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Le carnet et les instants

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BELGIQUE - BELGIE P.P. - P.B. CHARLEROI X 9/3306 Le polar contemporain Liliane Wouters Prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles DOSSIER  HOMMAGE ÉVÉNEMENT LETTRES BELGES DE LANGUE FRANÇAISE Trimestriel. N° 191, du 1er juillet au 30 septembre 2016. Périodique - P 302031 - Bureau de dépôt Charleroi X - Éd. resp. Nadine Vanwelkenhuyzen - 44, Bd Léopold II - 1080 Bruxelles - juin 2016

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sommaire n° 191 En couverture : © Fotolia Écrivain, ce métier 01 ÉDITORIAL par Nausicaa Dewez MAGAZINE DOSSIER  HOMMAGE  ÉVÉNEMENT  RENCONTRE  ÉVÉNEMENT  LA LITTÉRATURE EN LIEUX  RENCONTRE  NUMÉRIQUE  VUES D’AILLEURS  BRÈVES BIBLIOGRAPHIE RECENSIONS Le polar contemporain Liliane Wouters Armel Job Aurélie William Levaux Prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles Le goût des lettres Stibane Le PILEn Marcel Thiry en Ukraine 03 14 19 25 30 33 36 40 44 48 le-carnet-et-les-instants.net le-carnet-et-les-instants.net Le Carnet et les Instants est aussi sur internet : le-carnet-et-les-instants.net

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Écrivain, ce métier L’École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre accueillera cet automne les premiers inscrits de son tout nouveau Certificat en écritures contemporaines, une formation qui alliera apprentissage pratique de l’écriture et cours théoriques portant notamment sur le monde de l’édition et ses arcanes. Avec la création de ce cursus, la prestigieuse école fait le pari de professionnaliser l’écriture et se positionne ainsi dans un débat, jamais définitivement tranché, sur le métier d’écrivain. L’existence d’une telle formation suppose en effet la conviction que l’écriture peut s’apprendre. À cet égard, la littérature fait souvent figure d’exception dans le concert des arts. Alors que nul ne songerait à contester la légitimité d’un enseignement de la musique, de la peinture, de la réalisation cinématographique ou du design, la pertinence d’un apprentissage de la pratique littéraire est beaucoup moins évidente. C’est que la grammaire, l’orthographe, les bases de la rédaction sont enseignées à l’école : tout le monde sait écrire et le génie ferait le reste, qui seul distinguerait l’écrivain du commun des mortels. Corolaire de cette méfiance vis-à-vis de l’apprentissage de l’écriture : si ce dernier relève de l’évidence dans les universités d’Outre-Atlantique, il est une rareté chez nous. Avant La Cambre, seule l’UCL avait un temps proposé à ses étudiants romanistes une filière en création littéraire. Dans la pratique, pourtant, cette idée est mise à mal par le succès important des ateliers d’écriture, qui trahissent une demande grandissante de lignes directrices ou de conseils pour l’écriture. Cependant, même si ces ateliers sont animés par des professionnels aguerris et passionnés, souvent écrivains euxmêmes, la pratique de l’écriture y demeure, pour la plupart des participant-e-s, cantonnée à la sphère du loisir et à un contexte relativement informel. L’enseigner dans le cadre d’une formation d’école supérieure reconnue contribue à donner une caution prestigieuse à la possibilité même d’un tel apprentissage, mais aussi à le sortir du champ du hobby pour le faire pénétrer dans le domaine professionnel. Qu’on ne se leurre pas : aucun cours ne fournira jamais la recette du best-seller  ; aucun atelier d’écriture ne transformera jamais un scribouillard en Marcel Proust. Ils n’en ont d’ailleurs pas l’ambition. Ce dont il est question ici, c’est de l’affirmation de la littérature comme art(isanat) à part entière, avec aussi un savoir-faire propre, et comme profession avec ses règles et ses acteurs, qu’il vaut mieux connaître pour démêler le bon grain de l’ivraie et accéder dans de bonnes conditions à la publication. Étonnamment, cette autre facette du métier d’écrivain ne va pas non plus de soi. On en veut pour preuve la prolifération et le succès d’entreprises qui s’autoproclament maisons d’édition, dont les services (dûment facturés, à la pièce, aux auteurs) se bornent en réalité à imprimer des manuscrits vaguement assortis d’un ISBN, mais sans les relire ni les apprécier, sans accompagner l’écrivain dans sa démarche de création, sans offrir une mise en page digne, et sans promouvoir les ouvrages après la publication. Prospérant sur le rêve – répandu – d’être publié et sur la méconnaissance de la chaîne du livre et des règles de l’édition, de telles firmes cherchent, par calcul cynique, à accréditer l’idée que tout écrit mérite publication et que toute personne qui écrit est écrivain. Face à de telles pratiques, la sensibilisation des jeunes auteurs ne peut être que souhaitable. La vocation et le talent valent bien un coup de pouce. Nausicaa Dewez ÉDITORIAL

