Semailles octobre 2015

 

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Semailles octobre 2015

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Bulletin du service des SOMMAIRE OCTOBRE 2015 - n° 245 Le Mystère de l’Eglise et du peuple de Dieu p. 3 à 7 Des ministères au services de l’Eglise et du monde p. 8 à 18 La Vie consacrée p. 19 à 22 DIOCÈSE DE LA ROCHELLE ET SAINTES https://fr-fr.facebook.com/Service.Diocesain.Vocations.CharenteMaritime

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♦ Editorial : Ce numéro de la revue Semailles nous permettra de lire ou de relire différentes homélies de Mgr Bernard Housset au moment où celui-ci termine son ministère épiscopal au service de l’Eglise de La Rochelle et Saintes. Comme le rappelle en effet le Concile Vatican II dans sa constitution Lumen Gentium : la charge confiée par le Seigneur aux pasteurs (aux évêques) de son peuple, est un véritable service (diakonia) (24). Parmi les charges principales des évêques, la prédication de l’Evangile est la première (25). C’est bien la mission que Mgr Housset a remplie avec toujours beaucoup de clarté, de pédagogie et d’espérance. A l’occasion des messes de remerciement célébrées les 3 et 4 octobre, nous avons pu encore une fois mieux saisir le souci constant de Mgr Housset d’encourager l’Eglise au dialogue avec tous, avec la société telle qu’elle est, avec tous les hommes et femmes de bonne volonté. En relisant les textes présentés dans ce numéro de Semailles, je crois que nous percevons mieux que ce dialogue, auquel le père Housset n’a cessé d’encourager, aussi bien ses collaborateurs que sont les prêtres et les diacres, que le peuple de Dieu tout entier, si l’on veut qu’y soient toujours unis la vérité à la charité, l’intelligence à l’amour, il faut qu’il se distingue par la clarté du langage en même temps que par l’humilité et la bonté, par une prudence convenable allié pourtant à la confiance : celle-ci, favorisant l’amitié, unit habituellement les esprits. (Vatican II, la charge pastorale des évêques dans l’Eglise n°13). Nous rendons grâce pour tout ce que nous avons reçu de Mgr Housset, pour son ministère d’évêque profondément habité de l’Esprit du Concile Vatican II, comme nous le lisons dans l’ensemble de ses interventions. Nous lui assurons notre fidèle prière pour la suite de son ministère qui prendra une autre forme et nous prions aussi pour celui qui sera appelé à lui succéder. « Le Christ est le même hier et aujourd’hui, il le sera à jamais ». Père Mickaël Le Nezet, responsable diocésain de la pastorale des vocations. Crédits Photos : Corref Service Communication diocèse 17 02

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Le Mystère de l’Eglise et du peuple de Dieu « Le peuple messianique, bien qu’il ne comprenne pas encore effectivement l’universalité des hommes et qu’il garde souvent les apparences d’un petit troupeau, constitue cependant pour tout l’ensemble du genre humain le germe le plus fort d’unité, d’espérance et de salut. » (Lumen Gentium 9) « HOMÉLIE DE LA MESSE CHRISMALE lundi 18 avril 2011 » Nous en sommes les acteurs, nous tous ici présents avec tous les baptisés qui vivent leur baptême. Et cette communion s’exprime dans le partage, l’échange de nos réponses à l’appel que les uns et les autres nous avons entendu. Répondre à un appel Car si nous sommes rassemblés, c’est que nous avons été appelés et avons désiré répondre à cet appel. Il est intéressant de savoir l’origine du mot Eglise. En grec, « ecclesia », c’est l’assemblée des citoyens. Mais ce mot grec provient d’un verbe qui signifie littéralement « appeler hors de, appeler au-dehors de chez soi, appeler à sortir de chez soi ». Appartenir à l’Eglise, c’est donc répondre à un appel. D’abord celui du baptême, même si nous avons reçu tout petits ce sacrement, selon le désir légitime de nos parents chrétiens et dans la foi de l’Eglise. Cet appel, nous l’avons aussi accueilli nous, ministres ordonnés, diacres, prêtres et évêque, lorsque nous avons reçu le sacrement de l’ordre pour assurer la cohésion de l’Eglise, en tant que sacrements du Christ-Tête au service de l’humanité entière. Les uns et les autres, nous essayons de répondre à cet appel du Seigneur dans la diversité de nos situations humaines, de nos charges et missions ecclésiales, de nos ministères. Nos réponses sont évidemment multiples et diversifiées, puisque chacun de nous est unique et est appelé à donner sa réponse propre. Mais nous avons tous et toutes en commun la Parole de Dieu. Ce n’est pas par hasard qu’en cette messe de la communion diocésaine, le Christ nous affirme « cette Parole de l’Ecriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ». S’approprier la Parole Reconnaissons que nous catholiques, nous redécouvrons peu à peu la Parole de Dieu, grâce à l’influence bénéfique de nos relations œcuméniques. Ce partage de la Parole entre nous progresse depuis quelques décennies dans notre diocèse sous des formes variées, par exemple révision de vie évangélique dans les équipes d’Action Catholique, formation COMMUNION MISSIONNAIRE Venus de toute la Charente-Maritime, nous représentons l’Eglise diocésaine de La Rochelle et Saintes : hommes et femmes, jeunes et adultes, chrétiens laïcs, chrétiens consacrés, chrétiens ordonnés. Notre messe chrismale symbolise la communion diocésaine qui nous unit en profondeur. COMMUNION ECCLESIALE Que l’Eglise soit définie comme une communion, c’est une réalité tout-à-fait ancienne et traditionnelle, toujours vécue par nos frères orthodoxes et remise en valeur par l’approfondissement du concile Vatican II. Notre communion a son fondement dans la communion des personnes de la Sainte Trinité. 03

