Agir par la Culture - numéro 35

 

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Magazine culturel et politique de Présence et Action Culturelles

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par la culture M a g a z i n e p o l i t i q u e e t c u lt u r e l 3 5 - AU TO M N E 2 013 Ag i r Dépôt Bruxelles X P501050 Périodique trimestriel Belgique – Belgie P.P. - P.B. 1099 Bruxelles BC 8507 Dossier droits culturels : MOTS ENNEMIS OU RéVOLUTION ? Les chemins de l’Éducation permanente Portrait : Fadila Laanan Gr atuit

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n ° 3 5 - AU TO M N E 2 013 - 2 temps fort 30 Août 2013 en la Cathédrale de Tournai en ouverture du festival «Les Inattendues » : Première mondiale du projet Il s'agit d'une création transculturelle entre musiciens palestiniens et belges sous la direction de Ramzi Aburedwan et éloi Baudimont. Le concert qui a rassemblé 900 spectateurs était commenté en direct par le philosophe français Edgar Morin. « Al Manara » a ensuite été présenté à la fête de l’Humanité à Paris devant 5000 spectateurs enthousiastes. Au vu de l’énorme succès rencontré, une tournée internationale devrait avoir lieu à l’automne 2014. Un projet de coopé ration culture lle initié par Pré se nce et Action Culture lle s e n par te nar iat ave c la Maison de la Culture de Tour nai, Noté lé, Ubu et le Fe stival d’Hammamet ( Tunisie). Ave c le soutie n de la Prov ince du Hainaut, de Wallonie Br u xe lle s Inte r national, de la Wallonie et de la Fé dé ration Wallonie Br u xe lle s. « Al Manara  ». © Véronique Vercheval

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n ° 3 5 - AU TO M N E 2 013 - 3 édito Votre magazine fait peau neuve. Vous êtes nombreux à nous faire part depuis maintenant deux ans de votre intérêt pour notre proposition éditoriale. Cette proposition axée sur une lecture culturelle de l’évolution de notre modèle économique et social, correspond visiblement à un besoin dans un univers médiatique souvent porteur d’une pensée unique. Afin de construire des points de vue différenciés, nous avons fait le choix d’aller à la rencontre des personnalités et des initiatives de la mouvance progressiste, pour alimenter le débat démocratique, provoquer l’esprit critique et promouvoir des productions culturelles détachées des seules contraintes du marché. Mais au-delà du contenu, nous avons décidé de revoir la forme en inscrivant une nouvelle ligne graphique que nous avons voulue résolument moderne, plus lisible et illustrée par des photographes et des illustrateurs sollicités en fonction du thème central du numéro. Cette nouvelle ligne graphique est encore appelée à évoluer et toutes vos suggestions sont les bienvenues. Ce numéro s’inscrit résolument dans notre combat central : la possibilité pour les groupes et les individus de choisir leurs références culturelles et de garder la main sur leur parcours de vie en se dotant des outils de compréhension critique du monde. Cette perspective s’inscrit dans le combat pour l’application effective des Droits culturels tels qu’ils ont été définis dans la Déclaration de Fribourg. L’enjeu est de taille puisqu’il s’agit de renforcer la Déclaration universelle des droits de l’homme en inscrivant les droits culturels comme droits constitutifs et incontournables des Droits de l’homme et de la dynamique démocratique. Ce numéro accueille également une grande interview de la Ministre de la Culture, Fadila Laanan, au terme de ses dix ans à la tête du Ministère de la Culture. L’occasion d’un bilan, mais aussi d’une mise en perspective des politiques culturelles publiques après l’avènement de la sixième réforme de l’État qui renforce considérablement les compétences et les prérogatives des Régions. Attention, nous refaisons actuellement nos fichiers d’abonnés, il est indispensable de confirmer votre abonnement afin de continuer à recevoir notre magazine. Il faut pour cela vous reporter au bulletin papier lié à ce numéro ! Bonne lecture ! Yanic Samzun, Directeur de la publication  Secrétaire Général de PAC PS : La prochaine Journée de l’Éducation permanente aura lieu le 18/11 prochain au Centre Marcel Hicter de la Marlagne. La journée est centrée sur les droits culturels et accueillera le Suisse Patrice Meyer-Bisch, l'un des auteurs de la Déclaration de Fribourg. Une journée co-organisée par le Service de l’Éducation permanente et le Conseil supérieur de l’Éducation permanente. Sommaire 4 PORTR AIT : FADIL A L A ANAN 7 Y A-T-IL UNE APPLICATION POUR PENSER ? 8 ENTRE TIEN : PATRICK JANSSENS DOSSIER : DROITS CULTURELS, MOTS ENNEMIS OU RÉVOLUTION ? 10 DROITS CULTUR ELS : UNE INTRODUCTION 12 ENTR E TIEN AVEC PATRICE ME YER- BISCH 14 LE DROIT DE PARTICIPER À L A VIE CULTUR ELLE 16 PAIDEIA 4D 17 UNE PHILOSOPHIE à R ÉFLÉCHIR 18 UNE APPROCHE SOCIOLOGIQUE 21 ENTRE TIEN : FRÉDÉRIC DAERDEN 22 LE GIALLO : TUT TI PSICOPATICI ! 24 L A PENSÉE MAGIQUE DE L A COMPÉ TITIVITÉ 26 LES CHEMINS DE L’ÉDUCATION PERMANENTE 28 DéCOUVERTES

