TRACES D'HISTOIRE CONTEMPORAINE - PAUL BURLET - EDITION WEB (AVRIL 2015)

 
no ad

Embed or link this publication

Description

Notes et digests à l'attention des curieux, des professeurs d'Histoire et des élèves participant au Concours annuel de la Résistance et de la Déportation.

Popular Pages


p. 1

Paul BURLET TRACES d’HISTOIRE CONTEMPORAINE www.tracesdhistoire.fr 1

[close]

p. 2

Mise en image couverture : © G.Burlet 2014 - Reproduction libre de droits dans la mesure où figure le texte suivant : Illustration tirée de l’ouvrage « Traces d’Histoire Contemporaine » de Paul Burlet - 2014 – www.tracesdhistoire.fr 2

[close]

p. 3

Pour Alexa, Auryane, Abigaël, Rebecca et Johanna Mes petites filles Et arrière petites filles 3

[close]

p. 4

4

[close]

p. 5

PRÉFACE DE RENÉ GROUSSARD Commandeur dans l’ordre de la Légion d’Honneur Conseiller Maître à la Cour des Comptes (H) Vice-Président du Comité d’Action de la Résistance (C.A.R.)     Qui est Paul Burlet ? L’auteur a fondé le 11 novembre 1942 avec deux camarades de l’école Primaire Supérieure de la Côte Saint André dans l’Isère, un groupement de résistance dénommé le SOG (service d’ordre gaulliste). Après avoir été rattaché au groupe de l’aéroclub du Dauphiné de Grenoble, le SOG sera placé ensuite sous les ordres du futur responsable des Mouvements Unis de la Résistance (MUR) de l’Isère : le Docteur Valois. En septembre 1943, Paul Burlet recherché pour attentat par explosif entre à 18 ans en clandestinité et rejoint le maquis qui deviendra le premier Corps-Franc de la Drôme placé sous le commandement du lieutenant GeyerThivollet le futur chef militaire du Vercors. Pendant les combats au Vercors en mai 1944, il sera affecté comme instructeur au maquis Chambaran. Il sera gravement blessé en août 1944. Ce parcours combattant de l’auteur et de ses camarades porte témoignage du parcours civique de très jeunes français engagés dans la libération du pays. Dans un premier temps, manifestations publiques répétées à l’intérieur du collège, propagande permanente contre la milice, édition et distribution de tracts… Puis le SOG participe à des sabotages, aux repérages de terrains d’atterrissage… Dernière étape, la majorité des membres du SOG entre dans la clandestinité, en rejoignant les maquis de la Drôme et du Vercors, ce haut lieu du « sursaut » national. Sept de ces jeunes mourront au « champ d’honneur ». Ce rappel donne tout son sens à la démarche de Paul Burlet. Un citoyen engagé de la parole et de l‘écrit, un homme passionné d’histoire accomplissant un devoir de mémoire pour transmettre aux jeunes générations un message de civisme et de courage mais aussi d’espoir après la période dramatique vécue par l‘Europe depuis la guerre 1914-1918 jusqu’à la fin de la dernière guerre. On retrouve ce triple engagement dans plus de cinquante textes écrits, documents à l’appui, sans ordre chronologique, au fil des lectures et de rencontres programmées ou non couplées avec des temps de réflexion, le tout étalé sur plus de dix ans. Les textes ont ensuite été reclassés pour publication dans l’ordre où l’histoire les a écrits. C’est un parti pris. Paul Burlet a choisi la transmission de la connaissance par une double lecture préférée à l’approche classique d’un ouvrage d’histoire par nature bien plus impersonnel. Paul Burlet écrit ce qu’il ressent face à des faits historiquement prouvés, choisis et classés dans un ordre qui lui est propre, ce qui en fait une des originalités de l’ouvrage. Paul Burlet a classé ses réflexions en quatre chapitres : de la Grande Guerre à 1940, l’Occupation, la Résistance et la Déportation. L’intérêt du premier chapitre est de montrer de manière saisissante qu’il y a un lien entre les deux guerres et les faits les plus saillants de cette sombre période de l‘histoire de l’Europe. S’agissant de la guerre 1914-1918, il met l’accent sur les combats les plus meurtriers, le Chemin des Dames, les batailles de la Marne. Il rappelle ce qui a été longtemps masqué à l’opinion : les mutineries, le refus d’obéissance et de « monter en ligne », ayant entraîné, pour l’exemple, des condamnations à mort. Egalement peu connu, citant l’étude du professeur Becker, Paul Burlet relève le coût abyssal de la grande guerre, qui a joué un rôle majeur dans les politiques intérieure et étrangère de la France. On rappellera incidemment que, pour un coût à notre connaissance jamais calculé, la France a perdu dix guerres en deux siècles depuis le traité de Paris de 1763 consacrant « la plus grande victoire britannique des temps modernes » : l’Amérique du Nord devenant anglo-saxonne. Ceci explique cela, le rayonnement mondial de la langue anglaise, la domination planétaire anglo-saxonne jusqu’à une période récente. 5