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biblique, maisons de l’Evangile, etc. Et maintenant, dans le cadre de notre démarche diocésaine « Baptisés Semeurs d’Evangile », groupes de partage sur les paraboles de la semence. Il était indispensable que notre démarche s’enracine dans une méditation de la Parole de Dieu. Car une chose est de l’entendre, autre chose est de la méditer, la prier et la partager à plusieurs pour se l’approprier et donner sa parole personnelle en réponse à l’Appel de la Parole de Dieu. C’est ainsi que chacun et ensemble : - nous prenons conscience de cet appel permanent qui ne cesse de nous être adressé ; - nous mettons en commun nos réponses qui nourrissent la communion trinitaire qui nous unit. Et celle-ci est beaucoup plus qu’une convivialité aussi chaleureuse soit-elle mais qui risque d’être superficielle ; - nous nous rendons compte que nous ne sommes pas les seuls acteurs de notre existence mais que Dieu nous invente avec Lui par Sa Parole toujours vivante et son Pain de vie eucharistique qui ne mourra jamais. Certes, nous restons marqués par des divergences, des jalousies, des incompréhensions. Mais, peu à peu, Dieu devient de plus en plus l’initiative de nos initiatives tant humaines que pastorales, le réalisateur de toutes nos réalisations. Peu à peu, le Christ Ressuscité vit de plus en plus en chacun de nous et dans notre Eglise, dans une communion qui s’approfondit jusqu’au moment où Dieu sera tout en tous. EN MISSION POUR L’HUMANITE Car la communion que nous formons n’a pas d’autre but que celui-ci : signifier que tous les habitants de Charente-Maritime sont appelés, après leur mort biologique, à partager les relations d’amour qui unissent le Père et le Fils dans l’Esprit et à être ainsi unis les uns aux autres définitivement. Telle est la Bonne Nouvelle dont parle le Christ, en reprenant le prophète Isaïe « Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle ». Tous les humains existent pour être unis à Dieu et entre eux dans un Amour et une fraternité qui ne passeront pas. Chaque personne sera reconnue dans son identité et sa dignité inviolables. Dieu sera estimé vraiment pour le Père de tous, loin des caricatures dans lesquelles il est trop souvent enfermé. Mission difficile mais pas impossible. Sans doute, pour témoigner de cette Bonne Nouvelle et assurer sa mission, l’Eglise est affrontée à de nombreuses difficultés. Par exemple la crise généralisée des institutions, le fait qu’une société adolescente prend ses distances avec son enfance, la suspicion que les institutions, au lieu de favoriser l’épanouissement de leurs membres, se préoccupent de leur survie, l’image de marque de l’Eglise catholique qui a trop régenté les consciences, tout en cherchant à les éduquer, le fait que certains de ses membres ont succombé à l’argent, au pouvoir à tout prix, aux abus sexuels. Toutes ces difficultés vont sans doute perdurer longtemps mais si notre mission de chrétiens n’est pas facile, elle n’est pas impossible, car elle ne l’a jamais été. Un proverbe africain, que l’on me citait récemment, est plein d’espérance : « un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse ». Mission reçue. D’autant que ne nous sommes pas donnés à nous-mêmes cette mission, nous l’avons reçue. Et nous l’avons reçue du Christ qui, par son Esprit, en est le premier Acteur. Il continue d’agir invisiblement mais réellement. Son Esprit nous précède à la fois dans l’Eglise et dans le monde entier. Nous ne sommes que ses intendants et ses serviteurs. C’est Lui qui nous délivre de nos nostalgies d’un passé souvent idéalisé et de nos peurs ou de nos inerties par rapport à l’avenir (par exemple pour la mise en place d’équipes pastorales). C’est Lui qui nous apprend à inventer pour rester fidèles en vérité à la foi de toujours et au Christ Ressuscité. C’est dans la mesure où nous Lui sommes réellement unis que notre participation à sa mission peut être féconde. Quelques conditions de la mission. Soyons aussi persuadés que c’est par la qualité évangélique de notre vie quotidienne que nous assurons la mission qui nous est confiée. Malgré nos déficiences et nos défaillances, malgré nos manques de courage et de vision à long terme, nos repliements sur nous-mêmes et nos atteintes à la communion, nous pouvons être et nous sommes des témoins du Christ vivant et de son estime pour toute personne humaine. Particulièrement pour celles qui sont en situation de précarité et de fragilité. Notre mission consiste aussi aujourd’hui à rechercher avec tous ceux et celles qui en perçoivent la nécessité de nouveaux modes de vie plus solidaires des pays pauvres du Sud et de l’Est et plus respectueux de l’environnement de notre planète. Ne nous inquiétons pas trop de notre avenir, il est entre les mains de Dieu. Cherchons plutôt à répondre à l’appel qui nous est adressé aujourd’hui en partageant nos réponses, appuyées sur la Parole de Dieu et l’Eucharistie. Ainsi Dieu construit-il avec nous notre communion missionnaire. + Bernard Housset Evêque de La Rochelle et Saintes 04

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MESSE CHRISMALE Cathédrale Saint-Louis de La Rochelle, 2 avril 2007 COMME LE CHRIST, PROPHÈTES, PRÊTRES ET ROIS Nous venons d’entendre le Christ affirmer qu’il accomplit la prophétie d’Isaïe. Il montre ainsi qu’il est Prophète, Prêtre et Roi. LE CHRIST Jésus nous dit : « Le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. » Jésus est ainsi Prophète car il fait connaître la Bonne Nouvelle, c’est-à-dire la vérité de Dieu et la vérité de la personne humaine. Chacun de nous est aimé d’un amour infini, chacun de nous, y compris le plus pauvre, est estimé d’une estime qui ne passera pas. Toute femme, tout homme est appelé à entrer en communion avec Dieu et avec les autres. Le prophète révèle. Jésus nous dit : « Le Seigneur m’a envoyé annoncer les bienfaits accordés par Lui. » Jésus est ainsi Prêtre car il oriente les humains vers Dieu pour accueillir ses dons. Au lieu de le soupçonner comme une menace, de le considérer comme un rival, il reconnaît ses bienfaits en permanence et s’offre à Lui totalement. Le prêtre est un orienteur et un offrant (il est d’ailleurs étonnant que, dans la langue française, le substantif correspondant à ‘offrande’ n’est utilisé que comme ‘le plus offrant’, dans une relation marchande. C’est dire que notre culture a du chemin à parcourir pour être pénétrée par la démarche du Christ qui s’offre dans son Amour pur). Le prêtre oriente et offre. Jésus nous dit : « Le Seigneur m’a envoyé apporter aux opprimés la libération. » Jésus est ainsi Roi. Car il accomplit le service de la libération humaine, libération de tout ce qui empêche l’être humain d’être comme Dieu le désire, pleinement fils et frère, pleinement libre, responsable et solidaire. C’est par l’humanité parfaite du Christ que nous pouvons progresser dans notre humanisation et devenir vraiment nous-mêmes, en étant libérés des fatalités qui nous accablent. Le Roi libère. TOUS LES BAPTISES C’est aujourd’hui et pas seulement hier, c’est en Charente-Maritime et pas seulement à Nazareth, que le Christ est Prophète, Prêtre et Roi. C’est ici et maintenant qu’Il communique ses capacités par l’Esprit Saint à nous tous, baptisés. La prière consécratoire du Saint Chrême affirme : « Tes enfants, après être renés dans l’eau du baptême, sont fortifiés par l’onction de l’Esprit et, rendus semblables au Christ, ils participent à sa fonction prophétique, sacerdotale et royale. » Oui, nous tous, baptisés, sommes prophètes, prêtres et rois, dans la diversité de nos situations, de nos états de vie, de nos fonctions dans la société et l’Église, de nos ministères ordonnés. À propos, si nous connaissons bien la date de notre naissance, connaissons-nous celle de notre baptême et de notre confirmation ? C’est ce jour-là que nous sommes devenus semblables au Christ, membres de son Corps et que nous avons été appelés à participer à sa mission. Ensemble, nous sommes appelés à être prophètes, à être révélateurs de l’amour infini de Dieu, de la dignité de chaque personne humaine et de l’estime que Dieu lui porte. Ensemble, nous sommes appelés à être prêtres, à orienter vers Dieu par le Christ et en union avec Lui et son offrande, à offrir tout ce qui est évangélique en nos personnes et chez les non-chrétiens. Ensemble, nous sommes appelés à être rois, à être libérateurs du péché qui retarde et contrarie notre humanisation, dans toutes les réalités humaines qui nous concernent : depuis la famille et l’éducation jusqu’à la culture et la politique, en passant par le travail, les loisirs, la lutte contre l’exclusion et pour le développement durable. LES MINISTRES ORDONNES Tous les membres du Corps du Christ, nous participons à la fonction prophétique, sacerdotale et royale du Christ. Mais, parmi ces membres, quelques-uns sont ministres ordonnés pour être signes visibles de la Tête invisible. Car il ne peut pas y avoir de Corps sans Tête. En permanence, par ce que nous sommes depuis notre ordination de diacres, de prêtres et d’évêque, nous signifions qu’aucun membre, pas plus que le Corps, ne peut se suffire à lui-même. Nous ne remplaçons pas le Christ, nous ne nous substituons pas à Lui. Mais, à travers nos faiblesses et nos insuffisances, nous manifestons visiblement que c’est du Christ invisible, par l’Esprit, que le Corps entier reçoit sans interruption sa vie, sa croissance et sa cohésion. En ce sens, nous ministres ordonnés, sommes irremplaçables et nous avons notre manière propre d’être prophètes, prêtres et rois. LES CHENES ET LES HETRES Chrétiens laïcs, chrétiens religieux, chrétiens ordonnés, ce que nous sommes, depuis notre baptême et notre ordination ministérielle, nous l’avons reçu. Nous ne pouvons pas le devenir tout seuls mais ensemble, dans le Corps tout entier. Il paraît que les hêtres, à la différence des chênes, ne supportent pas d’autres arbres qu’eux-mêmes. Soyons comme les chênes et collaborons les uns avec les autres. Pas simplement parce que l’union fait la force. Mais parce que personne n’est de trop pour signifier et réaliser le mystère inépuisable du Christ, Prophète, Prêtre et Roi pour l’éternité. Amen. + Bernard HOUSSET Evêque de La Rochelle et Saintes 05