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APERÇU DU POLAR BELGE FRANCOPHONE CONTEMPORAIN JEAN-LOUIS ÉTIENNE Associé encore il y a peu encore à la culture populaire, au « roman de gare », la littérature policière a acquis ces dernières années ses lettres de noblesse, a élargi son lectorat au public féminin (majoritaire, selon Michaël Miraglia), aux jeunes et à tout type de catégories sociales. Selon une enquête du ministère français de la Culture, les romans policiers dépassent les romans d’un autre genre en nombre de livres lus . Que ce soit sous la forme – entre autres – du roman noir, du thriller, du policier historique, humoristique ou pour la jeunesse, on peut affirmer sans hésiter que le genre rencontre un succès équivalent en Belgique. Le roman à énigme, quant à lui, semble avoir cessé de passionner les lecteurs. De nombreux auteurs belges se sont ainsi intéressés à la littérature criminelle, avec souvent, à la clé, une publication chez de grands éditeurs, l’attribution de prix littéraires convoités ou la traduction de leurs romans. UN PEU D’HISTOIRE Il est impossible, dans le cadre de cet article, d’établir un palmarès des écrivains belges qui se sont spécialisés comme auteurs policiers et ceux qui, s’étant affirmés en d’autres domaines, ont cependant fait des incursions dans le genre qui nous occupe. C’est ce qu’a tenté de faire Willy Hermans dans son remarquable (et malheureusement introuvable) Petit dictionnaire des auteurs belges de littérature policière (Version Originale, 1989). Il y présente Maître Deforges (Larcier, 1901) comme étant le probable premier roman policier belge. Fruit d’une collaboration d’un groupe de jeunes avocats, il propose une intrigue ingénieuse et une évocation précise du monde judiciaire et de la bourgeoisie de l’époque. Parmi les premières publications du genre, Gabriel Thoveron cite aussi Le crime de Luxhoven (Mertens-Rivière, 1904) de Firmin Van den Bosch et Le rival de Sherlock Holmes (Albin Michel, 1908) d’Hector Fleischman. (Claude Mesplède [dir.], Dictionnaire des littératures policières, vol. 2. Joseph K, 2003). En 1928, Stanislas-André Steeman et Sintair (pseudonyme d’Herman Sartini) écrivent à quatre mains Le mystère du zoo d’Anvers, qui parodie des romans d’Edgar Wallace. À la grande surprise des jeunes auteurs, le roman est publié dans la collection « Le Masque » et figure dans les catalogues aux côtés d’Agatha Christie. À la même date, Simenon, exilé à Paris depuis cinq ans, publie des romans populaires sous divers pseudonymes, dont certaines enquêtes policières menées par un certain Jules Maigret. Il connaît le succès sous son propre nom dès 1931 avec la parution des premiers « Maigret » publiés sous le patronyme Simenon (Arthème Fayard) et dont la promotion se fera lors d’un mémorable « bal anthropométrique ». Dans les librairies et les kiosques, les romans de Simenon et Steeman côtoient entre autres des fascicules à la couverture accrocheuse, narrant les aventures du «  Sherlock Holmes américain  », Harry Dickson, dont près de deux tiers est l’œuvre du gantois Jean Raymond de Kremer, plus connu sous le pseudonyme de Jean Ray. Suit alors la période 1940-1944, souvent appelée « l’âge d’or du roman policier » : la Belgique est coupée administrativement de la France et les livres français ne sont plus disponibles. Ce contexte particulier entraîne la création d’une trentaine de collections et suscite la vocation de dizaines d’écrivains amateurs. Dans cette pléthore de parutions, deux éditeurs se distinguent: Albert Beernaert, choisi par Stanislas-André Steeman pour les collections «  Le Jury  » (66  fascicules entre 1940 et 1944  et 26  romans brochés entre 1942 à 1944) et les éditions « Les Auteurs associés » dirigées par Jules Stéphane (« Les meilleurs romans policiers » et « Les romans policiers illustrés » de 1942 à 1944). Dès septembre 1944, l’exil des critiques de Cassandre et du Nouveau journal, la disponibilité en Belgique de collections policières françaises (anciennes, comme « Le Masque » ou nouvelles, comme la «  Série noire  »)

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04 sonnent le glas des maisons d’édition belges. Durant les années cinquante et soixante, quelques auteurs belges publient dans des maisons d’édition françaises, parfois avec succès comme le prolifique André Duquesne (alias Peter Randa). Son fils, Philippe Randa, a publié des romans policiers aux éditions Fleuve noir et Presses de la Cité. Le regain d’intérêt pour le roman policier belge pourrait se situer en 1974, avec le retour d’André-Paul Duchâteau, qui, sans abandonner la bande dessinée, renoue avec le roman. Il reçoit le grand prix de littérature policière pour De 5 à 7 avec la mort (Rossel). Par la suite, il publie de nombreux romans aux éditions du Rocher ainsi que quatre recueils de nouvelles entre 1990 et 1994. En 1998 paraît Équation à deux « inconnus » (Éd. Memor), roman inédit écrit en 1944 qui était destiné à la collection « Le Jury » juste avant sa disparition. Chez le même éditeur, Duchâteau publie Manipulations et Intrusions (Memor, 2000 et 2002), romans à quatre mains écrit avec Frank Andriat. ROMAN NOIR À LA SAUCE BELGE En 1981, Jean-Baptiste Baronian publie Matricide (Clancier-Guénaud), sous le pseudonyme d’Alexandre Lous (utilisé depuis 1972 pour ses critiques dans Le Magazine littéraire). Matricide est une sordide histoire de meurtre dans laquelle apparaît pour la première fois un thème par la suite récurrent chez l’auteur : le flic ou le privé looser. Rase campagne, publié en 1996 (Métailié) est le septième et dernier polar signé Alexandre Lous. Les rééditions de ces romans sous pseudonymes se font sous le nom de Baronian. Passionné par Bruxelles, l’œnologie, la peinture, le cinéma et la musique, l’auteur ne manque pas d’évoquer ses passions dans son œuvre fictionnelle, entre autres dans Tableaux