Intelligences - Collectif Les 7 Mercelaires

 

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Description

Recueil de textes réalisés par le Collectif d'écrits Les 7 Mercelaires, dans le cadre de ScriptaLinea aisbl.

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Collectif Les Mercelaires 7 Int ell ige nc es Recueil de textes de Laurence Bastin Sefora Ben Moussa Massimo Bortolini Dominique Bovesse Irma Buiatti Mahalia Kamba Tatiana Seinlet 7 écrivant-e-s S c r ip ta Lin e a

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Collectif Les Mercelaires 7 Int ell ige nc es Recueil de textes de Laurence Bastin Sefora Ben Moussa Massimo Bortolini Dominique Bovesse Irma Buiatti Mahalia Kamba Tatiana Seinlet 7 écrivant-e-s S c r i p t a L i n ea

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Collectif Les Mercelaires 7 ScriptaLinea Quelques mots sur ScriptaLinea La compilation de textes Intelligences a été réalisée dans le cadre de l’aisbl ScriptaLinea. ScriptaLinea se veut un réseau, un soutien et un porte-voix pour toutes les initiatives collectives d’écriture à but socio-artistique, en Belgique et dans le monde. Ces initiatives peuvent se décliner dans différentes expressions linguistiques: français (Collectifs d’écrits), portugais (Coletivos de escrita), espagnol (Colectivos de escritos), néerlandais (Schrijversgemeenschappen), anglais (Writing Collectives) ... Chaque Collectif d’écrits rassemble un groupe d’écrivant-e-s (reconnu-e-s groupe choisit un thème de société que chacun-e éclaire d’un texte littéraire, pour aboutir à une publication collective, outil de sensibilisation et d’interpellation citoyenne et même politique (au sens large du terme) sur la question traitée par le Collectif d’écrits. Une fois l’objectif atteint, le Collectif d’écrits peut accueillir de nouveaux et nouvelles participant-e-s et démarrer un nouveau projet d’écriture. Les Collectifs d’écrits sont nomades et se réunissent dans des espaces (semi-) publics : centre culturel, association, bibliothèque... Il s’agit en effet, pour le Collectif d’écrits et ses lecteurs, d’élargir les horizons et, globalement, de renforcer le tissu socioculturel d’une région ou d’un quartier, dans une logique non marchande. Les Collectifs d’écrits se veulent accessibles à ceux et à celles qui veulent stimuler et développer leur plume au travers d’un projet collectif et citoyen, dans un esprit de volontariat et d’entraide. © Collectifs d’écrits Droits d’utilisation : Intelligences du Collectif Les 7 Mercelaires est produit par ScriptaLinea aisbl et mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons texte complet sur http://www.creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr ScriptaLinea, 2016. N° d’entreprise BE 0503.900.845 RPM Bruxelles Editrice responsable: Isabelle De Vriendt Siège social : Avenue de Monte-Carlo 56 – 1190 Bruxelles (Belgique) www.scriptalinea.org Si vous voulez rejoindre un collectif d’écrits, contactez-nous via www.collectifsdecrits.org – page 5 –

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Collectif Les Mercelaires 7 Le Collectif Les 7 Mercelaires Quelques mots sur le Collectif Les 7 Mercelaires Chaque écrivant-e y est reconnu-e comme expert-e, à partir de son écriture et de sa lecture, et s’inscrit dans une relation d’égal-e à égal-e avec les autres membres du Collectif d’écrits, ouvert-e aux expertises multiples et diverses. Chaque année, les Collectifs d’écrits d’une même région ou d’un pays se parcours d’écriture une approche similaire. Cette démarche, développée au niveau local, vise donc à renforcer les liens entre individus, associations à but social et organismes culturels et artistiques, dans une perspective citoyenne qui favorise le vivre-ensemble et la création littéraire. Si le collectif des 7 Mercelaires était : Un genre : un roman de gare Un personnage : Bibi Traindacier Un titre : À la recherche des pas perdus Un auteur : Fréfréfrédédéric Bèguebédé Une collection : la bibliothèque rosse Un prix littéraire : le prix qu’on court après Un outil lié à l’écriture : un papier gras Bon, allez, on développe ! C’était un soir d’orage. Bibi Traindacier avait quitté subrepticement la maison pour se réfugier dans une gare désaffectée et s’était plongée dans un des nombreux romans de gare abandonnés par des voyageurs trop pressés. Un clochard bègue, recroquevillé sur un banc, tenait dans la main un fromage moment : Bbbbbibi Trrrrrrrrrraindadadacier? Oui, mais t’es qui toi? Tu me connais? Fréfréfrédédéric Bèguebédé……. Tu ne me reconnais point, petite inculte! Fréfréfrédédéric Bèguebédé, l’un des plus grands intellectuels belges. C’est moi qui ai créé la bibliothèque rosse. Deux mimi deux mimi deux milliards d’exemplaires vendus, rien qu’à Moule-en-Bec ! Je suis à la recherche des pas pas des pas pas, des pas perdus. Des papas perdus? Des pas perdus? Des pas pas perdus? Des papas pas perdus? Isabelle De Vriendt Présidente de l’Aisbl ScriptaLinea – page 6 – – page 7 –