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POUR UNE EGLISE FRATERNELLE Messe Chrismale 2013 Dans la préface, je vais rendre grâce à Dieu le Père pour le Christ. « C’est lui, le Christ, qui donne à tout le peuple racheté la dignité du sacerdoce royal. C’est lui qui choisit, dans son amour pour ses frères » - c’est-à-dire tous les baptisés dont les consacrés – « ceux qui, recevant l’imposition des mains, auront part à son ministère », c’est-à-dire les ministres ordonnés, diacres, prêtres et évêques. Et la préface, après avoir rappelé leur rôle dans l’annonce de la Parole, la célébration de l’Eucharistie et des autres sacrements, précise : « Ils seront de vrais témoins de la foi et de la charité, prêts à donner leur vie comme le Christ pour leurs frères et pour toi ». Vous l’avez remarqué, à deux reprises, il est question de frères. Autant dire que nous sommes invités à former une Eglise de plus en plus fraternelle. Le Nouveau Testament utilise très souvent le mot de frères pour désigner les frères et sœurs chrétiens. Et la description de la première communauté parle de « communion fraternelle » (Actes 2). EXPERIENCES DE FRATERNITE EVANGELIQUE Nous vivons, depuis de nombreuses années, des expériences de réelle fraternité entre les divers groupes d’acteurs pastoraux « pour le bien du Corps entier » et à l’intérieur de chaque groupe. Comme dans les paroisses, mouvements, aumôneries et services. Je donne quelques exemples : - Groupes bibliques où leurs membres partagent fraternellement leur accueil de la Parole de Dieu entre adultes ou bien entre jeunes et accompagnateurs ou encore dans des équipes de solidarité avec des personnes en situation précaire, dans le cadre du Secours Catholique. - Animateurs et animatrices en pastorale ressourcent régulièrement leur fraternité dans les journées de l’ISAP (Itinéraire Spirituel des Animateurs en Pastorale). - Equipes pastorales où s’approfondit un apprentissage fraternel de la gouvernance entre laïcs et curé, l’autorité de l’équipe sur la paroisse n’étant pas amoindrie par cette fraternité, pas plus que l’autorité légitime du curé n’est rognée par la responsabilité compétente des autres membres de l’équipe pastorale. - Diacres qui ont constitué – ce n’est certainement pas l’effet du hasard – des « fraternités diaconales ». - Prêtres unis par leur fraternité sacramentelle, celle de leur ordination : ils se retrouvent régulièrement pour partager leurs activités pastorales et aussi pour se soutenir dans leur vie presbytérale. Bien entendu, dans ces groupes et dans les autres d’Eglise, comme dans tout groupe humain, se manifestent des divergences, des tensions, des oppositions et des conflits. La fraternisation chrétienne n’est pas un long fleuve tranquille qui avancerait sans obstacles. Vous aurez remarqué que, dans la Passion selon saint Luc, après l’institution de l’Eucharistie, les apôtres se disputent pour savoir « lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ». C’est très rassurant pour nous ! La fraternité n’est pas spontanée. Elle se reçoit comme un don. Et comme tout don de Dieu, elle est une tâche à accomplir en assumant nos responsabilités humaines. Lorsqu’au Conseil national pour la solidarité, nous avons cherché un titre pour la démarche Diaconia, nous avons commencé par « Osons la fraternité », puis nous avons préféré « Servons la fraternité », car celle-ci se reçoit de Dieu. Oui, si nous sommes frères, appelés à développer entre nous d’authentiques relations de fraternité, c’est parce que d’abord nous sommes fils. Tous les membres de l’humanité ont en commun le même Père, Dieu unique. Et son Fils s’est incarné, comme le dit saint Bernard, « pour devenir l’ainé d’une multitude de frères ». On peut d’ailleurs se demander si une fraternité vraiment universelle – nous n’y sommes pas encore ! – pourrait être affirmée si elle n’était pas fondée sur cette Paternité de Dieu. Tells sont quelques-unes de nos expériences de fraternité évangélique, elles nous permettent de progresser dans notre identité de baptisés et de ministres ordonnés. Mais c’est notre mission aussi qui nous donne de vivre de plus en plus cette fraternité. NOTRE MISSION NOUS FAIT VIVRE LA FRATERNITE Ainsi dans la célébration du Christ grâce à l’Eucharistie et aux autres sacrements. Nous savons bien qu’il ne peut y voir « le sacrement de l’autel » sans le « sacrement du frère ». C’est une perspective qui nous est devenue familière. Le premier livre de celui qui allait devenir Benoit XVI, publié en 1962 et re-édité en 2005, porte comme titre « Frères dans le Christ : l’esprit de la fraternité chrétienne ». Et il insiste sur l’Eucharistie qui, en même temps, célèbre et fonde cette fraternité. Voilà pourquoi la démarche Diaconia, notre sixième chantier, propose que les personnes en situation de précarité soient davantage situées au cœur de nos assemblées eucharistiques et non en périphérie. Notre mission, nous la vivons aussi dans l’annonce du Christ. La catéchèse, la proposition de la foi, pour être fécondes, 06