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n ° 3 5 - AU TO M N E 2 013 - 4 ortrait culturel Fadila Laanan a tracé sa route pendant neuf ans à la tête de la Culture et de l’Audiovisuel. Une gageure dans un microcosme politique et médiatique dominé par les hommes… et les stéréotypes ! Entretien avec une Ministre simple et disponible, et première esquisse d’un bilan solide dans un contexte économique déprimé. Propos recueillis par Yanic Samzun et Denis Dargent SOUTENIR LES CULTURES MéPRISéES La Culture n’est pas une compétence comme les autres. Dans la Culture, on touche à l’humain, à l’émotion, à la sensibilité. La relation du ministre avec l’acteur culturel dépasse toujours la frontière de la relation professionnelle. » Fadil a L a anan : Votre parcours personnel a-til été surprenant pour vous. Vous vous attendiez à devenir ministre de la Culture ? Je ne m’attendais pas à devenir ministre tout court, ce n’était pas du tout mon ambition au moment de ma candidature aux régionales de 2004. Votre désignation a suscité pas mal de commentaires, parfois très négatifs… Surtout sur le fait que je sois d’origine arabo-musulmane. Si j’avais été désignée dans un autre département, cela aurait peut-être été moins problématique. La culture fait tellement partie de l’identité d’une nation, d’une communauté, que cela entraîne des questionnements. On se souvient aussi de commentaires carrément machistes… Toutes les femmes connaissent cela quand elles sont nommées à des fonctions importantes. On a heureusement des exemples positifs de femmes qui sont aux plus hautes responsabilités comme Laurette Onkelinx ou Joëlle Milquet, qui démontrent qu’être femmes c’est aussi être de tous les combats et ne pas avoir peur d’affronter toutes les responsabilités. Votre premier mandat démarre très fort avec les états généraux de la Culture. Quel bilan tirez-vous de cette expérience ? Avant 2004, on avait eu une succession de Que retiendrez-vous de cette ministres de la Culture à la communauté aventure de près de dix ans à française, avec un éclatement des compé- la Culture ? Un secteur avec de tences entre les partis, c’était devenu très fortes personnalités et parfois compliqué. J'ai trouvé en face de moi des des égos surdimensionnés, acteurs très en colère. Mais je pense que non ? le fait d’avoir pris le temps de les écouter et de définir avec eux un certain nombre La Culture, et j’y inclus l’audiovisuel, n’est de priorités, tout cela fut très positif. De pas une compétence comme les autres. 2004 à 2009, la situaDans la Culture, on tion économique de la touche à l’humain, à Fédération Walloniel’émotion, à la sensiBruxelles était bilité. La relation du meilleure, le budget de ministre avec l’acteur la Culture a augmenté culturel dépasse toude plus de 40  %. Un jours la frontière de la contex te favorable relation professionque nous ne connaisnelle. Quand je dis à sons plus depuis un opérateur culturel 2009. Mon budget n’a que je ne peux pas le pas diminué comme soutenir dans un procela s’est passé dans jet, c’est comme si je certains pays eurole mettais à néant luipéens, il a même même. Comme si je augmenté d’un peu portais un coup à sa moins 10  % depuis personne. Mais ces 2009. Le seul prorelations nous perblème c’est que cette mettent aussi d’être augmentation permet plus proches avec les seulement de rengens. contrer les dépenses incompressibles tels Dans ce que les paliers dans contex te de les contrats-procrise, n’êtesgrammes, les indexations quand elles sont vous pas parfois tentée de dire obligatoires, et les nouvelles reconnais- aux opérateurs  : il n’y a pas sances ou les passages de catégorie dans que la Culture, il y a d’autres les secteurs régis par un cadre décrétal. Et secteurs de la société qui tous ne bénéficient malheureusement pas souffrent ? d’un tel cadre…

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n ° 3 5 - AU TO M N E 2 013 - 5 ortrait culturel Je l’ai toujours dit. Avant 2009, il n’y a eu aucune économie en Culture puisque nous étions dans une situation économique plutôt favorable. Au contraire même  : les budgets culturels ont augmenté globalement de 43  % sous mon impulsion au cours de la période 2004-2009. Ce n’est qu’à partir de 2009 que la situation est devenue catastrophique. Mais jusqu’en 2011-2012, aucun acteur culturel ne s’est rendu compte que l’on faisait des économies. Les économies étaient faites par qui essentiellement ? Par la RTBF, et puis les communes à travers le moratoire sur les infrastructures. Vous savez, je me suis toujours battue au Gouvernement pour devoir faire le moins d’économies possibles, mais je suis aussi consciente que dans le contexte actuel, l’ensemble des ministres doivent faire des efforts, y compris moi. urbains ou pour les opérateurs rock par exemple. Il fallait redonner leurs lettres de noblesse à des secteurs méprisés ou jugés  « mineurs ». Dans ces deux législatures, on trouve quelques temps forts  : un nouveau décret sur la lecture publique, un nouveau décret qui va être voté sur les centres culturels, un travail de réflexion sur la dimension territoriale, etc. Quel est le bilan ? Pensez-vous avoir marqué des points ? Q u e l s so n t vos p i r e s et vos meilleurs souvenirs de Entre 2004 et 2009, j’étais plutôt com- Ministre ? munautariste. Pour moi, la Culture, l’Enseignement, le Sport devaient être considérés comme des compétences qui transcendaient les frontières territoriales et régionales. J’ai toujours défendu le lien Wallonie-Bruxelles. En 2009, je me suis rendue compte de la disparité entre cette théorie et ce qui se passait sur le terrain. Dans l’enseignement par exemple, on ne tient pas compte suffisamment des réalités territoriales des bassins de chaque région. Quand je dis cela, je ne fais pas de distinction entre Wallons et Bruxellois parce que je pense que les problèmes qui se posent parfois à Bruxelles se posent de la même façon dans les grandes villes wallonnes. Ma perception a donc changé par rapport à l’Enseignement mais aussi la Culture. Comme ministre de la Culture je ne pouvais pas gérer les compétences et les disciplines de la même façon dans les communes urbaines et les communes rurales, dans les grandes villes et les petites villes. Je me suis dis que le lien avec le territoire avait du sens. Cela explique la mise en œuvre du chantier des assises du développement culturel territorial, cette évaluation, cet examen, cette analyse de chaque territoire afin de voir comment la culture y est envisagée. Aujourd’hui, je suis favorable à un régionalisme qui soit fédérant, où on tient compte des réalités territoriales mais en même temps où l’on reste dans ce lien fédéré associant les Bruxellois francophones et les Wallons. Il y a toujours eu des tensions dans les politiques culturelles entre les gros opérateurs et puis la création, les formes émergentes… Avez-vous le sentiment d’avoir pu avancer un peu là-dessus ? Les grands opérateurs culturels continuent à être soutenus et à développer leurs projets. A côté de cela, il y avait toute une frange d’artistes et d’acteurs culturels qui étaient complètement méprisés. Or, il faut qu’il y ait une grande diversité, un véritable pluralisme dans le paysage. Venant d’un milieu modeste, populaire, cette disparité m’a frappée tout de suite. Très vite, on a mis en place des dispositifs adéquats, aujourd’hui on a un budget pour les arts La chose la plus difficile, c’est la situation économique. Même dans le cadre des réunions au Gouvernement, c’est dur entre nous parce que chacun essaie de préserver ses moyens. Ce que je retiendrais de plus positif, c’est d’avoir pu accompagner certains acteurs culturels dans leurs projets. J’ai parfois eu l’impression de participer un peu à leur bonheur, à leur enthousiasme. Parlons de l’international. La convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle est à cet égard un acte important. Mais cela reste un dossier sensible… En effet. C’est un combat qui existe depuis 1993 quand Elio Di Rupo, sous la présidence belge de l’UE, organise la réunion des ministres de l’Audiovisuel à Mons, d’où est née l’idée de l’exception culturelle. Mais aujourd’hui, de nouveau, on remet en

