Ailleurs d'ailleurs, par le Collectif La Belle Escampette

 

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Description

Recueil de textes réalisés par le Collectif d'écrits La Belle Escampette, dans le cadre de ScriptaLinea aisbl.

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La Belle Escampette Vous transporte ailleurs Le Collectif d’écrits La Belle Escampette AILLEURS D’AILLEURS Recueil de textes de 3 auteurs Carolina, Jean-Luc M, Viviane Marthe

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La Belle Escampette Vous transporte ailleurs ScriptaLinea Quelques mots sur ScriptaLinea La compilation de textes Ailleurs d’ailleurs a été réalisée dans le cadre de l‘aisbl ScriptaLinea. ScriptaLinea se veut un réseau, un soutien et un porte-voix pour toutes les initiatives collectives d’écriture à but socioartistique, en Belgique et dans le monde. Ces initiatives peuvent se décliner dans différentes expressions linguistiques: français (Collectifs d’écrits), portugais (Coletivos de escrita), espagnol (Colectivos de escritos), néerlandais (Schrijversgemeenschap– pen), anglais (Writing Collectives) ... Chaque Collectif d’écrits rassemble un groupe d’écrivante-s (reconnu-e-s ou non) désireux de réfléchir ensemble sur le monde qui les entoure. Ce groupe choisit un thème de société que chacun-e éclaire d’un texte littéraire, pour aboutir à une publication collective, outil de sensibilisation et d‘interpellation citoyenne et même politique (au sens large du terme) sur la question traitée par le Collectif d‘écrits. Une fois l’objectif atteint, le Collectif d‘écrits peut accueillir de nouveaux et nouvelles participant-e-s et démarrer un nouveau projet d’écriture. Les Collectifs d’écrits sont nomades et se réunissent dans des espaces (semi-) publics: centre culturel, association, bibliothèque... Il s‘agit en effet, pour le Collectif d‘écrits et ses lecteurs, d‘élargir les horizons et, globalement, de renforcer le tissu socioculturel d‘une région ou d‘un quartier, dans une logique non marchande. © Collectifs d’écrits Droits d’utilisation: Ailleurs d’ailleurs du Collectif La Belle Escampette est produit par ScriptaLinea aisbl et mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons 2.0 : Attribution – Pas d’utilisation commerciale – Pas de modification [ texte complet sur: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/ ] ScriptaLinea, 2015. www.scriptalinea.org N° d’entreprise BE 0503.900.845 RPM Bruxelles Editrice responsable: Isabelle De Vriendt Siège social: Avenue de Monte-Carlo 56 - B-1190 Bruxelles (Belgique) Envie de rejoindre un Collectif d’écrits? Contactez-nous via notre site: www.collectifsdecrits.org page 2 page 3

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La Belle Escampette Vous transporte ailleurs Les Collectifs d‘écrits se veulent accessibles à ceux et à celles qui veulent stimuler et développer leur plume au travers d‘un projet collectif et citoyen, dans un esprit de volontariat et d‘entraide. Chaque écrivant-e y est reconnu-e comme experte, à partir de son écriture et de sa lecture, et s‘inscrit dans une relation d‘égal-e à égal-e avec les autres membres du Collectif d‘écrits, ouvert-e aux expertises multiples et diverses. Chaque année, les Collectifs d‘écrits d‘une même région ou d‘un pays se rencontrent pour découvrir leurs spécificités et reconnaître dans les autres parcours d‘écriture une approche similaire. Cette démarche, développée au niveau local, vise donc à renforcer les liens entre individus, associations à but social et organismes culturels et artistiques, dans une perspective citoyenne qui favorise le vivre-ensemble et la création littéraire. Isabelle De Vriendt Présidente de l’AISBL ScriptaLinea Quelques mots sur le Collectif La Belle Escampette Le Collectif La Belle Escampette est né à Figeac, petite ville du sud-ouest de la France. Il s’est installé dans une salle d’ailleurs, prêtée par la mairie de Figeac. En ce lieu austère, l’atmosphère fut studieuse, les échanges passionnés et philosophiques, l’engouement pour le verbe soudant les trois acolytes, participants-écrivants de ce nouveau collectif. Pour ce premier parcours, le Collectif a pris son temps et quoique tardive, l’éclosion de textes eut lieu. Cette compilation en est le témoignage. page 4 page 5

