Agir par la Culture - numéro 32

 

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Description

Magazine culturel et politique de Présence et Action Culturelles

Popular Pages


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APC-32:Layout 2 6/12/12 11:29 Page2 temps fort Photo extr aite de « Des Gitans », Editions PAC Wallonie Picarde, 2012. Un livre de photos de Damienne Flipo accompagnées de textes écrits par Michel Guilber t et Jacky Legge qui présente le quotidien d’une communauté roms installée dans les environs de Mar seille. A commander auprès de PAC Wallonie Picarde : info@pac-walloniepicarde.be ou 069/73.05.14. Prix : 5€ + fr ais de por t.

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APC-32:Layout 2 6/12/12 11:29 Page3 sommaire édito Il y a un an, Présence et Action Culturelles lançait la campagne Caddy minimum garanti pour prôner le contrôle des prix des denrées alimentaires. Dans la continuité, nous mobilisons en cette fin d’année sur le thème : « Invendu, mais pas perdu ». Cette nouvelle campagne s’appuie sur une idée toute simple initiée par le bourgmestre d’herstal, Frédéric Daerden. Partant d’une directive européenne sur le traitement des déchets, herstal a introduit dans les permis d’environnement l’obligation pour les grandes surfaces de distribuer les invendus aux banques alimentaires. nous appelons les nouveaux collèges communaux à généraliser cette mesure a la fois environnementale et sociale qui contribue à la lutte contre la pauvreté. Continuité encore : dans la foulée de la campagne « Changer de regard c’est pas ringard » qui portait sur les droits des Roms et des gens du voyage, nous avons tenu un colloque à Tournai qui traitait de cette question. Là encore, nous sollicitons les Communes pour qu’elles prévoient des aires d’accueil temporaires dignes de ce nom. Continuité toujours : Cinq ans après le lancement de notre opération « Asseoir l’Espoir » pour soutenir la création d’une école de cirque en Palestine, nous recevons en tournée la nouvelle création de la troupe professionnelle née de cette école. Ecole qui bénéficie aujourd’hui de locaux opérationnels dans la commune de bir zeit à côté de Ramallah. nous sommes très fiers de cette réalisation à laquelle nous avons largement contribué et qui permet à des enfants et adolescents de bénéficier d’un espace d’expression, de création et de résistance face à l’occupation. Ces trois exemples illustrent notre approche du « Penser globalement, Agir localement ». bonne année à tous et toutes ! yanic samz un Dir ecteur de la publication secrétair e Génér al de Présence et Action Cultur elles 4 PORTRAIT CULTUREL VéROnIqUE DE KEysER : COnsTRUIRE L’EUROPE AVEC LEs GEns PROPOs InTEMPEsTIFs ROOsEVELT, REVIEns ! PAR JEAn CORnIL CôTé nORD JAn GOOssEns : KVs, Un ThéâTRE 7 8 DAns LE DébAT PUbLIC DOssIER : AU nOM DU PEUPLE ! POPULIsME ET nATIOnALIsME 10 LE PEUPLE : éTEnDARD DE L’éMAnCIPATIOn OU MAssE DEs GUEUx ? PAR JEAn CORnIL RACInE COnTRE DRACULA PAR DEnIs DARGEnT JAn bLOMMAERT : POPULIsME, POPULAIRE : JEUx DE LAnGAGE ? LE RéGIME POPULIsTE DE LA CRIsE sAns FIn PAR MARC sInnAEVE  ChRIsTIAn KEsTELOOT : nATIOnALIsME FLAMAnD, Un MOUVEMEnT AnTI-URbAIn à bAs LA CULTURE  hEAVy METAL MEMORAbILIA PAR DEnIs DARGEnT MUsIqUE hUbERT-FéLIx ThIéFAInE : né DésEsPéRé RéFLExIOns  JEAn-CLAUDE MIChéA : LA CAUsE DU PEUPLE MéDIAs  LE PARADIGME MéDIATIqUE DU TsUnAMI PAR MARC sInnAEVE IsRAëL MIChEL WARsChAVsKI : POUR Un AUTRE IsRAëL ACTIOn POUR UnE (RE)DIsTRIbUTIOn DEs InVEnDUs ALIMEnTAIREs PAR AURéLIEn bERThIER ET AnnE-LIsE CyDzIK L’AIR DU TEMPs à FAIRE L’AMOUR sAns AMOUR PAR DAnIEL ADAM DéCOUVERTEs 11 12 13 15 17 18 19 21 23 25 26 27

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APC-32:Layout 2 6/12/12 11:29 Page4 portrait culturel CONSTRUIRE L’EUROPE AVEC LES GENS V ér oni que d e K eyser a eu p lusieur s vies. Univer sitair e, elle a étudié la psyc hologie du tr avail mais la politique l’a r enco ntrée tôt p uisq ue fr aic hement embauchée jeune chercheuse à l’ULb, elle se jette dans le mouvement de Mai 68. Di r ect rice d ’un lab o d e l a K UL, spécialiste des er reur s humaines, notamment dans le domaine des hautes tec hnologies comme l’aérospatial, elle c herc he t out au lo ng de sa car rièr e d es solut ions à la d ur et é des cond itions de tr avail, au stress ou à la flexib ilit é du tr av ail. Elle r eviendr a plus dir ectement en politique comme Eurodéputée sur les listes du Ps en 2001. Au sein du Par lement, elle est une infatig able voyageuse, missionnée dans les endr oits les plus chauds du globe comme la Palestine ou le Darfour. Vous avez beaucoup tr av aillé sur l’err eur humaine dans vos tr avaux de psyc ho lo gue d u t r a v ail . Est-c e que cel a existe de s er r eur s humaine s en politique ? bien sûr que cela existe et à limite, on pourrait dire que l’on ne fait que des erreurs, en politique et dans la vie. Le véritable problème n’est pas de faire des erreurs, cela fait partie du fonctionnement humain et de tout système. Mais il y a un principe de récupération constante des erreurs. C’est-à-dire qu’on se contrôle soimême, on diagnostique que l’on a fait une erreur et on la récupère, on la corrige. J’ai étudié et observé les pilotes d’avion. En une heure, ils font des dizaines d’erreurs, mais il n’y en a aucune qui prête à conséquence parce que le système permet que ce soit contrôlé, avec le copilote, avec des systèmes automatiques, ou même tout simplement par le pilote qui le remarque lui-même. La question n’est pas celle de l’erreur mais celle de la récupération en fonction des infos que l’on a. Ce qui m’étonne dans le fonctionnement européen, c’est que dans bien des domaines on persiste et signe dans l’erreur ! Prenez les problèmes aujourd’hui de gouvernance économique que l’Europe a introduits, c’est-à-dire ce contrôle budgétaire des états, de leur déficit, de leur compétitivité, etc. sur le principe même, je crois que personne n’est contre. Ce n’est pas mal d’avoir un contrôle, c’est une véritable assistance. Mais dans les formes que cela a pris, c’est ingérable, on va droit dans le mur ! quand on demande à la Grèce de couper dans toutes ses dépenses en termes de fonctionnement, de retraites, avec les systèmes de coupe, nous sommes incapables d’arriver à l’objectif. C’est-à-dire relancer la machine, regagner la croissance et finalement réduire la part de la dette. Plus aucun pays n’ignore aujourd’hui qu’en suivant cette logique-là, il va accroître son déficit, sa dette, qu’il va faire baisser le pouvoir d’achat. nous sommes dans une espèce d’impasse où l’on sait que les remèdes ne sont pas les bons remèdes, et pourtant on continue à les appliquer. L’Europe avec sa pesante machine ne change pas, et nous nous enlisons de plus en plus et consciemment. C’est pour cela que les Grecs, et quoi de plus normal, se révoltent en disant qu’il n’y a pas moyen d’en sortir avec ce que la Troïka leur impose. y a-t-il un homme ou une femme mor t ou viv ant qui inspir e votre action politique aujour d’hui ? Il y a des tas de gens qui m’impressionnent beaucoup comme Guy spitaels que j’ai connu comme ami, et comme interlocuteur politique. Mais pour répondre tout à fait franchement, le moteur de mon action se trouve vraiment dans les gens. J’ai passionnément aimé la sidérurgie, j’ai commencé des études dans cet univers. Je pourrais vous décrire telle grande gueule syndicale de telle époque, tel ouvrier. Je peux vous citer des Palestiniens et des femmes palestiniennes qui me faisaient monter les larmes aux yeux ou des soudanais, des gens du Darfour, c’est vraiment eux qui m’arrachent le cœur et qui me portent en même temps. Et c’est même une espèce de cortège qui surgit dans mon esprit quand cela ne va plus, quand j’en arrive à penser que cela ne sert à rien. bien plus que les grandes figures politiques, c’est cela qui m’inspire. Alors que je suis une trouillarde, que j’ai peur de tout, que je ne sais pas répondre si on m’attaque, dès que je pense à cela, je deviens une petite machine de guerre, ça me transforme complètement et c’est vraiment ma force. 4 (c) Jean-Francois Rochez VÉRONIQUE DE KEYSER :