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Collectif Les Mercelaires 7 Table des matières Pour s’y retrouver Face à tant d’esprit, celui que nous ne nommerons plus laissa tomber son fromage et s’enfuit à toutes jambes pour attraper le prix qu’on court après. Moralité : Rien ne sert qu’on court, il faut partir à point. Laurence Bastin, Sefora Ben Moussa, Massimo Bortolini, Dominique Bovesse, Irma Buiatti, Mahalia Kamba, Tatiana Seinlet Membres du 1er parcours du Collectif Les 7 Mercelaires Éditorial Flâneries sensuello colériques, Laurence Bastin Une vengeance intelligente, Sefora Ben Moussa Intelligence Services, Massimo Bortolini L’intelligence en fuite, Dominique Bovesse Endormissement, Irma Buiatti Un nouveau départ, Mahalia Kamba Lettre à Antoine, Tatiana Seinlet Les écrivant-e-s Le lieu d’ancrage Remerciements 11 13 17 25 35 39 43 51 55 59 61 – page 8 – – page 9 –

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Collectif Les Mercelaires 7 Edito Pourquoi «intelligences»? J’en sais rien, c’est quoi ça? Ça commence par un peu de courage Rage de comprendre, d’écrire Rire de tout et de rien, de soi Soyons libres, spontanés Nez de pied à la vie Virus de la bonne humeur Meurs ou vis en conscience Encensons nos sens Ensemble sens dessus dessous Saoulons-nous un coup Coup de gueule, coup de cœur Heures d’écriture sans heurts Heureux! © Ewen Oliviero – page 10 – – page 11 –

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Collectif Les Mercelaires 7 Laurence Bastin Flâneries sensuello colériques Les épais rideaux se balancent au gré du vent, en ce petit matin calme. Quelques rais de soleil se glissent, petits serpents lumineux, et esquissent, à grands traits d’ombre et de lumière, le portrait de leurs aurores complices. L’heure est à la langueur baignée de quelques notes de musique susurrées par un jazzman habité par la grâce. Gazouillis joyeux des oiseaux, petit trot des chevaux qui rejoignent le cortège royal. La vie circule, leurs esprits voguent, bercés par la vague de leurs inspirs, de leurs expirs, de leurs soupirs. Ils ne savent rien, ils ont tout à apprendre du silence de leurs âmes au repos Leurs paupières s’entrouvrent et se referment, petites lucarnes entrebâillées sur leurs âmes. Leurs yeux se sourient, paresseusement. Leurs bouches baillent longuement. Leurs mains se frôlent, chaleur de la paume, pression mures dans une mutuelle hébétude. Ils ne savent rien, ils ont tout à apprendre de la paix de cet instant sacré Leurs sens entrent dans la danse. L’œil observe la courbe d’une hanche, le doigt suit l’arrondi d’une épaule. Le temps, mis sur pause, écoute les battements de leurs cœurs, petits coups frappés à la porte ouverte sur leurs immensités célestes. La bouche goûte la saveur salée d’une gouttelette de sueur © Ewen Oliviero Ivresse sensorielle, plongée dans leurs dimensions parallèles. Ils ne savent rien, ils ont tout à apprendre de la subtile sagesse des caresses – page 12 – – page 13 –