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La Belle Escampette Vous transporte ailleurs Table des matières Pour s’y retrouver Editorial Le jour d’avant Chapitre 1, Jean-Luc M. La fille qui crie à la vie, Carolina Rencontre, Jean-Luc M. Théâtraikus, Viviane Marthe Le jour d’avant Chapitre 2, Jean-Luc M. Cogito ergo sum ? , Carolina Le jour d’avant Chapitre 3, Jean-Luc M. Déchirure, Viviane Marthe Le jour d’avant Chapitre 4, Jean-Luc M. Les auteur-e-s Remerciements page 9 page 11 page 15 page 19 page 27 page 31 page 37 page 41 page 47 page 51 page 57 page 61 © Collectifs d’écrits page 6 page 7

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La Belle Escampette Vous transporte ailleurs Edito Ailleurs d’ailleurs « J’aimerais tellement être ailleurs. » Ailleurs, ce mot, qui ne l’a pas prononcé une fois au moins dans son existence. Un mot très vague, trop vague sûrement. Chacun y mettant une évocation très personnelle. Nous avons essayé de proposer quelques réponses à la question : Quels sens peut-on mettre derrière ce « ailleurs » ? S'évader, prise de risque maximum, jouer sa vie, pour quitter un enfermement et rejoindre un ailleurs, en dehors. Ailleurs, c’est peut-être la liberté. Fuir un pays trop dangereux à n’importe quel prix et rejoindre un rivage accueillant ou hostile. Ailleurs, c’est peut-être l’inconnu. Se séparer, quitter une situation ou une personne car cela devient trop difficile, pour une autre situation ou une autre personne. Ailleurs, c’est peut-être une nouvelle vie. S'échapper par n’importe quel moyen d’un présent où on se sent mal: drogue, technologies modernes. Ailleurs, c’est peut-être éphémère. © Collectifs d’écrits page 8 page 9

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La Belle Escampette Vous transporte ailleurs Jean-Luc M. Penser en s'inventant un ailleurs idéal ou idéalisé. Ailleurs, c’est peut-être dans l’imaginaire. Changer d'espace, changer de temps, changer de coutumes, changer de société, changer de monde finalement. D’ailleurs, être ailleurs, est-ce réellement possible ? Ce début de réflexion a suscité l’écriture de textes que nous vous proposons. Bonne lecture… ailleurs ! Le jour d’avant. Chapitre 1 : Escapade nocturne. Ils venaient juste de sortir. Enfin seul, je vais pouvoir quitter cette chambre que j’avais louée pour les vacances au dernier étage d’une maison de style victorien, entourée d’un parc herbeux avec des arbres centenaires. C’est une bâtisse en pierre, de trois étages. On y accède par un escalier imposant. Une véranda en bois peint en fait le tour. Au rez-de-chaussée et au premier étage, de grandes fenêtres permettent un bon ensoleillement des immenses pièces. Au fond du parc, on accède à la mer par un sentier qui passe au milieu des fougères. La propriété est située près d’une petite station balnéaire très fréquentée l’été. Le propriétaire est un homme d’un certain âge, charmant, qui me rend visite de temps en temps. Il me pose des questions, j’essaie de répondre, ce qui n’est pas toujours facile. Par contre, je rencontre souvent le personnel : jardiniers, personnel de maison... Ils sont nombreux car la maison est immense et plusieurs chambres sont réservées à l’année. Ils sont tous vêtus de la même façon : une blouse beige et un pantalon vert. Une sorte d’uniforme, ce qui fait qu’on ne peut pas les confondre avec des locataires. Ils sont à mes petits soins et parfois même un peu envahissants. Ils peuvent entrer à l’improviste dans la chambre pour demander de mes © Collectifs d’écrits page 10 page 11