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n ° 3 5 - AU TO M N E 2 013 - 6 ortrait culturel cause ce principe dans le cadre de la négo- Quel livre emporteriez-vous sur ciation entre les États-Unis et l’Europe. Il une île déserte ? faudra rester vigilant, la culture n’est pas une marchandise comme une autre. Or, si «  L’Écume des jours  » de Boris Vian. Un demain les états ne peuvent plus soutenir classique que j’ai lu et relu. leur culture, on arrivera à une société complètement uniformisée, standardisée. Celui Un livre plus récent ? ou celle qui me succédera devra rester vigilant. «  La liste de mes envies  » de Grégoire Delacourt. L’histoire d’une femme à qui il Quel est le grand chantier qui arrive des choses assez étonnantes ; elle a plus ou moins mon âge. C’était assez reste à accomplir ? rafraîchissant mais aussi émouvant ! Le lien entre la Culture et l’Enseignement doit être renforcé et ce, même si avec Marie Un film ? Arena on a fait adopter le décret cultureécole. Il faut qu’au niveau de l’éducation «   La source des on retrouve cet espace de confrontation à femmes  » de Radu la culture. Quand les enfants et les jeunes Mihaileanu, un réasont confrontés à la culture, ils ne peuvent l i s a t e u r f r a n ç a i s plus vivre sans. Il faut leur donner cette magnifique. L’histoire opportunité. se passe au Maroc, les femmes n’ont pas de fontaine dans leur Le rôle de l’éducation village et elles doivent permanente ? aller s'approvisionC’est le secteur qui a le plus évolué. Il est ner dans un puits à devenu essentiel dans notre société. C’est des kilomètres. C’est un secteur tellement diversifié qu’il est le horrible. Certaines plus accessible possible à l’ensemble des s’esquintent la figure. Il y a une femme citoyens et qu’il rencontre l’ensemble des enceinte qui perd son bébé en chutant avec ses seaux… Ces femmes décident besoins de ceux-ci. de faire la grève de l'amour tant que leurs maris n’installent pas une fontaine dans leur village. C’est l’histoire de ces femmes qui mènent un combat. Un film plein d’espoir. Un disque ? J’aime beaucoup de choses, c’est assez difficile... Stromae  ? C’est un peu le sy mbole du Bruxelles de demain, non ? C’est vrai. C’est aussi un jeune gars modeste qui a un talent fou. Il fait tout rimer autour de lui. Qu’on soit flamand, germanophone ou francophone, on chantonne tous ses chansons. Je l’ai rencontré avant qu’il ne devienne la star qu’on connaît au jou r d’hui, c’e s t quelqu’un de très généreux. Quand je lui ai demandé de soutenir la campagne que j’ai lancée sur l’accessibilité des lieux culturels pour les personnes à mobilité réduite, il s’est tout de suite prêté au jeu et il a posé dans une chaise roulante sous le slogan  « Alors on danse ? ». L'éducation permanente est le secteur qui a le plus évolué. Il est devenu essentiel dans notre société. Retrouvez cette interview en version longue sur www.agirparlaculture.be Parcours d’intégration et/ou chemins d’émancipation ? P.A.F. 15€ Pour de plus amples informations : www.peuple-et-culture-wb.be Tél. 0493 56 46 35 ou 04 342 83 33 info@peuple-et-culture-wb.be Rue du Beau Mur 45 - 4030 Grivegnée Avec le soutien de :