[close]

p. 6

Paul Burlet retrace ensuite les étapes de la conquête du pouvoir par Hitler, qui frappe douloureusement une fois de plus les lecteurs qui en connaissent l’essentiel. Il n’omet pas de faire le rapprochement avec les comportements criminels des classes dirigeantes, et plus généralement des gouvernements anglais et français qui ont fait preuve à la fois d’inconscience et de veulerie face à la montée au pouvoir d’Hitler, alors que les idées et les projets du dictateur figuraient dans « Mein Kampf » et que l’Allemagne n’était pas inaccessible aux informateurs étrangers. Les camps de détention et de concentration étaient connus. Les leçons de cette folie meurtrière de la part d’un homme entraînant son peuple ont-elles été tirées ? En préambule du second chapitre, l’auteur traite du procès de Riom ouvert en 1942. Dans un texte clair, synthétique et très bien construit, il résume en quelques pages les causes de la défaite de juin 40, les attitudes des hommes, l’insuffisante préparation militaire… Une description sans artifice de la politique suivie entre les deux guerres, mais interprétée par le régime de Vichy de manière volontairement tendancieuse pour justifier le changement de régime et l’instauration d’un Etat français compromis avec le nazisme. La guerre ne va pas cesser en France depuis l’armistice jusqu’à la Libération, se poursuivant sous d’autres formes à la fois les plus nobles et les plus honteuses. Combat du régime de Vichy pour instaurer l’ordre nouveau et la collaboration avec l’Allemagne ; combat de travailleurs français pour éviter leur transfert dans les usines allemandes ; combat de l’occupant par la presse clandestine ; combat armé de résistants entraînant représailles, condamnation à mort et déportation ; combat de chaque jour pour une multitude de français, particulièrement ceux des villes, pour surmonter les restrictions imposées ; combat encore des conservateurs de musées pour empêcher le pillage d’œuvres d’art par les allemands ; combat des industriels et des agriculteurs pour éviter les prélèvements par l’autorité allemande ; combat pour éviter dans les départements de l’Est les tentatives de colonisation agraire du pays ; incorporation de force d’alsaciens et de lorrains dans l’armée allemande, mais combat aussi entre français, contre ceux pactisant avec l‘occupant dans la vie courante, l’administration, la police, la milice, ou en dénonçant leurs compatriotes. Cet état de guerre prendra une seconde forme : le dépècement du territoire national. Démembrement du pays en zone libre et zone occupée jusqu’en novembre 1942, annexion de l’Alsace et de la Moselle, création de zones interdites au retour des agriculteurs dans l’Est, zones interdites dans le Nord rattachées au gouverneur allemand de Bruxelles, zone du littoral interdite dans le cadre de la construction du mur de l’Atlantique… En un mot, l’avilissement de la France. Malgré le retour de la République et de l’unité nationale, la guerre, avec ses multiples aspects, a laissé pendant des décennies, voire plus, des traces profondes. La nation doit au Général de Gaulle d’en avoir limité les conséquences tant intérieures qu’extérieures. Dans le troisième chapitre, Paul Burlet livre sa vérité, citant le texte qui suit de l’historien Lucien Febvre « les hommes qui ont participé à la mêlée tragique entre 1940 et 1944 ont non seulement le droit mais le devoir impérieux, le devoir absolu de traduire leur vérité à eux ». C’est dans cette logique normative qu’il a choisi dans les nombreuses publications sur cette histoire « périlleuse » de la Résistance les figures et les situations qui lui ont semblé les plus emblématiques. Parmi elles celui des hommes comme Rémy, l’agent secret numéro un de la France Libre, le Général Guillain de Bénouville « le dernier des paladins », Jean Moulin, la tragédie de Calluire et son agonie, Pierre Lefranc et bien d’autres. Dans une allocution prononcée le 5 février 2013 lors de la manifestation organisée à la Mairie de Paris pour le soixante-dixième anniversaire de la création de la Médaille de la Résistance par le général de Gaulle, l’auteur cite les services exceptionnels rendus par deux résistants. Une femme, Rose Vaillant, peintre, professeur et chercheur, mettra en sécurité les collections du musée du jeu de Paume et les sauvera. Elle pourra réussir pendant quatre ans à noter le détail des œuvres d’art spoliées ou volées qui, depuis le jeu de Paume partait pour l’Allemagne. Et avoir un rôle de premier plan dans leur récupération ultérieure. Le second, Ernest Sibiril est un marin, passionné de la construction de bateaux montera un réseau qui pendant près de deux ans va remettre en état construire ou reconstruire quinze bateaux qui tous arriveront en Angleterre y apportant du courrier et permettant à près de deux cents hommes d’entrer ou de rentrer dans la guerre. Paul Burlet, aidé de son fils qui a mis en page tous ces textes et les a documentés et illustrés par des photos, des schémas et des tableaux, décrit cette triple guerre mené contre l’occupant : guerre de propagande, guerre de harcèlement – qui va jouer un rôle majeur dans la libération du pays – combat militaire. Les combats du Vercors 6