noirs (Clancier-Guénaud, 1984), Les papillons noirs (La Table Ronde, 2004) dont l’action se déroule principalement dans les tavernes de la capitale et Quatuor X (Métailié, 2006) dont les protagonistes répondent à des noms de stars américaines des années cinquante. Retenons également Le tueur fou (premier roman d’un auteur belge chez Rivages/noirs, 1995) et L’apocalypse blanche (Métailié, 2000, traduit en allemand), roman dont Jacques De Decker a dit qu’il « apparaîtra un jour comme l’un des témoignages les plus sensibles sur le climat intellectuel et spirituel au tournant du siècle, et la déstabilisation d’une société ». Depuis 2010, l’auteur publie des polars aux éditions de Fallois/L’Âge d’homme. Dans le premier, Le bureau des risques et périls, des fonctionnaires du Ministère de la justice passent leurs journées à lire des romans policiers afin d’aider à résoudre des enquêtes. Ce n’est pas la seule originalité du roman, comme l’explique l’écrivain à Étienne Borgers : « Je viens de terminer un livre […] qui n’a strictement rien à voir avec ce que j’ai écrit précédemment. […] il est en forme de puzzle. Je l’ai d’ailleurs sous-titré : “Puzzle policier de 42 pièces” ». On doit également à Baronian des anthologies d’histoires criminelles (Trains rouges, Potions rouges, Enfants rouges, Livres rouges, Julliard, 1989-1992 et Noir scénar, Les Belles Lettres, 2002) ainsi que des contes fantastiques, de nombreux albums illustrés pour enfants, des essais sur Jean Ray, Simenon, la littérature fantastique (il a fondé et dirigé la collection «  Marabout fantastique » et « Marabout Science-Fiction » entre 1969 et 1977), l’œnophile ou la bibliophilie. En 2003, il succède à Thomas Owen à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, au fauteuil n° 27. Première Belge à être publiée dans la « Série noire », Pascale Fonteneau est en fait d’origine franco-allemande. Sa famille s’installe à

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DOSSIER 05 Polar contemporain Page de g. Jean-Baptiste Baronian © JB Baronian Page de d. Pascale Fonteneau © DR Bruxelles quand elle a dix ans. Diplômée en journalisme, elle débute sa carrière dans la « Série noire » avec Confidences sur l’escalier (1992), récit entièrement composé de dialogues entre « X » et « Y » et États de lame (1993, traduit en suédois et en japonais), dont le narrateur est un couteau qui observe et commente les agissements du genre humain. Suivent Les fils perdus de Sylvie Derijke, (1995), Otto (1997) et La vanité des pions (2000). Après deux romans aux éditions Baleine (Les damnés de l’artère, 1996 et La puissance du désordre, 1997), elle publie entre autres aux éditions Labor (Crois-moi, 2005), au Masque (Jour de gloire et Contretemps, 2006, 2007) et chez Actes Sud (Propriétés privées, 2010). Écrivain et scénariste de bandes dessinées, Patrick Delperdange a écrit principalement des romans policiers et des livres pour la jeunesse. Après Place de Londres (1985, en collaboration avec Anita Van Belle), il publie Monk (Le Cri, 1987) pour lequel il reçoit le Grand Prix du concours « Simenon d’après Simenon ». Suit un roman noir à l’américaine, Coup de froid (1992), qui s’inscrit dans une veine qu’il maîtrise et apprécie (il a par ailleurs traduit plus d’une dizaine d’auteurs anglais et américains). Signalons aussi ses deux derniers polars  : Comme des chiens (2015) et Si tous les dieux nous abandonnent (2016), roman grâce auquel il rejoint la prestigieuse collection «  Série noire ». Delperdange, écrivain de polars ou de romans noirs  ? L’auteur de Chants des gorges, prix Rossel (Éd. Sabine Wespieser,

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2005) déclarait déjà il y a dix ans : « Assez de cette classification. Mon travail actuel, c’est faire éclater les barrières que l’on pose depuis que la littérature existe. » On sera sans doute surpris de voir Henri Vernes cité ici parmi les auteurs de romans noirs. Dans les aventures de Bob Morane, il intègre parfois une intrigue policière. On peut citer pour exemple Le sentier de la guerre (1973), où un serial killer sévit dans les rues bruxelloises ou El Matador (1975), un tueur à gages qui est, ou plutôt qui sont trois, comme Mr Smith dans L’assassin habite au 21 de Steeman. Depuis, « l’Aventurier » évolue dans un univers proche du fantastique et de la science-fiction. Sa présence ici se justifie par la réédition, après presque soixante ans, d’Une belle nuit pour un homme mort, 06 écrit sous le pseudonyme de Charles-Henri Dewismes et paru aux éditions Le Triolet en 1949. Réédité chez Lucien Souny, dans une collection très judicieusement intitulée « Sortis de l’oubli » (2007), ce roman a fait dire à Léo Malet : « C’est l’un de mes romans préférés […] voilà un roman apocalyptique que je mets au même niveau que J’irai cracher sur vos tombes. Je me demande même s’il n’est pas un peu au-dessus. » Autre parution intéressante, un roman noir datant de 1957. Henri Vernes rédige alors un texte destiné à la « Série noire ». Il reprend les ingrédients du Hard boiled de l’époque : un privé, des femmes fatales, des morts violentes et des nuits d’ivresse. En raison de la pression mise par André Gérard pour la parution d’un roman tous les deux mois, le livre reste inachevé, inconnu jusqu’en 2013, lorsqu’il est enfin édité par La Pierre d’Alun, sous le titre Façon « Série noire » (édition à tirage