La guerre des gaules

 

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Édition du groupe « ebooks libres et gratuits » jules césar la guerre des gaules traduction l a constans 1926

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table des matières livre premier 4 livre deuxieme 40 livre troisiÈme 60 livre quatriÈme 76 livre cinquiÈme 96 livre sixiÈme 127 livre septiÈme 151 livre huitiÈme 202 À propos de cette édition électronique 232

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figure 1 campaign map for 58 b.c -3-

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livre premier 58 av j c 1 l ensemble de la gaule est divisé en trois parties l une est habitée par les belges l autre par les aquitains la troisième par le peuple qui dans sa langue se nomme celte et dans la nôtre gaulois tous ces peuples diffèrent entre eux par le langage les coutumes les lois les gaulois sont séparés des aquitains par la garonne des belges par la marne et la seine les plus braves de ces trois peuples sont les belges parce qu ils sont les plus éloignés de la province romaine et des raffinements de sa civilisation parce que les marchands y vont très rarement et par conséquent n y introduisent pas ce qui est propre à amollir les coeurs enfin parce qu ils sont les plus voisins des germains qui habitent sur l autre rive du rhin et avec qui ils sont continuellement en guerre c est pour la même raison que les helvètes aussi surpassent en valeur guerrière les autres gaulois des combats presque quotidiens les mettent aux prises avec les germains soit qu ils leur interdisent l accès de leur territoire soit qu ils les attaquent chez eux la partie de la gaule qu occupent comme nous l avons dit les gaulois commence au rhône est bornée par la garonne l océan et la frontière de belgique elle touche aussi au rhin du côté des séquanes et des helvètes elle est orientée vers le nord la belgique commence où finit la gaule elle va jusqu au cours inférieur du rhin elle regarde vers le nord et vers l est l aquitaine s étend de la garonne aux pyrénées et à la partie de l océan qui baigne l espagne elle est tournée vers le nordouest -4-

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figure 2 the rhone from geneva to pas de l Écluse 2 orgétorix était chez les helvètes l homme de beaucoup le plus noble et le plus riche sous le consulat de marcus messala et de marcus pison séduit par le désir d être roi il forma une conspiration de la noblesse et persuada ses concitoyens de sortir de leur pays avec toutes leurs ressources « rien n était plus facile puisque leur valeur les mettait au-dessus de tous que de devenir les maîtres de la gaule entière » il eut d autant moins de peine à les convaincre que les helvètes en raison des conditions géographiques sont de toutes parts enfermés d un côté par le rhin dont le cours très large et très profond sépare l helvétie de la germanie d un autre par le jura chaîne très haute qui se dresse entre les helvètes et les séquanes et du troisième par le lac léman et le rhône qui sépare notre province de leur territoire cela restreignait le champ de leurs courses vagabondes et les gênait pour porter la guerre chez leurs voisins situation fort pénible pour des hommes qui avaient la passion de la guerre ils estimaient d ailleurs que l étendue de leur territoire qui avait deux cent quarante milles de long et cent quatre-vingts de large -5-