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nouvelles J’ai même un peu l’impression qu’ils m’observent. J’ai renouvelé plusieurs fois le bail car je n’ai pas d’obligations particulières. Je suis seul et en retraite. Cela fait donc six mois que je me repose dans cet endroit idyllique et je compte bien y rester quelques mois de plus. Je n’ai pas souhaité rencontrer d’autres résidents car je vous l’avoue, je suis un solitaire. Le plus souvent, je reste dans ma chambre au dernier étage, même si parfois je vais me balader dans le parc. Par l’unique fenêtre, je vois le soleil de juillet griller les derniers nuages téméraires qui se sont approchés. Rougi et épuisé par l’effort, il s’effondre, disparaissant lentement derrière l’horizon. Le ciel passe à l’orange et finira au rouge. Peu à peu, la nuit commence à obscurcir la mer. Vingt-deux heures trente. Je prends mes palmes rangées dans le placard, une serviette et je sors. Personne dans le couloir. Le personnel doit se reposer en regardant un film. Pour arriver à la plage, je traverse le parc désert à cette heureci. Je cours d’un arbre à l’autre puis j’emprunte le sentier. La lumière de la lune m’éclaire suffisamment. Sur la promenade, les boutiques et les bars sont remplis de noctambules qui commencent leur nuit. La musique est à fond. Il est environ vingt-trois heures. C’est mon heure. La plage est déserte. J’entre lentement dans l’eau en prenant soin de m’asperger la nuque et commence à nager vers le large. Le silence est seulement troublé par le clapotis des palmes qui effleurent l’eau. La fraîcheur me fait du bien après une journée de chaleur estivale. Je m’éloigne de la plage et me retrouve dans l’obscurité, guidé seulement par les lumières de l’autre côté de la baie. Mon rythme est régulier, mes mouvements sont déliés, mon corps glisse bien. Plaisir intense. Une mer d’huile, la nuit. Mission dangereuse. Chercher une bombe sous la coque d’un bateau. Plongée dans les abîmes obscurs. Peur sous contrôle. Bombe repérée rapidement, chiffres rouges qui défilent. Trente secondes encore. Pas de temps à perdre. Modèle connu. Désamorçage immédiat. Mission accomplie. Accoudés au bastingage, ils me regardent. page 12 page 13

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La Belle Escampette Vous transporte ailleurs Carolina La fille qui crie à la vie On pouvait l’entendre de loin. C’était comme ça depuis quelques minutes. Sa voix retentissait entre le parvis de l’église et le mur d’enceinte de la prison. Tant pis si les passants assistaient à la scène. Pas grave ! Et même tant mieux. Qu’on se le dise, la fille criait à tue-tête. Bien campée sur ses jambes, tennis aux pieds et téléphone mobile à la main, en short et en débardeur échancré, elle regardait droit vers là-haut. Ses yeux fixaient une fenêtre de la prison. Elle n’avait d’yeux que pour ce point précis. Son sourire, son regard aguicheur, ses hanches et ses épaules cherchaient à l’atteindre. Mais c’est la voix qui y parvenait. Balancée de toutes ses forces en droite ligne, elle percutait le mur, pour finir par éclabousser tous les barreaux. Une puissance qui bravait les miradors. Une intouchable. Une belle voix d’une résonance de fête. D’abord, elle parlait des dernières factures qu’elle venait de régler. Puis le menu de midi. Le paquet de nouilles qu’elle s’était enfilé. On ne lésine pas. Quand la faim est là, pas d’hésitation. Elle lui parlait aussi de la rue, des voisins et des gamins qui jouent. Lui, il lui répondait à chaque fois. Par des ouais lourds, qui montaient ou descendaient, comme des avions de papier. Elle lui disait aussi que lorsqu’il sortirait, ce serait l’Himalaya, la tournée des cieux, une fuite en l’air, aussi loin qu’ils pourraient. C’était une promesse qu’il ne pouvait même pas imaginer. © Collectifs d’écrits page 14 page 15