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passent par une expérience de fraternité. Le TNOC (Texte National des Orientations Catéchétiques) affirme : « Dans l’Eglise, l’ainé dans la foi est frère en humanité de celui qui cherche ; faire une proposition catéchétique demande de se considérer soi-même comme un disciple en chemin à la suite du Christ » (3.1). Ou « Le catéchète est frère du catéchisé. Il n’est pourtant pas « à égalité » avec lui : le devoir de transmettre appelle à exercer une forme d’autorité, celle qui permet à l’autre de devenir « auteur » de sa vie (3.4) » Enfin, notre mission est d’assurer le service évangélique de notre société en étant signes de cette fraternité à laquelle l’humanité entière est appelée. Dans nos pratiques de solidarité, de partage –elles sont nombreuses – vivons-nous une réelle fraternité avec les personnes qui se remettent debout, grâce à nos initiatives personnelles et aux réalisations des organismes ? Quelles réciprocités vivons-nous avec elles ? Leur donnons-nous l’occasion d’exprimer leurs richesses ? Car personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à partager. Savons-nous recevoir de ces personnes ce qu’elles ont découvert de Dieu ? Quel partage spirituel avons-nous avec elles ? Une authentique fraternité est à ce prix. Continuons de former une Eglise qui soit une communion fraternelle, une fraternité évangélique. Amen. + Bernard Housset Evêque de La Rochelle et Saintes 07

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Des ministères au services de l’Eglise et du monde « Le Christ Seigneur, pour assurer au peuple de Dieu des pasteurs et les moyens de sa croissance, a institué dans son Eglise des ministères variés qui tendent au bien de tout le corps. En effet, les ministres qui disposent du pouvoir sacré, sont au service de leurs frères ». (Lumen Gentium 18) Messe de la fraternité presbytérale - Rochefort, 12 mai 2014 NOTRE MINISTERE Ces textes bibliques nous permettent de méditer sur notre ministère de prêtres diocésains. Si notre identité a été re-précisée par le concile Vatican II et ne fait pas de doutes, notre ministère de prêtres et d’évêque, nous l’exerçons dans un contexte socio-culturel nouveau en France et en Europe. Je le rappelle très brièvement : nous avons vécu, ou nous sommes en train de vivre, le passage « d’un christianisme sociologique à un christianisme de choix », selon l’expression de Benoit XVI. Des sociologues disent volontiers que nous passons d’une religion de convention à une religion de conviction. Nous le constatons chez les jeunes et les jeunes adultes : la liberté, l’implication, les décisions personnelles deviennent plus fortes, alors que notre pays s’est considérablement sécularisé et est devenu pluri-religieux. Pour un approfondissement de cette modernité ou post-modernité, je vous renvoie à la remarquable conférence de Henri-Jérôme Gagey. Nous constatons ainsi, dans notre pastorale habituelle, liée aux grandes étapes de la vie (naissances, unions conjugales, décès) que les personnes viennent à nous avec des attentes, formulées ou pas. Mais celles-ci ne correspondent pas souvent à ce que le Christ veut réaliser et à ce que l’Eglise propose. Nous prenons conscience d’un écart, d’une distance. Ces écarts, nous, prêtres et évêques, nous les ressentons dans notre vie et dans notre ministère. Comment le vivre ? Comment faire en sorte qu’ils ne soient pas source de désespoir, de lassitude, de découragement ? I. Puisque notre ministère est d’abord apostolique, méditons la première lecture où nous voyons l’apôtre Pierre, chef des Apôtres exercer son ministère (Actes 11, 1-18). Il est affronté à une situation nouvelle et bénéficie, pour l’assumer, d’un discernement spirituel exceptionnel. Comment lui, juif pratiquant, peut-il manger des aliments interdits avec des païens incirconcis ? Quel écart entre sa foi traditionnelle et de telles pratiques ? Pourtant, il se rend compte que l’Esprit-Saint « s’est emparé de ceux qui étaient là, comme il l’avait fait au commencement pour nous ». Il en tire la conclusion qui s’impose : « Qui suis-je, moi, pour empêcher l’action de Dieu ? » Ce sera le début de l’ouverture de l’Eglise aux non-juifs, même si elle ne se fera pas sans débats ni remous. Nous pouvons rapprocher cet acte pastoral de Pierre de ce qui s’est passé avec le choix de Matthias pour remplacer judas (Ac 1) : Pierre donne deux critères pour discerner ce choix : - « Accompagner les apôtres durant la vie publique de Jésus », c’est-à-dire avoir vu de près le Christ parler, agir, faire le bien. Nous ne sommes pas successeurs des Douze qui ont eu, comme Matthias, une expérience unique. Mais nous sommes successeurs des apôtres, évêques et vous, premiers collaborateurs, car nous avons une relation vivante avec le Christ, tant personnelle qu’ecclésiale. - « Devenir avec les apôtres témoin de la Résurrection du Christ », être témoin de la vitalité du Christ ressuscité. Interrogeons-nous : comment, durant sa vie publique, le Christ a-t-il géré les écarts entre les attentes des gens et ce qu’il voulait réaliser ? Car il y en a des attentes, souvent ambigües : attente de la femme qui vient toucher la frange de son vêtement, attente de la foule qui veut le faire roi après la multiplication des pains, attente des zélotes, attentes de Simon-Pierre et des autres. Quel écart entre ces attentes et ce que le Christ veut réaliser ! Que fait le Christ de cet écart ? Un espace de progression pour ses interlocuteurs, autant ses proches que les plus éloignés. Une occasion d’un pas de plus sur le chemin jamais terminé de la conversion. Un regard et une rencontre qui n’auront pas de lendemain, apparemment, mais qui permettront à ces personnes de cheminer un peu plus vers le renouveau de leurs personnalités. Accueil sans brader les exigences de sa Bonne Nouvelle. Matthias, d’autre part, va pouvoir témoigner du Christ ressuscité, parce qu’il a vu comment le 08

