Agir par la Culture - numéro 34

 

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Description

Magazine culturel et politique de Présence et Action Culturelles

Popular Pages


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temps fort Et vous ? Quelle ser ait votre première réfor me si le temps d’une photo vous deveniez Premier ministr e ? « Voices, Vox Populi » est un projet mené par Damien G ard, photogr aphe, PAC Régionale de Br uxelles et ses locales de For est, K oekelberg, Etterbeek, Saint-Gilles et Ixelles. Une exposition présentant les clichés des différents shootings aura lieu au sein de la galerie de l’ar tiste en septembre 2013 -MACADAM G aller y (58 place du jeu de balle, 1000 Br ux elles) infos : www.pac-br uxelles.be ou www.facebook.com/pac.r egionaledebr uxelles © Damien Gard -ww w. damieng ard.co m

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2 tEMPS FoRt sommaire édito Face au désenchantement généralisé et à l’approfondissement de la crise, il nous apparait important de sortir du cadre pour inventer des solutions crédibles et durables et conjointement serrer les rangs de la gauche politique, syndicale, mutuelliste et associative pour créer de nouveaux rapports de force. Inventer des solutions crédibles, c’est en bonne partie l’objet de ce numéro qui développe les 15 propositions élaborées par les collectifs Roosevelt 2012 sous la houlette de l’économiste Pierre Laroutourou. Ces propositions qui sont déjà soutenues par plus d’un million de personnes en France, font l’objet d’un travail d’adaptation à la réalité économique, sociale et politique de la Belgique. A l’instar des années 30, nous pensons qu’il faut un new Deal » face à la crise financière, la montée des populismes, les replis identitaires et la concurrence exacerbée. PAC a choisi de soutenir cette dynamique citoyenne car elle s’appuie sur un triple postulat que nous partageons : - C’est le système dans son ensemble qui est en crise profonde et il ne faut pas miser simplement sur une hypothétique reprise qui par un effet magique relancerait la dynamique économique et permettrait une nouvelle redistribution sociale. - Ce n’est pas par l’austérité généralisée et la restriction des protections sociales que nous créerons les conditions d’un redéploiement plus égalitaire et plus durable. - Il faut au contraire lancer une dynamique positive permettant aux Etats d’emprunter à des taux préférentiels via la Banque centrale Européenne. En séparant les banques de dépôts et les banques d’affaires et en créant une taxe sur les transactions financières internationales, les Etats peuvent retrouver des marges pour investir notamment dans une politique du logement, dans l’économie sociale et dans la lutte contre le dérèglement climatique. Ces postulats doivent s’appuyer sur une modification structurelle du projet européen en mettant au centre de ce projet deux priorités : Le renforcement du régime parlementaire européen et l’instauration d’un traité social européen basé sur des critères de convergence sociaux qui améliorent les conditions de vie et de travail de l’ensemble des travailleurs en Europe. Pour formuler cette nouvelle posture en une formule, on pourrait affirmer que : Moins il y aura de chômeurs, de travailleurs pauvres, de populations précarisées, plus nous créerons les conditions drastiques de régulation des marchés financiers et plus aurons la chance de créer une Europe riche de son modèle social. Je voudrais conclure par un coup de chapeau à trois personnalités à qui nous donnons la parole dans ce numéro et qui par leur engagement illustrent bien ces combats : olga Zrihen, Ahmed Laaouej et Arnaud Zacharie. yanic Samz un Dir ecteur de la publication Secrétair e Génér al de Présence et Action Cultur elles 4 PoRtRAIt CULtUREL oLGA ZRIhEn : « CoMBAttRE LES néRon PoUR éVItER LES InCEnDIES » PRoPoS IntEMPEStIFS LUttE DES CLASSES à CARACAS PAR JEAn CoRnI L Côté noRD SIhAME EL KAoUAKIBI : LEt’S AntwERP Go URBAn ! DoSSIER : CoLL ECtIF RooSEV ELt, 15 REMÈDES A LA CRISE 7 8 10 11 13 whAt ELSE ? PAR JEAn CoRnI L Un DIAGnoStIC Et 15 REMÈDES PAR nAthALIE PI PARt ARnAUD ZAChARI E : ContRE LE nAtIonALPoPULISME hIStoIRE D’Un MoUVEMEnt PAR AURéLIEn BERthIER Et nAthAL IE PIPARt AMhED LAAoUEJ : hARMonISER FISCALEMEnt Et SoCIALEMEnt L’EURoPE BERnARD BAyot : nEw B, BAnQUE CItoyEnnE à BAS LA CULtURE  LE VAMPIRE Et LE néAnt PAR DE nI S DARGEnt RéFLEXIonS  SoPhIE hEI nE : InDIVIDUALISME Et GAUChE, CoMPAtIBLE ? MéDIAS  LA DéFISCALISAtIon DES ESPRItS PAR MARC SInnAEVE éDUCAtIon PoPULAIRE FRAnCK LEPAG E : ConFéREnCES GEStICULéES, âME Et ARME DU PEUPLE PALEStInE LE tRIBUnAL RUSSEL A REnDU Son VERDICt PAR AURéL IEn BERthIER SECtES AnDRé FRéDéRIC : LUttER ContRE LES MAChInES à BRoyER LES ConSCIEnCES L’AIR DU tEMPS MERDE à VAUBAn PAR DAnIEL ADAM DéCoUVERtES 14 16 17 19 20 21 23 24 25 26 27