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De temps en temps, elle changeait de position, et finissait par appuyer son dos sur la rampe. L’échange durait depuis longtemps. Il fallait aussi garder la forme. Reprendre la respiration et surtout ne pas perdre le point de mire. La vie tient à un fil. Le feu de l’action devait durer. Fallait l’économiser. Un déhanchement permettait de soutenir un peu le ventre. Il était là, aussi, lui. Un nourricier d’élan vital. Elle le sentait à chaque mot projeté. Une grosseur de quelques mois qui criait à la vie, avec elle. Et c’était pas cette foutue prison qui les arrêterait ! © Collectifs d’écrits page 16 page 17

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La Belle Escampette Vous transporte ailleurs Jean-Luc M. Rencontre Le ciel en cette fin d’après-midi commence à se couvrir de gros nuages gris chargés d’humidité, l’atmosphère devient de plus en plus moite et étouffante. Comme prévu, nous nous rejoignons devant le bâtiment administratif où se tiennent d’habitude les réunions. Tout le monde est là, à l’heure. Sur le trottoir d’en face, surplombant la rivière, des hommes, appuyés sur leurs banderoles attendent le départ de la manif dénonçant l’utilisation abusive des nitrates. On ne sent pas l’enthousiasme et l’excitation qui accompagnent souvent les manifs. Ils ont l’air pensifs, peut-être déjà un peu résignés et surtout peu nombreux. Ils discutent par petits groupes. Nous nous approchons de la porte d’entrée principale, fermée. La grille a été descendue, impossible de passer par là. Pas beaucoup de considération. Quelqu’un propose de nous rendre vers une autre porte, fermée elle aussi. Nous sommes toujours dehors. Il est 17h-50 et la réunion est prévue pour 18h. Un soupçon d’inquiétude se lit sur les visages. Une collègue propose d’appeler quelqu’un. Personne ne répond. L’inquiétude augmente. Il faut absolument trouver de l’aide. Alors, nous nous dirigeons vers un bâtiment attenant. Nous entrons et montons rapidement une volée de marches pour accéder à un couloir dans lequel nous nous engouffrons tous. Au bout du couloir, des portes. Laquelle pousser pour trouver de l’aide ? © Collectifs d’écrits page 18 page 19