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APC-32:Layout 2 6/12/12 11:29 Page5 portrait culturel Au milieu de toutes vos missions, estce que vous avez le temps de lir e ? Je lis tout le temps n’importe quoi, je lis tout. Le dernier livre que j’ai lu c’est « Diderot ou le bonheur de penser », un essai de Jacques Attali. Je n’aime pas beaucoup Attali mais j’aime beaucoup Diderot. J’ai un dieu en littérature, c’est António Lobo Antunes qui est portugais, qui a beaucoup écrit sur la guerre d’Angola et qui est surtout un très grand écrivain bien meilleur que José saramago. Je lis beaucoup de littérature étrangère, des essais, les magazines ¡hola ! et hello ! quand il le faut... Je lis tout, car je ne peux pas rester un instant sans lire. J’aime le papier, mais pas les liseuses. Mes valises sont remplies de bouquins. à part lire et travailler, j’aime beaucoup le théâtre, le cinéma, tout ce qui est visuel. y a-t-il un film qui vous a mar qué ou que vous avez par ticulièr ement aimé ? Je n’ai pas tellement le temps d’aller au cinéma ces temps-ci alors qu’avant j’y allais deux trois fois par semaine. J’ai beaucoup aimé « Et maintenant on va où ? » de nadine Labaki, celle qui avait fait « Caramel », le film qui se passe dans un institut de beauté libanais. Ce film montre les rapports entre la communauté chrétienne et la communauté musulmane. Le dernier que j’ai vu c’est « L’affaire Chebeya » de Thierry Michel, un documentaire sur l’assassinat d’un militant des droits de l’homme au Congo. Au cinéma, c’est un peu comme dans la littérature, je crois ce que j’aime ce sont les films étrangers en général. Par exemple, « Une séparation » de l’Iranien Asghar Farhadi.Chaque fois, cela me replonge dans la vie d’un pays, je suis heureuse. quel est votr e ra ppor t à la musiq ue ? Aucun à part l’opéra... Je crois que j’ai des « oreilles en chou-fleur ». Je ne suis pas du tout réceptive à la musique. J’ai de vrais problèmes de sensibilité auditive par rapport à tout ce qui fait trop de bruit. à part de la variété ou de la chanson à texte, je n’accroche pas du tout à la musique. Ou alors à des musiques un peu spécifiques comme Monteverdi. J’ai vécu dans une famille un peu compliquée où mon beau-père était prof de morale et voulait faire du belcanto. Et jusqu’à l’âge de 80 ans, il a pris des cours de chant avec des profs particuliers, dans des académies. Il chantait très mal mais il obligeait ses huit enfants, à des moments déterminés, quand il était dans le garage avec le piano, de dire si sa voix passait bien ou pas. Cela m’a donné à la fois une horreur de l’opéra et une grande connaissance de l’opéra et de la voix. C’est en allant au Festival d’Avignon et d’Orange que j’ai, entre autres, repris goût à l’opéra. J’y trouve aujourd’hui un plaisir fou. Par contre en matière de théâtre, je dirige une association « Théâtre & Publics » qui a été fondée par Max Parfondry. Je suis très proche des gens du conservatoire, du Théâtre de la Place. Je les suis attentivement. quel est le pays d’Europe que vous appréciez le plus ? Je pense réellement que c’est la belgique. Je ne suis pas française et je n’ai pas envie de l’être. J’ai un mari espagnol mais je n’ai jamais pris la nationalité espagnole. Ma fille a épousé un britannique, il y a des Congolais et des Marocains dans ma famille. Ma petite-fille, sa grand-mère était russe, c’est très bigarré. Et moi, je suis extrêmement heureuse d’être belge et Wallonne de surcroît. Chaque fois que je rentre de voyage, j’ai une grosse émotion quand je traverse la Meuse parce je me dis : « nous avons de l’eau ! (en général, je reviens de pays secs), il pleut, il y a de la verdure, il y a des oiseaux, c’est extraordinaire ! ». Je trouve qu’en matière de démocratie, de protection des gens, de services publics, ceux qu’il nous reste même si l’Europe en a détricotés pas mal, que la belgique reste une quasi-exception dans le paysage européen. La Wallonie en particulier comparativement à l’évolution de la Flandre. se lo n v ous, que lle est la p lus b ell e a vancée que l’Europe a faite ? Certainement ce dont on s’est tellement gaussé, dont on a tellement ri, c’est la question de la paix. quand on a vu ce qui s’est passé aux frontières de l’Europe avec la guerre de yougoslavie, ce n’est pas rien. nous avons eu la paix et une période de prospérité qui a été importante : depuis la seconde Guerre mondiale, cette construction européenne reste la première puissance économique mondiale, encore aujourd’hui. Et ce qu’elle a ra té  ? Là où nous avons échoué, c’est dans cette espèce de « justice sociale économique ». On avait l’idée que les différents pays allaient converger (c) Jean-Francois Rochez (c) Jean-Francois Rochez 5 5