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n était pas en rapport avec leur nombre ni avec leur gloire militaire et leur réputation de bravoure 3 sous l influence de ces raisons et entraînés par l autorité d orgétorix ils décidèrent de tout préparer pour leur départ acheter bêtes de somme et chariots en aussi grand nombre que possible ensemencer toutes les terres cultivables afin de ne point manquer de blé pendant la route assurer solidement des relations de paix et d amitié avec les États voisins a la réalisation de ce plan deux ans pensèrent-ils suffiraient une loi fixa le départ à la troisième année orgétorix fut choisi pour mener à bien l entreprise il se chargea personnellement des ambassades au cours de sa tournée il persuade casticos fils de catamantaloédis séquane dont le père avait été longtemps roi dans son pays et avait reçu du sénat romain le titre d ami de s emparer du pouvoir qui avait auparavant appartenu à son père il persuade également l héduen dumnorix frère de diviciacos qui occupait alors le premier rang dans son pays et était particulièrement aimé du peuple de tenter la même entreprise et il lui donne sa fille en mariage il leur démontre qu il est tout à fait aisé de mener ces entreprises à bonne fin pour la raison qu il est lui-même sur le point d obtenir le pouvoir suprême dans son pays on ne peut douter que de tous les peuples de la gaule le peuple helvète ne soit le plus puissant il se fait fort de leur donner le pouvoir en mettant à leur service ses ressources et son armée ce langage les séduit les trois hommes se lient par un serment et se flattent que devenus rois la puissance de leurs trois peuples qui sont les plus grands et les plus forts leur permettra de s emparer de la gaule entière 4 une dénonciation fit connaître aux helvètes cette intrigue selon l usage du pays orgétorix dut plaider sa cause chargé de chaînes s il était condamné la peine qu il devait subir était le supplice du feu au jour fixé pour son audition orgétorix amena devant le tribunal tous les siens environ dix mille hommes qu il avait rassemblés de toutes parts et il fit venir aussi tous ses clients et ses débiteurs qui étaient en grand nombre grâce à leur présence il put se soustraire à l obligation de parler cette -6-

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conduite irrita ses concitoyens ils voulurent obtenir satisfaction par la force et les magistrats levèrent un grand nombre d hommes dans la campagne sur ces entrefaites orgétorix mourut et l on n est pas sans soupçonner ­ c est l opinion des helvètes ­ qu il mit lui-même fin à ses jours 5 après sa mort les helvètes n en persévèrent pas moins dans le dessein qu ils avaient formé de quitter leur pays quand ils se croient prêts pour cette entreprise ils mettent le feu à toutes leurs villes ­ il y en avait une douzaine ­ à leurs villages ­ environ quatre cents ­ et aux maisons isolées tout le blé qu ils ne devaient pas emporter ils le livrent aux flammes ainsi en s interdisant l espoir du retour ils seraient mieux préparés à braver tous les hasards qui les attendaient chacun devait emporter de la farine pour trois mois ils persuadent les rauraques les tulinges et les latobices qui étaient leurs voisins de suivre la même conduite de brûler leurs villes et leurs villages et de partir avec eux enfin les boïens qui d abord établis audelà du rhin venaient de passer dans le norique et de mettre le siège devant noréia deviennent leurs alliés et se joignent à eux 6 il y avait en tout deux routes qui leur permettaient de quitter leur pays l une traversait le territoire des séquanes étroite et malaisée elle était resserrée entre le jura et le rhône et les chariots y passaient à peine un par un d ailleurs une très haute montagne la dominait en sorte qu une poignée d hommes pouvait facilement l interdire l autre route passait par notre province elle était beaucoup plus praticable et plus aisée parce que le territoire des helvètes et celui des allobroges nouvellement soumis sont séparés par le cours du rhône et que ce fleuve est guéable en plusieurs endroits la dernière ville des allobroges et la plus voisine de l helvétie est genève un pont la joint à ce pays les helvètes pensaient qu ils obtiendraient des allobroges le libre passage parce que ce peuple ne leur paraissait pas encore bien disposé à l égard de rome en cas de refus ils les contraindraient par la force une fois tous les préparatifs de départ achevés on fixe le jour où ils doivent se rassembler tous -7-