limité enrichie d’illustrations de Loustal). UN GENRE VENU D’ANGLETERRE Dès 1915 avec Les trente-neuf marches (The Thirty-Nine Steps) de John Buchan, les AngloSaxons ont popularisé le thriller moderne. Le genre a depuis gagné le reste du monde. Dès son premier roman, L’instinct maternel (Éd. du Masque, 2002 ; Prix du roman policier du Festival de Cognac, traduit en allemand), Barbara Abel s’est imposée comme l’auteur belge de thrillers la plus populaire. Licenciée en philologie romane, elle a suivi une for- mation de comédienne à Paris et Bruxelles. Dramaturge, romancière, elle a publié dix romans dont l’intrigue oscille entre cruauté, suspense et humour noir. Le point de départ de ses histoires est la vie quotidienne, qu’un événement inattendu vient dramatiquement bouleverser. Une femme enceinte séquestrée dans L’instinct maternel. Un enfant menacé de mort dans Un bel âge pour mourir (Éd. du Masque, 2003, traduit en allemand ; ce roman a été adapté pour la télévision par Serge Meynard sous le titre Miroir, mon beau miroir, avec Marie-France Pisier, Émilie Dequenne et Michel Aumont dans les rôles principaux). Duelle (Éd. du Masque, 2005, traduit en russe et en espagnol) est une troublante histoire de gémellité, pour beaucoup le meilleur roman de l’auteur. La mort en écho (Éd. du Masque, 2006) et Illustre Inconnu (Éd. du Masque, 2007) évoquent également de petits meurtres en famille. Derrière la haine, (Fleuve noir, 2012, Prix des lycéens de littérature belge en 2015) et sa suite, Après la fin (Fleuve noir, 2013), romans dans lesquels des relations de voisinage, de cordiales, deviennent amicales, fusionnelles et virent au drame. Et enfin, L’innocence des bourreaux (premier roman chez Belfond, 2015), qui commence par une prise d’otages dans un supermarché. LE POLAR HISTORIQUE Les romans d’Alain Berenboom se situent souvent à la limite du roman noir et du polar

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DOSSIER 07 Polar contemporain Page de g. Patrick Delperdange © Nicolas D. historique  : le contexte historico-géographique employé est la Belgique du vingtième siècle  : la Libération (Péril en ce royaume, Pasquito, 2008), la décolonisation (Le roi du Congo, idem, 2009), l’immigration italienne (La recette du pigeon à l’italienne, Genèse, 2012), les années cinquante (La fortune Gutmeyer, id., 2015) ou les premiers succès électoraux du Vlaams Block (Le lion noir, Flammarion, 2000). Quant à Jacques Neirynck, après un « thriller théologique  » (Le manuscrit du SaintSépulcre, Cerf, 1995) et un « thriller mystique » (L’ange dans le placard, Desclée de Brouwer, 1999), il a écrit trois romans historiques dans la série « Les enquêtes du capitaine Raoul Thibaut de Maizières », qui se déroulent à la Belle Époque (coll. 10/18, 2007-2008). Mentionnons aussi une autre trilogie, de la plume d’André-Paul Duchâteau : « Charles Dickens », (Les chemins de lune, Le voleur d’âmes, Les anges de cire, Le Masque, 20002003). Duchâteau a également mis en scène Marie Tussaud dans un roman historique pour la jeunesse : Les masques de cire (Travelling, 1993). Et terminons par un petit rappel «  historique » : popularisé par la collection « Grands détectives  » de 10/18, ce genre littéraire a tout d’abord séduit un éditeur… belge : dixneuf romans de la collection « Le Gibet » ont été publiés chez Marabout en coédition avec Robert Laffont de 1955 à 1957. UNE POINTE D’HUMOUR Pour certains écrivains, le noir est également la couleur de l’humour. De Nadine Monfils, Thomas Owen a écrit : « Elle est pareille à ses héroïnes. Elle demeure maîtresse de la situation. Quand on l’interpelle, elle se retourne, se penche en avant, trousse son jupon, montre son derrière et s’envole pardessus les toits » (préface à Laura Colombe, Le Cri, 1981). Professeur de morale, galeriste, critique littéraire, metteur en scène et écrivain, elle a publié son premier polar dans la « Série noire » : Monsieur Émile (1995), dans lequel l’enquête est menée par l’inspecteur Kamikaze, dont le passe-temps est le crochet, et qui préfigure « le commissaire Léon, le flic qui tricote » (onze romans parus, Vauvenargues, rééd. Belfond). Dans ces aventures, Nadine Monfils offre une vision pittoresque de son quartier d’adoption, Montmartre. Madame Édouard, le premier titre de la série, a été porté à l’écran en 2003 par l’auteur elle-même, avec un casting impressionnant. Ses autres romans sont tout aussi attachants et atypiques, mélange de candeur et de cruauté, de poésie et de fantastique, d’argot et d’expressions typiquement bruxelloises. Citons par exemples les enquêtes du commissaire Lynch dans la ville surréaliste de Pandore et les aventures de Mémé Cornemuse, psychopathe octogénaire et nymphomane amoureuse de Jean-Claude Van Damme (respectivement trois et cinq volumes parus chez Belfond et Pocket). Nadine Monfils a également écrit sous les pseudonymes Salamandre, Nikita et Dominique Antarès. Autre série humoristique, les «  Enquêtes de Cawèlêr  » due à l’imagination débordante d’André-Pierre Diriken  : François Boudrikêt, commissaire de police à Liège se voit voler la vedette par son chat, un matou qui parle wallon et mène l’enquête avec son maître. «  Se réclamant à la fois d’Arthur Masson et de San-Antonio » (Angie Matt), l’auteur construit un univers décalé, facétieux et loufoque. Les romans de Diriken ont leur originalité, leur style. Ils sont