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Leurs corps émus par ce voyage dévoilent des secrets intemporels à leurs esprits émerveillés par la grande beauté de cette épopée sensorielle. Au dos de leurs pensées poussent des ailes, légères et diaphanes, tremper leurs plumes dans l’encre sacrée de l’intimité et graver la poésie de leur histoire sur le grand livre de la destinée humaine. Ils ne savent rien, ils ont tout à apprendre de l’humanité de cet intime aparté toutes ces merveilles. S’abreuver à la source de l’amour universel que des Leurs intériorités psychiques et silencieuses les font glisser sur les pentes vertigineuses de l’amour et de ses contours insaisissables. De leurs bases consommer, détruire, voter, construire, mettre sur le marché.... Et pendant tout ce temps, l’âme du monde ne cesse de souffrir, étouffée par le vide sidéral de ces préoccupations abyssales. L’âme de ces milliards mistes, à la recherche d’une oasis où troquer ses incertitudes contre un peu de béatitude.... Mais qui leur a expliqué le chagrin? Qui leur a appris la joie? Qui leur a inculqué le courage? Qui leur a dit que c’était sain d’être vulnérable? Quel lycée, quelle université a inclus dans son programme la gestion du deuil et l’apprentissage de la grande solitude? Quelle formation inclut des modules sur les réalités de l’amour et les renoncements nécessaires? La légitimité de la colère? Qui leur a raconté les vides et les trop-pleins? Qui les a éveillés à leur propre conscience, avertis des dangers de leur puissance et de leurs limites? Qui leur a appris l’humilité? Quelle énergie a-t-on dédié à comprendre l’empathie, à l’appliquer? Qui leur a révélé leur capacité d’entrer en Qui les a encouragés à accueillir leurs émotions, à les utiliser comme armes de construction massive? Ils ne savent rien, ils ont juste conscience qu’il est urgent de se relier à l’invisible le nom des capitales internationales. Savoir ce qu’est un fuseau horaire, une latitude, une longitude. Un angle aigu, obtus. Des parallèles. Un triangle équilatéral. Se gaver de chimie, de physique, d’économie, de philosophie, de grec ancien, de latin. Bouffer des pages, vomir des résumés, préparer des oraux, trembler devant des jurys. Se préparer aux examens, aux entretiens d’embauche. Apprendre à se vendre, esclaves consentants. Repasser des concours, obtenir promotions, augmentations. Diriger, manager, organiser, On nous a amputés de la moitié de nos ressources. La raison, le mental, la morale et son armée de pantins au service de chacals assoiffés de fric et de pouvoir, nous ruinent, nous polluent, nous affament de la seule vraie nourriture essentielle à l’homme. Nous sommes une grande armée de zombies errant aveuglément à la Comment voulez-vous que nos enfants nous prennent au sérieux? – page 14 – – page 15 –

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Collectif Les Mercelaires 7 Sefora Ben Moussa Une vengeance intelligente le shérif. Fallait-il vraiment être dans un village perdu pour accepter qu’un tel homme sot, têtu, assoiffé d’argent, de chair et de bien d’autres choses, soit le représentant de la loi ? Comment un homme ayant commis tant de fautes, tantôt fugitif, tantôt condamné au gibet, recherché dans plusieurs États, en était-il arrivé à devenir le shérif d’une contrée peuplée d’honnêtes gens? Ce n’est point sa carrure ou son charisme, ni même son intelligence, qui l’avaient conduit à l’obtention de son poste. Il était de petite taille, mince, claudiquait, son faciès ressemblait à un toast de pain au raisin. Il n’était point le genre d’homme à vouloir défendre la veuve et l’orphelin, sa soif de pouvoir et d’espèces sonnantes et trébuchantes était son plus intelligent que la population qu’il était censé servir et défendre. Il s’était fait faire maints vêtements et objets par les artisans du village. Il aimait porter des bottes en suède, il en avait toute une collection dans diverses variations de bleus, il avait abusé de son poste pour ne point payer ni l’acompte ni le reste d’ailleurs. À chaque arnaque tintait sous le toit de paille de cette crapule de taille la cloche de la futilité, le paroxysme de son plaisir d’omnipotent était atteint. Aucune lutte interne dans cette tête ne pouvait avoir lieu, il n’était pas homme à avoir des remords ni même une conscience. Il était d’un sensuel et d’une © Ewen Oliviero installer des miroirs sur toutes les portes des maisons et des commerces de petite personne de 2 à 3 cm. – page 16 – – page 17 –