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sur les bords du rhône ce jour était le 5 des calendes d avril sous le consulat de lucius pison et d aulus gabinius 7 césar à la nouvelle qu ils prétendaient faire route à travers notre province se hâte de quitter rome gagne à marches forcées la gaule transalpine et arrive devant genève il ordonne de lever dans toute la province le plus de soldats possible il y avait en tout dans la gaule transalpine une légion et fait couper le pont de genève quand ils savent son arrivée les helvètes lui envoient une ambassade composée des plus grands personnages de l État et qui avait à sa tête namméios et verucloétios ils devaient lui tenir ce langage « l intention des helvètes est de passer sans causer aucun dégât à travers la province parce qu ils n ont pas d autre chemin ils lui demandent de vouloir bien autoriser ce passage » césar se souvenant que les helvètes avaient tué le consul l cassius battu et fait passer sous le joug son armée pensait qu il ne devait pas y consentir il estimait d ailleurs que des hommes dont les dispositions d esprit étaient hostiles si on leur permettait de traverser la province ne sauraient le faire sans violences ni dégâts néanmoins voulant gagner du temps jusqu à la concentration des troupes dont il avait ordonné la levée il répondit aux envoyés qu il se réservait quelque temps pour réfléchir « s ils avaient un désir à exprimer qu ils revinssent aux ides d avril » 8 en attendant il employa la légion qu il avait et les soldats qui étaient venus de la province à construire sur une longueur de dix-neuf milles depuis le lac léman qui déverse ses eaux dans le rhône jusqu au jura qui forme la frontière entre les séquanes et les helvètes un mur haut de seize pieds et précédé d un fossé ayant achevé cet ouvrage il distribue des postes établit des redoutes afin de pouvoir mieux leur interdire le passage s ils veulent le tenter contre son gré quand on fut au jour convenu et que les envoyés revinrent il déclara que les traditions de la politique romaine et les précédents ne lui permettaient pas d accorder à qui que ce fût le passage à travers la province s ils voulaient passer de force ils le voyaient prêt à s y opposer les helvètes déchus de leur espérance essayèrent soit à l aide de -8-

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bateaux liés ensemble et de radeaux qu ils construisirent en grand nombre soit à gué aux endroits où le rhône avait le moins de profondeur de forcer le passage du fleuve quelquefois de jour plus souvent de nuit mais ils se heurtèrent aux ouvrages de défense furent repoussés par les attaques et les tirs de nos soldats et finirent par renoncer à leur entreprise 9 il ne leur restait plus qu une route celle qui traversait le territoire des séquanes ils ne pouvaient à cause des défilés s y engager sans le consentement de ce peuple ne pouvant le persuader à eux seuls ils envoient une ambassade à l héduen dumnorix afin que par son intercession il leur obtienne le passage dumnorix qui était populaire et généreux disposait de la plus forte influence auprès des séquanes c était en même temps un ami des helvètes parce qu il s était marié dans leur pays ayant épousé la fille d orgétorix son désir de régner le poussait à favoriser les changements politiques et il voulait s attacher le plus de nations possible en leur rendant des services aussi prend-il l affaire en main il obtient des séquanes qu ils laissent passer les helvètes sur leur territoire et amène les deux peuples à échanger des otages les séquanes s engageant à ne pas s opposer au passage des helvètes ceux-ci garantissant que leur passage s effectuera sans dommages ni violences 10 on rapporte à césar que les helvètes se proposent de gagner par les territoires des séquanes et des héduens celui des santons qui n est pas loin de la cité des tolosates laquelle fait partie de la province romaine il se rend compte que si les choses se passent ainsi ce sera un grand danger pour la province que d avoir sur la frontière d un pays sans défenses naturelles et très riche en blé un peuple belliqueux hostile aux romains aussi confiant à son légat titus labiénus le commandement de la ligne fortifiée qu il avait établie il gagne l italie par grandes étapes il y lève deux légions en met en campagne trois autres qui prenaient leurs quartiers d hiver autour d aquilée et avec ses cinq légions il se dirige vers la gaule ultérieure en prenant au plus court à travers les alpes là les centrons les graiocèles les caturiges qui avaient occupé les positions dominantes essayent d interdire -9-