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Christ change, transforme, transfigure la vie de personnes et de groupes. Il en témoigne, parce qu’il discerne l’action de Dieu au cœur des personnes et de la société. A travers les écarts entre les attentes des gens qui viennent à nous et la proposition de la foi, continuons de discerner l’action de la Trinité. Ce discernement pastoral fait partie intégrante de notre ministère apostolique. Il nous permet de ne pas nous décourager devant les échecs ou le peu de résultats apparents de nos activités multiples. Comme aux premiers temps de l’Eglise, l’Esprit du Christ est toujours présent et agissant. II. Si notre ministère est apostolique, il est aussi pastoral. De même, ici, l’évolution socio-culturelle est importante. Dans des territoires de plus en plus vastes, les populations ne sont plus homogènes, y compris dans nos villages ruraux. Dans les espaces rurbains et dans les villes, les relations entre habitants sont souvent superficielles, car les vraies relations se créent ailleurs, sur les lieux de travail, d’études ou de loisirs, même parfois dans les transports, ou bien elles sont épisodiques, liées à la saison touristique. Dans un tel contexte, comment vivre notre ministère pastoral ? Grâce à l’évangile de ce jour (Jn 10, 11-18), contemplons notre Unique Pasteur, le Bon Pasteur. Comment se comporte-t-il dans sa vie publique avec les gens qu’il rencontre en Galilée, en Samarie et en Judée ? Les évangiles rapportent qu’il a différents types de relations : aux foules, aux groupes bien identifiés (pharisiens, 72 disciples, Douze), aux amis de Béthanie (Marthe, Marie et Lazare), aux personnes enfin : Zachée, le centurion romain, l’aveugle-né ... et les membres de sa famille. Pour tous, mais de manières différentes adaptées à chacun, le désir du Christ, comme « Bon Berger », comme le chante le psaume 22 lu hier, consiste à « faire reposer sur des prés d’herbe fraiche, à conduire par de justes chemins, à préparer la table ». Le vrai Pasteur nourrit, fait vivre, veut la vie par sa Parole et le don qu’Il fait de sa personne. Cette nourriture qui donne à vivre, nous la transmettons à la suite du Christ, par nos paroles et nos actes, notre sens de l’accueil et notre charité, la formation que nous assurons et les sacrements. Plus nous sommes « unis au Christ », « configurés » à Lui, selon les expressions de la théologie du ministère ordonné, plus nous répondons à l’amour que le Christ nous porte et plus nous sommes pasteurs à sa suite, plus son Esprit nous donne d’inventer jour après jour le comportement pastoral auquel Il nous appelle. La joie de l’Evangile (267 – 268) : « Unis à Jésus, cherchons ce qu’il cherche, aimons ce qu’il aime ... Pour être d’authentiques évangélisateurs, il convient de développer le goût spirituel d’être proche de la vie des gens, jusqu’à découvrir que c’est une source de joie supérieure. La mission est une passion pour Jésus, mais, en même temps, elle est une passion pour son peuple ... Il veut se servir de nous pour devenir toujours plus proche de son peuple aimé ». III. Il n’y a donc pas à insister sur ceci : si notre ministère est apostolique et pastoral, il est aussi ecclésial. Nous l’exerçons en Eglise, en lien avec les autres membres de l’Eglise, diacres, personnes consacrées, laïcs engagés dans l’animation de l’Eglise et au service de la société. Il n’y a sans doute jamais eu autant de chrétiens formés et engagés dans l’Eglise. Il est évident que l’exercice de notre autorité, au sens noble de ce mot (qui n’est pas à confondre avec l’autoritarisme des petits chefs), en est modifié. Je me souviens de la remarque de l’ancien père-abbé de Belloc, quand j’étais tout jeune prêtre : « On ne dirige pas un monastère de la même manière lorsqu’on a à faire, comme il y a cent ans, à des moines qui majoritairement ne savaient ni lire ni écrire, et maintenant où la plupart des moines ont un niveau culturel de licence ». Nous sommes toujours « sacrements du Christ-Tête », nous avons à agir « in persona Christi capitis », mais nous ne sommes pas le tout du corps. Nous avons à veiller à ce que chaque membre trouve sa place et ait son rôle, en particulier les plus faibles. Nous avons à encourager chacun, avec les difficultés que nous connaissons : appel, formation, accompagnement. Nous avons à maintenir et développer la cohésion et l’unité du corps ecclésial, puisque l’un des éléments de notre identité est d’être « serviteurs de la communion » : communion entre tous les partenaires, articulation entre les trois éléments de l’unique mission de l’Eglise (annoncer le Christ, célébrer le Christ, servir la société), unification et maturation de la vie de chacun des membres dans des existences fragmentées et parcellisées. Ceux qui sont curés font l’apprentissage, depuis une ou deux décennies, d’une réelle collaboration avec les autres membres des équipes pastorales, sans que ceux-ci se contentent de donner « un petit coup de main » à Monsieur le curé. Tous nous avons conscience que l’Esprit Saint nous pousse à mettre sur pied une nouvelle figure de l’Eglise pour l’évangélisation, la nôtre et celle de nos contemporains, dans une nouvelle figure française et européenne. Continuons de croire à notre ministère apostolique, pastoral et ecclésial. Les prêtres sont irremplaçables. Et vivons dans la joie du Christ ressuscité que personne ne peut nous enlever. Amen. + Bernard Housset Evêque de La Rochelle et Saintes 09

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ORDINATIONS SACERDOTALES Accompagné de huit prêtres et de 20 laïcs de Charente-Maritime, notre évêque, en la cathédrale de Jacmel (Haïti), le dimanche 24 février, a ordonné prêtres Bernadin Auguste et Sermonfils Auguste, de la Société des Prêtres de Saint Jacques, ainsi que Jude Fils-Aimé, du diocèse de Jacmel, en présence de Mgr Guy Poulard, évêque du lieu. Voici l’homélie de la messe d’ordination. Durant des siècles, ce sont les Églises d’Europe qui ont envoyé des missionnaires dans le monde pour annoncer l’Évangile « à toutes les nations », selon le désir du Christ que nous venons d’entendre (Mt 28, 16-20)). Aujourd’hui, les Églises d’Afrique, d’Amérique, de Haïti et d’Asie envoient en Europe des prêtres pour évangéliser les Européens. C’est le signe que vous êtes devenus une Église majeure, adulte, capable d’entrer avec notre Église en France dans des relations de réciprocité. Vous, Jude, vous allez exercer votre mission dans le diocèse de Jacmel. Vous, Bernadin et Sermonfils, dans le diocèse de La Rochelle et Saintes, qui vous reçoit comme missionnaires à part entière. PRETRES POUR QUE TOUTE L’ÉGLISE SOIT MISSIONNAIRE Une mère disait à son fils, au moment de son ordination sacerdotale : « va, vis et deviens ». De tout cœur, nous vous disons aujourd’hui : « allez, vivez et devenez ». Allez en mission et devenez les prêtres que le Seigneur désire pour son Église en Haïti et en France, sociétés qui ont, l’une comme l’autre, leurs valeurs et leurs lourdeurs, leurs richesses et leurs pauvretés. Vous êtes missionnaires. Ce mot latin signifie la même chose que le mot grec « apôtre », et est traduit, en français par le mot « envoyé ». Le Christ a été envoyé par le Père révéler son Amour pour l’humanité et construire son Royaume dans notre monde. A son tour, le Christ, en donnant l’Esprit Saint, envoie tous les baptisés pour révéler l’Amour de Dieu et participer à la construction de son Royaume. Comme Jérémie (cf 1ère lecture Jr 1, 1.4-10), tous les baptisés sont appelés par Dieu pour être envoyés dans notre Société. Pour être « disciples et missionnaires de Jésus-Christ », selon l’expression de la déclaration finale de l’Assemblée d’Aparecida (1), reprise par les évêques d’Haïti dans leur appel du 8 décembre 2007. On ne reçoit pas le sacrement de baptême pour soi, mais pour participer à la mission du Christ avec les autres baptisés. Chacun est nécessaire, personne n’est de trop dans la mission. Pour que le plus possible de baptisés soient missionnaires dans la vie de tous les jours, en famille, au travail, dans le sport, dans l’éducation, le Seigneur en choisit quelques uns qu’il appelle à se consacrer totalement à la mission. Ce sont les prêtres et les évêques et, d’une autre manière, les diacres, c'est-à-dire les baptisés qui reçoivent le sacrement de l’ordre avec ses trois degrés. PRETRES IRREMPLACABLES Les prêtres sont, et seront, toujours irremplaçables, pour qu’il y ait l’Église que Jésus-Christ a voulue et qu’il continue de vouloir. (1) : Aparecida, le Lourdes du Brésil, est un sanctuaire marial où s’est tenue, au printemps 2007, la rencontre des évêques de l’Amérique latine et des Caraïbes 10