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portrait culturel o lga Zrihen, Sénatrice et Députée w allonne (P S), est une f emme engagée et passionnée qui se bat sur de nombreux fronts, de la lutte contre la pauvr eté au projet de r edéploiement i ndustriel de sa région, avec une for te conviction européenne et inter nationale. Rencontr e avec une gr ande dame de la gauche belge. Que lle s sont l es v a leur s q ui t’o nt mo ti vé à de v enir c e que tu es a ujourd ’hui une é mi ne nte r e pré se nt e d u pe uple à la foi s à la Rég ion w allonne, à la C ommuna uté fr ançaise e t même au Sénat ? on ne choisit pas de devenir parlementaire. Cela n’a pas été mon choix volontaire parce que mon engagement était plus un engagement dans la société civile. J’ai commencé un engagement politique très jeune en France. J’ai eu la chance de vivre Mai 68 en direct et aussi d’être dans les habitations à loyer modéré, les fameuses cités hLM. Et là, la réalité vous amène tout de suite à voir les injustices sociales et surtout à découvrir qu’il y a une différence de classes sociales. La question qui se pose quand on est plus jeune, c’est d’essayer de comprendre quels sont les mécanismes qui en favorisent certains et qui en défavorisent d’autres. La première chose que j’ai vécue c’est le mépris au niveau scolaire sur le plan de l’habillement, du matériel scolaire. Et aussi parfois les comportements discriminants que les instituteurs et le monde éducatif peuvent avoir à votre égard selon votre origine sociale. Par contre, la chance que j’ai eue c’est d’être tombée évidemment sur ce que j’appelle les grands commis de l’Etat, les hussards de la république  : ces instituteurs magnifiques qui s’étaient donnés comme mission de faire en sorte qu’il y ait une égalité dans l’appropriation du savoir pour les enfants d’où qu’ils viennent. C’est une chance d’être tombée sur une institutrice magnifique qui avait senti peut-être les potentialités que j’avais et qui les a vraiment valorisées. D’avoir rencontré au niveau du lycée par miracle, une secrétaire qui avait décidé de repérer les jeunes qui étaient potentiellement très doués mais elle avait pris conscience que les familles ne pouvaient pas répondre aux exigences administratives. Et cette personne a rempli tous nos documents pendant des années ce qui nous a permis à tous, parce nous nous sommes parfois revus, d’avoir des bourses universitaires et de pouvoir poursuivre des études. tu a s évoqué Mai 68. Est-ce qu’il y a d ’aut r es é véne me nts fo nda te ur s d e ton enga gement ? Parce que je suis femme, je pense qu’il y a des événements extrêmement importants qui ont marqué ma vie de jeune fille. C’est le rapport à l’interruption volontaire de grossesse. 4 Je rappelle qu’avant les années 60, toute jeune femme qui était enceinte était totalement ostracisée. Cela posait un problème dramatique parce qu’il n’y avait pas de structures pour pouvoir le résoudre. Les femmes et même les jeunes filles se retrouvaient souvent dans l’obligation de trouver des solutions alternatives qui étaient des solutions terribles, que ce soit l’usage d’aiguilles à tricoter que j’ai vu en direct près de moi, ou des gens qui se jetaient dans les escaliers ou toutes les potions soi-disant magiques, ou encore les avortements dans les cuisines. C’est du vécu et on comprend très vite quand on est une jeune fille ou femme qu’il y a là quelque chose qui ne va pas parce qu’on n’a aucun contrôle sur son corps. Le travail sur la liberté des moyens contraceptifs était vraiment devenu pour moi un enjeu majeur. Le deuxième enjeu est évidemment la discrimination entre les garçons et les filles. C’est plus culturel de sentir de manière très immédiate, que l’on soit un garçon ou une fille, qu’on n’était pas traité de la même manière. Exigence totale de soumission pour les filles et liberté totale pour les garçons. C’était inadmissible. Mai 68, on ne peut pas l’imaginer si on n’a pas vécu ces évènements de l’intérieur. Être dans un univers où il faut être habillé dans certaines normes, accepter le savoir, où il n’y a aucune contestation possible, où règne un pouvoir total du monde enseignant sur les élèves et puis découvrir soudainement que l’on avait une parole, qu’on savait discuter, qu’on pouvait parler et © hélène Fr aig neux OLGA ZRIHEN : « Combattre les Néron pour éviter les incendies »

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portrait culturel surtout qu’on pouvait revendiquer des modes de vie différents. C’était extrêmement important de se rendre compte que l’on pouvait vivre en tant qu’étudiant en toute autonomie, en toute liberté. C’était une vraie révolution. Par la suite, c’est clair que ce qui a été décisif, c’est la guerre du Vietnam. Et aussi ce qui c’est passé au Chili. La guerre du Vietnam de manière très claire parce que mon père travaillait à l’otAn. Je côtoyais beaucoup de jeunes américains qui revenaient de là et je les ai rencontrés dans leur délire et leur souffrance. Le fait aussi et on en parle aujourd’hui que ce fameux défoliant, l’Agent orange et ses implications directes des années après sur le corps. L’usage de ce type d’armes chimiques était déjà à l’époque totalement révoltant. Et par la suite, ce qui a été terrible c’est de constater que les moyens qui étaient mis en œuvre l’étaient simplement pour s’opposer au communisme. C’était extrêmement impressionnant. ton ar rivée à La Louvièr e, c’est aussi la r encontr e avec la c lasse ouvrièr e ? Mon arrivée à La Louvière est plus une aventure personnelle. Mais c’est aussi une histoire de culture. J’ai découvert à La Louvière, et parce que j’ai pu passer par une formation magnifique qui est la formation des animateurs de la Province du hainaut, un dispositif qui s’appelle l’éducation permanente. Je ne savais pas ce que c’était. L’éducation permanente, l’éducation populaire, c’est vraiment le moyen le plus sûr de pouvoir former les gens à accéder à une autonomie de la pensée. Et mon arrivée à La Louvière tient à cela. La rencontre à La Louvière, c’est la rencontre avec une culture de la résistance au quotidien. Que ce soient les Fusils brisés, que ce soient les grèves de 60 animées par les syndicats et par la population, que ce soit aussi le monde de la mine que j’avais rencontré en habitant le Borinage. Mais à La Louvière, cela prenait un autre aspect car c’est une ville multiculturelle. Les communautés italiennes, polonaises, marocaines et turques ont été une vraie révélation. Je n’imaginais pas une telle diversité sur un si petit territoire. tu as évoqué tes origines familiales. A ujourd’hui, tu es très engagée sur la qu est ion de la l ut te con tr e la pauv r eté ? Mais parce que quand on est immigré, la première chose que l’on vit, c’est la pauvreté. Et pour avoir vécu dans les cités françaises, c’est la pauvreté au quotidien. Je me rappelle bien les moments de faim, de froid, de souffrance, la sensation, enfant, de ne pas avoir les vêtements adéquats, ne pas avoir les instruments scolaires adéquats, de se rendre compte que l’on devait passer par les coopératives et qu’on devait subir un traitement différencié de pauvre…. Je me rappelle aussi le type de logement dans lequel on habitait, la cohabitation avec les romanichels, avec le monde ouvrier, avec tout un monde particulier d’exclus. Cela vous fait découvrir ce qu’est la pauvreté. Et je sais qu’aujourd’hui, ce phénomène se reproduit avec des facteurs de démultiplication encore plus énormes. La grande différence, c’est qu’aujourd’hui le besoin de consommation est devenu tel que les gens n’ont même pas les outils les plus élémentaires pour en sortir. La complexification du système politique et la violence institutionnelle m’inquiètent. Encore aujourd’hui, devoir intervenir et rappeler à l’ordre les administrations pour leur dire que toute décision qui n’est pas prise va faire en sorte que des gens seront privés de gaz, d’électricité ou de moyens financiers. Aujourd’hui, on redistribue des colis alimentaires. En 2013, plus de 250 colis ! Cela veut dire que dès le 20 du mois, les gens ne mangent plus à leur faim, ou alors avec une carte de crédit à 18% d’intérêt. Aujourd’hui, on est encore dans une période où les gens n’arrivent plus vivre décemment et sont, en plus, sans perspectives parce que le travail n’est pas là, contrairement aux années 60. Est-c e que c ela ne t r aduit pas d’une c er taine manière une f aiblesse du soc ialism e av ec un PS 25 ans au pou v oir, et dan s l e m êm e t em ps, u ne explosion de la précarité  ? Com ment appar en te r éagi s-t u à c ette c ontr adic tion ? Je pense que l’on a créé la grande illusion de la consommation perpétuelle. Les gens se sont retrouvés avec une, deux, trois voitures, une, deux ou trois télévisions, des vacances à tout crin, sans se poser vraiment de questions sur : « comment cela est-il possible ? ». A mon sens, le grand échec du socialisme, c’est de ne pas avoir continué le travail d’éducation populaire nécessaire en laissant le champ libre à toute une série de médias ou d’institutions et en ayant la conviction que ces institutions, ces médias, allaient faire ce travail. L’éducation est un © hélène Fr aig neux 5

