plusieurs travaux furent effectués pour consolider la grange : la pointe de pignon Est fut maçonnée en aggloméré de ciment. 14

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