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n ° 3 5 - AU TO M N E 2 013 - 7 propos intempestifs Y A-T-IL UNE APPLICATION POUR PENSER ? N ous sommes les contemporains d'une révolution culturelle majeure. Sans doute encore beaucoup plus profonde que les transformations politiques et économiques qui ont accouché de notre modernité. En témoigne cette information, passée inaperçue dans le flux étouffant des news quotidiennes : 45 États américains vont rendre l'apprentissage de l'écriture manuscrite optionnelle en 2014. Les enfants pourront choisir d'abandonner la vieille calligraphie au profit de l'utilisation de logiciels de traitement de texte. Du manuscrit au tapuscrit. De l'écrit à l'écran. De la graphosphère à la vidéosphère pour reprendre le vocabulaire de Régis Debray. La révolution technique que nous vivons entraîne aussi une révolution dans notre cerveau, dans nos modes d'apprentissage. Nous perdons l'habitude de lire de manière linéaire des textes longs. Nous picorons plutôt çà et là des bribes d'informations dans un flux permanent de zapping, bombardés de messages et d'alertes. Des sangliers qui creusent en profondeur, nous nous sommes fait renards qui furètent superficiellement d'immenses espaces de données simplement juxtaposées. Quelles en seront les conséquences à terme dans notre manière d’élaborer une grille conceptuelle de c o m p ré h e n s i o n d u monde ? Sauronsnous maintenir notre capacité d'abstr ac tion et de synthèse ? Garderons-nous le sentiment de la continuité historique alors que tout le système nous réduit au présent, au détail, à l'anecdote  ? Y aura-t-il un jour une application juste pour penser le monde, exercer son esprit critique, se comporter en citoyen vertueux et solidaire ? Ainsi le triomphe de l'écran laisse aussi entrevoir le retour de l'écrit, même avec une déformation de l'orthographe. C'est tout le sens de l'essai de Jean-Claude Monod, Écrire à l'heure du tout-message qui diagnostique que, contre toute attente, on n'a jamais autant recouru à l'écrit par rapport à l'oral. Même s’il y a prolifération des infos, fuite dans l'incessante communication, cette dernière est plus douce, moins intrusive, moins frontale. Comme en témoigne l'engouement pour les forfaits SMS, au détriment des appels directs. Le grand retour de l'écrit, qui l'eut cru ? Grand retour donc du « tout est message  », même non intentionnel. Au fond, poursuite de la révolution scientifique de la seconde moitié du XXème siècle, qui nous a fait passer du monde de la production à celui de l'information, comme en témoigne pa r exe m p l e l a découver te du code génétique. Le ba s cule me nt culturel s'avè re complexe et contrasté. Nul ne sait dire s’il nous conduira vers une exceptionnelle démocratisation des savoirs, ou vers une déshumanisation généralisée des rapports sociaux, où l'homme se cache derrière la machine. Mélancolie d'un passé aux pensées structurées et approfondies  ? Ironie d'un présent compulsif aux addictions communicationnelles ? Gourmandise pour un futur dessiné en un village planétaire interconnecté ? Nous vivons, en l'expérimentant au quotidien mais sans nous en rendre vraiment compte, des bouleversements mentaux qu'elle entraîne, la troisième grande révolution culturelle de notre humanité. Après l'apparition de l'écriture dans au moins quatre foyers (Mésopotamie, Égypte, Chine, Amérique centrale) en développement urbain et maîtrisant l'agriculture, puis celle de l'imprimerie par Gutenberg qui démultiplie la Bible au XVe siècle, où les livres détrônent le Livre, pour en arriver à la «  Société de la communication  » et à ses générations de geeks ! Du cunéiforme au SMS, du hiéroglyphe au mail. Simple évolution technique ou profonde mutation Comme toute avancée technologique majeure, elle apparait à la fois poison et cognitive ? remède. Elle n'est pas bonne ou mauvaise Cette transformation, de l'imprimerie à en soi. Tout dépend de l'usage que l'on en l'audiovisuel, toujours selon les analyses de fait. Les rayons nucléaires ont conduit à la Régis Debray, opère aussi un changement tragédie d'Hiroshima mais soignent aussi de référents et de symboles : on glisse de des cancers. Science avec conscience. l'adulte au jeune, de l'idéal au performant, Petite poucette de Michel Serres et risque de la loi à l'opinion, du politique à l'écono- d'abrutissement et d'inculture généralisée mique, du citoyen au consommateur, du bornée par les 140 signes d'un tweet. héros à la star, du lisible au visible, de la conscience au corps, du « je l'ai lu dans un livre » à « je l'ai vu à la télé ». Le changement dans le rapport au monde est total : il suffit de voir pour comprendre, de montrer pour expliquer. L'univers de l'écran, ce matérialisme du divertissement, conduit à l'illusion de saisir toute l'intelligence du monde par l'instantané de l'actualité de sa vie la plus quotidienne. Jean Cornil