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le passage à son armée parti d océlum qui est la dernière ville de la gaule citérieure il parvient en sept jours après plusieurs combats victorieux chez les voconces en gaule ultérieure de là il conduit ses troupes chez les allobroges et des allobroges chez les ségusiaves c est le premier peuple qu on rencontre hors de la province au-delà du rhône 11 les helvètes avaient déjà franchi les défilés et traversé le pays des séquanes ils étaient parvenus chez les héduens et ravageaient leurs terres ceux-ci ne pouvant se défendre ni protéger leurs biens envoient une ambassade à césar pour lui demander secours « ils s étaient de tout temps assez bien conduits envers le peuple romain pour ne pas mériter que presque sous les yeux de notre armée leurs champs fussent dévastés leurs enfants emmenés en esclavage leurs villes prises d assaut en même temps les ambarres peuple ami des héduens et de même souche font savoir à césar que leurs campagnes ont été ravagées et qu ils ont de la peine à défendre leurs villes des agressions de l ennemi enfin des allobroges qui avaient sur la rive droite du rhône des villages et des propriétés cherchent un refuge auprès de césar et lui exposent que sauf le sol même il ne leur reste plus rien ces faits décident césar il n attendra pas que les helvètes soient arrivés en saintonge après avoir consommé la ruine de nos alliés 12 il y a une rivière la saône qui va se jeter dans le rhône en passant par les territoires des héduens et des séquanes son cours est d une incroyable lenteur au point que l oeil ne peut juger du sens du courant les helvètes étaient en train de la franchir à l aide de radeaux et de barques assemblés quand césar sut par ses éclaireurs que déjà les trois quarts de leurs troupes avaient franchi la rivière et qu il ne restait plus sur la rive gauche que le quart environ de l armée il partit de son camp pendant la troisième veille avec trois légions et rejoignit ceux qui n avaient pas encore passé ils étaient embarrassés de leurs bagages et ne s attendaient pas à une attaque césar tailla en pièce la plus grande partie le reste chercha son salut dans la fuite et se cacha dans les forêts voisines ces hommes étaient ceux 10 -

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du canton des tigurins l ensemble du peuple helvète se divise en effet en quatre cantons ces tigurins ayant quitté seuls leur pays au temps de nos pères avaient tué le consul l cassius et fait passer son armée sous le joug ainsi soit effet du hasard soit dessein des dieux immortels la partie de la nation helvète qui avait infligé aux romains un grand désastre fut la première à être punie en cette occasion césar ne vengea pas seulement son pays mais aussi sa famille l pison aïeul de son beau-père l pison et lieutenant de cassius avait été tué par les tigurins dans le même combat où cassius avait péri 13 après avoir livré cette bataille césar afin de pouvoir poursuivre le reste de l armée helvète fait jeter un pont sur la saône et par ce moyen porte son armée sur l autre rive sa soudaine approche surprend les helvètes et ils s effraient de voir qu un jour lui a suffi pour franchir la rivière quand ils ont eu beaucoup de peine à le faire en vingt ils lui envoient une ambassade le chef en était divico qui avait commandé aux helvètes dans la guerre contre cassius il tint à césar ce langage « si le peuple romain faisait la paix avec les helvètes ceux-ci iraient où césar voudrait et s établiraient à l endroit de son choix mais s il persistait à les traiter en ennemis il ne devait pas oublier que les romains avaient éprouvé autrefois quelque désagrément et qu un long passé consacrait la vertu guerrière des helvètes il s était jeté à l improviste sur les troupes d un canton alors que ceux qui avaient passé la rivière ne pouvaient porter secours à leurs frères il ne devait pas pour cela trop présumer de sa valeur ni mépriser ses adversaires ils avaient appris de leurs aïeux à préférer aux entreprises de ruse et de fourberie la lutte ouverte où le plus courageux triomphe qu il prît donc garde les lieux où ils s étaient arrêtés pourraient bien emprunter un nom nouveau à une défaite romaine et à la destruction de son armée ou en transmettre le souvenir » 14 césar répondit en ces termes « il hésitait d autant moins sur le parti à prendre que les faits rappelés par les ambassadeurs helvètes étaient présents à sa mémoire et il avait d autant plus de peine à en supporter l idée que le peuple romain était moins 11 -