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Nous venons d’entendre l’apôtre Pierre nous parler de « pierres vivantes, édifiées en construction spirituelle » (cf II Pi 2,4-9). L'Église peut être comparée à un arc de pierres : pour qu’il tienne, la clé de voute, au centre, est nécessaire ; mais sans les autres pierres, l’arc n’existerait pas. La clé de voute, c’est, bien sûr, le Christ. Il agit en tous les baptisés, présent dans chacun avec le Père et l’Esprit. Son Esprit agit aussi dans notre monde. Mais il est invisible. Il est donc représenté visiblement par l’évêque, les prêtres et les diacres comme clés de voute visibles. Toutefois, il ne peut pas y avoir l’Église sans les autres pierres vivantes que sont les chrétiens consacrés. Chacun est nécessaire aux autres. Les prêtres exercent ainsi leur ministère en collaboration, en concertation avec les autres chrétiens pour que toutes les pierres de l’arc soient bien jointes et tiennent ensemble. Ils ont sans cesse à former les baptisés pour être disciples missionnaires du Christ, à les encourager et à assurer leur communion. De plus, comme des maçons, ils ont à tailler de nouvelles pierres pour que toute l’Église assure sa mission dans des groupes humains qui ne connaissent pas le Christ. Ainsi, moins que jamais, on ne peut être prêtre tout seul. La mission est mieux assurée par plusieurs personnes que par une seule. Et cela dans les trois grandes fonctions de l’Église : annoncer le Christ, célébrer le Christ, servir la société au nom du Christ. Votre tâche sera passionnante et magnifique, même si elle ne sera pas facile tous les jours. Elle se heurtera aux mêmes difficultés et aux mêmes refus que le Christ a essuyés. A la différence que Lui a exercé sa mission de manière parfaite, tandis que nous, nous sommes traversés par le péché, et succombons parfois à la tentation de devenir propriétaires de notre mission, ou bien de nous installer à notre compte. En s’adressant aux séminaristes, Jean-Paul II leur montrait la beauté du ministère presbytéral : « Si le Christ est présenté aux jeunes avec son vrai visage, ils le voient comme une réponse convaincante et ils sont capables de recevoir son message, même s’il est exigeant et marqué par la Croix. C’est pourquoi, me laissant prendre par leur enthousiasme, je n’ai pas hésité à leur demander un choix radical de foi et de vie, leur indiquant une tâche merveilleuse : se faire les « veilleurs du matin » en cette aurore du nouveau millénaire » (Novo millenio ineunti). DEVENEZ PRETRES D UNE ÉGLISE… Quelle est la mission de L'église à laquelle vous êtes ordonnés ? Je voudrais rapidement évoquer trois aspects – parmi d’autres – qui me paraissent essentiels pour notre département de Charente-Maritime. Je pressens qu’ils le sont aussi pour le diocèse de Jacmel. Qui témoigne de l’estime et de la proximité de Dieu Être chrétien, c’est croire que Dieu estime chaque personne humaine. Non seulement les catholiques et les autres chrétiens, mais tous les humains sans exception, dans la diversité de leurs cultures, de leurs religions, ou de leur indifférence religieuse. Chacun de nous est estimé par Dieu : en avons-nous réellement conscience ? 11

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Cette estime de Dieu est une des conséquences de l’Incarnation. Le Dieu qui s’est révélé en Jésus-Christ est un Dieu proche des hommes. Il n’est pas resté à distance. Il est venu partager notre condition humaine, avec ses joies et ses souffrances, pour que nous puissions partager sa condition divine. Il n’est pas resté éloigné, il est devenu proche. Il ne s’est pas contenté d’une visite de passage, il demeure avec nous, de manière définitive. « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28,20). Devenus proches des personnes qui vous seront confiées, allez vers elles, partagez leurs préoccupations et leurs aspirations, montrez-leur l’estime de Dieu. … Qui témoigne de la fraternité humaine et agit pour la développer Puisque Dieu estime chaque être humain, Il nous invite à nous estimer les uns les autres. Il est le Père de tous et nous sommes ses enfants. Il nous appelle à devenir de plus en plus frères, vraiment responsables et solidaires les uns des autres. A agir pour que chacun, libéré des fatalités qui l’accablent, puisse donner le meilleur de lui-même et remplir le rôle que Dieu désire pour lui. Qu’il puisse vraiment développer ses capacités en ayant accès à l’eau, à une nourriture saine et équilibrée, à l’éducation, aux soins, à la culture et à une formation spirituelle. Car l’authentique développement humain passe par l’accueil de Celui qui fonde notre fraternité. Dans vos ministères, travaillez à cette fraternité. Vous savez qu’en France, s’il y a beaucoup de richesses économiques (mal partagées, il est vrai), les pauvretés spirituelles sont importantes. …Qui témoigne de la joie de Dieu Dieu est heureux, et nous invite à partager son bonheur. C’est la raison pour laquelle il est venu demeurer parmi nous. Quand nous affirmons que Dieu nous sauve, c’est ce que nous voulons dire. Et, pour cela, il nous arrache au péché, il nous pardonne. Car c’est le péché qui nous empêche d’être heureux dès maintenant. Dieu nous sauve non pas de manière magique mais en nous faisant confiance. La magie, c’est demander à Dieu de faire les choses à notre place. La foi, c’est répondre à la confiance de Dieu en prenant nos responsabilités, sans résignation. Dans votre vie pastorale, témoignez de cette joie et de ce bonheur auxquels Dieu nous appelle aujourd’hui. Ce ne sont ni le mal ni la violence qui auront le dernier mot. Nous sommes tous en marche vers la Plénitude de la joie. + Bernard Housset Evêque de La Rochelle et Saintes 12