cocasses, teintés de grivoiserie, un brin provocateurs. (La pendue d’Outremeuse, L’oreille coupée, La transpercée de Paris, Biesse seller, Éd. du Rat, 2003-2013). Petite anecdote  : le bouquiniste «  Tonton Georges » (comme le chantait Brassens dans Le bulletin de santé) était connu pour organiser une foire du livre hebdomadaire dans le centre de Liège. En 2009, il décide de « kidnapper » un écrivain, Maurice Hembise, de l’enfermer dans une cage de verre installée au milieu des exposants et, en guise de rançon, de le faire écrire chaque semaine en public. Onze nouvelles policières dont l’action se déroule dans le milieu des livres d’occasion ont ainsi été publiées dans le recueil Oufti ! paru aux éditions Mémogrames. Cette initiative n’est pas sans rappeler celle du journaliste Jean Falize en 1962. Il lança le défi suivant : écrire un roman de cent soixante pages, en public, enfermé dans une cage de verre. À charge

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de Marabout de le publier le plus vite possible. C’est ainsi que Les morts ont des oreilles a été écrit entre le 15 et le 27 décembre. Le lendemain, cent exemplaires de service de presse ont été distribués aux journalistes. On se souvient également du mythe de la « cage de verre » de Simenon. En 1927, alors qu’il signait toujours Georges Sim, un patron de presse, Eugène Merle, lui proposa d’écrire un roman dans une cage de verre, sous les yeux du public. En fait, le quotidien Paris-Matinal fit faillite avant même d’être lancé, mais la légende est restée tenace. LE LIEU DU CRIME De nombreux auteurs ont décidé de situer leurs intrigues en Belgique  : c’est le cas de Jean-Baptiste Baronian, dont les anti-héros arpentent les rues de Bruxelles, de Dulle Griet (pseudonyme de Paul Couturiau) dans ses Mystères de Bruxelles (Petits meurtres chez ces gens-là et Les fenêtres murmurent, Presses de la Cité, 2012 et 2013). Ajoutons Daniel Decroix pour Rue du Cirque (Baleine, 2000) qui situe son intrigue dans une rue chaude du quartier Nord ; Christophe Collins, qui a publié en 2011 L’étoile de L’Est, la première enquête du commissaire Sam Chappelle (sic) de la Police de Liège. Suit en 2012 L’équerre et la croix, seconde enquête de Chappelle, qualifiée par la presse de « polar maçonnique ». Sous patronyme Christophe Corthouts, il a publié plusieurs romans et a travaillé avec Henri Vernes sur les aventures de Bob Morane. On lui doit 08 des traductions de l’anglais ainsi que de nombreux articles dans Phénix, revue dirigée par Marc Bailly depuis 1985. En 2013 paraît un curieux ouvrage bilingue intitulé Signature de feu / Spoor van vuur (éd. Manteau), écrit conjointement par Barbara Abel, Nadine Monfils, Luc Deflo, Bob Mendes et Christophe Vekeman (trois auteurs néerlandophones à succès). Publié à l’initiative d’une célèbre marque de bière, ce roman collectif a aussi bénéficié de la collaboration d’une soixantaine de fidèles clients de la brasserie. Il faut remonter à 1978 pour lire un ouvrage comparable, Patchwork ou drôle de trame, dû aux membres du « Groupe du Roman » de Robert Montal. Ce roman est devenu policier lorsque Thomas Owen a malicieusement introduit un cadavre au chapitre VIII. Impossible de passer ici sous silence deux anthologies, parues à près de quinze ans d’écart : Bruxelles, du noir dans la blanche (Autrement, 2001), dans laquelle Henri Dougier, fondateur de la maison d’édition, rassemble des textes de JeanBaptiste Baronian, Thomas Gunzig, Alain Berenboom, Gilbert Mérague, Bruce Mayence, Pascale Fonteneau. Et, tout récemment, Bruxelles noir (Asphalte noir, 2015), anthologie dans laquelle Michel Dufranne nous présente treize nouvelles inédites de Barbara Abel, Ayerdhal, Émilie de Béco, Paul Colize, Jean-Luc Cornette, Patrick Delperdange, Sara Doke, Kenan Görgün, Edgar Kosma, Katia Lanero Zamora, Nadine Monfils, Alfredo Noriega et Bob Van Laerhoven. HOMMAGES ET PASTICHES Le roman-hommage et le pastiche sont des genres littéraires qui rencontrent un certain succès dans le domaine policier  : prenons pour exemple les hommages au plus célèbre écrivain liégeois, avec Sur les pas de Simenon, recueil de onze nouvelles publiées par le Club Richelieu de Liège. La même année, Le Monde et les éditions Gallimard ont proposé à leurs lecteurs une série de nouvelles en son hommage. L’une d’elle est de la plume de Pascale Fonteneau, Gare du Luxembourg. Citons aussi les six enquêtes du commissaire Fluet écrites par René Henoumont, publiées en trois volumes chez Racine en 2001 et les aventures spatiales ou fantastiques du commissaire Grosset d’Alain le Bussy : Grosset et le monstre des Ardennes et Grosset et le spaciandre percé. Guy Delhasse, quant à lui, a publié Le témoignage de la dame de cœur (Nostalgia, 2003), sous pseudonyme Stanislas Georges. Dans ce roman, il imagine une rencontre entre Simenon et Steeman dans la Cité ardente (ils n’ont en fait eu que de brèves relations épistolaires durant la guerre). Autre auteur abondamment pastiché : Conan Doyle. On peut penser ici aux cinq romans apocryphes d’Yves Varende (pseudonyme de Thierri [sic] Martens) parus chez Claude Lefrancq et son recueil Sherlock Holmes et les