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responsable de ce qui s était passé si en effet il avait eu conscience d avoir causé quelque tort il ne lui eût pas été difficile de prendre ses précautions mais ce qui l avait trompé c est qu il ne voyait rien dans sa conduite qui lui donnât sujet de craindre et qu il ne pensait pas qu il dût craindre sans motif et à supposer qu il consentît à oublier l ancien affront leurs nouvelles insultes tentative pour passer de force à travers la province dont on leur refusait l accès violences contre les héduens les ambarres les allobroges pouvait-il les oublier quant à l insolent orgueil que leur inspirait leur victoire et à leur étonnement d être restés si longtemps impunis la résolution de césar s en fortifiait car les dieux immortels pour faire sentir plus durement les revers de la fortune aux hommes dont ils veulent punir les crimes aiment à leur accorder des moments de chance et un certain délai d impunité telle est la situation pourtant s ils lui donnent des otages qui lui soient une garantie de l exécution de leurs promesses et si les héduens reçoivent satisfaction pour les torts qu eux et leurs alliés ont subis si les allobroges obtiennent également réparation il est prêt à faire la paix » divico répondit que « les helvètes tenaient de leurs ancêtres un principe ils recevaient des otages ils n en donnaient point le peuple romain pouvait en porter témoignage » sur cette réponse il partit 15 le lendemain les helvètes lèvent le camp césar fait de même et il envoie en avant toute sa cavalerie environ quatre mille hommes qu il avait levés dans l ensemble de la province et chez les héduens et leurs alliés elle devait se rendre compte de la direction prise par l ennemi ayant poursuivi avec trop d ardeur l arrière-garde des helvètes elle a un engagement avec leur cavalerie sur un terrain qu elle n a pas choisi et perd quelques hommes ce combat exalta l orgueil de nos adversaires qui avaient avec cinq cents cavaliers repoussé une cavalerie si nombreuse ils commencèrent à se montrer plus audacieux faisant face quelquefois et nous harcelant de combats d arrièregarde césar retenait ses soldats et se contentait pour le moment d empêcher l ennemi de voler d enlever le fourrage et de détruire on marcha ainsi près de quinze jours sans qu il y eût jamais 12 -

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entre l arrière-garde ennemie et notre avant-garde plus de cinq ou six mille pas 16 cependant césar réclamait chaque jour aux héduens le blé qu ils lui avaient officiellement promis car à cause du froid ­ la gaule comme on l a dit précédemment est un pays septentrional ­ non seulement les moissons n étaient pas mûres mais le fourrage aussi manquait quant au blé qu il avait fait transporter par eau en remontant la saône il ne pouvait guère en user parce que les helvètes s étaient écartés de la rivière et qu il ne voulait pas les perdre de vue les héduens différaient leur livraison de jour en jour « on rassemblait les grains disaient-ils ils étaient en route ils arrivaient » quand césar vit qu on l amusait et que le jour était proche où il faudrait distribuer aux soldats leur ration mensuelle il convoque les chefs héduens qui étaient en grand nombre dans son camp parmi eux se trouvaient diviciaros et liscos ce dernier était le magistrat suprême que les héduens appellent vergobret il est nommé pour un an et a droit de vie et de mort sur ses concitoyens césar se plaint vivement que dans l impassibilité d acheter du blé ou de s en procurer dans la campagne quand les circonstances sont si critiques l ennemi si proche il ne trouve pas d aide auprès d eux et cela quand c est en grande partie pour répondre à leurs prières qu il a entrepris la guerre plus vivement encore il leur reproche d avoir trahi sa confiance 17 ces paroles de césar décident liscos à dire enfin ce que jusqu alors il avait tu « il y a un certain nombre de personnages qui ont une influence prépondérante sur le peuple et qui simples particuliers sont plus puissants que les magistrats eux-mêmes ce sont ceux-là qui par leurs excitations criminelles détournent la masse des héduens d apporter le blé qu ils doivent ils leur disent qu il vaut mieux s ils ne peuvent plus désormais prétendre au premier rang dans la gaule obéir à des gaulois qu aux romains ils se déclarent certains que si les romains triomphent des helvètes ils raviront la liberté aux héduens en même temps qu au reste de la gaule ce sont ces mêmes personnages qui instruisent l ennemi de nos plans et de ce qui se passe dans 13 -