[close]

p. 7

en donnent une illustration. Le plan Vercors, qui avait reçu en février 1943 l’approbation du Général de Gaulle avait pour objet la création de camps disposés dans tout le massif et en harmonie avec le débarquement allié en Provence, renforcé par des troupes aéroportées, avait pour mission de prendre à revers les troupes ennemies stationnant dans la vallée du Rhône. Les combats héroïques de ces hommes sont présentés avec une très grande précision, étayés par des cartes. Le général Alain Le Ray écrira « le drame du Vercors est dans un immense espoir entretenu et déçu ; l’horreur des représailles exercées par l’ennemi la cruauté sadique des crimes perpétrés par une troupe sans âme ». Moins perçues par le grand public l’auteur rapporte les hésitations et les réserves : de Henri Ziegler sur le projet, ainsi que les doutes sur le succès de l’opération sans aide généralisée, sans artillerie et renforts qui ne viendront jamais, du général Delestraint. Le sacrifice de ces hommes n’est pas resté sans effet militaire ni psychologique. Les survivants ont continué à harceler les allemands et comme prévu à apporter leur soutien aux troupes débarquées en Provence. Paul Burlet consacre un long développement à l’action de la gendarmerie, injustement critiquée pour son attitude pendant la guerre alors qu’elle a pris une part très active dans la Résistance, groupant un pourcentage d’engagés dont aucun corps de métier ne peut se prévaloir. En cent pages ayant nécessité beaucoup de temps et de réflexion pour rassembler et exploiter les sources et les références provenant de ses archives et de sa propre mémoire l’auteur fournit au lecteur un tableau complet de la Résistance dans ses multiples aspects. Viendra l’heure de l’épuration ; elle a été voulue, elle était nécessaire, mais selon les directrices du général de Gaulle elle devait l’être au nom de l’Etat. Paul Burlet porte un jugement, citons le : « l’épuration n’a pas abouti à une transformation profonde de la société française tout au plus quelques ajustements de circonstances, quelques châtiments judiciaires punissant les plus engagés dans la collaboration ». Dans le quatrième chapitre, Paul Burlet parle avec son cœur, porteur des valeurs qui l’ont animé lors de son entrée dans la Résistance et qui ne l’ont jamais quitté. Il a en mémoire le sort de ses camarades de combat, déportés, internés et fusillés. Dans un texte d’août 2005 il reproduit en introduction du chapitre les travaux de la Fondation de la Mémoire de la Déportation et ceux de Serge Klarsfeld sur la persécution des juifs. Les « déportés répression » sont un peu plus nombreux que les « déportés persécution », respectivement 86.000 et 75.000. S’y ajoutent 4.000 fusillés et 65.000 « internés résistants », soit 230.000 au total. On peut raisonnablement s’interroger sur le temps qu’il a fallu pour procéder à ce sinistre inventaire mais surtout constater que le chiffre réel des fusillés est quinze fois inférieur à celui rendu public dans les décennies qui ont suivi la libération. Si les témoignages de mémoire depuis la Libération n’ont pas manqué particulièrement cette année, il n’est pas certain que la connaissance de l‘ampleur de ce drame et de ses conséquences mondiales ait été parfaitement mesurée. Conduire les jeunes sur les lieux où se trouvent les camps de concentration est indispensable. Il l’est encore davantage si ces mêmes jeunes ont réfléchi sur les mécanismes administratifs politiques et idéologiques, ainsi que sur la lâcheté des hommes qui en sont à l’origine. Citant un cas concret, Paul Burlet rend hommage à l’inventaire général de la Déportation de Grenoble fait sous l’égide du musée de la résistance et de la déportation de Grenoble et de Serge Klarsfeld dans le département de l’Isère, qui, selon l‘auteur, devrait servir de modèle pour être généralisé en France. Dans une préface, les titres de sous-chapitres suffisent à montrer l’horreur et la barbarie nazie. L’antichambre de la déportation, le camp de Compiègne Royallieu, la répression en Alsace Moselle, le camp de VorbruckSchirmeck, la déportation des républicains espagnols, Nuit et Brouillard « NN », le programme d’Euthanasie, le Gouvernement Général : expérimentation de l’horreur. S’agissant de la Shoah, la lecture de l’inventaire pays par pays des juifs exterminés dans les pays occupés par le Reich et les territoires du troisième Reich une fois de plus remplit d’horreur. Plus de six millions de personnes exterminées, soit les deux tiers de la population juive d’avant-guerre, 28% dans le cas de la France et 92% en Pologne pour ne citer que deux chiffres. Complétant l’horreur du tableau, l’existence des camps était connue du peuple allemand et des services des renseignements alliés bien avant la fin de la guerre La carte des camps principaux et secondaires de la Répression Déportation et de la Répression Persécution, respectivement 19 camps 7