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APC-32:Layout 2 6/12/12 11:29 Page6 portrait culturel Prenez le problème du chemin de fer par exemple. Au début, on imaginait le projet d’un grand chemin de fer européen. En fait, on a balisé des chemins de fer opérateur contre opérateur. On dit maintenant qu’il y a les règles de l’OMC, les donnes ont changé, je veux bien mais c’est vécu par les gens comme quelque chose qui ne faisait pas du tout partie du voyage au départ. Cette donne et la crise économique entrainent un euroscepticisme que l’on va payer très cher. Je continue à croire que la seule solution, c’est l’Europe. Mais je continue à croire que tant qu’il n’y a pas cette idée de justice redistributive et sociale, de grâce que l’on conserve notre système social et que l’on ne dise surtout pas que c’est l’Europe qui doit s’en occuper ! Je ne veux pas de fédéralisme européen tant que les bases mêmes, la logique même européenne, ne changent pas. que l me ssa ge aur iez- vous e nvi e d e dir e aux jeunes qui démar r ent dans la vie avec toutes les difficultés que cela suppose ? D’abord, je suis persuadée qu’il y dans la vie et dans l’histoire des pays et des régions des moments où il y a des redémarrages possibles. nous sommes aujourd’hui en Europe à un moment très crucial. On le verra aux élections de 2014 : ou bien tout s’écroule, ou bien on redémarre sur de nouvelles bases. quel type d’Europe faudra-t-il faire ensemble ? Je n’en sais rien. Je sais que c’est une construction ensemble et pas contre les autres pays, contre telle ou telle catégorie de population, et que jusqu’à présent, les citoyens n’ont pas du tout participé à la construction européenne. Et c’est les jeunes d’aujourd’hui qui veulent cela parce que ne nous trompons pas, l’Europe ne s’est pas construite avec les gens. Ce sont les pères fondateurs qui ont rêvé de cela, qui l’ont conçu comme un marché unique, qui en ont bâti des institutions. Les gens se retrouvent dans une espèce de rêve d’Europe qu’ils n’ont pas construit eux-mêmes. Et donc, c’est cette participation des gens à la construction européenne qui est le grand défi à venir, un défi énorme. quand je vois la puissance des lobbies en Europe, quand je vois comment les grandes entreprises ont trouvé le chemin de tous les bureaux européens et sont occupées à influencer les législations. Comment elles ont contribué et contribuent encore à des dérives importantes. quand je vois que cette Europe du dessus est investie de tas de gens qui manœuvrent des pions. quand je vois qu’elle n’est pas construite par le bas alors que tous nos acquis sociaux existants ont été conquis sur le terrain. Tant que les gens ne se battent pas pour obtenir des acquis au niveau européen -les syndicats le font, mais difficilement avec autant de diversité nationale syndicale existante. Tant que cela ne passe pas au niveau du citoyen, qu’il ne se bat pas pour cela, l’Europe va continuer à dévier dans le sens du vent, c’est-à-dire du côté des plus forts. C’est cela qui manque, qui n’a pas été construit tout simplement. L’Europe n’est pas une construction humaine, mais une construction intellectuelle et politique. à un moment donné, cela commence à poser de sérieux problèmes. que l tr a it de ca r a ctè r e pa r t iculie r fa ut-il avoir en tant que femme a u niveau européen, pour tr av ailler à l’Eur ope ? Au Parlement, la confrontation que nous avons en permanence avec l’emprise religieuse, qui est extrêmement pesante sur la majorité du Parlement, pas seulement sur le PPE, va faire que les prises de position à l’égard des femmes, à l’égard des quotas des femmes, à l’égard de l’avortement, de la contraception, de la recherche sur les cellules-souches, des homosexuels, les questions des libertés sexuelles ou de genre vont constituer un débat houleux et permanent. à part cela, l’Union européenne a toujours soutenu l’égalité hommes-femmes, donc on ne va pas avoir, au sein des institutions, ici de machisme évident. Le Parlement n’est pas l’endroit où j’ai trouvé le plus difficile d’être une femme. Il faut dire que j’étais plus vieille, c’était plus facile. L’âge a beaucoup d’avantages à cet égard. J’ai un plaisir fou à vieillir, j’ai toujours dit que cela simplifiait les problèmes. Propos re cueillis par sa bine bea ucamp et Aurélien ber thier Retrouvez cette inter view en ver sion longue sur ww w.a gir par lacultur e.be 6 (c) Jean-Francois Rochez dans une prospérité, on avait une immense politique de cohésion où l’on redistribuait de l’argent des pays riches aux pays pauvres ou aux régions les plus pauvres de l’Europe. On en a largement bénéficié, tant mieux, et il y avait tous ces mécanismes pour arriver à une prospérité mieux partagée au niveau européen. Graduellement, et en particulier durant la dernière décennie, ce rêve de redistribution des richesses au niveau européen et d’entrainement économique avec une richesse pour tous s’est révélé être un échec. Il y a eu tout le détricotage des services publics et le fait que l’on a raté le tournant de l’Europe sociale.

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APC-32:Layout 2 6/12/12 11:29 Page7 propos intempestifs ROOSEVELT, REVIENS ! sans précédent : la production s’effondre, le chômage est dévastateur, les miséreux se démultiplient. Le Président, assez fade jusque-là, va être à l’origine d’une impulsion décisive, avec le soutien de Keynes, jusqu’alors si étrangère à la tradition politique du pays. et à un puissant mouvement citoyen, selon les termes de stéphane hessel et Edgar Morin, devant l’extrême gravité de la situation et face au risque d’effondrement. quinze réformes prioritaires sont mises en exergue : redonner de l’oxygène aux états en diminuant fortement les intérêts de la dette publique, créer un impôt européen sur le bénéfice des entreprises pour dégager de nouvelles marges de manœuvre budgétaires et mettre fin au sabordage fiscal national, en France, en annulant les baisses d’impôts octroyées aux grandes entreprises et aux citoyens les plus riches, limiter au maximum les licenciements, interdire la spéculation bancaire, sécuriser les précaires… Ce programme, dans l’esprit même du new Deal de Roosevelt, est l’exact opposé des politiques suicidaires de l’Union européenne. Cet appel indique que tout dépend de la volonté politique et de la mobilisation des citoyens. Puisse l’esprit du grand Roosevelt inspirer enfin nos dirigeants. Jean Cor nil Pour aller plus loin : - www.roosevelt2012.fr : où chacun peut s’informer, signer et s’engager - Pour éviter le Kr ach ultime d e Pier r e L ar ro utur ou, nova Editions, 2011 - Roos evelt de André Kaspi , Fayard, 1988, Le nouvel Observateur, 2012 (c) Jean-Francois Rochez Face à l’incer titude du présent, un coup d’œil dans le r étr oviseur peut s’avérer salutaire. En ces temps de génér ation spontanée, oublieuse de la continuité historique, le r egard rétrospectif peut éclair er un chemin pour l’avenir. Je me suis donc plongé dans une biographie de Franklin Roosevelt, le héros de new Deal. Certes, l’histoire ne se répète par nature jamais, et la terrible crise des années 30 a débouché sur la pire boucherie du genre humain. La guerre a relancé l’économie. Mais l’esprit de la relance américaine me paraît bienvenu pour une Union européenne qui, si elle mérite le prix nobel de la paix depuis plus de soixante années, sombre dans une inquiétante absence de projet, à l’exception d’un grand marché toujours plus tentaculaire, et d’une gestion d’épicier à la maladie professionnelle bien connue : le seul et unique profit. bref, l’Europe, continent héritier d’une civilisation exceptionnelle comme de colonisations atroces, est devenue un expert-comptable arborant une raréfaction totale d’oxygène moral. sans souffle, sans autre destin commun que les bilans froids des technocrates de bruxelles. Peu importe les souffrances des peuples et la désespérance des classes populaires, la « règle d’or » budgétaire s’impose, quel que soit son goût de plomb dans la bouche des citoyens. Roosevelt donc. Le milliardaire paralytique arrive à la Maison blanche en 1932, au moment où l’Amérique traverse une fournaise économique DP « Il est animé d’une conviction absolue : il faut à tout prix réagir à la crise qui ravage le pays depuis 1929, à laquelle l’administration républicaine n’a opposé qu’une passivité née de ses convictions conservatrices et de sa croyance dans les mécanismes spontanés du marché » écrit Laurent Joffrin. La volonté collective au service de la solidarité : voilà le message clef de Roosevelt. que l’Europe le médite face à la récession qui favorise les replis nationalistes et les égoïsmes nationaux. que l’on juge du caractère, avec le recul quasi révolutionnaire, voire prophétique, des réformes, dont certaines ont été votées en un jour au début du mandat de Roosevelt. Le Glass–steagall Act pour séparer les banques de dépôt des banques d’affaires, un taux d’impôt applicable aux plus riches qui est passé de 25% en 1932 à 91% en 1941, la création d’un corps civil de protection de l’environnement pour aider plus de 250.000 jeunes chômeurs, un programme ambitieux, de travaux publics (Tennessee Valley Authority)… Un interventionnisme des pouvoirs publics et un volontarisme politique dont on se prend à rêver aujourd’hui. C’est tout le sens du collectif Roosevelt 2012 qui appelle à une insurrection des consciences 7