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portrait culturel travail à long terme. La formation de la pensée autonome et libre est une nécessité qui se construit et qui ne doit pas être laissée comme cela au libre arbitre de tout un chacun. Il y a des volontés que les hommes ne soient pas libres, que les hommes soient dépendants. on l’a vu avec la publicité de Coca Cola qui disait : je cherche cette petite part encore libre du cerveau que je vais remplir avec ces images. on le voit avec le type d’émissions que l’on propose aux gens. Les bonnes émissions sont diffusées après 22h30-23h et celles qui amènent du pain et des jeux à partir de 19h. C’est la nouvelle version de néron mais j’espère que l’on n’aura pas l’incendie. Quel est le der nier gr and li vr e que t u as lu ? Le dernier grand livre que j’ai lu, c’est « Le Chinois » dans la série des wallander écrit par henning Mankell, qui traitait principalement de la structuration des états nordiques à travers le regard d’un policier, ce fameux commissaire qui a une très grande intégrité par rapport aux dispositifs politiques et qui se rend compte que tout n’est pas si blanc. Il est très interpellant de voir que ces pays scandinaves qu’on nous donne tout le temps comme modèle contiennent en eux-mêmes les germes d’un poison anti-démocratique. or, il n’y a rien qui me fait plus peur que les gens qui veulent mon bien contre mon gré, que les gens qui me donnent des règles que je n’ai pas construites de manière collective et surtout des gens qui veulent quelque part les figer, une fois pour toutes, comme étant les grands dogmes. Je ne peux pas accepter le dogme. L e lieu u topie pour olg a, c’est où   ? C’est une île gr ecque, c ’est Car acas ou la Bande de Gaza ? Pour vivre, je vais d’abord déterminer mes besoins. Ils sont tout à fait élémentaires, mais fondamentaux. J’ai besoin d’avoir des livres, de la presse, de ne pas avoir faim, de ne pas avoir froid. Le fait d’avoir été migrante, je n’ai pas d’attachement sur un lieu. J’ai de l’attachement aux gens du lieu et de l’attachement aux histoires, à l’origine. Ce ne serait pas un lieu où je n’aurais pas de contact avec d’autres. J’ai besoin de la vie, j’ai besoin d’être en relation avec les gens. Pour avoir été à Gaza, l’émotion est très grande. Quand j’y pense, c’est un lieu magnifique, extraordinaire. Mais vivre là cela veut dire être en résistance tous les matins et avoir peur tous les jours et en même temps être dans une révolte devant ce monde international qui a décidé parce que je ne peux pas dire cela autrement – de ne pas voir et de ne pas comprendre. on peut intervenir en Libye, on peut intervenir partout et là on ne pourrait pas intervenir ! Pour moi, le lieu où j’irais vivre, c’est plus celui où j’ai ancré mes racines : La Louvière. C’est là où mes racines ont enfin pris de la place et où ma vie a pris du sens pour les gens qui y sont, pour la culture qui est y est. Découvrir qu’à la fois entre la sidérurgie et les charbonnages, il y a une culture du surréalisme tout à fait extraordinaire, il y a une culture de la langue wallonne tout à fait magnifique, une culture du théâtre, de l’éducation populaire, de la vie associative, d’un territoire de la mémoire. tout cela sur un si petit territoire où il y a eu tant de brassages. Un gr and film ? 1900 de Bertolucci. Et en même temps La Strada de Fellini. L’émotion de Gelsomina reste toujours très forte, je n’arrive pas à oublier le regard et ce noir et blanc avec Giulietta Masina. La musique  ? Je suis très éclectique. J’adore autant Edith Piaf que Saule. Je suis aussi une adoratrice de rock et je vais chaque fois que je peux à Rock en Stock qui est une de nos activités dans ma région où on s’éclate à hurler des disques des Rolling Stones, des Beatles, d’Elvis Presley. Mais en même temps, j’adore le hip hop, le slam, j’adore tout ce qui fait que la musique sort des tripes et qui me donne le sentiment d’être dans l’air et le rythme du temps. tous les ans, je vais au festival de jazz de Marciac parce que le jazz, et le blues, c’est la vraie musique du peuple ! Une v aleur que tu souhaiter ais mettr e e n avant ? Je crois en la capacité des hommes et des femmes d’être debout et j’ai beaucoup d’admiration pour les femmes en général. Quand je vois tout ce qu’elles portent, qu’elles soient d’Afrique ou d’Europe ou d’Amérique latine, elles continuent après autant d’années à m’épater. J’ai récemment découvert thérèse Clerc. Elle a ouvert à Paris une maison autogérée pour et par les femmes qui s’appelle la Maison des Babayagas. C’est une expérience absolument extraordinaire pour les femmes qui se retrouvent plus âgées et qui veulent vivre une autre vieillesse. C’est mon prochain projet pilote. Je ne veux plus que les homes soient des mouroirs pour nous les femmes et aussi pour toute une génération. Je ne supporte pas cette vision apocalyptique de la vieillesse. Être vieux n’est pas une maladie, c’est bien autre chose, une sagesse que nous connaissons très mal. Pr opos r ec ueillis par Jean Cor nil et yanic Sam zun ©hélène Fr aigneux Retr ouv ez cette inter view en ver sion longue sur www.agir par lac ultur e.be 6

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propos intempestifs Caracas août 2004. Avec Josy Dubié et Sfia Bouarfa, nous sommes venus observer les élections au Venezuela. La veille du scrutin, nous avons traversé la capitale d’est en ouest, en métro et dans un vieux taxi loué pour la journée. Sentiment incroyable de la lutte des classes concrète et palpable, là sous nos yeux, dans cette ville d’Amérique latine. A l’ouest, des cortèges rouges et chantants de simples gens descendus des bidonvilles qui clamaient leur soutien au leader de la révolution bolivarienne, hugo Chavez. A l’est, des centaines de milliers d’hommes et de femmes issus de la bourgeoisie et de l’aristocratie, rassemblés autour d’une gigantesque scène où se succèdent chanteurs et discours, et appelant à voter contre le « tyran » populiste. De retour à l’hôtel, nous avons le choix entre les chaînes de télévision qui retransmettent les interminables conférences de presse, entrecoupées d’invocations du Christ, du Président, et celles, majoritaires, qui pilonnent en continu les travers du régime et la « dictature » du gouvernement. Deux jours plus tôt, nous avions visité, avec le maire de Caracas, sur les hauteurs de la cité, là où vivent les misérables et les sans-droits, une coopérative alimentaire et un centre de santé géré par des médecins cubains. Dans l’œil des habitants, si démunis, nous pouvions lire la reconnaissance et la gratitude envers les gouvernants du pays. La rente pétrolière n’engraissait plus seulement les industriels et les grands propriétaires terriens. Elle contribuait enfin à améliorer le sort du prolétariat vénézuélien. Depuis son arrivée au pouvoir, en CC By-SA 2.0 par omerta-Ve LUTTE DES CLASSES à CARACAS 1998, le « héros des pauvres » a ajouté un an à l’espérance de vie de ses compatriotes. Il a, selon les termes mêmes de Marie-France Cros, diminué de moitié le nombre de pauvres et fait passer le chômage de 15 à 6,5  %. Construction de logements modestes, éradication de l’analphabétisme, présence majoritaire de l’état dans les secteurs stratégiques de l’économie, développement de micro-crédits pour les PME, accessibilité des jeunes les plus défavorisés à l’université. Ce qui me frappe le plus, c’est l’extraordinaire décalage entre les incontestables avancées sociales du projet politique de Chavez, et je l’espère de son successeur, nicolas Maduro, élu le 14 avril dernier, et les critiques les plus vives dont il a fait l’objet en Europe et au sein même des mouvements de gauche. Bien sûr, il y a son style populaire, voire populiste, sa manière d’être, ses continuelles invocations à Dieu et au peuple dont on peut légitimement se dissocier. Bien sûr, il y a ses amitiés, plus que contestables, avec des dictateurs et des théocraties que je condamne radicalement. Mais pas un débat depuis des années sans que j’entende des contestations brutales de ce régime qualifié d’autoritaire, de démagogique, voire de tyrannie. Bref, une dictature latino-américaine, dont l’histoire de ce continent regorge. Exit Chavez. Attendons les jours meilleurs d’un retour à la démocratie. Sauf que ces appréciations, diffusées en permanence par les médias (on le traitera de clown horripilant, de despote, d’homme fort et même de singe) sont totalement fausses. En 2004, nous avions eu la chance d’assister à la conférence de presse de l’ancien Président des états-Unis, Jimmy Carter, et de son organisation chargée de vérifier le caractère démocratique du scrutin. Impeccable. Mieux, en 2012, Jimmy Carter déclarait à propos du Venezuela : « Sur les 92 élections dont nous avons surveillé le déroulement, je dirais que le processus électoral du Venezuela est le meilleur du monde… ». Et nul ne peut supposer qu’un ancien président américain se soit transformé en horrible gauchiste. Récemment, sur une chaîne publique française, un journaliste décrivait le régime bolivarien comme une dictature douce où tous les médias étaient contrôlés par l’état. Faux ! Les chaînes privées, qui sont majoritaires, n’arrêtent pas tout au long de leurs programmes de critiquer, voire d’insulter, le gouvernement de Caracas. L’entreprise de désinformation sur ce régime est totale. Et il convient de s’interroger pourquoi une vraie volonté de transformation sociale, comme en Bolivie, en équateur ou en Argentine, trouve si peu d’échos au sein de la sociale-démocratie d’Europe. Est-ce à dire que le choix d’affecter la rente pétrolière au bienêtre du peuple plutôt que de gonfler les dividendes des actionnaires est jugé trop radical pour les élites économiques, politiques et médiatiques qui entendent restreindre le changement aux vieilles recettes du social-libéralisme ? Jean Cor nil 7