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Il lui arrivait souvent, faute de raisonnement, de ne pas mettre la même quantité de coton dans chaque chaussure, ce qui avait pour effet de souligner sa démarche boiteuse. S’il avait un don hormis celui de l’escroquerie, c’était de prouver son grade et sa naissance noble. La seule noblesse qu’il eut fut des moins recommandables, juste une accumulation de crimes les uns les plus horribles que les autres, d’où son titre de Roi de… On ne sait guère aujourd’hui s’il était surnommé le roi de la gâchette, le roi de la diligence… Parfois des détails se perdent, heureusement, dans notre cas, l’essentiel est conservé. Il voulait donc avoir la blancheur du lait d’une vache virginale… Quelle idée! Il s’en était allé quérir une potion éclaircissante auprès de l’apothicaire qui allait bientôt mettre clef sous porte à force de fournir le fat shérif au frais de la princesse de conte de fées. Une fois les cosmétiques à moustaches sa demeure s’arrêtant devant chaque miroir imposé, comme il lui était d’usage. Commençant par les plus mûres, comme avec les catins du saloon local. Il mâcha les fruits bouche ouverte, recrachant les noyaux sur les caisses pleines de pommes, d’oignons et de pommes de terre. Il retourna devant le miroir le plus proche, soit celui de l’épicier, et s’admira. Du jus dégoulinait sur ses bajoues, il souriait, les chicots continuaient la mastication et j’épargnerai les détails nauséabonds pour votre bien-être. Il souleva ses pantalons, Une tuile tomba du porche de l’échoppe et non, le miroir ne l’avait guère absorbé comme l’espéraient chaque jour les migrants irlandais. Et non, il n’eut rendre justice à ses concitoyens. Il avait décidé d’organiser un bal; rechaussant mal ses bottes pleines de petites boules de textile végétal pollué par sa entendit un rire, « Sacrebleu, qui ose rire de mon malheur?» «Saleté d’Irlandais, tu goûteras aux joies de mon cachot et nous verrons si l’envie de rire te reviendra un jour.» Une folle envie de rire s’empara du jeune homme qui fut menotté sur le champ et mené au moyen de coups de pied jusqu’aux pénates du shérif despotique, lesquelles heureusement n’étaient pas loin des lieux de la chute. Comment tant d’injustice était-elle possible, comment d’honnêtes gens se laissaient-ils écraser par un système si pourri et si boiteux? Pourquoi personne n’avait-il songé à se plaindre, à se révolter, à faire appel aux autorités supérieures? saliva, s’approcha de l’étal de la plus grande épicerie du village, il y en avait deux, la seconde appartenant à des Indiens Cherokees. Il se mit à tâtonner les petites boules – les sphères oranges, il n’y en avait qu’une vingtaine, les fruits japonais ou autres étant le plus grand luxe à giniez qu’il le ferait délicatement, vous vous fourrez le doigt … – page 18 – – page 19 –