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APC-32:Layout 2 6/12/12 11:29 Page8 côté nord Directeur ar tistique depuis mai 2001 du KVs, le Théâtr e royal flamand, Jan Goossens a suivi des études littéraire et philosophique. Il a fait du KVs un véritable théâtre de ville, multilingue, pluridisciplinair e, en phase avec la réalité bruxelloise. Ouver t à tous les courants fascinants qui traver sent les ar ts de la scène inter nationale, le KVs n’en est pas moins ouver t aux questions politiques. Renco ntre avec cet ancien Anversois qui ha bite br uxelles depuis près de vingt ans. quelles peuvent être les conséquences de la m ontée de la n-VA sur les politiques culturelles en Flandre ? Je n’ai pas envie de me focaliser uniquement sur la n-VA. Je vois une crise européenne plus générale. La globalisation et la situation économique mondiale font très peur aux gens un peu partout en Europe. Il y a un repli sur soi et une tendance à faire des choix électoraux de droite qui remettent en question la notion même de solidarités entre communautés. Cela se vit fortement en Flandre. Dans le monde ar tistique, comment viton ce repli identitaire ? Je suppose que les gens ont un peu peur mais pas forcément de la n-VA. Je ne trouve d’ailleurs pas qu’il faille en avoir peur. Il faut être très clair : la n-VA est un parti démocratique avec un projet politique tout à fait légitime. que ce soit au niveau de son programme politique ou du discours de bart De Wever, la n-VA n’est pas un parti raciste. On pourrait presque dire que la montée de la n-VA en affaiblissant le Vlaams belang est une bonne chose. En même temps, je crois qu’en Flandre, il y a quand même une fâcheuse tendance à développer un discours de plus en plus nationaliste, de plus en plus flamand, poussant vers un repli sur soi. Tout cela conduit à ce que certaines conceptions du vivre ensemble, qui me sont très chères, deviennent de plus en plus problématiques. C’est une chose que je ressens fortement depuis 10 ans, tous partis politiques confondus. La n-VA se distinguant en poussant ce discours toujours plus loin. Je dirais qu’il y a aussi le rapport de la Flandre avec une ville comme bruxelles, multiculturelle et multilingue. Un centre culturel comme le KVs, fortement subventionné par la Communauté flamande, a fait le choix de mettre cette ville et cette réalité multiculturelle et multilingue au cœur de son projet artistique. Ce projet, je dois l’expliquer et le défendre de plus en plus. C’en est même un peu angoissant ! Et en même temps, cela montre que ce projet est plus pertinent que jamais. Il y a de moins en moins d’espace dans le débat public en Flandre pour un discours qui prône le vivre ensemble. Et cela, les artistes et le secteur culturel le ressentent clairement depuis quelques années. Par exemple ? Un exemple parlant est celui de la manifestation « Pas en notre nom » en Flandre. Il s’agissait d’une manifestation d’une cinquantaine d’artistes flamands qui après les élections législatives, au beau milieu de la crise de la construction du Gouvernement fédéral et le blocage institutionnel ont dit : « Pas en notre nom », nous ne voulons pas de cette impasse, nous estimons qu’il faut continuer à dialoguer, à pouvoir travailler ensemble, qu’une solidarité entre communautés linguistiques en belgique n’est pas quelque chose à détruire ou à remettre constamment en question. Tous ces artistes étaient des gens reconnus comme Tom Lanoye ou Alain Platel, le KVs avait simplement accueilli cet événement. Eh bien, nous avons été très fortement attaqués pendant six mois par l’ensemble du monde politique. Des académies, des médias, des gens à l’intérieur du monde culturel ont posé ouvertement la question : « Le KVs devait-il s’exprimer de cette façon ? ». Ils estimaient qu’un théâtre devait faire du théâtre, que cette manifestation était un événement politique et qu’il n’avait donc pas sa place sur nos plateaux. En clair : « Faites votre travail artistique et laissez la politique aux politiques, sinon cela détruira votre crédibilité artistique ». Personnellement, je ne partage pas du tout cette conception du théâtre et d’une institution comme le KVs. Face aux critiques des politiques, de plus en plus d’artistes, d’organisations et de centres culturels se retirent de ce débat et se taisent. C’est en partie dû à la crainte qu’après les prochaines élections en juin 2014, il y aura une majorité (et pas seulement la n-VA) qui tiendra un discours très flamand, pas pro-bruxelles. Très probablement, la culture ne sera plus défendue et soutenue comme elle l’est encore aujourd’hui en Flandre. Mais se retirer du débat politique n’est pas une bonne attitude. Le risque pour le monde culturel après juin 2014 est certes bien réel mais cependant, ce risque existera quelle que soit la nouvelle majorité. Adopter une position très visible et très centrale dans la société me parait la meilleure façon de se prémunir. si on prend le pli de se taire, personne ne saura que nous existons. Cela créera de l’indifférence qui ne nous sera aucunement utile dans les années qui viennent. Vous préparez une réponse à cette indifférence ? Tout le projet du KVs essaie d’être dans une dynamique de défense d’un projet culturel très lié à une vision urbaine, du vivre ensemble dans notre ville et dans notre société en général. nous défendons un projet qui part du travail des artistes avec l’ambition de ne pas nous enfermer dans un monde artistique restreint, de ne pas travailler dans notre petit milieu avec toujours les mêmes publics, en s’auto-valorisant entre-nous. Je crois que chaque projet artistique fort doit avoir une dimension qui va au-delà de ce qui est purement artistique, qui essaie d’ajouter quelque chose au vivre ensemble, même si c’est d’une façon poétique. Propos recueillis par sabine beaucamp 8 (c) André Dselier KVS : UN THÉâTRE DANS LE DÉBAT PUBLIC

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APC-32:Layout 2 6/12/12 11:30 Page9 dossier POPULISME ET NATIONALISME Peuple, populair e ou populisme sont des mots c hargés de sens dans la vie politique de nos démocr aties. La figur e du peuple est multiple, éc ar telée entr e plusieur s r eprésen tations contr adictoires. Ce sont ces dif férentes conceptions qu’aborde le texte de Jean Cor nil qui ouvre ce dossier. Un cer tain désor dre entoure également les ter mes qui lui sont dérivés. qu’en est-il du populaire ? Et de l’accusation de populisme , insulte politique par excellence ? Jan blommaer t, linguiste, nous éc lair e sur ces deux ter mes souvent confondus, tandis que Denis Dargent revient sur son intérêt pour les cultures populair es . Marc sinnaeve présente lui les métamor phoses du populisme de dr oite à l’œuvr e dans nos démocraties, qui se démar que d’un conser v atisme pur et dur pour embr asser des valeur s hédonistes et consumér istes. Le culte du peuple, cela peut aller aussi jusqu’au nationalisme dont on obser ve la montée en Flandre. Christian Kesteloot, géographe, en explique les r acines par le rappor t ambigu avec l’urbain des tenants de l’indépendance flamande. AU NOM DU PEUPLE !