[close]

p. 8

et plus de 150 kommandos répartis sur tout le territoire allemand et celui de la Pologne dispense de tout commentaire. L’illusion pour les français a été de se figurer que nous avions gagné la guerre 1914-1918 au prétexte que les combats s’étaient terminés à notre avantage et à celui des alliés. Pour Paul Burlet, il y a continuité de l’état de guerre entre l’Allemagne et la France depuis la victoire par les armes de 1918 jusqu’à la libération de la France en 1945. Pendant que l’Allemagne s’armait d’un dictateur pour conquérir l’Europe par l’idéologie nazie, le pacifisme gagnait en profondeur la société française et irriguait l’esprit des pouvoirs publics. « Traces d’Histoire Contemporaine » est un testament politique. Un ouvrage servant de modèle et contenant un enseignement dont la lecture est particulièrement recommandée aux professeurs d’histoire ainsi qu’aux jeunes élèves qui préparent chaque année le Concours National de la Résistance et de la Déportation. C'est-à-dire un bréviaire qui nous livre un double message. Faire en sorte que l‘héritage des Compagnons de la Libération et des Médaillés de la Résistance soit conservé dans toute sa dimension politique. Aux jeunes, préparant leur avenir et celui de notre pays avoir confiance en eux et dans le destin de la France, en sachant qu’accomplir son devoir de citoyen est un combat permanent. A Paris le 18 septembre 2014 N.B. Afin de parachever ce tour d’horizon, sont encore en projets :  une étude dont le pivot sera le livre de Ian Kershaw : « La Fin », et qui se rapportera à l’extrême et violent acharnement des forces armées allemandes dans la lutte contre les alliés jusqu’à l’armistice de Mai 1945.  Une note récapitulative des ouvrages indispensables à connaître pour avoir une vision globale du Débarquement en Normandie, suivie de propositions d’itinéraires pour découvrir, sur le terrain, les lieux où cette gigantesque opération s’est déroulée. R.G.   8

[close]