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Soudain tout le monde se retourne. Une voix retentit. Un homme tiré à quatre épingles sort d’un des bureaux. « - Qu’est-ce que vous cherchez ? » Dit-il d’un ton un peu hautain. Nous le reconnaissons. C’est un inspecteur. Une personne qui a de l’importance. Après lui avoir fait part de notre demande, il nous parle d’un pass qui permet d’ouvrir une porte de l’autre côté du bâtiment. Il en possède un bien sûr mais il l’a laissé dans sa voiture. On ne le sent pas très motivé. Il décide quand même de s’y rendre en nous faisant bien sentir qu’il fait un effort. Dans le couloir, il rencontre un homme grand et maigre qui est entrain de balayer. Il a sur lui le pass magique. Il lui demande de nous conduire. Avec un grand sourire, il accepte, pose son balai contre le mur et prend la tête de notre petit groupe. Tout le monde repasse devant le grand bâtiment, tourne à gauche et arrive enfin devant cette fameuse porte. Il l’ouvre facilement, avec son pass. Il nous quitte et referme en nous adressant un dernier sourire qui nous laisse perplexes. Nous avons un peu l’impression d’être pris en otages. La cage d’escalier est sombre et grisâtre. Nous commençons à monter les marches. Les étages se succèdent. Cela n’en finit pas. Le souffle commence à manquer à certains d’entre nous qui se plaignent aussi d’avoir soif. La moiteur de l’atmosphère ne fait qu’augmenter la sensation d’étouffement. On a l’impression que cela ne finira jamais. A-t-on décidé de nous affaiblir avant de participer à cette réunion ? page 20 Le souffle court mais encore bien lucides, les premiers atteignent enfin l’étage ultime. Quelques minutes plus tard, les derniers apparaissent, transpirants et épuisés. Encore un couloir et au bout encore des bureaux. Le dernier étage a l’air complètement désert. Tout le monde se regarde. On se demande si nous ne nous sommes pas trompés d’heure. Une convocation, vite. Pas de doute, c’est bien 18 heures. Soudain une femme souriante apparaît devant l’une des portes et nous demande : « Bonjour, vous venez bien pour la réunion ? » Elle nous indique alors une grande salle. « Installez-vous. » Puis elle claque la porte et disparaît. Pour s’asseoir de chaque côté de la longue table, le groupe est obligé de se scinder en deux. Nous diviser. Récupérer. Il faut absolument récupérer. Nous avions déjà chaud avant de pénétrer dans cette pièce surchauffée. L’air devient vite irrespirable. Ouvrir une fenêtre. Cela ne sert à rien. Pas un souffle d’air n’entre. L’attente commence. Tout le monde se regarde un peu inquiet pour la suite. Qui va prendre la parole ? On n’a pas vraiment décidé. Chacun est plongé dans ses pensées en faisant semblant de parcourir la dernière circulaire. C’est à cause d’elle que cette réunion a lieu, pour une mise au point. Tout à coup la porte s’ouvre. Un homme vêtu d’un costume marron, sobre, pénètre rapidement dans la salle. Il est suivi comme son ombre par une dame blonde avec un bandeau multicolore dans les cheveux. L’homme, pressé, fait le tour page 21

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et serre la main de tout le monde un peu mécaniquement. Il regarde bien chaque personne. Son attitude nous met sous pression. On n’a pas besoin de ça. Il s’assied en bout de table, la dame blonde toujours à ses côtés. Le contraste entre les deux est saisissant. Lui, ramassé, ancré sur terre. Elle, élancée, comme attirée vers le ciel. Nous nous présentons vite pour identification. Il nous donne la parole en lâchant un rapide : « Je vous écoute. » Silence. Tout le monde se regarde. Qui va se jeter à l’eau pour parler ? L’homme attend patiemment. Silence qui dure, pesant, écrasant, lancinant. Finalement, l’une d’entre nous, peut-être la plus habituée ou la plus inconsciente se lance. Elle explique rapidement le pourquoi de notre demande de réunion. Elle s’exprime d’une voix monocorde. Surtout, ne trahir aucune émotion. L’homme écoute attentivement en prenant de temps en temps quelques notes sur une feuille volante. Donner le change. Il laisse parler son interlocutrice sans l’interrompre. Quand elle a terminé, un nouveau silence s’installe qui ne dure pas. Il demande sur un ton impatient : « Vous avez terminé ?» Il commence alors à parler. Le discours débute par des banalités, des réaffirmations, des arguments entendus. Il parle de justice, de bienveillance et d’exigence. Jusque là, rien de très inquiétant, tout se passe comme prévu. Soudain, c’est la déflagration et tout bascule dans une autre dimension. page 22 Nos yeux s’écarquillent, nos bouches restent ouvertes, nos respirations s’accélèrent. Groupe tétanisé. Silence total dans la pièce, seule une voix. Air toujours plus irrespirable. Sur le champ de bataille, les mots atteignent une violence sans égal. Ils s’échappent de sa bouche comme des projectiles qui explosent dans nos oreilles. Il nous donne du pilotage renforcé, de l’externalisation de la difficulté et comme si cela ne suffit pas, nous avons droit aussi à une appétence professionnelle qui nous fragilise de suite. Un genou à terre, tentant quand même de se relever pour arrêter cette première salve, l’une d’entre nous, dans ce feu nourri d’expressions qui commence à nous submerger renvoie un petit besoin de temps et un manque de moyens qui n’atteignent pas leur objectif. Au contraire cela semble faire monter son agacement et il prétexte pour couper court : « Je ne vous ai pas interrompu. » Il déclenche alors la deuxième partie de l’offensive. Les yeux fixés sur ses notes, nous ne pouvons éviter une cohérence collective bien ciblée et une polyvalence qui nous fait très mal. Au bord de la déroute, nous ne rêvons que de quitter ce monde que nous refusons. Sentant sûrement qu’il a pris enfin le dessus, il nous envoie comme un feu d’artifice son bouquet final qui devait détruire définitivement nos illusions. Il nous bombarde avec une coconstruction et une méthodologie de travail qui nous met à genoux une deuxième fois. Soupçonnant encore un brin de vie dans nos cerveaux meurtris, il nous assène une optimisation qui restera gravée dans nos mémoires. Finalement, il nous anéantit complètement avec une cédéisation, une nouvelle munition que nous ne connaissions pas mais qui a un effet dévastateur. page 23