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APC-32:Layout 2 6/12/12 11:30 Page10 dossier LE PEUPLE : étENdARd dE L’éMANCiPAtioN oU MASSE dES GUEUX ? Chacun connait la boutade : si le peuple se trompe, ou vote dans le mauvais sens, alor s il faut changer de peuple. Mais de quel peuple parle-t-on ? quelles figures du peuple peut-on isoler et quelles contr adictions existent entre les différentes conceptions de ce ter me ? La grande transformation depuis 1750, c’est le passage des monarchies triomphantes en Europe (les bourbons, les habsbourg, les Romanov,…) aux peuples souverains deux siècles plus tard. nous vivons aujourd’hui une spectaculaire unanimité du recours au peuple. Tous les régimes, même les plus tyranniques, invoquent toujours l’intérêt le plus profond du peuple pour légitimer leurs actions. Comme l’écrit Pierre-henri Tavoillot dans qui doit Gouverner ? Une brève histoire de l’autorité : « L’universalité du principe (l’idée démocratique qui est devenue l’horizon indépassable de la politique), qui tient beaucoup à son caractère vague, ne doit pas cacher la grande variété de ses applications ». Des révolutions arabes à la souveraineté populaire, de l’invocation du peuple contre les élites aux manifs contre la « Commission de bruxelles », des Généraux birmans aux nationalismes du moment, chacune a recours à son peuple pour justifier son pouvoir ou contester la domination des puissants. LA nAIssAnCE DU PEUPLE Dans l’histoire moderne, l’idée démocratique a connu des chemins différents et trois lieux de naissance. L’Angleterre d’abord, avec sa voie évolutive et pragmatique, contre les prétentions de la monarchie absolue. Les états-Unis ensuite, de la décolonisation envers la Grande-bretagne à la rédaction en 1787 d’une Constitution qui inaugure le fonctionnement des démocraties contemporaines. La France enfin dont le cheminement inspiré par Jean-Jacques Rousseau, est révolutionnaire et rationaliste, et combine l’universalisme des droits et la centralisation administrative. Avec cette question centrale posée par sieyès : « qui est le peuple qui doit gouverner le peuple ? » Car, en philosophie politique, le peuple, cette énigme comme l’indique Tavoillot, peut conduire à deux sens radicalement différents. soit, il est un concept social qui se définit par tout ce qui n’est pas lui : les riches, les élites, l’oligarchie, les technocrates, l’état, « ceux d’en haut », etc. soit, il est un concept englobant qui transcende les particularismes et renvoie à l’unité collective, à la nation, à la volonté générale, à la République,… Autrement dit : « le peuple est-il l’idéal éclairé de l’élite ou le peuple réel de la masse ? » et « son unité réside-t-elle dans une volonté générale (état) ou dans le libre jeu des volontés individuelles (société civile) ? ». Ambiguïté fondamentale du peuple : populus ou vulgus ? Intérêt commun ou masse des gueux ? beau et noble peuple contre versatile et ignare plèbe ? à la fois héros et diable, gare aux tentations technocratiques (« éclairer » le peuple) ou démagogiques (« flatter » le peuple). si le peuple est vulgaire, comment alors l’émanciper, le régénérer ? Comment extirper les reliquats de l’Ancien Régime ou aujourd’hui ceux de « son petit capitalisme intérieur » selon la formule de Christian Arnsperger ? Par un changement radical pour remodeler l’âme du peuple version Robespierre et saint-Just ? Ou patiemment par l’instruction civique et l’éducation, version Condorcet, démarche plus douce mais qui pose l’enseignement comme outil central pour transformer les mentalités ? à chaque « problème de société » mis en exergue par notre époque, la question de l’école ressurgit. sOCIéTé CIVILE ET éTAT Un autre angle d’approche du peuple est logé dans le rapport entre la société civile et l’état. seconde contradiction entre les deux figures du peuple : soit un ensemble d’individus privés aux intérêts égoïstes, soit une collectivité de citoyens mus par une volonté commune. société civile ou pouvoirs publics. Comme l’écrit toujours Tavoillot : « comment envisager leur articulation ? ». Deux possibilités : la DP dissolution de l’état dans la société civile. C’est l’anarchisme de Proudhon. On l’inverse, c’est le communisme dont on connaît les ravages au siècle dernier – ce qui n’exclut pas que d’autres formes ne resurgissent dans l’histoire par ailleurs. Autrement dit, comment articuler la liberté et l’ordre ? L’autonomie et l’égalité ? Immense question, source d’une multitude de doctrines et de tentatives politiques concrètes, qui démontre l’extrême difficulté de concilier les trois valeurs du triptyque de la Révolution française. Le libéralisme philosophique serait-il le point d’équilibre ? Après 1789, il fallait 1848, pensait Karl Marx. Après 1917 et la crise de 2008, je doute encore de la triomphale défaite du capitalisme. L’harmonisation qui devait résulter du libre jeu des actions particulières, comme la fable des abeilles, a conduit à une situation diamétralement opposée. « qui doit gouverner ? Le peuple, certes ; mais il n’existe pas. à peine espérée sa figure nous échappe et son pouvoir devient tyrannique » écrit encore Tavoillot. Le peuple peut être plus dangereux qu’un tyran pensait benjamin Constant. à l’inverse « le peuple n’a qu’un ennemi sérieux, c’est son gouvernement » disait saint-Just. Comment naviguer entre ces deux écueils, en refusant toute mystique du peuple mais en évitant de devenir un briseur définitif de rêve ? Au moment où nos démocraties s’essoufflent, malmenées par la dictature des marchés financiers d’un côté et par la montée des populismes de l’autre, comment et par quelles formes, renouveler le sens de notre question gestion collective de la Cité vers une citoyenneté plus mature et une représentation mieux à même de piloter la complexité de notre présent ? Le défi de l’imagination politique pour figurer autrement le peuple débouche sur une passionnante nouvelle voie à explorer. Jean Cor nil Pour aller plus loin : Pierre-henri Tavoillot, « qui doit Gouverner ?, Une brève histoire de l’autorité », Grasset, 2011 10