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Le jeune O’Bryan fut surpris de voir les affreuses toiles décorant les deux cellules constituant la prison locale. Il fallait vraiment avoir une sacrée araignée au plafond pour se faire faire autant de portraits lorsque l’on avait un physique pareil. Dans le chef du despotique policier était née des suites de la chute de tuiles l’idée d’organiser un grand bal le lendemain soir. de faire l’annonce des festivités. Avant d’essayer son tutu de tulle turquoise, le shérif prit tout de même le plaisir d’aller torturer par ses mots le jeune Irlandais. «Tu crèveras d’une grippe, du choléra ou d’une pneumonie après avoir passé une semaine dans mes geôles.» Le jeune O’Bryan était tombé de Charybde en Scylla, c’était bien un monstre mythique réel qu’il avait en face de lui. «Tu es foutu mon gars, t’aurais dû rester chez toi!» seras plus mon concurrent.» La crapule prétendant au titre de roi de beauté. Qu’il est facile de dicter les canons de beauté, tout est relatif, mais les extrêmes sont souvent imposés alors qu’ils sont à la limite de l’inhumain. C’était l’été, tous les blocs de glace avaient été bien entendu réquisitionnés, l’un des dons du despote étant la folie des grandeurs, il aurait pu faire jalouser Louis XIV. Heureusement que les festivités se déroulaient un soir de pleine lune, ainsi la réserve de pétrole à lampe était sauvée. La chorale de l’église était contrainte à entonner des chants païens et parfois paillards pour le plaisir du hautain «Je veux un violoniste sacré nom de dieu! Un violoniste, comment voulezvous qu’on danse sans le son du violon?» Sachant que le seul homme capable de faire pleurer ou rire un violon était le jeune O’Bryan, le shérif décida que, si le bal s’était ouvert à 13 heures et pouvant souffrir l’idée que sa fête fut un échec, il accorda une liberté miraculeuse au jeune homme le temps de l’évènement. Comprenant que la justice de son village d’adoption n’était pas très futefute, O’Bryan décida de tendre un piège à cette dernière, dont l’aveuglement n’était causé que par l’ineptie et l’orgueil. O’Bryan avait trouvé une faille en moins de temps qu’il ne lui fallait pour accorder son instrument. Après trois heures de fête, alors qu’il n’était même pas 17h, le shérif décida qu’il était l’heure du banquet. Il fallut céder au plus vite aux caprices de son infâme seigneurie, les tables furent alignées sur la Grand-Place en un temps record. s’étaient affairées depuis la veille à concocter ses plats préférés: des pommes de terre sautées, des gaufres aux fruits des bois, des carpes farcies, des tartes aux cerises, du pain de maïs aux raisins de Corinthe. Le fat mangeait tel un porc plein de méthane, il aurait pu faire exploser un marais, il faisait jouer des castagnettes ses mâchoires qui, par moments, laisdents s’étant absentées. – page 20 – – page 21 –

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O’Bryan se leva, porta un toast à l’honneur de la bonté de l’hôte; après une vengeance. Sachant que la superbe était un des nombreux défauts de l’hôte, il serait aisé que donné que vous, Monseigneur le shérif, prouvez vos capacités de gestion de notre humble cité, que le tribunal populaire n’a aucun droit ici, que les instances supérieures en tous genres sont à plus de deux jours de route s’il ne pleut pas, et que vous vous devez d’exercer la fonction de Juge Suprême et de bourreau, accepteriez-vous de prêter serment devant nous bas peuple? Le propriétaire des pompes funèbres étant notaire, vous pourriez vous octroyer vos titres tant mérités et exercer votre droit naturel.» Il fut ainsi demandé au bandit une prestation de serment digne d’un personnage de Lewis Carroll. On lui laissa le choix de l’ultime sanction, la pendaison, laquelle serait d’application, sauf en cas d’hiver neigeux. Le gangster avait précisé que des pendaisons, il en avait vu et que cela était fort agréable pour celui qui n’avait point la corde au cou. Cela offrait un spectacle gratuit et surtout un rappel au respect de l’ordre (le message ne lui avait apparemment jamais servi). Ainsi, il fut juré que tout repris de justice, qu’il fut local ou d’un autre État, serait exécuté le jour même de son arrivée, car il fallait en faire un exemple ici et jusque dans les territoires de l’Est. La Cour serait présidée par lui-même et seulement rôle de procéder à l’emprisonnement des hors-la-loi. Deux cordes avaient été commandées durant le discours, et avaient été livrées dans le quart d’heure, dictature oblige! À peine arrivées entre les mains du juge pourri, les cordes avaient été nouées de sorte à en faire de mortels colliers. Après avoir juré et obtenu tous ses titres de justiciers, après avoir descendu quelques litres de tord-boyaux, O’Bryan tendit au juge de la Cour Suprême cher ce placard dans sa future ex-prison. Certes, l’alcool facilita peut-être les choses, on ne sait vraiment s’il prit cela juge-bourreau qui espérait bientôt obtenir le sacré titre de Pape du Nouveau Monde se laissa mener et enfermer dans une de ses cellules qui, malgré le quérir celui qui ne fut jamais pape ni même croyant, on le mena menotté au gibet qui n’était qu’un vieil arbre, tradition de l’ancien continent peut-être. Bête comme il l’était, il croyait que cela était une plaisanterie. Il fut pendu de sa propre main sans vraiment s’être suicidé, ce n’était que justice, bien que la mort ne soit pas le châtiment que nous préconisons. Il fut pendu au moyen du nœud coulant qu’il avait réalisé la veille, pendu car cela avait été stipulé la veille, c’était son idée. Après avoir fait basculer les tréteaux qui le retenaient, il fut détaché après moins d’une minute de suspension. Les mains liées, les poches vides, il fut conduit par O’Bryan et celui qui fut son scribe à New York; il fut enfermé se pendit par sa propre main et ce n’était que justice.» O’Bryan empocha la belle prime et s’en retourna au village dont il devint l’honnête shérif. – page 22 – – page 23 –