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côté nord LET’S ANTWERP GO URBAN! formations, nos performances en danse urbaine, musique et médias urbains. © Ellen v an d en B ouw huysen Comment se aventure ? passe cette belle Ver s quoi allons-nous si la Culture est contingentée par les autorités de la ville ? C’est peut-être une déclaration audacieuse, mais selon moi la culture n’est plus accessible au “peuple” depuis des années. Les chiffres des fréquentations montrent clairement qu’il n’y a pas de réflexion sociétale dans le domaine culturel. Dans le champ social, le « nous-eux » est encore très présent, nous sommes très conservateurs sur ce plan-là. La peur paralyse notre société et nous savons tous que celle-ci n’est pas bonne conseillère. Il est temps que la politique se remette au service des gens et qu’elle laisse les travailleurs œuvrer sur le terrain. La politique doit être plus ambitieuse, nous sommes en attente de résultats des institutions publiques financées. Pour cela, il faut avant tout avoir une vision sur le long terme et cela fait défaut malheureusement. Je suis convaincue que la nouvelle génération apportera un vrai changement. Pensez-vous pouvoir un jour vous établir ailleur s qu’à Anver s? Absolument, les défis sont trop grands, Anvers est une ville trop petite. Je travaille depuis un an maintenant dans le Limbourg avec un certain succès, les résultats sont déjà visibles. J’imagine aussi un projet ambitieux pour Bruxelles qui pourrait répondre à beaucoup de défis bruxellois, notamment dans la collaboration avec les partenaires locaux (écoles, politiques, secteur privé, justice, médias....). Je cherche donc à transposer mes plans pour Bruxelles qui s’adresseront tant aux jeunes qu’aux vieux. Propos recueillis par Sabine Beaucamp traduction du néerlandais par Anne-Lise Cydzik www.letsgourban.be Retr ouv ez cette inter view en ver sion longue sur www.agir par lac ultur e.be En 2012, Sihame El Kaouakibi a été élue Anver soise de l’année, au même titr e que des per sonnalités comme Matthias Schoenaer ts, acteur anver sois très prometteur. Mais qui est-elle exactement ? Une battante de 25 ans qui a créé Let’s Go Urban, une organisation tour née ver s la danse urbaine qui vise à redonner de l’espoir et du cœur à l’ouvr age à une jeunesse désœuvrée. Let’s Go Urban trav aille avec des centaines de jeunes, âgés de 12 à 25 ans. Sihame El K aouakibi fait r ayonner autour d’elle son enthousiasme et sa volonté d’entreprendre. Découvrez plutôt ! Comment est né Let’s go urban ? En 2008, en tant que femme de 21 ans, j’ai vu défiler à Anvers tant de défis sociaux à relever. Des défis dont les politiques ne s’étaient pas emparés. C’était le cas dans le secteur de la jeunesse, le secteur culturel ou sportif, le bien-être, mais également dans l’enseignement. Dès lors, en matière d’offre d’emploi, de nombreuses perspectives étaient et restaient possibles par rapport aux années antérieures. A cette époque nous étions très loin d’imaginer que les investissements que nous ferions avec les deniers publics seraient aussi rentables. C’est comme ça qu’est née Let’s Go Urban, une organisation culturelle flamande. La première en Belgique qui aborde le défi des changements démographiques (le rajeunissement, l’appauvrissement, l’accroissement de la diversité). En 2012, Let’s go urban a 1000 membres à son actif, des jeunes, des enfants et adultes qui répondent en masse et avec enthousiasme à nos offres d’ateliers internes et externes, nos nous regroupons des jeunes très différents. Il y a un bon rapport entre autochtones et nouveaux Belges. toutes les classes sociales, les religions et cultures sont représentées. nous avons même une centaine d’ethnies dans l’organisation. Cette mixité sociale et culturelle est nécessaire pour construire un riche capital social. Il s’agit de jeunes venant de milieux précarisés. nous les convainquons de prendre leur vie en main et de croire en leur force. Détachés de leur rôle de victime ou de la stigmatisation, nous souhaitons que ces jeunes, avec leurs compétences, atteignent ce qu’ils veulent et ce en quoi ils croient. nous sommes extrêmement vigilants à ce que les études et l’emploi restent importants pour eux et restent un enjeu dans leur vie. Que pensez-vous des récentes déclarations faites par Bar t De wever, celles de considérer que le hip-hop actuel incite à la criminalité ? La seule chose que je puisse dire, c’est que les médias devraient pouvoir faire la différence entre le hip-hop d’une part (qui devrait conserver sa valeur) et d’autre part la culture urbaine. Cette dernière est une culture de jeunes dans les villes et elle est donc très diversifiée. Elle prend bien évidemment ses racines dans la culture hip-hop, mais pas exclusivement. Bart De wever n’est pas le seul à déprécier le bling bling, comme on dit. Je le fais de temps en temps. L’étude sur le lien entre hip-hop et criminalité est pour moi irrecevable et ne relève pas d’une image objective. Bien au contraire, nous devons nous centrer sur la manière dont nous valorisons les jeunes et développons les cultures de jeunes. C’est le seul message que je porte, et selon moi, c’est un message qui peut être compris par chaque politicien. 8

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dossier Les politiques d’austérité, imposées à l’échelle européenne depuis 5 ans, ne font qu e r en forc er l a cri se qu ’ell es son t cen sées c ombattr e, acc entu ant l es inégalités et les tensions sociales. Il est devenu plus qu’urgent de proposer une alter nati ve pr ogr essiste. C’est tout le sens des 15 pr oposi tion s du c oll ec tif Roosevelt auquel nous avons consacré ce dossier. Retour sur l’histoire de ce mouvement cit oyen belge, pluraliste et indépendant des par tis politiques, présentation des constats et mesur es qu’il préconise. Un mouvement qui représente également une prise de position pour contr er les proposi tion s nati onal es-popul istes qu i surfen t su r l es méc onten temen ts de l’ Eu rope austéri tair e. Il s’ agi t au ssi de voir qu els r elais à ces proposi tion s poli tiqu es son t possi bl es. Ce dossier se c lôtu r e su r u n foc us sur la n ew-B, banque citoyenne et éthique en cour s de création. Parce qu’elle veut se limiter aux seules acti vités d’épargne et de crédit, elle est une initiative typiquement « rooseveltienne » qui rouvr e le champ des possibles : une autr e économie est donc encore possible.