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n ° 3 5 - AU TO M N E 2 013 - 8 côté nord Changer la ville, garder ses habitants Patrick Janssens a été le bourgmestre d’Anvers pendant 10 ans. Progressiste passionné d’art, d’architecture et de culture, il aborde ici les évolutions urbaines, les manières de rendre plus attractives les villes, le rapport d’Anvers à Bruxelles mais aussi ses envies et projets. Rencontre. © André Delier Pat rick Ja nssens Propos recueillis par Sabine Beaucamp Quel est le rapport de la ville d’Anvers vis-à-vis de Bruxelles ? En tant qu’Anversois, d’une manière ou d’une autre, Bruxelles est quand même un peu l’ennemi. Plus personnellement je regarde Bruxelles comme une ville avec une histoire riche et un potentiel énorme. Si je devais me prononcer sur Bruxelles, je dirais qu’il faudrait plus de collaboration entre les 19 communes, une organisation centralisée des différents services communaux. Pour ce genre de choses, il faut une vision un peu plus pragmatique qui n’est pas très idéologique mais juste pratico-pratique Plus généralement, comment évoluent selon vous les dynamiques urbaines ? La grande nouvelle depuis 2000, dans quasi toutes les villes, c’est qu’elles voient leur population augmenter. Il y a donc une nécessité de construire plus. Tous les endroits libres dans la ville seront un jour construits s’ils n’ont pas d’affectation spécifique. à Bruxelles, à Charleroi ou à Liège comme à Anvers et Gand, il existe beaucoup d’anciennes zones (industrielles) appartenant à l’armée ou à la SNCB, devenues vacantes. Il faut les développer Vous quittez définitivement la politique ? en nouveaux quartiers, avec assez d’espaces publics, de parcs, de mobilité de telle manière que la ville puisse loger sa population Probablement oui. Je continue mon mandat au Parlement flamand grandissante. jusque l’année prochaine. Après je n’ai pas décidé si je posais encore ma candidature ou pas. Les gens viennent à la ville pour améliorer leur vie, ils venaient de Je pense honnêtement qu’après avoir eu la chance d’être bourgla campagne, maintenant, ils viennent de l’autre bout du monde mestre d’Anvers pendant dix ans, je ne trouverais pas un poste mais c’est le même processus. dès qu’on a réussi, après deux en politique plus intéressant. On a selon moi, beaucoup moins ou trois générations, on quitte la ville. La ville fonctionne comme de liberté en tant que ministre fédéral ou flamand qu’en tant que une machine à émanciper. Mais en même temps on ne réussit bourgmestre. Et devenir bourgmestre de Bruxelles est peut-être pas à créer une qualité de vie suffisamment élevée pour garder une ambition peu réaliste (rires). les gens émancipés dans ces villes. Ce qui affaiblit fortement les villes d’un point de vue financier et social. C’est d’autant plus le Quels sont vos projets futurs ? cas en Belgique, premier pays par son réseau ferroviaire ou par la densité de ses autoroutes, où tout est organisé pour que vous Je vais donner cours à l’université d’Anvers et de Louvain au puissiez continuer de vivre dans votre petit village en bénéficiant Département d’urbanisme. J’espère également préparer un docà distance de la ville. Vous venez en ville pour étudier, travailler, torat au Département des grandes villes à la London School of faire du shopping, aller au théâtre mais ensuite vous rentrez chez Economics. Et enfin, à Anvers, la Faculté d’urbanisme crée actuelvous. Résultat  : pour fuir la ville les gens ont fait de la Flandre, lement un Institut de développement urbain, sa mission visera une grande ville. Sauf peut-être au Limbourg où il existe encore l’accompagnement urbanistique des villes et des communes beaucoup d’espaces verts. en Flandre, en Wallonie ou à l’étranger. Je souhaiterais utiliser l’expérience anversoise et voir si son application est transposable à d’autres villes. Comment enrayer ce phénomène ? Pour éviter la désertification des villes, il faut d’abord que le logement soit abordable, et de bonne qualité. Ensuite, Il faut embellir l’espace public : les rues, les places, les parcs, les quais,… C’est très important parce qu’il y a une telle densité de gens qui vivent ensemble dans un espace assez réduit, qui ont peu d’espaces extérieurs chez eux. Enfin, il faut éviter que nos centres-villes soient surtout orientés vers la mobilité automobile. Ce n’est pas une position anti-voiture. J’ai une voiture mais je ne la mets pas dans mon living. On agit avec nos villes comme si l’on mettait notre voiture dans notre living. Qu’est-ce qui manquerait à Anvers selon vous ? Une grande équipe de foot qui pourrait concurrencer Anderlecht ! Avec beaucoup de regrets je ne suis pas arrivé à construire ce projet. C’est un élément d’intégration sociale pour les différentes couches de la population. C’est vraiment un élément rassembleur. C’est apprendre aux jeunes dès leur plus jeune âge qu’il vaut mieux travailler ensemble pour réussir. C’est aussi respecter les règles, sinon il y a un arbitre qui sanctionne. C’est une métaphore pour la vie dans une société tellement forte et éducatrice.

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Dossier : droits culturels : L MOTS ENNEMIS OU RéVOLUTION ? a notion de « droits culturels » s’immisce dans notre vocabulaire à coup de traités internationaux et commence à s’intégrer dans nos lois à l’instar du futur décret sur les Centres culturels. Virtuellement révolutionnaire, rêvant d’émancipation des individus et d’améliorations tant démocratiques qu’économiques, cette notion est néanmoins potentiellement porteuse de dérives et d’ambigüités au sujet desquelles il convient de rester vigilant. En effet, d’aucuns la perçoivent comme une ruse potentielle du néolibéralisme pour individualiser les droits et réduire des droits sociaux et démocratiques, mais aussi comme pouvant servir d’outil aux réactionnaires de tout poil, pour contrarier la liberté de conscience et d’expression ou encore, pour faire le jeu des communautarismes. (AB)