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l armée il est impuissant à les contenir bien plus s il a attendu d y être forcé pour révéler à césar une situation aussi grave c est qu il se rend compte du danger qu il court voilà pourquoi aussi longtemps qu il l a pu il a gardé le silence » 18 césar sentait bien que ces paroles de liscos visaient dumnorix frère de diviciaros mais ne voulant pas que l affaire soit discutée en présence de plusieurs personnes il congédie promptement l assemblée et ne retient que liscos seul à seul il l interroge sur ce qu il avait dit dans le conseil celui-ci parle avec plus de liberté et d audace césar interroge en secret d autres personnages il constate que liscos a dit vrai « c était bien dumnorix l homme était plein d audace sa libéralité l avait mis en faveur auprès du peuple et il voulait un bouleversement politique depuis de longues années il avait à vil prix la ferme des douanes et de tous les autres impôts des héduens parce que lorsqu il enchérissait personne n osait enchérir contre lui cela lui avait permis d amasser tout en enrichissant sa maison de quoi pourvoir abondamment à ses largesses il entretenait régulièrement à ses frais une nombreuse cavalerie qui lui servait de garde du corps et son influence ne se limitait pas à son pays mais s étendait largement sur les nations voisines il avait même pour développer cette influence marié sa mère chez les bituriges à un personnage de haute noblesse et de grand pouvoir lui-même avait épousé une helvète sa soeur du côté maternel et des parentes avaient été mariées par ses soins dans d autres cités il aimait et favorisait les helvètes à cause de cette union en outre il nourrissait une haine personnelle contre césar et les romains parce que leur arrivée avait diminué son pouvoir et rendu à son frère diviciacos crédit et honneurs d autrefois un malheur des romains porterait au plus haut ses espérances de devenir roi grâce aux helvètes la domination romaine lui ferait perdre l espoir non seulement de régner mais même de conserver son crédit » l enquête de césar lui apprit encore que dans le combat de cavalerie défavorable à nos armées qui avait eu lieu quelques jours auparavant dumnorix et ses cavaliers avaient été les premiers à tourner bride la cavalerie auxiliaire que les héduens avaient fournie à césar était en effet commandée par 14 -

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dumnorix c était leur fuite qui avait jeté la panique dans le reste de la troupe 19 aux soupçons que faisaient maître ces renseignements se joignaient d absolues certitudes il avait fait passer les helvètes à travers le pays des séquanes il s était occupé de faire échanger des otages entre les deux peuples il avait agi en tout cela non seulement sans l ordre de césar ni de ses concitoyens mais encore à leur insu il était dénoncé par le premier magistrat des héduens césar pensait qu il y avait là motif suffisant pour sévir lui-même ou inviter sa cité à le punir a ces raisons une seule s opposait il avait pu apprécier chez diviciacos frère du traître un entier dévouement au peuple romain un très grand attachement à sa personne les plus remarquables qualités de fidélité de droiture de modération et il craignait de lui porter un coup cruel en envoyant son frère au supplice aussi avant de rien tenter il fait appeler diviciacos et écartant ses interprètes ordinaires il a recours pour s entretenir avec lui à caïus valérius troucillus grand personnage de la gaule romaine qui était son ami et en qui ii avait la plus entière confiance il lui rappelle ce qu on a dit de dumnorix en sa présence dans le conseil et lui fait connaître les renseignements qu il a obtenus dans des entretiens particuliers il le prie instamment de ne pas s offenser s il statue lui-même sur le coupable après information régulière ou s il invite sa cité à le juger 20 diviciacos tout en larmes entoure césar de ses bras et le conjure de ne pas prendre contre son frère des mesures trop rigoureuses il savait qu on avait dit vrai et personne n en souffrait plus que lui car alors qu il jouissait dans son pays et dans le reste de la gaule d une très grande influence et que son frère à cause de son jeune âge n en possédait aucune il l avait aidé à s élever et la fortune et la puissance ainsi acquises il s en servait non seulement à affaiblir son crédit mais même à préparer sa perte pourtant c était son frère et d autre part l opinion publique ne pouvait le laisser indifférent si césar le traitait avec rigueur quand lui diviciacos occupait un si haut rang dans son amitié personne ne penserait que c eût été contre 15 -

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