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dossier WHAT ELSE ? UN AUTRE CHEMIN Le gr and natur aliste théodore Monod écrivait que «  la civilisation se constr uit non sur des complicités faciles, des démissions, des esclavages mais sur des refus, des r uptures, des dépassements  ». Et c’est bien l’enjeu historique cardinal de notr e moder nité : comment orienter le basculement du monde en cour s ver s de la solidarité, du par tage et du plaisir plutôt que de barboter en claquant des dents dans «  les eaux glacées du calcul égoïste  » selon la célèbre for mule de Kar l Marx ? Comment enrayer la spirale de l’austérité, de la rigueur, de l’effritement de l’Etat-providence, de l’effondrement des dépenses publiques au nom des principes devenus sacrés pour les avocats tenaces du capitalisme mondialisé, tels l’équilibre budgétaire, la correspondance entre l’offre et la demande, la vertu intrinsèque du marché, le travail et l’intérêt érigés comme principes de sens ultime de la vie  ? Avec des relais assurés, de la Commission européenne aux grands médias internationaux, pour promouvoir cette conception de l’existence qui tend à transformer l’homme en moine tout au long de son parcours d’esclave, mouton pour voter, fourmi pour travailler, âne pour consommer. Mais c’est mal mesurer la souffrance sociale, la détresse des peuples, le désespoir des sans-voix et des sans-droits, la révolte qui gronde, voire l’insurrection qui vient, que de s’obstiner à s’accrocher à des dogmes économiques qui conduisent la planète droit dans le mur. Cécité intellectuelle et autisme social. Le refrain n’est pas neuf et l’histoire regorge de ces absences d’anticipation qui nous ont précipités dans l’abîme. En 1928, le Président hoover affirmait que « la prospérité était au coin de la rue ». En 1928 ! DP Pourtant, un autre monde est possible comme le proclame l’expression convenue. De Marx à Keynes, de Stiglitz à Krugman, de Sen à Passet, nombre de savants, avec leurs profondes différences, ont décrypté le réel en expliquant de manière érudite ou profane qu’aucune fatalité, à l’exception notable des limites physiques à nos vies et de la biosphère, ne nous conduisait automatiquement à l’inégalité, à la concurrence, au global burn-out comme l’exprime Pascal Chabot. Des alternatives se sont construites. Des expériences historiques on été tentées. Des utopies ont été imaginées. notre liberté intrinsèque d’humain, acteur de notre destin, nous permet, si nous en faisons le choix, de « transformer l’eau de vaisselle en élixir de vie ». nous sommes bien « condamnés à être libres », et rien ne nous oblige à suffoquer dans une atmosphère de plus en plus rare en oxygène moral. Mieux encore, des citoyens et certains dirigeants ont trouvé en eux et dans les circonstances historiques, les ressorts susceptibles de remodeler l’avenir des humains. Au XXe siècle, F.D. Roosevelt a mis en œuvre en cent jours une réforme radicale de la société américaine qui a perduré jusqu’aux années 70. Jusqu’au grand renversement conservateur et ultralibéral de thatcher et Reagan. Quarante années piteuses, après les trente glorieuses, dont nous pressentons l’essoufflement final annoncé par nombre d’intellectuels. Aujourd’hui, des métamorphoses sociales de grande ampleur, dans le même esprit, plus juste et plus partageur, sont en cours notamment en Amérique latine. Des acteurs, jusqu’à présent plutôt dociles, ont des sursauts salvateurs, des juges de la Cour constitutionnelle du Portugal aux journalistes qui ont dénoncé les paradis fiscaux. Sans compter toutes les initiatives citoyennes qui éclosent ça et là où la résistance de certains mouvements, partis ou syndicats qui refusent l’ordre dominant du monde. En témoigne chez nous le succès imprévu d’une banque alternative. notre destin n’est pas tout tracé et il y a, contrairement à la formule, une alternative. toutes les analyses de Pierre Larrouturou ou de Jean-Paul Fitoussi le démontrent lumineusement. Les quinze propositions du Collectif Roosevelt les traduisent clairement en options concrètes et immédiatement réalisables. Cela dépend de la volonté politique de nos gouvernements. C’est-à-dire des peuples. C’est-à-dire de vous et de moi. what else ? oui, il y a bien un autre chemin. Jean Cor nil F.D. Roosevelt Avocat, sénateur de l’Etat de new-york puis gouverneur de cet Etat, F.D. Roosevelt est frappé par la poliomyélite en 1921 qui le paralyse des jambes. Seul président à être réélu trois fois, il prend des mesures exceptionnelles et d’urgence face à l’aggravation de la crise en cent jours, de novembre 1932 à mars 1933 : c’est le new Deal. L’Etat intervient de manière volontariste dans l’économie : loi sur l’agriculture, réorganisation de la production industrielle par la réduction des excès de la concurrence et la fixation des prix, limitation de la durée du travail, salaire minimal, vaste plan de travaux publics pour endiguer le chômage massif (barrages, rénovation des routes, restauration des écoles, drainage des marais, programmes environnementaux), réorganisation du système bancaire pour contrer l’origine spéculative de la crise par la limitation du recours au crédit et par la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires. (JC) 10