p. 9

PRÉAMBULE Goûter l’Histoire, c’est souvent se donner les moyens de comprendre le présent et, parfois, de préserver l’avenir. Mais c’est aussi avoir pu apprendre à l’apprécier. Et c’est à deux personnages, mot employé à dessein, que je dois cette qualité. En premier, Mr Cheminot, professeur d’Histoire Géographie au collège lycée « annexe Voltaire » de Montreuil-sous-Bois, qui au début des années 60, et trois classes durant (de la 6è à la 4è) va me faire découvrir que cette discipline que j’imaginais poussiéreuse comme une image d’Epinal ou une carte à collectionner du chocolat Cémoi, était, en fait, une saga de bruit, de fureur, d’amour et de haine. Cet enseignant vivait tant son sujet que ses cours devenaient des séances de cinéma sans écran. Il savait, non seulement, piquer notre curiosité mais aussi nous donner l’envie d’aller plus loin dans la connaissance. Le second n’est autre que l’auteur de cet ouvrage, et accessoirement de mes jours. N’auraient été la guerre, la Résistance puis sa rencontre avec ma mère et l’exil de son Dauphiné natal pour la capitale, il était parti pour devenir un Mr Cheminot avant la lettre. Cependant, avec lui, point d’enseignement au sens strict du terme mais plutôt, tout au long de mon existence, des petites touches affectueuses entretenant le désir d’aller au-delà. Comme celui de pénétrer l’univers napoléonien suite à cette phrase, attribuée à un général, pas encore empereur, soigneusement encadrée et suspendue à la tête de mon lit « Quand on veut constamment et fortement, on réussit toujours ». L’Histoire au service du développement personnel, combien de fois, depuis, me suis-je rendu compte, que l’expérience ou connaissance du passé était aussi précieuse qu’un cours de morale ou de civisme. Et que dire aussi de ce dernier quart de siècle passé au côté de ce « (ra)conteur » inépuisable, pour modestement l’aider à mettre en forme ce souci, chevillé au corps, de préserver et transmettre, aux jeunes générations, le souvenir de celles et ceux dont le comportement, voire le sacrifice, a permis à notre pays de connaitre, depuis 70 ans, la Paix. Des femmes et hommes qui, comme lui à 18 ans, ont vu leur vie passer d’un quotidien routinier au refus de l’asservissement. Entrant, probablement sans s’en rendre réellement compte, de plein esprit et de plain-pied dans l’Histoire. « Une commémoration, c’est l’hommage au passé mort. Transmettre le souvenir, c’est le passé qui continue à vivre » nous disait Mr Cheminot. Et cet ouvrage en est une parfaite illustration. Une boucle bouclée, en somme, grâce à deux personnages que j’ai eu la chance de connaître, d’estimer et, pour le second, d’aimer. Gérard Burlet – mai 2014 9

[close]

p. 10

10

[close]

p. 11

INTRODUCTION En 2003, lors d’une réunion hebdomadaire du bureau national de l’ANMRF1, Jean-Jacques de Bresson, alors président de cette association, émet l’idée que les Médaillés de la Résistance, au-delà de leur importante implication dans le concours annuel de la Résistance et de la Déportation2, créent un site internet où les professeurs d’histoire, comme leurs élèves participant à ce concours, puissent trouver un ensemble d’informations sur les évènements survenus entre la défaite de juin 1940 et la capitulation du 3è Reich en mai 1945. Ayant pris l’habitude, au cours de ces réunions de bureau auxquelles j’assistais comme un des vice-président, de faire un exposé sur tel ou tel ouvrage3 permettant, plus de 50 ans après le conflit et à la lumière des archives progressivement versées dans le domaine public, de se faire une juste idée des faits étudiés, c’est tout naturellement que le président de Bresson me demanda de poursuivre la recherche et l’analyse de ces documents de référence. En 10 ans, 51 digests vont « naître ». Leur ambition : être, à partir de sources historiques de référence, un ensemble cohérant offrant, tant au public de base visé initialement qu’à celles et ceux portant intérêt à cette période de notre Histoire, l’opportunité de découvrir des informations de base sur la Résistance et la Déportation tout en les incitant à se procurer les ouvrages dont ces analyses sont tirées. 51 digests écrits « à la plume », transformés en fichiers informatiques par ma petite fille, Auryane. Quant à mon fils, prenant la suite de cette chaîne, il les a mis en page, documentés et illustrés. En quelque sorte, une réalisation familiale au nom des Médaillés de la Résistance. Laquelle s’ouvre, en avant-propos et sous la signature de Vladimir Trouplin, conservateur du Musée de la Libération, sur la présentation de la Croix de la Libération et de la Médaille de la Résistance. Deux distinctions voulues et créées par le général de Gaulle. La première pour honorer des mérites exceptionnels accomplis dans des circonstances exceptionnelles. La seconde, pour récompenser des faits de Résistance remarquables. Paul Burlet ---------------------------------------------------------------- 1 Association Nationale des Médaillés de la Résistance Française 2 Les sections départementales de l’ANMRF sont intervenues régulièrement dans les collèges et lycées, apportant leurs témoignages, participant à des débats comme aux jurys et remises de prix. 3 Thèses, ouvrages témoignages, études historiques, biographies …. 11