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ORDINATION PRESBYTERALE DE PHILIPPE TEULE Dimanche 7 octobre 2012 Cathédrale Saint-Louis de La Rochelle Philippe, Les lectures bibliques que tu as choisies indiquent bien qu’en devenant prêtre, tu veux servir le Christ. On ne peut pas connaitre le sens profond de la vie d’un prêtre sans se centrer sur Jésus, mort et ressuscité, le cœur de notre foi chrétienne. SERVIR LE CHRIST Ainsi, la seconde lecture nous dit que le Christ, devenu « grand prêtre », a reçu cette mission de Dieu. Il ne se l’est pas attribuée lui-même. Tu as ressenti le désir de devenir prêtre, mais c’est l’Eglise qui t’appelle en confirmant l’appel du Christ. Tu as pris le temps d’une préparation en famille, dans l’exercice de ton métier, puis au séminaire, particulièrement celui du Prado fondé à Lyon par le père Antoine Chevrier, et dans notre diocèse en étant en lien avec différents prêtres et groupes de chrétiens, en particulier la Mission Ouvrière, enfin la paroisse de Rochefort où tu as exercé ton ministère de diacre. La seconde lecture dit aussi que le Christ exerce son « sacerdoce ». Qu’est-ce que le sacerdoce ? C’est la capacité du Christ, Lui qui s’est totalement offert à son Père par amour de l’humanité entière, de communiquer sa vie, à la fois sa vie divine qui l’unit depuis toujours au Père grâce au Saint-Esprit et sa vie humaine parfaite. Tous les baptisés, grâce au baptême, participent à ce sacerdoce du Christ et reçoivent, peu à peu, sa vie humano-divine. Mais, pour que cette transformation se réalise, ils ont besoin de personnes qui leur communiquent ce sacerdoce du Christ. Ce sont ces hommes qui reçoivent comme toi le sacrement de l’ordre. Aujourd’hui et pour toujours, tu reçois ce sacerdoce apostolique. Tu acceptes de consacrer ta vie à faire connaitre et aimer le Christ en allant vers les autres, vers tous ceux qui s’interrogent. Tu veux vraiment te mettre sans cesse en route pour rejoindre les hommes et les femmes, les jeunes et les adultes sur tous les chemins de leur existence. Pour partager leurs joies, leurs difficultés, leurs dynamismes, leurs contraintes. MINISTERE RISQUE ET ASSURE Tu exerceras ta responsabilité en annonçant la Parole de Dieu, principalement dans la prédication, la catéchèse, la formation permanente, avec des pédagogies sans cesse renouvelées. En donnant les sacrements, particulièrement l’Eucharistie. Et, enfin, en animant la communauté catholique et en construisant ainsi le Corps du Christ. Cette responsabilité est passionnante, tout en étant à la fois risquée et assurée. Il est bien vrai qu’aujourd’hui, exercer un ministère de prêtre, c’est à la fois, jour après jour, conjuguer les risques de l’aventure missionnaire et l’assurance donnée par la foi. Ministère risqué, car, par temps d’orage, il faut du courage. Et c’est vrai que les temps ne sont pas faciles, l’Eglise et la société sont en grande transformation. Il y a beaucoup d’incertitudes en de nombreux domaines. Les institutions sont, a priori, suspectées. Aucune n’y échappe, pas plus l’Eglise que les autres. La dimension spirituelle, qui est pourtant constitutive de toute personne humaine, n’est pas beaucoup considérée. Tu as pu constater toi-même que peu d’enfants reçoivent une éducation en ce sens. Tu auras donc à « ramer à contre-courant ». Mais, en même temps, ton ministère est assuré. Car travailler en Eglise pour le Christ et avec le Christ, c’est travailler pour du solide, du fiable, du stable. Non seulement le Christ Ressuscité ne peut pas nous décevoir, mais Il sait où Il va. Il sait où Il nous conduit. Et si nous n’avons pas choisi de vivre en période de profonde mutation de civilisation, le Christ n’a pas de doute sur notre avenir et la réalisation du désir de Dieu. Tu le constates et tu le constateras, à ceux et celles qui l’accueillent librement, le Seigneur donne une joie que nul ne peut enlever. Telle est l’assurance de la foi chrétienne. Et donc du ministère des prêtres. Ton ministère, à la fois risqué et assuré, tu l’exerceras bien entendu, non seulement en collaboration avec les autres prêtres, mais avec tous les baptisés. Loin de te sentir menacé dans ton identité par le développement des catholiques qui deviennent de plus en plus responsables de l’animation et de la mission de l’Eglise, tu participeras à leur maturation chrétienne, tout en travaillant à la tienne. Dans l’Eglise, la plupart des chrétiens sont laïcs, quelques uns sont religieux, quelques uns sont ordonnés (diacres, prêtres, évêques). Tous sont indispensables. Et nous constatons combien cette conviction, rappelée par le concile Vatican II, progresse dans notre diocèse et dans toute l’Eglise. C’est une nouvelle figure de l’Eglise qui se met en place, un nouvel art de vivre en Eglise. Avec bien sûr des tâtonnements, des résistances, des inerties. Mais l’Esprit nous pousse à aller de l’avant. BONNE NOUVELLE POUR NOTRE SOCIETE Ton ministère te conduira aussi en Eglise à aimer notre société de l’amour même du Christ. C’est d’ailleurs pour cette raison que tu as choisi la première lecture extraite du Livre d’Isaïe et l’Evangile où il est question de Bonne Nouvelle. Quelle est-elle ? C’est que le Christ est venu dans notre monde pour qu’il soit sauvé. C’est-à-dire qu’il soit libéré de ses déviances, de ses dérives et qu’il puisse atteindre le vrai bonheur. 13