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DOSSIER 09 Polar contemporain fantômes (Fleuve noir, 1999), qui contient notamment une nouvelle mettant Jean Ray en scène : « Le fantôme de Gand ». Jean Claude Bologne a écrit trois aventures du détective du 221B Baker Street (Le château d’âme, Le testament du sable, Sherlock Holmes et le secret des lettres. Le Rocher, 1997, 2007, 2009). Alain le Bussy a également publié Une affaire sans gravité (Éd. Robert Demeyer, 2005), présentée comme la millième aventure de Sherlock Holmes. Notons qu’alors qu’il nous avait habitués à des romans de science-fiction (principalement publiés chez Fleuve noir), le dernier livre de le Bussy est une histoire policière : Les otages de la dent blanche. (Le Hêtre pourpre, 2003), exploration d’un nouveau genre avant son décès prématuré. Harry Dickson, le «  Sherlock Holmes américain », a également fait l’objet de pastiches après la disparition de la série en 1940 : Yves Varende (Les aventures inconnues de Harry Dickson, deux volumes, éd. l’Âge d’Or, 2009), Alain le Bussy, qui le rebaptise « Garry Dickson  » (Éd. Robert Demeyer) et JeanBaptiste Baronian avec une nouvelle intitulée « Les adorateurs de l’œil » (in Histoires fantômes, La Renaissance du Livre, 2003). Le personnage a également été repris par des auteurs français, Gérard Dôle et Brice Tarvel. ENQUÊTES SURNATURELLES Le mélange des genres est aussi une source d’inspiration : outre des exemples cités ci-dessus (Alain le Bussy et Yves Varende font appa- raître des éléments surnaturels dans les aventures de Sherlock Holmes), Alain Dartevelle en est un des maîtres avec des romans tels Duplex (Naturellement, 2009), dans lequel un enquêteur affronte une mafia qui transforme les prostituées-robots en bombe ambulantes ou La chasse au spectre (L’Âge d’Homme, 2014) dont l’action se passe dans un train gigantesque dans lequel des meurtres seraient commis par un fantôme. Évoquons également les quatre polars fantastiques écrits par Frank Andriat et Jean-Claude Smit-le-Bénédicte et regroupés en un volume chez Fleuve noir en 1998. (Juridiction Zéro, Duckstone, Le voleur d’ans, Les légions du néant). Dans un chapelet d’îles de la mer du Nord, Dogston H. Juge, que la critique a surnommé «  Dirty Harry Dickson », use de méthodes expéditives conte les criminels, surnaturels ou non. LISEZ JEUNESSE ! Les auteurs de policiers « pour adultes » se sont souvent aventurés dans le domaine des livres pour la jeunesse. On pense ici à JeanBaptiste Baronian (Rouletapir, le petit détective, trois volumes aux éd. Grasset 19961997), Pascale Fonteneau (Trop c’est trop ! et Où est passé René ?, La Renaissance du Livre, 2003) et Angle mort (Casterman 2007), ou Patrick Delperdange (Tombé des nues [Mijade, 2000], la trilogie L’œil du milieu [Nathan 2003-2004], Julien d’Ombres [Gallimard, 2005], Comme une bombe [Mijade, 2004, traduit en roumain, espagnol et néerlandais] et La beauté Louise, [Mijade, 2008]). La littérature policière pour adolescents attire également des auteurs plus classiques, tels Thierry Robberecht (La  Disparition d’Hélène Althusser, Duculot, 1996 ; Un cadavre derrière la porte, Hachette Jeunesse 2003) ou Évelyne Wilwerth (La  veste noire, Éd. Hurtebise, 2001). La principale auteur du genre est Gudule (alias Anne Duguël, Anne Guduël, Anne Carali, Anne Karali, Muriel T.), qui nous a quittés l’année dernière à l’âge de soixanteneuf ans. Après une collaboration avec divers magazines français, elle publie son premier livre Prince charmant poil aux dents, un album pour enfants (Syros, 1987). On peut retenir Agence Torgnole, frappez fort (Syros, 1991), Mémé est amoureuse ! (id., 1992), Un jour, je serai assassinée sous ma douche ! (Altiora, 1999) et Barbès Blues (Le Livre de poche, 2001). Elle a également écrit la novélisation d’un épisode de L’instit de Pierre Grimblat : Le crime de Valentin, paru dans la célèbre «  Bibliothèque verte » (Hachette Jeunesse, 1995). Gudule a aussi beaucoup écrit pour un lectorat adulte, souvent sous le pseudonyme Anne Duguël. Relevant d’un fantastique qui n’est pas sans rappeler le genre policier, elle a été comparée à Marc Agapit, prolifique auteur de la collection « Angoisse » de Fleuve noir. Ses thèmes favoris sont les peurs de l’enfance et la maladie mentale. Un de ses meilleurs romans, La mort aux yeux de porcelaine (Flammarion, 1999), est l’histoire d’un petit garçon conditionné par ses parents

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DOSSIER à voir, en tout adulte qui s’intéresse à lui, un pédophile et un bourreau en puissance… un thème proche de la nouvelle Le  parc de Thomas Owen, dans laquelle une adolescente effrayée par des agressions nocturnes tue un innocent… avant de se faire enlever par le tueur en série. L’intégrale des romans pour adultes de Gudule a été publiée en deux volumes aux éditions Bragelonne : Le club des petites filles mortes (2008) et Les filles mortes se ramassent au scalpel (2009). RETOUR DES COLLECTIONS POLICIÈRES Le succès populaire du polar a su convaincre des éditeurs  : la collection «  Romans de gare  », éditées par Luc Pire (en collaboration avec la SNCB-Holding), est celle qui se rapproche le plus de l’esprit du « Jury » de Steeman. Point commun à chaque ouvrage : il se déroule dans une ville belge desservie par une gare. Baronian inaugure la collection avec Meurtre à Waterloo (2011). Les autres titres sont Crime à Louvain-laNeuve par Anouchka Sikorsky (2012), Le martyr de l’Étoile par Évelyne Guzy (2012, Bruxelles), Le mystère Curtius par Luc Baba (2013, Liège), Arrête, arrête, tu maitrank  ! par Jean-Luc Fonck (2013, Arlon), Les dépeceurs de Spa par Marc Hermant (2013), La francisque de Tournai, par Jacques Mercier (2014), La Dyle noire, par Xavier Deutsch (2015, Wavre), Le trésor d’Hugo Doigny par Eva Kavian (2015, Namur). Démarche semblable des éditions Marcel Dricot, situées à Bressoux (Liège). Elles éditent des auteurs régionaux depuis 1974. Dans leur catalogue d’environ quatre cent titres, on trouve, dans une collection spécifique, une trentaine de romans policiers d’une quinzaine d’auteurs dont Michel Joiret, Anouchka Sikorsky (Meurtre à Rixensart, et Disparition à Liège), deux romans de Christian Jamart, surtout connu pour avoir écrit Victor, sur le thème du roman éponyme que Simenon a renoncé à écrire en 1972 (Éd. du Patrimoine, 1988, Grand Prix du concours «  Simenon d’après Simenon  »), et Stanislas-André Steeman, pour un recueil de nouvelles inédites, L’aventure est au coin de la page, édité en 2008 à l’occasion de son centenaire. Noir Pastel des éditions Luce Wilquin compte de nombreuses anthologies rassemblant des auteurs de polars et d’autres de littérature « blanche » qui ont là l’occasion de s’essayer au genre  : William Cliff, Xavier Deutsch, Marcel Moreau, Jean-Luc Outers, Richard Ruben, Pascal Vrebos, etc. Parmi les auteurs de la collection, notons Pierre GuyautGenon, qui a publié précédemment la trilogie Rouge Novembre, Noir Corbeau, Jaune Fauve (Quorum, 1993-1996), Michel Claise, juge d’instruction à qui l’on doit quatre romans policiers dont l’intrigue bénéficie de son expérience dans le milieu judiciaire (dont Souvenirs du Rif, nominé pour le prix « La Plume de Cristal » 2012). Philippe Bradfer, quant à lui, est le père du commissaire JeanFrançois Lartigue, personnage central de trois 11 Polar contemporain

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romans : La nuit du passage (1999), La fiancée du canal (2001) et Les noirceurs de l’aube (2007). L’enquêteur évolue à Reims, à Givet, dans « un univers sourdement simenonien » (Ghislain Cotton). « Noir Pastel » (qui ne se limite pas à la publication d’auteurs belges) a été dirigée par Bruce Mayence. Boulanger durant vingt ans, puis bibliothécaire, il a publié ses romans les plus sombres et les plus réalistes aux éditions Métailié : Du pain sur la planche (1993), Les guenons (1995), Les nonpartants (1997). Des auteurs belges se sont aussi illustrés dans la collection «  Le Poulpe  », lancée et dirigée par Jean-Bernard Pouy (285 titres entre 1995 et 2014 aux éd. Baleine à Paris). Il s’agit de Bruce Mayence pour La belge et la bête (1997), Christian Libens, Guy Delhasse et Jean-Paul Deleixhe pour Dupont liégeois (1998). Christian Libens a été entre autres rédacteur pour Spirou, secrétaire littéraire d’Alexis Curvers, créateur de jeux de société (en collaboration avec Jean-Paul Deleixhe, un de ses complices pour ce « Poulpe »), journaliste et conférencier. Simenonien reconnu, il est auteur d’un guide  : Sur les traces de Simenon à Liège (éd. de l’Octogone, 2002), corédacteur des fascicules accompagnant les DVD de la série Maigret (Hachette, 20052006) et vient de publier, avec Michel Carly, La Belgique de Simenon (éd. Weyrich, 20). Ajoutons qu’il est commissaire scientifique de l’exposition De Liège au monde, univers Simenon (2003) et a donné de nombreuses conférences sur l’auteur en Europe, en Asie 12 et en Afrique. On lui doit aussi une nouvelle policière : Stanislas détective (Luperca, 1987, traduit en néerlandais). Guy Delhasse, surnommé le keeper de la littérature liégeoise, a publié quatre guides littéraires sur la Cité ardente et sur la province de Liège. On lui doit aussi des «  chansongraphie  », entre autres sur Pierre Rapsat et Hugues Aufray. Son roman policier, Hibakusha, est paru aux éditions Lignes Noires en 2000. Dernier poulpe de chez nous, celui du duo belgo-roumain Virginie Baude et Sorin [Ovidiu] Manesia, anciens libraires en chambre pour La légion d’horreur (2002), roman qui entraine en Roumanie le héros, Gabriel Lecouvreur. Une collection parallèle au «  Poulpe  » était consacrée à Chéryl, sa compagne. Pascale Fonteneau y a publié un roman se passant à Bruxelles : Les damnés de l’artère (1996, traduit en allemand). FESTIVALS ET CONCOURS LITTÉRAIRES La vogue actuelle du genre, phénomène inégalé depuis plus de septante ans, a suscité de nombreuses initiatives dont le succès ne fait qu’augmenter l’intérêt pour ce genre  : colloques, festivals, concours de nouvelles, expositions et publication de fanzines. Parmi les concours de nouvelles, on remarque celui de la « La Première » RTBF, inauguré en 1989. Les textes des lauréats ont été coédités par la RTBF et les éditions Labor, Quorum et Ancre rouge. Parmi les lauréats connus, notons entre autres Pascale Fonteneau, Nadine Monfils ou Thierry Robberecht. Le Festival international du Film policier de Liège, qui fête sa dixième édition cette année, remet depuis 2009 « La Plume de Cristal », prix du meilleur polar francophone de l’année attribué en avril dernier pour la première fois à un Belge, Paul Colize pour Concerto pour quatre mains (Éd. Fleuve, 2015). L’action débute avec le casse de l’aéroport de Zaventem (fait divers authentique) et se poursuit avec la préparation de braquages mémorables. Paul Colize a un souci du détail qui n’est pas sans rappeler l’adaptation par Jules Dassin de Du rififi chez les hommes, premier roman d’Auguste Le Breton. Paul