[close]

p. 12

L’ORDRE DE LA LIBÉRATION L’ordre de la Libération que créé le général de Gaulle à Brazzaville le 16 novembre 1940 est l’une des toutes premières institutions dont se dote la France Libre. Il répond à une conjoncture calamiteuse : grande faiblesse des engagements, échec de l’opération devant Dakar fin septembre 1940, risque de démotivation des troupes, combats fratricides du Gabon… Il répond aussi à la nécessité pour le général de Gaulle d’affirmer ses prérogatives régaliennes de chef des Français libres alors même qu’il dénonce l’illégalité du gouvernement de Vichy. L’ambition du Général n’est pas simplement d’instituer une nouvelle décoration mais de remplacer la Légion d’Honneur qu’il ne se sent pas le droit de décerner. René Cassin, rédacteur des statuts de l’Ordre, propose que ses membres portent le titre de « compagnons de la Libération » plutôt que celui, un temps envisagé, de « croisés de la Libération ». L’ordre ne comprend qu’un grade et un seul insigne : la croix de la Libération qui porte au revers la devise Patriam servando victoriam Tulit (En servant la Patrie il a apporté la victoire) et un ruban mêlant le noir du deuil au vert de l’espérance. Les compagnons sont nommés par décret du chef des Français libres sur avis du conseil de l’Ordre de la Libération. Celui-ci est à l’origine composé des cinq premiers compagnons nommés (le commandant Thierry d’Argenlieu, le gouverneur Félix Eboué, l’officier de marine marchande Popieul, le lieutenant d’Harcourt et l’adjudant aviateur Bouquillard) représentant, à dessein, la diversité de la France libre. Présidé par le chancelier Thierry d’Argenlieu, il étudie les dossiers de proposition qui sont soumis à la signature du général de Gaulle. Ce dernier peut cependant nommer des Compagnons sans consulter le conseil, procédure fréquente, notamment en 1941, année où le conseil ne se réunit qu’une fois, ses membres étant, par leurs diverses fonctions, très éloignés les uns des autres. Dans les textes, les critères d’attribution sont assez larges, l’ordre devant récompenser « les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se seront signalées dans l'œuvre de la libération de la France et de son Empire ». Ce n’est que progressivement que se dessinent des critères stricts qui prennent en compte l’engagement précoce dans la France libre ou la Résistance, des conditions de ralliement difficiles et une somme d’actions marquantes et répétées. Le faible rythme des attributions correspond au souhait de De Gaulle pour qui les titres des compagnons doivent être « hors de pair ». Cette grande parcimonie avec laquelle elle est attribuée donne peu à peu à la croix de la Libération un prestige particulier. Au total, 1.038 personnes (dont un tiers n’a pas survécu à la guerre) ainsi que 18 unités militaires des Forces françaises libres et 5 communes (Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors et l’Ile de Sein) seront faites compagnon de la Libération. Environ les trois quarts d’entre eux -dont les origines sociale, culturelle et idéologique sont multiples- sont des Français libres, les Résistants de l’intérieur représentant le dernier quart. C’est parmi les « pionniers » de la Résistance intérieure et extérieure que sont choisis les compagnons. L’Ordre comprend par ailleurs 52 étrangers et 25 nationalités différentes mais seulement 6 femmes. « Chevalerie exceptionnelle » selon les termes de son fondateur, l’Ordre est aussi le garant de l’orthodoxie française libre et résistante et c’est à ce titre que la Médaille de la Résistance française lui est rattachée et que le conseil de l’Ordre se voit chargé, en vertu de l’ordonnance du 11 octobre 1944, de désigner les membres représentant la France combattante à l’Assemblée consultative provisoire. Ordre combattant ayant pour but la libération du territoire national, il pouvait difficilement être prolongé bien au-delà. Le départ du pouvoir du général de Gaulle en précipite la forclusion par décret le 23 janvier 1946. L’Ordre de la Libération se tourne alors vers d’autres missions comme l’entraide à l’égard des compagnons et des familles en difficulté, l’organisation de la commémoration annuelle de l’appel du 18 juin au Mont Valérien, la préservation de la mémoire de ses membres notamment au moyen de son musée ouvert en 1970. Face à la disparition inéluctable des compagnons, la question de la pérennité de l’Ordre de la Libération a été tranchée par la création en novembre 2012 du Conseil national des communes « compagnon de la Libération ». Les 5 communes titulaires de la croix de la Libération (Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors et l’ile de Sein) en forment, avec les compagnons vivants et un délégué national, le conseil d’administration qui s’est substitué au conseil de l’ordre. Le conseil national a pour principales missions de conserver la mémoire de l’ordre, de gérer son musée, d’organiser les cérémonies commémoratives de l’appel du 18 juin chaque année au Mont Valérien et de la mort du général de Gaulle et enfin d’assurer le service de la médaille de la Résistance française. Alors qu’une vingtaine de compagnons de la Libération sont encore en vie, c’est ainsi que pourra se perpétuer la mémoire du dernier ordre de chevalerie français, ce« symbole de la Libération », qui témoigne par son exemplarité du combat mené par l’ensemble des Français libres et des Résistants. Texte de Vladimir Trouplin, Conservateur du Musée de l’Ordre de la Libération. 12