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Collectif Les Mercelaires 7 Massimo Bortolini Intelligence Services Je n’ai pas bien compris le fonctionnement de ce “service”, vous pourriez me redire tout cela plus simplement? Si vous voulez, mais je ne suis pas certaine d’y parvenir. Ce que je vous ai dit était assez descriptif, je ne sais pas si le répéter sera très utile. Allez-y, on verra bien… Par quoi commencer? Ma rencontre avec Intelligence Services? Mon entretien d’embauche? Ma première prestation? Mon avis sur tout ça? Qui étaient les invités de la soirée d’hier? Je ne connais pas tout le monde, mais je dirais que ce devait être les habitués de ce genre de mondanités. Quelques vedettes du spectacle, quelques aristocrates déclinants, des juges, des médecins, des politiques, enfin d’anciens juges, médecins et politiques, vous voyez l’ensemble. Rien de bien particulier. La même ambiance décado-décadente, la même nourriture pour moineaux faméliques, les mêmes grands crus servis à mauvaise température. Et vous là-dedans? J’ai été contactée il y a deux jours. Il fallait un expert en thermodynamique. Vous voyez ce que c’est?… Non… ce n’est pas grave… Je suis une des seules sur le marché. Ils n’ont pas fait trop de problèmes. D’habitude, ils en font? © Ewen Oliviero – page 24 – – page 25 –

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Disons que quand ils sont à la recherche d’un physicien, il y a davantage de concurrence, mais en thermodynamique, je crois qu’il n’y a pas mieux que vue à vos interlocuteurs, ça, c’est à la portée du premier laborantin venu, il s’agit aussi de leur faire comprendre de quoi vous parlez, en leur donnant le sentiment qu’ils causent avec vous d’égal à égal. Et? Et rien. J’essaie d’être plus claire que ce que je ne l’ai été. J’ajoute un peu de décor à ce qui s’est passé hier. Après la disparition des enseignants, tous remplacés par des avatars que vous choisissez – cela va du parent que vous avez perdu à la star du X qui vous faisait fantasmer quand vous étiez adolescent – et qui, via votre tablette, vous donnent l’information que vous souhaitez ou la réponse aux problèmes que vous rencontrez, il y a bien eu quelques mises en garde quant à la perte de savoirs que cela représentait, mais ça n’a pas duré. Au début, certains ont cru que tout ce temps qui leur était désormais disponible, ils le passeraient à travailler aux questions, aux méthodes, aux recherches pour lesquelles ils n’avaient jamais eu de temps. Sauf que cela n’intéressait plus personne. La science est belle, mais, sans Ce qu’untel mettait six mois à questionner était désormais résolu en quelques secondes par n’importe lequel des ordinateurs dont nous disposons. Alors, oui, il reste quelques intégristes du savoir qui continuent dans leur coin à chercher on ne sait quoi, mais qui s’en soucie? Et donc, tout ce beau monde, comme la quasi-totalité des habitants de cette planète, s’est retrouvé à ne rien avoir à faire. Voilà. Sauf que la plupart d’entre eux étaient persuadés de constituer une sorte de caste de privilégiés, de gens qui, parce qu’ils possédaient le savoir, se croyaient à l’abri de ce qui arrivait partout ailleurs. Ce qui est assez stupide. Oui. On peut le voir comme ça aujourd’hui, mais durant des siècles, les scien- l’écoute. C’est assez jouissif de voir un ignare se prendre pour une lumière. C’est sans doute ce que je préfère dans cette activité. Avec l’argent qui l’accompagne, évidemment. L’argent, bien sûr. Vous faites ça depuis longtemps? Environ deux ans. Il y a une dizaine d’années – mais vous devez savoir cela aussi bien que moi – la dernière université a été fermée, c’était Cambridge; avoir été fermée la dernière a dû conforter ses dirigeants dans l’opinion que cela est passé relativement inaperçu. Il ne devait plus rester grand monde, l’un ou l’autre concierge, deux ou trois personnes chargées de l’entretien et quelques vieux professeurs nostalgiques. ciété mondiale, ce sont des machines, des super-ordinateurs qui assurent la production, l’éducation, l’information, l’enseignement; nous sommes tous devenus une espèce d’inutiles surnuméraires, qui ne s’intéressent qu’au temps qu’il fera demain, et encore. – page 26 – – page 27 –