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dossier UN DIAGNOSTIC ET 15 REMÈDES Einstein définissait la folie comme le f ait de « faire la même c hose encor e et encor e en espér ant des résul tats di f fér en ts  » . Cette i dée pour r ait s’appliquer à la situation présente  : l es poli tiqu es men ées ces der ni èr es an nées n’on t pas amélioré la situation, au contr air e ell es l’ ag gr aven t, et pour tant on continue à les appliquer en espér ant qu’elles aient un autre ef fet. Roosevelt2012.be af fir me qu’i l est gr an d tem ps de r econ naî tre l es réelles sour ces de la crise. De ce nou veau di agn osti c décou len t di rectement de nouvelles solutions. La crise est grave, « plus grave que ce qu’on vous dit… » affirme Pierre Larrouturou, figure de proue du collectif français, « mais on peut s’en sortir ! ». Ce que nous vivons n’est pas une crise passagère après laquelle la vie reprendra comme avant. « Crise sociale, crise financière, crise écologique, crise démocratique… dans tous ces domaines, nos sociétés approchent d’un point de rupture, d’un point de non-retour. Il est urgent d’agir pour éviter un effondrement économique qui rendrait vaines toutes les actions entreprises dans les autres domaines. » (Manifeste du collectif Roosevelt 2012) La crise n’est pas seulement financière, elle est avant tout sociale et trouve sa cause principale dans 30 années de chômage, de précarité et d’accroissement des inégalités. Les politiques d’austérité visent à résoudre un problème identifié comme étant une crise de l’état-providence  ; or c’est à une crise du capitalisme dérégulé que nous nous heurtons ! PoURQ UoI UnE tELL E AUGMEntAtIon DE LA D EttE PUBLIQUE ? Contrairement à l’idée reçue, ce n’est pas un état « mauvais gestionnaire et dépensier » qui a creusé la dette. En réalité, jusqu’en 1981, le rapport entre la dette publique et le PIB était relativement stable. Dans le cadre du « compromis fordiste », des règles collectives assuraient une progression des salaires (pour maintenir la demande) et un partage équitable des bénéfices entre salariés et actionnaires. Cependant, les politiques néolibérales, mises en place aux états-Unis et en Europe à partir des années 80, viennent bouleverser cet équilibre. De fortes diminutions des impôts sur les fortunes et sur les entreprises causent une baisse des rentrées publiques et donc une augmentation mécanique de la dette. En parallèle sont menées des politiques de dérégulation. Cellesci vont petit à petit entrainer non seulement une baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises, ce qui a pour conséquence une perte du pouvoir d’achat des salariés, mais aussi plus de précarité pour les travailleurs et l’augmentation du chômage. or, plus le taux de chômage est élevé, moins les travailleurs ont de pouvoir de négociation sur leur salaire, qui continue sa chute. Dans ce diagnostic, le chômage est donc à la fois une conséquence Et une cause de la dette ! Dans les 15 pays les plus riches de l’oCDE, la part du salaire dans la valeur ajoutée des entreprises diminue de 10 points entre 1982 (67%) et 2007 (57%). Parallèlement, les inégalités dans la répartition du salaire augmentent. Partout, les ménages empruntent pour maintenir leur niveau de vie ; cette perte du pouvoir d’achat est donc compensée par le crédit, ce qui crée de la dette. Cette compensation par la dette aurait maintenu la croissance, ou plutôt l’illusion de la croissance. En effet, selon Patrick Artus, économiste français peu suspect de bolchévisme (Banque d’investissement natixis), « sans l’augmentation © hélène Fr aig neux de la dette des ménages, la croissance serait nulle dans la zone Euro depuis 2002 ». Selon les analyses du collectif Roosevelt 2012, si l’on additionne les points du PIB retirés de la part des salaires sur une période de 25 ans, on arrive à un total représentant près de 150% du PIB. Cette somme d’argent retirée des poches des salariés ne s’est pas allée aux caisses de sécurité sociale ou à l’état, ni à la recherche et les investissements qui restent stables durant cette période. Seuls les revenus du capital ont augmenté : ces 150% ont donc été accaparés par un petit nombre d’individus sur les marchés financiers. Si l’on estim e que la répar t ition entr e salariés et ac tionnair es qui prév alait dans les années 1970 était jus te et ef fi cac e, c es 1 50% du PIB peuvent donc êt r e considérés comme «  l a det te des m ar c h és fin anc ier s   » (soit plus que la det te publique de la plupar t des état s). LES PR oPo SItIonS D E R o oS EVELt 2012 à partir de ce diagnostic, Roosevelt 2012 prône un retour au politique : réguler pour récupérer une partie de cette « dette des marchés financiers », réduire les inégalités dans la répartition des richesses produites et s’attaquer frontalement au chômage. Mieux, il rappelle que la crise doit aussi être appréhendée dans sa totalité. Ses facettes sociale et financière ne peuvent 11

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dossier faire oublier les exigences de notre époque : crise environnementale, énergétique et démocratique. Les 15 propositions du collectif s’axent autour de 3 chantiers. 1. éVItER L’EFFonDREMEnt La première mesure proposée est celle de r edonn er de l’oxygène à nos é tat s, qui empruntent pour rembourser leurs anciennes dettes à des taux d’intérêt de 6, 7 voire 11%, alors que des banques privées en situation de crise se financent à 0,01% auprès des banques centrales. or tout en respectant les traités, la Banque centrale européenne pourrait, via les organismes publics de crédit, prêter aux états à des taux tout aussi minimes. Dans la même perspective, il est important ensuite de dégager de nouvelles marges de manœuvre financières. Le collectif défend ainsi l’idée de cr éer un im pôt sur les bénéfices des entr eprises au ni veau européen, afin de lutter contre la compétition fiscale entre les pays de l’Union. Au niveau belge, plusieurs mesures pourraient être prises : impôt sur les gr andes for tunes, taxe sur les plus-v alues bour sièr es des particuliers, réformes des intérêts notionnels qui permettent à des grandes entreprises d’échapper à l’impôt et lutte active contre les par adis fiscaux. Pour maintenir au maximum l’emploi et le pouvoir d’achat dans un premier temps, il faut dév elopper des alt er nat i ves au x licenciements. La précarité et la pauvreté ne font qu’accroître la crise  : il faut donc, au contraire des mesures de dégressivité adoptées jusqu’à présent, r enfor cer l’indem nis ati on des c h ômeu r s et leur accompagnement-formation, tout comme le fit Franklin Roosevelt dès son accession à la présidence des états-Unis. Une autre mesure-clé, inspirée de Roosevelt et son Glass Steagall Act, est la sépar ati on s tr ic te ent r e ban ques de dépôt et banques d’affaires, indispensable pour que les banques ne se lancent plus dans des activités spéculatives à haut risque avec l’épargne des citoyens. Fait étrangement peu connu, cette séparation était en vigueur en Belgique jusqu’en 1993. Roosevelt2012.be remet également à l’agenda la c réation d’une taxe sur les tr ansac tions financièr es inter nationales qui, en plus d’alimenter les ressources publiques, permettrait de pénaliser les transactions à court terme, les plus spéculatives. Enfin, c’est encore au niveau international qu’il faut agir et imposer le r espect des nor mes sociales et envir onnementales afin de lutter contre les délocalisations et mondialiser le travail décent, (r)établir une justice sociale. 2. ContRE LE ChôMAGE, ConStRUIRE UnE no UVELLE SoCIété Ce deuxième chantier vise à transiter vers une nouvelle société qui saura faire face aux défis que nous rencontrons aujourd’hui. Le développement de ces alternatives exige des investissements à long terme rendus possibles notamment par les marges de manœuvre financières libérées. Roosevelt 2012 appelle à investir dans une poli ti que du l ogem en t créatrice d’emploi  dans l’immédiat et rentable sur le long terme. De plus, un investissement public permettrait de rééquilibrer le marché du logement et de faire baisser les prix. Concernant la lu tt e con tr e le dérègl ement c limatique, le collectif Roosevelt 2012 appelle à un investissement massif dans les économies d’énergie, l’isolation des bâtiments, le développement des énergies renouvelables, la relocalisation de certaines activités économiques (dont l’agriculture) etc. De même, l’économie classique et le marché du travail actuel ont montré leurs limites. Il faut encour ager et sout enir le développem ent d’alt er nati ves  : l’ éc on om ie soc i al e, qui a comme finalité les services aux citoyens plutôt que le profit et qui donne priorité au travail sur le capital dans la redistribution des bénéfices. Un nouv eau par ta ge du tem ps de tr av ail est également nécessaire afin de mieux répartir les gains de productivité colossaux des dernières décennies et de permettre au plus grand nombre d’avoir une activité. 3 . ConS tRUIR E EnFIn Un E EUR oPE D éMoCRAtIQ UE Les mesures proposées par le collectif Roosevelt 2012 ont clairement une portée européenne. Pour répondre à ce qui est souvent décrit comme le déficit démocratique de l’Union, il appelle à la création d’un véritable r égim e par l emen tai r e eu r opéen : les élections se dérouleraient entre partis européens et non entre candidats nationaux. Enfin, pour lutter contre le « dumping social » dénoncé au sein même de la zone euro, un vr ai tr aité soci al eur opéen est requis. Il contiendrait des critères de convergence sociaux pour inciter les états-membres à une course « vers le haut » en matière sociale. nathalie Pipar t 12 ©hélène Fraigneux