[close]

p. 13

LA MÉDAILLE DE LA RÉSISTANCE FRANÇAISE C'est par l'ordonnance 42 du 9 février 1943 et par le décret 774 du même jour que naît la médaille de la Résistance française. Le contexte particulier dans lequel le général de Gaulle institue cette décoration, la seule de toute la guerre après la croix de la Libération en 1940, mérite d'être précisé. Il y a d'abord, en ce début de l'année 1943, une absolue nécessité militaire et politique d'union au sein de la France combattante. Rappelons que, le mois précédent, les trois grands mouvements de Résistance de la zone sud (Combat, Libération et Franc-Tireur) se sont fédérés en constituant les Mouvements unis de Résistance (MUR) et que, en même temps, le Parti communiste clandestin a adhéré à la France Combattante. De plus, ce mois de février 1943 précède de peu la dernière mission en France de « Max » (Jean Moulin) représentant du général de Gaulle qui met sur pied et préside le Conseil national de la Résistance dont la première réunion se tiendra le 27 mai 1943 rue du Four à Paris. L'enjeu est de montrer à l'opinion publique internationale et en particulier au président Roosevelt que la France qui résiste à Vichy et aux Allemands est en ordre de bataille, qu'elle n'est pas divisée et qu'elle est prête à prendre sa part à la victoire. La médaille de la Résistance, destinée à honorer les mérites des " deux Résistances ", de l'intérieur et de l'extérieur, consacre aussi cette volonté d'union exprimée le 11 novembre 1942 par le général de Gaulle dans son discours du Royal Albert Hall se terminant par la phrase slogan " Un seul combat pour une seule Patrie ! ". Le début de l'année 1943 est aussi marqué par la rivalité entre le chef de la France Combattante et le général Giraud, dont la première rencontre s'est tenue à Casablanca, lors de la Conférence d'Anfa au Maroc (janvier) dans une ambiance très tendue ; entre les deux hommes s'est engagé un combat pour la légitimité. De Gaulle faisant valoir aussi son antériorité résistante indiscutable. Vu sous cet angle, instituer la médaille de la Résistance, c'est montrer par un acte régalien sa légitimité et son antériorité. Enfin, la création de la médaille de la Résistance est aussi la conséquence de la rencontre entre les « deux résistances ». On sait que le général de Gaulle, dès le printemps 1942, envisageait de créer une décoration alternative à la croix de la Libération qu'il ne voulait décerner qu'avec parcimonie… Mais c'est l'aide apportée par la Résistance à deux Français libres, lors de leur évasion au tout début de l'année 1943, qui sera décisive dans la création de la médaille de la Résistance. Ces Français libres sont Claude Hettier de Boislambert, un des premiers officiers à avoir rejoint de Gaulle à Londres, et son adjoint, lors de l'opération de Dakar, Antoine Bissagnet. Arrêtés par Vichy lors de l'opération, les deux hommes sont transférés en France, jugés et enfermés à la prison de Gannat. Ils s'en évadent en décembre 1942 grâce au réseau Alliance et à Jean Sainteny. Pris en charge par une filière d'évasion, ils parviennent à rentrer en Angleterre en janvier 1943. A leur retour à Londres, impressionnés par l'aide reçue de la Résistance lors de leur évasion, ils proposèrent au général de Gaulle de créer un insigne spécial pour les combattants de l'ombre. On retrouvera d'ailleurs les deux hommes étroitement liés à la médaille de la Résistance, puisqu'ils seront nommés membre de la Commission nationale de la médaille de la Résistance française dès sa création en avril 1943 et que Claude Hettier de Boislambert la présidera jusqu'à sa mort en 1986. Allocution de Vladimir Trouplin, Conservateur du musée de l’Ordre de la Libération, prononcée le 6 février 2013 à l'occasion de la manifestation organisée par la Mairie de Paris pour le 70ème anniversaire de la médaille de la Résistance Française. La médaille de la Résistance française fut conférée à :  62.751 personnes (dont 24.463 à titre posthume) appartenant aussi bien aux Français Libres qu'à la Résistance intérieure. Elle fut également attribuée à :  18 collectivités territoriales : 17 villes ou villages de métropole (de Lyon ou Brest à l'île de Sein) et le territoire de Nouvelle Calédonie  22 unités militaires des trois armées et à 15 autres collectivités (lycées, hôpitaux, couvents etc …) 21 Février 2014 - Cérémonie au Mont Valérien François Hollande, Président de la République, salue le drapeau de la Médaille de la Résistance, présenté par Jacques Cristiani 13