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un enseignement ont été mis sur un piédestal. Le progrès et l’avenir dépendaient de leurs travaux, de leurs recherches. Et puis, quasiment du jour au lendemain, des machines, à peine plus grandes que leur agenda faisaient la même chose qu’eux tous réunis en quelques secondes. Tout le savoir du monde est désormais accessible partout tout le temps pour qui en a besoin. Et toutes les réponses aux par un obscur philosophe qui discourait au sujet des universaux qu’abordait la Logique d’Aristote. Rien de bien excitant. Sauf qu’il est parvenu à intéresser plusieurs des invités. Elle a réitéré l’expérience quelques fois et elle a eu l’idée de mettre sur pied une agence de location – pour un soir, une semaine, un mois – de - Oui, bien sûr, n’importe quelle machine vous fournira une réponse – dont je doute que vous puissiez faire un quelconque usage – mais là n’est pas le problème. Il est où? Le problème est que cette question, comme celle de la vie éternelle ou de l’existence de Dieu, n’a plus aucune importance, justement parce que les réponses sont disponibles sur simple demande. Personne ne sait si la réponse est la bonne, l’important est d’avoir une réponse. Les gens ont besoin de réponse, peu importe que ce soit une réponse correcte ou pas, l’important est de combler un vide. Cela n’a plus d’importance, sauf pour qui lui en accorde encore. C’était Une sorte de singe savant moderne… C’est un résumé intéressant. Reste que je n’ai pas de réponses à mes questions. Que s’est-il passé hier soir? Pourquoi cette discussion a-t-elle dégénéré? J’ai eu beau regarder et écouter les enregistrements de la soirée, je ne comprends pas. Vous voulez dire que vous ne comprenez pas pourquoi cet homme et cette femme en sont venus à se taper dessus? C’est ça. Je ne comprends pas en quoi savoir si la conscience se situe ou pas dans les neurones est important au point de tuer quelqu’un. Aucune machine n’a fourni de réponse? question fondamentale étant de savoir si nous sommes uniquement composés de matière ou si la conscience exige un élément, immatériel, en plus? Bref, ce sont des points de vue inconciliables. Une opposition qui a déchiré le monde querelles, ils n’ont eu d’autres recours que de se taper dessus. À court d’arguments, l’être humain en revient vite à cogner, ce qu’il a fondamentalement toujours fait. La connaissance, on pourrait dire la culture, c’est un vernis qu’on a passé sur notre nature, un vernis que certains ont trouvé gracieux, vernis qu’ils ont peur de voir se craqueler, mais ce n’est que cela, un vernis, un vernis dont nous n’avons plus besoin, puisque les machines nous donnent la connaissance, et, à terme, nous donneront sans doute une culture. Restent ces milieux où le vernis est un plus. Vous savez que vernis est aussi le nom d’un mollusque, le Callista chione, qu’on trouve surtout en Méditerranée ? – page 28 – – page 29 –

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