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n ° 3 5 - AU TO M N E 2 013 - 10 dossier / droits culturels : MOTS ENNEMIS OU RéVOLUTION ? DROI TS CU LT U R E L S   : UNE INTRODUCTION De plus en plus souvent invoqués dans les débats sur l’action culturelle et sur la vie démocratique, les droits culturels demeurent méconnus et mal compris. Ils constituent pourtant une notion qui embrasse avec une efficacité surprenante la complexité et la richesse de notre vivre-ensemble et de notre nature humaine. Les droits culturels sont notamment définis par la Déclaration de Fribourg rédigée en 2007 par le Groupe d’experts internationaux du même nom. Celle-ci, dépassant les avancées permises par la déclaration et la Convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle, propose une définition de la culture qui met la personne au centre et replace l’enjeu de la diversité culturelle en face de la finalité ultime des droit s de l’homme  : la dignité humaine. Baptiste Fuchs PAUVRETÉ ET RICHESSE CULTURELLE : LA DIGNITÉ HUMAINE EN QUESTION Le terme « culture » désigne ici « les valeurs, les croyances, les convictions, les langues, les savoirs et les arts, les traditions, institutions et modes de vie par lesquels une personne ou un groupe exprime son humanité et les significations qu’il donne à son existence et à son développement »1. Les droits culturels visent à garantir à chacun la liberté de vivre son identité culturelle, comprise comme « l’ensemble des références culturelles par lesquelles une personne, seule ou en commun, se définit, se constitue, communique et entend être reconnue dans sa dignité »2. Cette identité est le fruit d’un processus permanent d’identification qui implique l’existence d’une liberté intérieure d’une part et l’accès à des ressources culturelles adéquates d’autre part. Ces deux conditions sont inter-reliées. Est culturellement pauvre celui qui est privé de ce couple liberté intérieure – ressources extérieures. Est culturellement riche celui qui jouit de la capacité d’accéder à des références culturelles, de choisir celles qui lui conviennent, de les interpréter et de les faire siennes. Dès lors, la pauvreté culturelle doit être considérée comme une amputation grave de l’identité de la personne ; la richesse culturelle, comme le chemin de l’émancipation et de la dignité humaine. L’approche des droits culturels est dite « personnaliste » : elle place les personnes au centre et au-dessus du tout. Chaque droit est expressément individuel en même temps qu’il définit la relation à l’autre. Il met en correspondance une liberté et une responsabilité. Il constitue le mode d’emploi de la relation sociale et politique entre les personnes. INTIME, EXTIME : « MA CULTURE, C’EST COMME MA PEAU » Patrice Meyer-Bisch, membre du Groupe de Fribourg et fervent défenseur des droits culturels [Voir interview page 12], aime à comparer la culture d’une personne à sa peau. Cette métaphore évocatrice nous dit l’importance de la culture qui, loin d’être un luxe, constitue l’interface entre l’intérieur et l’extérieur de l’être, entre son intimité et ce qu’il donne à voir de celle-ci au-dehors : son extimité. Elle est cette surface par laquelle s’exprime l’identité de la personne et sur laquelle s’impriment les références culturelles incorporées. C’est par ce déplacement à double sens entre l’intime et l’extime que se fabrique une œuvre culturelle, laquelle est un acte de communication porteur « d’identité, de valeurs et de sens »3, par lequel les individus qui y participent, déposent, transmettent et s’approprient des ressources culturelles ? Les droits culturels tendent à garantir à chacun les capacités de construire, de protéger et d’étendre sa surface culturelle. Plus celle-ci sera grande, plus on sera riche culturellement et plus on sera en mesure de s’enrichir encore. On constitue ainsi un capital culturel, une densité de ressources interconnectées et capables de générer de nouvelles richesses. LE DIFFICILE CHEMINEMENT VERS LA RECONNAISSANCE DES DROITS CULTURELS Il apparaît clairement que les droits culturels sont aussi impor tants que les autres droits humains mais qu’ils ont également un effet levier sur l’effectivité des autres droits. Ils ouvrent l’accès à des capacités et permettent l’appropriation de ressources indispensables à la réalisation de ces autres droits. Bien que faisant partie intégrante des droits de l’homme,