[close]

p. 14

SOMMAIRE GÉNÉRAL DE LA GRANDE GUERRE À 1940 (SOMMAIRE DÉTAILLÉ) 15 Du lien qui existe entre les deux guerres mondiales du 20è siècle. La première, par l’importance des pertes humaines et des destructions ayant facilité l’avènement du nazisme puis l’exercice du pouvoir dictatorial absolu d’Hitler ayant amené ce dernier à provoquer la seconde. L’OCCUPATION (SOMMAIRE DÉTAILLÉ) 69 Période de 4 longues années où tout le territoire français est, de fait, sous autorité allemande, Vichy, souvent complice, n’étant qu’un paravent aux actions d’un occupant qui, non seulement, applique sa politique raciale ou pille nos stocks comme nos productions industrielles et agricoles, mais qui, aussi, par la mobilisation de plusieurs classes d’âge, force une part importante de notre main d’œuvre à occuper des postes de productions dans les usines allemandes. Et dans la zone annexée d’Alsace Moselle à combattre dans l’armée allemande. Situation entrainant progressivement une partie de la population au refus et à l’entrée en Résistance active permise par une Résistance civile d’importance. Résistance entraînant une terrible répression. LA RÉSISTANCE (SOMMAIRE DÉTAILLÉ) 173 La Résistance a permis aussi bien le fonctionnement de réseaux de renseignements avec leurs liaisons radio, maritimes ou aériennes avec Alger et Londres ou la création de vastes mouvements à la source d’une abondante presse clandestine, que l’apparition des maquis passant d’une mission de refuge à celle de l’action grâce à d’importants parachutages d’armes et d’explosifs permettant à la Résistance armée de jouer un rôle majeur dans la libération du territoire. DÉPORTATION (SOMMAIRE DÉTAILLÉ) 285 Toutes les conséquences de la politique raciale nazie ayant entrainé, avec la grande complicité du régime de Vichy, l’application d’une déportation de persécution. Comme toutes les conséquences des multiples actions de Résistance ayant provoqué une répression d’extrême sévérité à laquelle la Milice française a, largement, participé. Sans oublier, qu’en parallèle à l’action nazie en Europe, s’est déroulée, dans le sud-est asiatique et pendant 50 ans, une action nippone de pillage et de persécution de grande ampleur. 14

[close]

p. 15

DE LA GRANDE GUERRE À 1940 LE CHEMIN DES DAMES LES FUSILLÉS POUR L’EXEMPLE LES DEUX BATAILLES DE LA MARNE  BONUS – LA GRANDE GUERRE A TRAVERS LES TIMBRES 17 19 20 26 LE COUT ABYSSAL DE LA GRANDE GUERRE LA VIOLENCE NAZIE  BONUS – ORGANISATION DU PARTI NAZI 27 29 30 HITLER, VERS LE POUVOIR ABSOLU LA NUIT DES LONGS COUTEAUX C’EST PÉTAIN QU’IL NOUS FAUT ! RETHONDES, CLAIRIÈRE DES ARMISTICES 1939/1940 LES DOCUMENTS SECRETS DE L’ÉTAT MAJOR FRANÇAIS   BONUS – ÉCLAIRAGE SUR LA POCHE DE DUNKERQUE BONUS – ÉCLAIRAGE SUR LA GUERRE RUSSO-FINLANDAISE 31 51 55 59 63 63 66 CARTOGRAPHIE   LES BATAILLES DE LA MARNE LA POCHE DE DUNKERQUE 16 64 15

[close]

Comments

no comments yet