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dossier Ar naud Zacharie est le Secrétair e génér al du CnCD. Militant, alter natif, il est, à titr e per sonnel, l’un des fondateur s du collectif Roosevelt 2012 en Belgique. Il souhaite insister sur la vocation du collectif à proposer un série d’alter natives à l’échelle européenne avec une large ar ticulation entre le national et le mondial. Entretien autour des enjeux de ce collectif : éviter autant le statu quo néolibé r al que l’alter native négative du national-populisme. Quelles sont les motiv ations de ce collectif ? Dans le contexte de la crise actuelle, il ne faut pas expliquer aux citoyens qu’il y a des problèmes car cela, ils l’ont bien compris mais il faut promouvoir des solutions. La dynamique Roosevelt 2012 rassemble des citoyens et des personnalités autour de quinze solutions qui valent ce qu’elles valent, mais qui mettent le doigt sur les vrais sujets aux racines de cette crise, c’est-à-dire à la fois les questions de finance internationale, de fiscalité, d’emploi et de protection sociale et puis celle de l’architecture européenne en tant que telle. C’est aussi très important de sortir des cercles d’intellectuels, de faire une jonction entre «  experts  » et mouvements citoyens. Il faut absolument populariser ces propositions car on a en face de nous des national-populistes. y a-t-il l’idée de créer potentiellement des collectifs Roosevelt 2012 en dehor s de l’Europe, aux Etats-Unis mais aussi en Afrique, en Asie, en Amérique latine ? Il y a une volonté au sein de Roosevelt 2012 de se structurer à l’échelle européenne mais il est évident que s’il devait y avoir des initiatives d’autres continents, il faudrait faire la jonction. on sait qu’une des sources de la crise, c’est la mondialisation. L’idéal serait donc évidemment d’avoir des réseaux citoyens à l’échelle mondiale, mais il faut commencer par le niveau européen car Il faut imposer de nouveaux débats et un autre agenda, plus économique et social, plus politique. Parce que le problème, quand on voit les élections dans chacun des Etats-membres de l’Union européenne, c’est la monopolisation du débat par des forces nationales-populistes, qui acquièrent de plus en plus de poids électoral, et les partis traditionnels. Il ne reste plus beaucoup d’espace pour les alternatives progressistes, qui sont nécessaires mais qui sont pour l’instant mises au second plan. A qui vous adressez-vous ? notre cible, ce sont clairement les politiques et les acteurs économiques. tous les problèmes que l’on connait aujourd’hui proviennent de l’autorégulation du marché, du fait que l’on a accordé la priorité, comme on l’avait déjà fait dans les années 20-30, à la liberté et au « fondamentalisme du marché ». L’Etat doit être là pour réguler, pour ramener la finance au service de l’économie réelle, de la création d’emplois décents, et cela implique des prises de décisions à la bonne échelle. L’idéal serait l’échelle mondiale mais on voit bien qu’on est bloqué dans un monde qui devient multipolaire. C’est pour cela que l’on insiste sur l’échelle européenne, tout en montrant les marges de manœuvre et leviers qui existent déjà au niveau national. Qu’est-ce qu’il y a face aux propositions du collectif ? Soit on prend cette alternative-là, soit on va se retrouver avec du national-populisme très proche de celui des années 30. En effet, il est plus facile d’expliquer les choses aux citoyens par un « tous pourris » ou par un « c’est l’étranger qui vient nous bouffer le pain dans la main » plutôt que de lui expliquer que des mécanismes ou des absences de régulation financière et bancaire nous ont amené à la crise actuelle. Même les décideurs politiques, alors que la crise de 2008 était gigantesque, ont mis des années à se rendre compte qu’elle allait finir par avoir un impact sur le portefeuille des citoyens et devenir une préoccupation des électeurs. Un autre scénario possible est celui du « business as usual » dont rêvent les banques, les industriels et toute une série de dirigeants politiques traditionnels qui espèrent relancer le système sur la même base que par le passé. Ceux qui sont contents du système actuel ne veulent rien changer. Mais la réalité va nous rattraper : si on ne fait rien sur les questions climatiques, financières ou sociales, la crise ne va faire que s’aggraver et on va continuer à avoir de graves ennuis, notamment avec les national-populistes. Il y a un problème de fond, non seulement au niveau fiscal, social, financier mais aussi au niveau de l’architecture politique et du système démocratique. Il faut que l’on adapte notre système démocratique aux enjeux internationaux d’aujourd’hui. Le collectif veut prouver qu’on peut créer des alternatives ici ! Propos recueillis par Jean Cornil et nathalie Pipar t 13 © CnCD-11-11 -1 1 la situation est particulière en Europe. Il faut d’ailleurs saisir l’opportunité des élections européennes. on peut espérer que l’on va changer de majorité politique au niveau européen à partir de 2014. Autrement, nous repartirons sur la même voie pour cinq ans et cela risque d’être douloureux. ©CnCD-11.11.11. CONTRE LE NATIONAL-POPULISME