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n ° 3 5 - A U T O M N E 2 0 1 3 - 11 dossier / droits culturels : MOTS ENNEMIS OU RéVOLUTION ? ils sont pourtant peu visibles dans les dif férents tex tes existants. Pourquoi ce paradoxe  ? La genèse des droits de l’homme a été marquée par la fracture idéologique entre la vision libérale et la vision socialiste qui a relégué les droits culturels au dernier rang des préoccupations des uns et des autres. Tandis que les premiers prenaient la culture pour un luxe et une affaire privée, les seconds voyaient dans les droits culturels un danger. Certes, la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 a consacré son article 26 au droit à l’éducation (toutefois essentiellement compris comme un droit social) et son article 27 au droit de participer à la vie culturelle. Le pacte international des droits économiques, sociaux et culturels a repris et développé ces dispositions (articles 13, 14 et 15). Mais le droit de participer à la vie culturelle est malgré tout resté sous-développé. Il faudra attendre 2001 pour que l’UNESCO adopte une Déclaration universelle sur la diversité culturelle, en s’appuyant notamment sur les travaux du Groupe de Fribourg. Ce texte marque une avancée considérable. La richesse culturelle est désormais reconnue comme une ressource du patrimoine commun de l’humanité. En 2005, la déclaration est suivie de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Moins ambitieux, ce texte défend notamment la liberté des États à protéger leurs industries culturelles au nom de la préservation de la diversité des cultures, menacée par les effets de la mondialisation. L’adoption de la convention marque toutefois un apport majeur au plan international. Considérant ces avancées insuffisantes, le Groupe de Fribourg publie en 2007 sa propre déclaration sur les droits culturels. Pensée comme un texte issu de la société civile et destinée à favoriser une meilleure reconnaissance des droits culturels, la Déclaration de Fribourg constituera une référence pour les travaux ultérieurs. indépendant pour les droits culturels. La même année, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels (organe du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme) publie l’Observation générale N° 26 qui reprend l’essentiel des principes contenus dans la Déclaration de Fribourg. qui respecte la dignité de personnes. La notion de transversalité est également à explorer. Le cloisonnement sectoriel, en enfermant la culture dans une catégorie à part, nuit à la cohérence globale de l’action publique  ; plus grave encore  : il nie la dimension culturelle des autres secteurs de la vie publique et, partant, l’intégrité du citoyen en tant qu’acteur culturel capable de créer, porter et partager ses propres re s s o u r c e s e t ré fé re n c e s culturelles. Il convient donc d’accompagner le développement d’interconnexions et d’interactions entre les secteurs d’intervention, les publics, les institutions, les disciplines culturelles, les milieux cultu- REPENSER LE POSITIONNEMENT DE LA CULTURE DANS L’ACTION PUBLIQUE La notion de droits culturels comporte plusieurs principes clés qui méritent d’être explorés dans le cadre des réflexions actuelles sur la redéfinition de nos modèles d’intervention en matière culturelle. « Les droits culturels sont aussi importants que les autres droits humains et ils ont également un effet levier sur l’effectivité des autres droits. » D’abord, il s’agit de mettre la personne au centre des processus de production de l’action publique. Cela suppose un véritable changement de paradigme quant à la manière de considérer la relation entre l’individu et le pouvoir public. Il faut sortir d’un modèle où l’État — et par extension, les collectivités locales et leurs prestataires — sont les détenteurs exclusifs de l’expertise et les producteurs d’un service public destiné à être consommé par des «  usagers  ». Ces derniers doivent au contraire être considérés comme des personnes porteuses de ressources propres, dépositaires d’une expertise partagée et capables de porter collectivement la communauté politique de manière active et responsable. rels, de manière à favoriser la connectivité des ressources et à faciliter ainsi la production et la circulation du sens. Enfin, la notion des droits culturels nous invite à considérer les problématiques de la société politique non plus en termes de besoins à satisfaire, souvent en vain, mais e n te r m e s d e c a p a c i t é s à développer. Permettre à une personne en situation de pauvreté économique de s’émanciper en construisant et en vivant pleinement son identité culturelle, c’est donc lui offrir aussi de meilleures chances de vaincre elle-même les autres difficultés liées à sa pauvreté. 1 Déclaration de Fribourg sur les droits culturels, 2007. 2 Idem 3 Déclaration de l’UNESCO sur la diversité culturelle, 2001. Ensuite, la définition de la culture telle qu’elle est abordée par l’approche des droits culturels nous suggère d’oublier toute rupture entre « culture savante » et «  culture populaire  » et d’envisager la culture comme un continuum englobant une diversité de références et de ressources qui sont autant d’expressions de notre humanité. Sans pour autant bouder la recherche de l’excellence, on peut considérer que toutes Ainsi en 2009, le Conseil des les références culturelles se droits de l’Homme des Nations valent dès lors qu’elles servent unies met en place un expert un processus d’identification

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PATRICE MEYER-BISCH : Patrice Meyer-Bisch est le coordinateur de l’Institut interdisciplinaire d’éthique et des droits de l’homme, et de la chaire UNESCO des droits de l’homme et de la démocratie de l’Université de Fribourg. Ce philosophe suisse est l’un des plus ardents défenseurs de la notion politique de droits culturels sur laquelle il revient dans cet entretien et aussi l’un des initiateurs de la Déclaration de Fribourg. Propos recueillis par Aurélien Berthier La notion de droits culturels est une notion qui parait un peu floue, est-ce que vous pouvez nous l’expliquer un peu plus ? C’est tout ce qui touche à l’identité et à l’accès aux ressources culturelles. On peut définir ça comme les droits de chacun d’accéder aux ressources culturelles nécessaires pour vivre son processus d’identification tout au long de la vie. Droit d’accès donc et en même temps, un droit de participer à des activités culturelles. C’est le droit d’avoir du savoir. Parce que la culture, c’est toute la circulation des savoirs dans la société. Vous avez ça dans le droit à l’éducation qui est en quelque sorte le premier droit culturel. Dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, c’est le « droit à participer à la vie culturelle ». Et ensuite, on déploie cela dans toute une série de droits qui sont repris dans la Déclaration de Fribourg. Dans les années 70, on avait une attention pour le droit culturel des minorités exclusivement et on pensait que pour la majorité c’était la culture nationale. Et on avait une cécité complète sur la pauvreté. Parce que quand les gens sont très pauvres, de fait, ils n’ont pas accès à la vie culturelle. Les choses ont changé autour de 2001 avec les débats sur l’exception culturelle et l’adoption de la Déclaration de l’UNESCO sur la diversité culturelle. À partir de là, il y a un renversement de perspective. Cette diversité culturelle aupaPouvez-vous nous citer des exemples dans le ravant considérée comme un obstacle (au progrès, au marché, aux quotidien où l’on pourrait rencontrer ces droits droits de l’Homme…) devient patrimoine commun de l’humanité, culturels ? devient une ressource qu’on va chercher. C’est l’aspect macropoOn peut citer le droit à la mémoire. On a par exemple, une litique. Mais il y a aussi une dimension moins éclatante, au niveau assistante sociale qui s’occupait d’un groupe d’adolescents des Droits de l’homme, on conçoit bien que pour faire les guerres, dans la région lyonnaise dont les parents venaient du Maroc ou on est obligé de violer toute une série de droits culturels et de laver d’Algérie mais aucun de ces adolescents ne connaissait l’his- les cerveaux des soldats pour qu’ils acceptent de tuer. Et même chose pour la pauvreté, on s’aperçoit toire de ses parents. Il y avait un tabou dessus. Ils petit à petit que les dimensions cultuvivaient avec un énorme trou de mémoire à partir relles sont centrales à la pauvreté. On duquel ils ne pouvaient pas construire leur identité. le savait déjà pour l’éducation, ce qui Ils étaient dès lors la cible de tous les gens qui ont ne veut pas dire pour autant que l’on des identités prêts-à-porter. Des fondamentalistes prenne cela assez au sérieux. On dit de toutes sortes, pas seulement religieux. dans des pays où le droit à l’éducation est très peu respecté, qu’on n’a pas Il y a également le droit linguistique. Le fait de d’écoles parce qu’on est très pauvre parler la ou les langues de son choix, voir ces langues reconnues. Ça ne veut pas dire qu’on peut en public uti- alors qu’en réalité on reste pauvre parce qu’on ne fait pas d’écoles. liser toutes les langues qu’on veut mais qu’on a le droit de parler On a porté à partir de 2005 l’idée d’un 4ème pilier du développeavec sa famille, dans son quartier et d’avoir une éducation dans ment après l’écologique, l’économique et le social : le pilier culturel. sa langue. Même chose au niveau de la liberté religieuse. Et Maintenant, petit à petit, on développe l’idée que ce n’est pas le c’est évidemment toute la question de la liberté artistique. Pour 4ème pilier mais bien la base du développement. Rien que parce faire plus simple : c’est le droit à la beauté ! On a tous besoin de que les gens doivent avoir la liberté de choisir le développement vivre, d’expérimenter de l’admiration. Sinon on ne peut pas se qu’ils veulent. Ce n’est pas simplement parce qu’on a un meilleur développer. Et c’est cette admiration qui fait vraiment grandir la PIB qu’on est plus développé. Ce sont ces différents facteurs qui liberté d’esprit et qui donne toutes les libertés. interviennent et qui font que progressivement ces droits culturels viennent sur le devant de la scène. Et c’est une vraie révolution Les droits culturels ne viennent pas s’ajouter en dernier, après même si nous n’en sommes qu’aux balbutiements. » n ° 3 5 - AU TO M N E 2 013 - 12 dossier / droits culturels : MOTS ENNEMIS OU RéVOLUTION ? LE DROIT À LA BEAUTÉ POUR TOUS ! les autres droits mais sont bel et bien à la base de tous les autres droits. C’est donc le contraire de ce qu’on pense habituellement, que la culture est ce qui vient après, une fois qu’on a un logement, à manger, du travail, et après tant mieux si on a encore de l’argent pour aller au cinéma ou au théâtre. La réalité du culturel est beaucoup plus fondamentale. Prenez les gens qui ne font jamais l’expérience des repas de famille. Il n’y pas la culture d’une alimentation saine et d’un partage de l’amitié et de la vie sociale et aussi du respect pour ce qu’on mange, du lien entre son corps et ce qu’on mange, de l’animal, du végétal, c’est aussi un savoir extrêmement important pour la vie. Le culturel, c’est la circulation des savoirs dans tous les domaines de la vie, tout ce qui donne du sens. La définition qu’on trouve dans la Déclaration de l’UNESCO de 2001 : une activité culturelle est une activité porteuse d’identité, de valeur et de sens. » Pourquoi selon vous, cette dernière décennie, cette notion fait l’objet de beaucoup d’attention ? Est-ce que cela répond à une menace née avec la mondialisation ? « Les droits culturels c’est la dignité à l’intime du sujet. »