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Profitant de son avantage et pour souffler un peu, il donne la parole à son alliée. Elle n’a pas encore pu placer un seul mot. Il pense qu’elle pourra encore enfoncer un peu le clou qui je dois l’avouer nous avait déjà complètement transpercé. Elle, la tête encore dans les nuages, au-dessus des débris fumants de la bataille, se contente d’être d’accord avec les paroles qui viennent d’être prononcées. De toute façon, elle n’a plus trop le choix. Notre défaite étant totale, elle se range du côté du vainqueur. L’homme se lève, signifiant la fin du combat. Comme un général toisant les vaincus, il passe devant nous sans un regard et quitte la salle, la tête haute, aussi rapidement qu’il y était entré, toujours suivi comme son ombre par la dame blonde, son éphémère aide de camp. Il nous faut maintenant battre en retraite et ce n’est pas le moment le plus agréable. Anéantis, nous restons encore assis un moment, silencieux, puis comme des soldats blessés nous nous levons difficilement et nous quittons lentement le champ de bataille, claudiquant, la tête basse. Nous redescendons l’escalier, toujours en état de choc. La descente s’avère pire encore que la montée. En arrivant dans la rue, nous retrouvons la réalité. Chacun est encore un peu perdu dans ses pensées. Les manifestants contre l’abus de nitrates ne sont plus là. Nous les apercevons un peu plus loin, ils viennent déjà de se disperser. La manif n’a finalement pas eu lieu. Manque de monde. Une défaite de plus. Décidément, ce n’est pas notre jour. Nous ne pourrons même pas extérioriser notre frustration et notre colère. page 24 page 25

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La Belle Escampette Vous transporte ailleurs Viviane Marthe Théâtraikus Acte I Scène I Objet collé à l’oreille Ecoute et parle Ne sent pas le vent Regard absent au dehors Ni promeneurs Ni parc ne voit Il est où il n’est pas Relié à un Seul parmi la foule © Collectifs d’écrits page 26 page 27

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Scène II Ne voit que le noir bitume Sourd au tumulte Aveugle aux fleurs Objet collé à l’oreille Poursuit son chemin Lumière au parc Ne sait où il va L’arbre majestueux attend Le rencontre crie Contre le tronc s’est cogné Hébété a vu Couleurs et foule Acte II Plaisir de vous voir Sonnerie allo Excusez-moi les amis Objet collé à l’oreille Ecoute et parle Regard éperdu N’entend que l’autre Ne peut pas lui échapper Adieu liberté C’était bien de te revoir Tu es occupé Bonjour au-revoir Acte III Soudain mouvement rageur Téléphone jeté Envie de chanter Téléphone jeté Le monde reprend couleur Regard et sourire page 28 page 29

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