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APC-32:Layout 2 6/12/12 11:32 Page11 dossier RACiNE CoNtRE dRACULA Dans chaque numéro d’Agir par la cultur e, Denis Dar gent tient la chr onique « A bas la culture » qui révèle quelque ch ose de la cultur e popul ai r e. Alor s que notre dossier tour ne autour des notions de peuple, de populair e et de popu lis me, n ous l ui avons demandé pour quoi il avait décidé de se lancer dans ce tr avail ? quel est l’objectif de ma chronique, qui transformerait la plus crapoteuse des séries z en chef-d’œuvre du 7e Art ? La question m’étant posée, me voilà contraint d’y répondre. C’est une réaction, non épidermique, à ce que Dubuffet nommait très justement l’« asphyxiante culture ». « Il est extrêmement rare, écrivait-il en 1968, de rencontrer une personne avouant qu’elle porte peu de considération à une tragédie de Racine ou à un tableau de Raphaël. Aussi bien parmi les intellectuels que parmi les autres. Il est même remarquable que c’est plutôt parmi les autres – ceux qui n’ont jamais lu un vers de Racine ni vu un tableau de Raphaël que se trouvent les plus militants défenseurs de ces valeurs mythiques. » si mon propos est plus modeste, il n’entend pas moins dénoncer l’imposture de la supério- rité prétendue de certaines formes de cultures sur d’autres et plus encore ce que bourdieu appelait le « racisme de classe » qui, précisaitil, « réduit les pratiques populaires à la barbarie ou à la vulgarité. » Il est vrai que les préjugés de classes n’ont jamais totalement disparu. Un fossé existe bel et bien entre les pratiques culturelles jugées légitimes, institutionnalisées (et donc reconnues) et celles, jugées « vulgaires », réservées à la masse. Effarant, par exemple, à l’heure du nouvel âge d’or des séries télévisées dont la popularité transgresse absolument ce clivage. Cette pensée de classe finalement bien ancrée dans les mentalités « classes moyennes », relève me semble-t-il d’une colossale erreur de perspective. Il existe en effet une différence fondamentale entre la culture populaire et la culture de masse, la seconde n’étant qu’une dilution de la première à grands coups de réductions « stéréotypantes » opérées par les médias… de masse. Pour parler plus concrètement : on n’aborde pas le problème des banlieues de la même manière sur Arte que sur TF1. Mais si, certes, une majorité de gens regardent TF1, cela ne signifie pas pour autant que seul un groupe d’individus, réductible à la notion grotesque d’ « élite », regarde Arte. qu’on me prouve le contraire. Mais je m’égare. « à bas la culture » n’a d’autres prétentions que de parcourir, le cœur léger, les allées d’un musée imaginaire où s’entasseraient les artefacts d’expressions culturelles socialement dévalorisées. L’approche des « sous-cultures », née d’un refus du légitimisme de classe et des hiérarchies académiques, a été initiée dans l’Angleterre des années 60 (à travers les cultural studies), elle ne s’est développée dans la France cartésienne que plus tardivement, et plus timidement. Chez nous, en belgique francophone, où l’on en est réduit à opposer la crédibilité supposée du média public face à l’ogre privé, on voit combien il est difficile d’échapper à une vision verticale de l’analyse des phénomènes culturels. « à bas la culture » ne porte pas un regard externalisé, l’œil du théoricien, sur les cultures supposées d’en-bas. Ce sont les impressions d’un passionné, trop souvent asphyxié. Denis Dar gent Retrouvez toutes les chroniques « A bas la culture » sur notre site www.agirparlaculture.be 11 ©nathalie Caccialupi

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APC-32:Layout 2 6/12/12 11:32 Page12 dossier Jan blommaer t est professeur de Langue, de Culture et de Globalisation à l’Univer sité de Tilburg (Pays-bas). Il est entre autres l’auteur de « La crise de la démocratie », « La redécouver te de la société » et « Le travailleur à 360 degrés ». nous l’avons interrogé sur les notions de « populaire » et « populisme ». Utilisé à tor t et à traver s, le ter me de populisme est habituellement utilisé pour discréditer son adver saire politique. Peut-on se revendiquer comme « populiste » ? Ce n’est pas facile, du moins si on maintient populisme comme une position politique caractérisée par le marketing. Une politique qui ne s’inspire non plus d’une idéologie, d’une classe sociale, d’une position « objective » vis-à-vis des intérêts, d’une analyse politique de la situation politique mais qui s’inspire seulement de « ce qui vend bien » à l’heure actuelle. Il y a très peu de populistes qui se revendiquent de la sorte. Mais voilà une deuxième caractéristique du populisme : les populistes se revendiquent de la démocratie pure – « je suis celui qui écoute les gens et parle leur langage » - et d’un élitisme anti-élitaire – « je suis l’anti-establishment, je suis le peuple ». à l’inver se beaucoup de par tis, de gauche comme de droite, se revendiquent comme étant populaire . Pourquoi ce terme pour tant connoté de gauche est également utilisé par des par tis de droite ? Cela dérive de ce que je viens de dire. Le populisme n’est pas la même chose que le populaire, et encore moins « la démocratie ». C’est une distinction essentielle, comme celle entre vulgaire et vulgarisé. Dans la politique, populaire sert comme antithèse d’élitaire. Il n’y a rien de mal à cela, au contraire. Une authentique représentation du populaire caractérise non seulement la tradition socialiste mais la tradition générale des « hommes d’Etat » ceux et celles qui servaient « l’intérêt général » (le « common wealth » en anglais) et qui savaient sortir, de temps en temps, de leur camp idéologique pour résoudre des crises majeures. L’utilisation de ces termes à gauche, à droite et surtout au centre montre combien nous avons perdu le sens historique de ces mots. Il n’y a plus, ou presque plus, d’examen des mots qu’on utilise par rapport à leur valeur historico-politique. Les mots sont devenus, trop souvent, des instruments d’un blabla pseudo-politique. Un exemple : à l’époque, steve stevaert se défendait contre les accusations de populisme en disant : « Est-ce un mal d’être populaire ? Les gens m’aiment, me trouvent fiable, et voilà qu’on m’appelle populiste. » J’ignore s’il comprenait bien la distinction entre populaire et populiste mais il la comprenait assez bien pour utiliser ces deux mots dans un jeu de langage. à l’heure du « tout à l’austérité » et alor s qu’il semble que le Traité européen sur la stabilité (TsCG) s’imposera à l’ensemble des pays membres et les obligera à des contraintes budgétaires for tes, les peuples ont-ils encore des marges de manœuvr e dans les sociétés européennes ? En tant que peuples bien sûr. En tant qu’individus ou des groupes d’intérêts spécifiques non. On subit actuellement une attaque gérée par la Commission européenne contre le peuple. Le pouvoir est du côté de la Commission. Mais la Commission a une faiblesse car presque par accident, l’Europe a été équipée d’une structure fondamentalement démocratique : le Parlement. Cela veut dire un point de rassemblement pour les masses du peuple. à travers ces institutions démocratiques, un contre-pouvoir est possible. Mais à deux conditions. D’une part, il faut une unité européenne du peuple et mener le combat à l’échelle européenne et non plus nationale. D’autre part, nous avons besoin d’une offensive énorme sur le plan de l‘information et de formation politique des gens. Depuis 2008, et en fait depuis plus longtemps encore, le peuple a été victime d’une absence d’information sur des faits pourtant essentiels dans leur vie. En effet, il y a beaucoup plus de gens qui savent combien de goals a marqué Lionel Messi cette saison-ci que de gens qui comprennent leur avenir social. Une action efficace est possible seulement si les gens en comprennent l’enjeu, ainsi que les grands mécanismes du système que l’on doit changer. On évoque souvent une résurgence des nationalismes en Europe. Est-ce un phé12 nomène impor tant et à quoi est-il dû selon vous ? Important au vu de ce que je viens de dire : il nous faut une échelle européenne, sinon mondiale, pour combattre ce système, et non pas une échelle nationale. notons que le nationalisme n’a jamais disparu de la scène européenne et que la phase actuelle n’est pas exceptionnelle ni plus dramatique qu’avant. bien sûr, on voit des partis nationalistes gagner des élections comme la n-VA chez nous ; mais nous en voyons perdre aussi, comme Monsieur Wilders aux Pays-bas. Le nationalisme a toujours été là, a toujours eu les mêmes intérêts : ceux des élites économiques et bourgeoisies nationales. Cela n’a pas changé et ne changera pas. Le nationalisme de la n-VA, par exemple, demande un protectionnisme national flamand, qui favoriserait la Flandre dans une compétition interrégionale à l’échelle européenne : compétition fiscale, compétition dans la flexibilité du travail, du climat d’investissement. à travers le nationalisme des symboles tels : la langue, la culture, le drapeau, nous apercevons toujours un nationalisme du dollar. Par quel moyen le peuple pourrait-il être mieux entendu ou récupérer du pouvoir ? Le peuple doit commencer par lui-même : organisations grassroots [qui partent du terrain, nDLR], acquisition et circulation des idées et des infos sur l’échelle des réseaux existants. On sous-estime la puissance des ces mécanismes simples et, soi-disant, proto-démocratiques. Mais ils fonctionnent et ont une influence considérable. Pour vous donner un exemple : il y a 10 ans, un petit comité de jeunes belges attachés au mouvement de seattle crée « Indymedia », un site web de « nouvelles ». à l’époque, il y avait peu de gens qui prenait cela au sérieux. hé bien, aujourd’hui ce médium s’appelle « De Wereld Morgen », et attire près de 180.000 lecteurs par mois. Des textes publiés sur ce site sont lus parfois 20.000 fois - autant que des opinions dans, par exemple, « De standaard ». Voilà une machinerie efficace et puissante issue du grassroot. Commencez donc là où vous pouvez commencer, où vous avez de l’autonomie et de l’espace pour vous-même : dans votre propre foyer, votre quartier. n’attendez pas les autres, commencez maintenant. Les autres vous suivront. Propos recueillis par sabine beaucamp et Aurélien ber thier CC by-sA 2.0 par skender POPULISME, POPULAIRE : jEUX dE LANGAGE ?