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dossier ROOSEVELT2012.be : HISTOIRE D’UN MOUVEMENT C’ est dans le c ontexte des él ections présidentielles fr ançaises de 2 012 que s’est for mé le c ol lecti f Roose velt 2 01 2, m ouv emen t c itoyen autour d’in tellectuels et de m il itan ts com me Pier r e L ar rou tur ou, S téphane hessel , Edgar Morin ou encor e de per sonn ali tés poli tiqu es com me M ic h el Roc ard. Un seu l c onstat  : f ace à l ’u r gen ce de l a situati on éc onom iqu e, soci al e, et éc ologi que, et f ac e à la mai nm ise des lo b bies ban cai r es et fi nanc ier s sur les c hoix politiques, il ne faut plus tergiver ser : des solutions existent. Il nous f aut à présent un plan digne de l’ ampl eur du n e w Deal dével oppé par l e présiden t améri cai n Fr anklin Roosevelt dans les années 30. De nombreux citoyens, militants et organisations se sont fédérés ainsi autour des 15 propositions du collectif qui s’articulent autour de trois chantiers principaux d’action : Eviter l’effondrement en redonnant des moyens aux Etats et en limitant le pouvoir des marchés financiers / Créer massivement de l’emploi en investissant à long terme dans la transition vers une nouvelle société, via de grands travaux sociaux et environnementaux / Réformer l’Union DP européenne pour la rendre sociale et démocratique. (voir page XX le détail de ces propositions). Devant le grand intérêt que suscitait leur démarche en Belgique ce collectif français a encouragé des militants d’ici à monter un groupe. De rencontres en rencontres, un noyau de fondateurs se met petit à petit en place et décide d’inviter Pierre Larrouturou, économiste français au talent pédagogique incontestable et figure de proue du collectif en France. Auteur de « Pour éviter le krach ultime » ou « C’est plus grave que ce qu’on vous dit... Mais on peut s’en sortir ! », il explique d’une manière limpide la crise tout en amenant des solutions pratiques et réalisables. C’est sa conférence à l’ULB en novembre 2012 qui lancera la dynamique. A présent, il s’agit d’un véritable mouvement, avec plusieurs centaines de membres répartis en plusieurs groupes locaux à travers toute la Belgique francophone. Un SoCLE CoMMUn René Vifquin est l’un des fondateurs du Collectif belge. Il a un long parcours professionnel au sein de services publics. Son engagement se base sur le constat d’une situation d’une ampleur inédite :  « on se trouve devant un paradoxe, des hommes politiques et des milieux économiques nous ont amené dans le mur et la réponse à cette situation est d’encore plus nous enfoncer dans le mur. Et il y a encore des gens pour croire que c’est en continuant dans le toujours plus de libéralisme que nous sortirons l’Europe de la crise. Croire encore aujourd’hui que moins d’état et plus de dérégulations va permettre une sortie de crise est illusoire. Croire que la croissance va repartir à la hausse à des niveaux suffisants pour donner du travail à tous, croire que c’est avec des mesurettes que l’on va régler le réchauffement de la planète l’est tout autant.  » Roosevelt 2012 représente une possibilité de sortir de la paralysie : «  Les 15 propositions font pour moi la synthèse de la politique qu’il faut mener pour s’en sortir. Ce n’est pas complet, on pourrait y ajouter d’autres propositions mais elles sont un socle minimal. » Ce dénominateur commun, c’est la boussole, la bannière qui peut permettre au camp progressiste, au sens large, de se réunir, de passer audessus des barrières partisanes et de s’attaquer plus frontalement au « tout au marché » qui n’a fait que trop de dégâts. tous le répètent, les propositions ne sont peut-être pas parfaites, pas complètes, mais elles ont le mérite de proposer une alternative qu’on peut tout à fait mettre en place ici et maintenant. Et elles ont un pouvoir fédérateur alors même que pointe la radicalisation et la montée des propositions national-populistes (voir interview d’Arnaud Zacharie page XX) qui séduisent malheureusement de plus en plus d’électeurs. 14

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dossier Bien au-delà des organisations associatives ou syndicales habituelles, c’est principalement en tant que citoyen que viennent les gens. Beaucoup, comme Marc Devriendt, informaticien, n’avait jamais fait partie d’un parti ou été activiste et son engagement dans la création du collectif Roosevelt2012.be a pris sa source dans un besoin d’agir face à une situation bloquée que beaucoup de citoyens « non-encartés » ressentent : « Je ne m’y connais pas trop en économie ou en finance mais simplement après le constat de la gravité de la situation dont j’ai pu prendre connaissance grâce aux livres de Pierre Larrouturou, je me suis dit que si on pouvait faire quelque chose, il fallait le faire. Parce que j’ai des enfants et j’aurai bientôt des petits-enfants, je ne voudrais pas assister à un désastre en me disant que j’aurais pu faire quelque chose et que je n’ai rien fait. Par Roosevelt 2012, je fais ma part même si elle est toute petite. » 15 MESURES PhARES Le collectif belge travaille à l’appropriation de ces 15 mesures défendues en France et à leur adaptation au contexte belge qui ne correspond évidemment pas point par point au contexte de nos voisins. Cependant, la crise et ses causes étant au minimum européennes, voire mondiales, les mesures préconisées font sans arrêt l’aller-retour entre les échelles nationales et internationales. C’est aussi tout un travail de promotion de ces idées dans les sphères médiatiques et politiques qui commence à se mettre en place. Au cœur de cette initiative, il ya cette idée qu’il faut réglementer de nouveau la finance et réformer de fond en comble l’Union européenne. Pour Eva Kocsis, qui a travaillé pendant 22 ans au Crédit Communal, devenu Dexia, « L’Europe, en instaurant une totale liberté de circulation de capitaux – dont les banques sont l’instrument - et la libre concurrence, a abdiqué en tant qu’entité autonome et responsable, avec une certaine naïveté et des conséquences graves. Se donner les moyens de la régulation et du contrôle des activités financières est nécessaire. La scission des activités bancaires en est une facette. » Il n’y a pas une mesure qui compte plus spécialement, elles forment un système, et il est important qu’un maximum d’entre elles soient mises en place, comme l’indique René Vifquin : « Si l’on ne parvient pas à réguler la finance internationale, on n’a pas de moyen pour des politiques de développement. Si l’on n’harmonise pas la fiscalité et le social, on ne développera pas un minimum de croissance et on continuera dans le dumping social et fiscal. Si on n’a pas de moyens, on ne peut pas lutter efficacement contre le réchauffement climatique. Si l’Europe n’est pas plus démocratique, avec un Parlement qui prend des décisions et un exécutif élu, on reste à la merci des lobbies et ce que je viens de dire n’est pas possible. Bref, les propositions forment un tout cohérent. » UnE UtoPIE… MA IS UnE UtoPIE RéALIStE ! Une utopie ? Peut-être, mais alors une « utopie réaliste » au sens que lui donnait Edgar Morin, celle qui va dans le sens d’une société où tous accèderaient plus facilement au bonheur mais qui, contrairement aux grandes utopies monolithiques, ne définit pas une société parfaite à l’avance. Surtout, comme le rappelle Eva Kocsis, la force de ces 15 propositions est qu’il s’agit de recettes simples, souvent déjà éprouvées par le passé ou dans d’autres pays : «  la plupart des mesures proposées par Roosevelt 2012 constituent un retour à une situation ou des mécanismes qui ont déjà existé dans le passé, mais J.M. Keynes L’économiste britannique John Maynard Keynes a publié en 1936 une « théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » qui a en partie inspirée les politiques de relance de l’économie par la demande, comme le new Deal aux Etats-Unis et le Front populaire en France. Le principe en est que la crise s’analyse comme une insuffisance de la demande. La paupérisation d’une grande partie des citoyens entraîne une baisse de la consommation, ce qui aggrave les difficultés de l’industrie. Pour rompre cette spirale, l’Etat doit prendre l’initiative en relançant la production par le recours au déficit budgétaire, à une éventuelle dévaluation et à une politique de soutien aux grands travaux, comme l’on fait F.D. Roosevelt et Léon Blum. (JC) qui ont été modifiés ou supprimés par une décision politique…et peuvent donc être restaurés par une autre décision politique. Il faut juste un peu de courage. » Alors que l’on parle de plus en plus de scinder les banques gérant l’épargne des ménages de celles menant des activités spéculatives, elle souligne qu’en Belgique, «  avant la «  déspécialisation  » il y avait, depuis 1934, une stricte séparation entre activités de dépôt et d’affaires. Il ne s’agit donc pas d’une nouveauté. » Il est possible d’arrêter cette course à la dérégulation et de revenir à plus de justice sociale, et pour cela il faut une mobilisation puissante qui impose un nouveau rapport de force. «  Il faut restaurer la confiance des citoyens dans leur capacité à peser sur les décisions qui les concernent et cela en dépit du découragement causé par le creusement des inégalités, l’absence de perspective et le cynisme des acteurs économiques et financiers. tous les progrès de l’humanité ont été réalisés par des gens qui ont essayé de faire ce qui apparaissait comme impossible à un moment de notre histoire. » A urélien Ber thier et nathalie Pipar t 15

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