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L’Eglise n’a pas pour mission de chercher son intérêt ou sa puissance. Elle existe pour témoigner de cette Bonne Nouvelle, manifester que nous sommes en marche vers la plénitude du bonheur, à la fois don de Dieu et résultat de nos actions humaines. L’actualité de ces dernières années nous montre que nos démocraties sont fragilisées. Elles ne sont plus menacées de l’extérieur comme au XXème siècle par les fascismes et les autoritarismes, mais elles peinent de l’intérieur à articuler les légitimes aspirations des individus et le vivre-ensemble. Elles ont du mal à conjuguer liberté personnelle et solidarité pour le bien commun entre les générations, entre les cultures différentes, en France et avec les pays pauvres, plus particulièrement dans les pays de l’Est et en Afrique. Tu remarqueras que dans les débats actuels, peu en parlent, alors que cette misère est l’une des scandaleuses injustices de notre temps. En tant que prêtre, avec toute notre Eglise, tu continueras d’aimer notre société en travaillant à son unité, à sa communion, à sa libération. Le Christ est venu précisément, comme Il le dit, en reprenant Isaïe « Porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance, aux captifs la liberté, consoler tous ceux qui pleurent ». Oui, tu vivras ton ministère de prêtre de la sorte, animé par cette spiritualité caractéristique du Prado. Sois pour notre société, cher Philippe, témoin et acteur de cette Bonne Nouvelle. Amen. + Bernard Housset Evêque de La Rochelle et Saintes ORDINATION DIACONALE ARNAUD FOUAN DOMINIQUE VIGIE Saintes - 12 SEPTEMBRE 2010 En devenant diacres permanents, vous recevez la mission de témoigner publiquement de la foi chrétienne. Vous le faisiez, vous essayiez de le faire jusqu’ici comme chrétiens laïcs. Vous le ferez, vous essayerez de le faire désormais comme chrétiens ordonnés, ayant reçu le sacrement de l’ordre par lequel vous est conféré le diaconat permanent. VOUS APPUYER SUR LA FORCE DE DIEU (1 Tim 1, 12-17) Cette responsabilité aurait de quoi, sinon vous écraser, du moins vous faire peur. St Paul, dans la seconde lecture de ce dimanche, répond à cette objection. Il était persécuteur des chrétiens. « Le Christ lui fait confiance en le chargeant du ministère ». Ce qui est vrai pour l’Apôtre Paul se vérifie aussi pour vous deux. En recevant ce ministère diaconal, soyez « pleins de reconnaissance pour Celui qui vous donne la force ». D’ailleurs, ce n’est pas vous qui vous êtes proposés, vous avez répondu à un appel de la communauté catholique. Non pas que vous seriez supérieurs aux autres laïcs. Non pas que vous seriez plus compétents dans vos multiples activités. Non pas que vos familles seraient parfaites (il n’y a d’ailleurs nulle part de famille idéale). Mais, après un temps de discernement et de formation, vous avez formulé votre réponse à cet appel, librement et sachant à quoi vous vous engagez. Car vous savez par votre expérience chrétienne que Dieu est plus grand que nos insuffisances 14

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et nos fragilités. Votre réponse s’est appuyée sur sa force et sa confiance. Vous continuerez ainsi chaque jour et vous pourrez exercer votre nouveau ministère dans la paix de Dieu, tout en assumant les contraintes et les contrariétés inévitables de toute situation humaine. COUPLE ET FAMILLE SONT ESSENTIELS Je viens de parler de nouveau ministère, mais vos responsabilités principales ne vont pas changer. J’insiste sur la première d’entre elles, celle d’époux et de père. Car la stabilité et l’harmonie des familles constituent actuellement un enjeu essentiel pour le présent et l’avenir de notre société, comme de notre Eglise. En devenant diacres, vous ne cessez pas d’être époux et pères. Vous, Arnaud avec Béatrice et vos cinq enfants. Vous, Dominique avec Catherine et vos six enfants, dont Benjamin déjà parvenu à Sa Plénitude. Le sacrement de l’ordre n’entre pas en concurrence avec le sacrement de mariage. Au contraire, il peut développer avec lui une synergie spirituelle. L’expérience des diacres mariés qui s’intensifie en France en témoigne. Et les belles lettres écrites par vos enfants respectifs sont très significatives sur cette réalité si importante du couple et de la famille et de leur épanouissement. Oui, l’union d’un homme et d’une femme dans un mariage définitif exprime, pour nous chrétiens, la fidélité de Dieu à son Alliance avec l’humanité entière. Le don réciproque des époux dans leur relation amoureuse manifeste la vérité de Dieu et sa relation avec nous : Dieu est don, Dieu se donne définitivement. Les relations de réciprocité qui grandissent entre parents et enfants, à travers les ajustements et les tensions des parcours de croissance, nous font pressentir la réciprocité de l’amour que Dieu désire établir avec chaque personne humaine et l’humanité entière. Un Dieu qui se donne pour toujours dans la réciprocité de l’amour avec chacun. Voilà pourquoi il est indispensable que l’Eglise exprime au mieux ce Dieu proche. Telle est l’une des missions des diacres : grâce à leur situation familiale et professionnelle, être au contact de personnes dont l’Eglise est éloignée, sans prosélytisme. Y compris dans les loisirs, qui occupent une place importante dans nos existences. Arnaud, votre passion de la mer et de la voile est bien connue de vos amis. C’est une école du dépassement de soi, mais aussi un lieu où l’homme mesure sa vraie valeur à l’aune de la création. TROIS PERSPECTIVES DE VOTRE SERVICE DIACONAL (Lc 15,1-32) Pour exercer votre mission dans et avec l’Eglise, l’Evangile de ce dimanche vous propose trois perspectives : - servez la joie de Dieu Le père se réjouit de ce que son fils qui était perdu est revenu à la vie. Car Dieu désire que nous soyons pleinement vivants, pleinement heureux. Et il nous fait confiance pour que nous prenions nos responsabilités en ce sens. Notre Eglise a besoin de joie de vivre. Dominique, j’aime beaucoup recevoir vos vœux annuels par internet. Car vous faites preuve de fantaisie et d’humour, ce qui est fort agréable. - servez la miséricorde de Dieu Vous constatez que cette parabole de l’enfant prodigue, que l’on appelle de plus en plus du père miséricordieux, est l’une des pages les plus bouleversantes de l’Evangile. Etre chrétien, c’est croire profondément que Dieu estime chaque personne humaine, quels que soient ses écarts et ses comportements, que Dieu ne peut approuver évidemment. Chacun de nous vaut plus que ses actes. Chacun est appelé à aimer comme Dieu aime, à être libre de sa véritable liberté. Nous sommes tous en chemin. Et lorsqu’il nous arrive de chuter ou de nous égarer, acceptons de nous laisser relever par Dieu. Sa miséricorde voit le cœur de chaque personnalité et non ses apparences. Ayez le plus possible la main tendue pour en témoigner. Un jeune de 17 ans m’écrit, dans sa lettre de confirmation, cette phrase de sainte Thérèse de Lisieux : « J’aurais pu commettre tous les péchés du monde, cela n’aurait été qu’une goutte d’eau dans l’océan de la miséricorde de Dieu ». Pensez souvent à cette phrase extraordinaire ! - servez l’espérance de Dieu Lui qui ne se décourage jamais, qui ne se laisse jamais rebuter par nos échecs et nos refus, Il croit toujours en l’homme. Ce n’est pas pour rien qu’Il a livré sa vie. A travers les incertitudes actuelles, en un certain nombre de domaines, montrez que notre société a un avenir. Notre monde avance vers son salut, notre humanité est en marche vers sa plénitude. Jour après jour, continuez d’être attentifs à ce qui est vraiment porteur d’avenir et d’espérance. Amen + Bernard Housset Evêque de La Rochelle et Saintes 15

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