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APC-32:Layout 2 6/12/12 11:32 Page13 dossier CC by-sA 2.0 par skender LE RéGiME PoPULiStE dE LA CRiSE SANS FiN Plus qu’une politique ou une idéologi e, l e popul isme qu i g agne la société, les espr its et les cœu r s, s’appar ente, chez nous, à un régime global. Une sor te de modèle régr essif d’hégémonie cul tur ell e. q ui a tou t à voir avec les r aisons du succès de la nouvelle dr oite en Europe. Dans une époque où, face à un avenir incer tain, on prône l a cer titude hédon iste du pir e. En Europe de l’Ouest, le populisme est d’abord un phénomène de droite, notait Vincent de Coorebyter dans une de ses chroniques, au printemps 2012. Ce qui n’est pas le moindre des paradoxes, soulignait le directeur général du Crisp, quand on sait ce qui est propre au populisme : la construction, notamment, d’une opposition irréductible entre le « peuple victime », pensé comme entité unique, vertueuse et toujours de bon sens, et les élites « conspirationnistes », considérées, elles aussi, comme un tout indistinct, dépositaires des privilèges, des passe-droits et des revenus faramineux qui fondent les inégalités et les injustices choquantes. Or, la droite, historiquement, s’est toujours méfiée du peuple, à l’image des « masses », qu’elle estime déraisonnable, immature, dominé par ses instincts les plus grossiers, et perméable à tous les embrigadements. La droite conservatrice a également toujours défendu les élites et leur apport à l’enrichissement de la société ; et elle s’est toujours montrée du côté de l’ordre établi, mais aussi de la légitimité des inégalités en vertu de la méritocratie, de la liberté individuelle et des vertus de l’effort. L E RA PPO RT D éR éAL Isé à L’AUTRE si l’on veut saisir, donc, la prégnance du populisme de droite dans les sociétés ouest-européennes, un détour par la pensée de Raffaele simone n’est pas inutile. Dans un ouvrage qui a suscité un débat stimulant, ce spécialiste italien de philosophie politique dépeint l’avènement d’une nouvelle droite populiste – qu’il distingue nettement de la droite conservatrice historique. Ce nouveau courant, expose-t-il, a partie liée à sa formidable capacité d’intégrer les « valeurs » de notre époque consumériste et individualiste, pragmatique et dépolitisée, médiatique et pressée, déculturée et rétive à l’intelligence dans toutes ses expressions. Pour asseoir une nouvelle forme de domination idéologique, culturelle et politique, ses représentants en appellent à la « part maudite » de la nature humaine, à ses goûts et aspirations primaires, à ses pulsions infantiles de jouissance, de divertissement hébété, à tout ce qui relève de ses intérêts immédiats, aussi, en même temps, par ailleurs, qu’à ses inquiétudes sécuritaires et à ses peurs du déclassement. Un projet que Raffaele simone appelle “le Monstre doux”, titre de son livre. On a affaire, note-t-il, à un pouvoir total (si pas totalitaire) qui confond en lui, outre le centre de décision politique recherché, les sphères des milieux financiers et des médias, toutes deux intéressées par l’expansion de la consommation ainsi que des industries et des outils du divertissement, synonyme d’objet même de la modernité. Le caractère populiste de l’attelage réside, d’abord, dans le recours à la démagogie, littérale ici, qui consiste à flatter – et à transformer en parts de marché –, plutôt qu’à domestiquer, les pulsions égoïstes et hédonistes d’individus atomisés, « comme étrangers à la destinée des autres ». Le triomphe du Moi –je, indifférent, si pas hostile à l’Autre, participe, de ce point de vue, d’une part, de la déréalisation de l’autre, réduit à l’état d’image, de pixels ou de bits, à l’ère de la « technovision », d’autre part, du rejet, nourri par un ressentiment indéfini, de toute forme de partage ou de redistribution des biens acquis. bien plus, sans doute, que de la xénophobie de type raciste ou identitaire. Même si les glissades ou les glissements sur cette pente descendante sont fréquents. L E PEO PL E PLUTô T q UE L E PE UPL E Un autre élément caractéristique du populisme que l’on retrouve agi par le « monstre doux », c’est l’idéal d’un rapport direct et fusionnel entre le peuple, ramené toutefois à ses parties individuelles décomposées, et ses dirigeants. Rapport symbolisé, en quelque sorte, par les gros plans des médias et de la communication politique sur le « je » des candidats aux suffrages, et sur celui du peuple-individu. Car, sur le petit écran, devenu paradigme du traitement médiatique des réalités du monde, il n’y a pas de place pour le collectif, indique, de son côté, Régis Debray : le people y a détrôné le peuple depuis longtemps. Le propos même des enseignes de presse, aujourd’hui, tablettes offertes à l’appui, est de créer un lien charnel avec son public, par-delà même l’instance « intermédiaire » qu’est le réel, objet devenu secondaire de l’entreprise de médiatisation. Dans pareille « démocratie plébiscitaire », les sondages commandés par la médiasphère permettent de faire l’économie des instances délibératives, des contre-pouvoirs et autres corps intermédiaires : ils sont jugés dépassés dans leur souci d’opposer la complexité conflictuelle du réel aux consensus ambiants (sur les « réformes indispensables », sur « ce que veulent les gens »…). D’où la légitimité apparente de la dénonciation des lourdeurs et des vicissitudes de la puis- 13