Colize est également auteur d’une douzaine de polars, dont le premier, Les sanglots longs, est paru il y a seize ans. Il a publié des nouvelles dans de nombreuses anthologies et a entre autres préfacé Compartiments tueurs de Sébastien Japrisot, adapté à l’écran par Costa-Gavras. Depuis 2010, le festival décerne également le prix de la nouvelle policière, dont les lauréats sont publiés dans un recueil, «  13  bonnes ou mauvaises nouvelles », au curieux format 10 × 8 cm. La Police de Liège organise depuis bientôt dix ans son concours de nouvelles, sur un thème imposé  : «  Traces…  » (2007), « Alarmes » (2008), « Vengeance » (2009), « Canicules » (2010), « Strip-tease » (2011), « Dernier voyage » (2012), « Game over » (2013), «  Tranchées » (2014), « Ice crime » (2015) et « Éclipse » (2016). La plupart des

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DOSSIER 13 Polar contemporain recueils sont édités chez Luce Wilquin. Au sommaire, on retrouve régulièrement le nom de Jacques Godfrind, qui sait utiliser chaque thème avec brio et humour tout en rendant hommage aux grands films de l’âge d’or du cinéma américain. Les festivals dédiés à la littérature policière, lieux de rencontre entre public et auteurs, ont connu également leur succès, qu’il s’agisse de Polar & Co organisé par l’asbl « Série B » de 1989 à 1998 et dont le concept a été repris par la « Maison du livre » de Saint-Gilles sous le nom Total Polar (2004-2008). Le dernier né, Boulevard du Polar, organisé par l’asbl «  Compartiments Auteurs  », parrainé par Nadine Monfils et Patrick Raynal (ancien directeur de la « Série noire ») s’est déroulé à Bruxelles du 10 au 12 juin dernier, en présence d’une trentaine d’auteurs et agrémenté de nombreuses manifestations, dont une conférence en hommage au parisien Albert Simonin, le « Chateaubriand de l’argot ». Les lecteurs, collectionneurs et spécialistes du polar éprouvent – comme tout un chacun – l’envie de partager leur passion et leurs connaissances. Ils le font via des revues autoéditées ou des clubs littéraires. En matière de fanzines, deux retiennent l’attention par leur qualité et leur longévité : Série B (paru dans les années quatre-vingts et nonante), organe de l’asbl du même nom et le trimestriel Encre noire, fondé et dirigé par Éric Albert et dont septante-sept numéros sont parus entre 1996 et 2014, date à laquelle la version papier a été abandonnée3. D’HEUREUSES INITIATIVES Dans les années quatre-vingt, deux initiatives intéressantes en matière de « fan-clubs » sont à retenir, par leur longévité, leur nombre d’affiliés et la qualité de leurs publications. Jean-Baptiste Baronian, Michel Schepens, Désiré Roegiest, Michel Proost et d’autres inconditionnels ont créé l’asbl « Les Amis de Georges Simenon4  » en 1987, qui compte environs cinq cents membres. Cette association publie un Cahier Simenon annuel, rassemblant des textes critiques sur l’auteur, un Bulletin simenonien trimestriel (qui en est à son trente-quatrième numéro), de nombreuses études des meilleurs simenoniens (Menguy, Lemoine, Carly,…) ainsi que des contes, romans, pièces de théâtre ou articles inédits. L’« Amicale Jean Ray / Vriendenkring John Flanders » a été fondée à la même époque. Elle a succédé à la « Fondation Jean Ray » des années septante. Elle rassemble des admirateurs, des chercheurs et des collectionneurs des œuvres de l’écrivain gantois. Ils mettent à disposition des membres ces découvertes, en publiant des ouvrages soigneusement présentés, bénéficiant d’illustrations souvent originales ainsi que d’un riche appareil critique inédit, en respectant scrupuleusement les textes d’origine. Dans le domaine qui nous intéresse, l’Amicale a publié les romans inédits L’engoulevent et L’homme derrière la porte, un fac-similé de l’édition originale de La cité de l’indicible peur, l’intégrale des aventures du jeune détective Edmund Bell et l’intégrale –  en fac-similé  – des aventures d’Harry Dickson auxquelles Jean Ray a contribué, soit en tant que traducteur, soit en réécrivant des passages ou l’histoire entière. Cette collection, composée de vingtdeux volumes, a nécessité dix ans de travail5. Malgré la qualité de la production détaillée dans cet article, nous n’avons pas l’impression d’assister à l’émergence d’une nouvelle école du policier belge. La situation n’a rien de comparable aux années d’Occupation, lorsque les ouvrages français étaient interdits en Belgique. Cette période a permis l’éclosion de talents, tels Owen et Duchâteau, bien que des auteurs prometteurs tels Jules Stéphane ou Géo Dambermont n’aient plus écrit, ils ont préféré retourner à leurs activités d’avantguerre. Actuellement, les auteurs belges sont publiés en France. Comme le souligne Alain Devalck (librairie Polar & Co à Mons), « le problème de la Belgique est que le nombre de lecteurs est limité et la distribution est compliquée… Un éditeur belge n’est distribué qu’en Belgique ». Tout cela a finalement peu d’importance. Le principal est que l’engouement du public pour le genre policier permette à nos auteurs d’affirmer leur présence sur le marché francophone et étranger et à de nouveaux talents d’éclore régulièrement. 1 2 3 4 5 De quoi je me mêle, RTL-TVI, 29 avril 2016. Michel ABESCAT, Télérama, 27 février 2010. www.encrenoire.be lesamisdegeorgessimenon.blogspot.be www.jeanray.be

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