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APC-32:Layout 2 6/12/12 11:32 Page14 dossier sance publique, et de l’aspiration à un mode de décision démocratique plus rapide. Relève de la même logique la mise au pilori vindicative des services publics au nom de leur insoutenable rapport efficacité-coût dans la vision utilitariste du régime. On retrouve là un concentré du bréviaire de la droite populiste nouvelle… Dans ses fondamentaux conceptuels, analyse simone, celle-ci prône, de manière interconnectée, la réussite individuelle et la supériorité de celui qui réussit (« Je suis le meilleur, tu n’es personne »), la propriété individuelle sacralisée (« C’est à moi, tu n’y touches pas), la liberté individuelle (« Personne n’a à me dire ce que je peux faire ou pas »), le cloisonnement des intérêts privés et la non-ingérence (« ne te mêle pas de mes affaires »), le primat du « moi je » sur l’intérêt public (« Chacun pour soi, le bien commun passe après »). UnE RéGREssIOn InFAnTILE Ce qu’offrent les partis populistes, de ce point de vue, c’est un rêve ou une promesse de substitution au terme de l’effondrement de la croyance moderne au progrès. Mais un rêve infantile, propre à l’univers de la bulle protectrice, coupée du monde réel, dans laquelle vivent les enfants. C’est ce que l’économiste Jacques Généreux a appelé dans un ouvrage au titre éponyme « la grande régression » : sous l’emprise hypnotique du régime à l’œuvre, la civilisation est en train de se défaire des barrières de culture et d’éducation qui s’opposaient à l’expression des instincts les plus archaïques. De fait, renchérit Raffaele simone, les « valeurs » néo-populistes ont pu s’imposer parce qu’elles sont « naturelles », « primaires », au sens où on les retrouve à la base du comportement des petits enfants. En ce sens, la promesse de la nouvelle droite populiste est bien un divertissement au double sens du terme : une assignation au consumérisme et aux petits plaisirs de l’immédiat, et un détournement de la perspective d’un avenir possible. Elle n’a donc de promesse ou de rêve que le nom, puisqu’elle censure toute projection dans le futur. Ce régime populiste, en fin de compte, caractérise bien « la crise » au singulier, qu’analyse la philosophe Myriam Revault d’Avallonnes dans son dernier livre, La crise sans fin. Elle entend par là la crise permanente qui est devenue à la fois objet de fascination et terme de référence par lequel, dans un édifiant retournement du sens, on explique tout : « C’est à cause de la crise ». Le cours de l’humanité semble y être voué, comme à une sorte de destin fatal auquel on ne pourrait échapper…, mais que l’on peut oublier en « se distrayant » dans un présent perpétuel. Paravent de l’incapacité politique et conceptuelle globale à affronter le défi d’une époque d’entre-deux-mondes, à oser proclamer qu’un autre monde est (doit être) possible... Cette notion « moderne » de la crise, comme certitude que le pire est inévitable, surplombe et plombe, désormais, la notion étymologique et traditionnelle de la crise comme incertitude, c’est-à-dire comme stade critique d’une « maladie », à dépasser, soit par la mort, soit par la guérison... Dès lors, pour que celle-ci ait quelque chance de se construire, il faut refuser de céder à la tentation du retournement de l’avenir incertain en certitude hédoniste et présentiste d’une crise sans fin. Il nous faut réorienter le regard vers l’horizon, tout en étant persuadés que faire face à un avenir incertain n’empêche pas de réfléchir, d’agir et d’anticiper le futur comme un temps meilleur. Marc sinnaeve 14 ©les anges de la tele realite wallpaper by xdjwaox CC by 2.0 par skender

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APC-32:Layout 2 6/12/12 11:32 Page15 CC by 2.0 par skender dossier ©les anges de la tele realite wallpaper by xdjwaox NATIONALISME fLAMAND : UN MOUVEMENT ANTI-URBAIN les Flamands soient plus nation alistes que les Wallons ? Oui, je le crois. C’est une histoire compliquée à expliquer. A mon sens, un des points essentiels pour comprendre ce qui se passe dans ce nationalisme flamand est de se rendre compte qu’il est purement lié à son passé. En effet, il y a une forte volonté d’émancipation qui a commencé au 19ème siècle et qui aboutit seulement maintenant, mais entre-temps elle a perdu le sens de son objet, car aujourd’hui les Flamands sont plus riches que les Wallons. Ils pourraient très bien fonctionner seuls en étant la partie dominante dans les structures belges. Mais paradoxalement, ces structures belges, ils ont appris à les détester, du moins ceux qui sont profondément impliqués dans ce mouvement culturel flamand. Pour eux, dans les années 60 et 70, l’Etat belge devient le symbole de la francisation du pays, et bruxelles-capitale une machine à franciser ses habitants. Cela pousse encore plus l’âme flamande et ses régions à défendre l’originalité culturelle. Aujourd’hui, la Flandre voudrait prendre son indépendance. L’indépendance en vue de devenir une région à part entière où la vie serait meilleure qu’aujourd’hui me paraît illusoire ! Ils souhaitent ne plus dépendre de l’Etat belge, ne plus devoir payer des impôts à un Etat fédéral dont ils estiment ne pas avoir besoin. Les Flamands sont très anti-Etat fédéral, anti-grandes villes. Ils ont dispersé les ouvriers dans les campagnes, les ont volontairement éloignés des villes, des lieux de tous les problèmes, de tous les dangers, de toutes les diversités. Diversités qui représentent pour eux des menaces pour la pureté culturelle flamande. Tout cela se combine. Il se fait que face à cette globalisation, la territorialisation, le repli identitaire semble une solution. A l’inverse, justement, cette globalisation demande l’ouverture des territoires et des politiques capables de travailler à des échelons différents. Il faut à la fois combiner des politiques locales, des politiques urbaines car les villes aujourd’hui représentent davantage le moteur économique que les régions. que ce soient nos Régions et nos Communautés, l’Etat fédéral et l’Europe, si on parvient à faire des politiques cohérentes, nous avons suffisamment de leviers en mains pour faire face à cette globalisation. Par contre, si on ne le fait pas, nous entrons tout simplement dans le jeu de la concurrence entre régions, entre villes, entre pays qui est justement la principale cause des grands problèmes économiques actuels. Le problème actuel de la Flandre est qu’elle reste trop tournée vers le passé au lieu de regarder vers le futur. En regardant trop dans le rétroviseur, elle s’imagine que les solutions adoptées par le passé sont également valables et un modèle à suivre pour le futur. La Flandre se trompe lourdement. Finalement bar t De Wever est dans une logique qu’on pour rait comprendre par r appor t au passé de la Flandre ? Ch ristian Kesteloot est géogra ph e, chargé de cour s à l’ULb et à la KUL. Au début des années 90, il a fait par tie du « Groupe de la Mor t-subite », groupe de réflex ions de géogr aphie hu maine. Ils ont por tés leu r s études s ur les fr actionnements sociaux de l’espace belge et ont réalisé de multiples géographies s ociales de la société belge publiées dans « Contr adictions », la r evue du groupe. nous avons recue illi son sentiment sur la montée du nationalisme flamand. Entretien. q ue pen sez-vou s du nationalisme flam an d qu i ne ces se de mon ter dans l’opin ion publiqu e ? Pensez-vous que 15

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