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n ° 3 5 - AU TO M N E 2 013 - 13 dossier / droits culturels : MOTS ENNEMIS OU RéVOLUTION ? Qu’est-ce qui empêche cette mise en avant du culturel ? C’est parce que c’est trop efficace ! Ça exige beaucoup plus de démocratie aussi. Si on prend le droit à l’alimentation, au logement : finalement, on a l’impression que l’État doit faire des efforts pour fournir plus de logements, la communauté internationale doit faire des efforts contre la malnutrition. On raisonne en terme de besoins. Avec les droits de l’Homme, on n’est pas au niveau des besoins. Par une approche fondée sur les besoins, on comble un manque. Dans les approches fondées sur le droit, on développe une capacité. La dimension culturelle, c’est la capacité fondamentale. Si vous prenez l’exemple de l’alimentation, les populations qui ont faim, ça ne suffit pas de leur envoyer du blé, il faut leur apporter des outils, mais aussi du savoir : une bonne gouvernance, une bonne agriculture, une bonne culture de son environnement. Ça veut donc dire qu’on va faire confiance dans la liberté des personnes. autres, ce n’est pas seulement pour limiter son temps de parole mais c’est aussi pour écouter ce que dit l’autre, ou l’instit, et devenir plus intelligent. Ta liberté va être augmentée par celle de l’autre. C’est dialectique ? Exactement. Et c’est ça la base même de la démocratie. Nos libertés s’appuient les unes sur les autres. Plus nous sommes cultivés dans ce sens-là, c’est-à-dire que nos libertés sont plus instruites, sont plus intelligentes, alors, plus elles sont responsables. Vous avez donc deux dimensions : les droits culturels proprement dits et la dimension culturelle de tous les autres droits de l’homme. La dimension culturelle du droit à l’alimentation, du droit au travail, du droit au logement mais aussi de la liberté d’expression. Si vous avez la liberté d’expression mais que vous ne savez pas maîtriser une langue, tenir un pinceau ou un instrument de musique, votre liberté d’expression ne veut pas dire grand-chose. C’est bien le culturel qui va vous donner la matière, la capacité de vous exprimer. Si chaque droit de l’homme est une capacité (de se nourrir, de travailler, de se loger, etc.), les droits culturels ce sont des capacités de capacités, des connaissances nécessaires pour savoir exercer ses autres droits. C’est révolutionnaire parce que si vous êtes en face de gens qui sont pauvres, la réaction habituelle c’est de dire, ils sont paresseux, irresponsables ou ils ne connaissent rien, on va leur apporter quelque chose. Tandis que dans cette approche, quelqu’un de pauvre, c’est quelqu’un dont les capacités sont humiliées, méconnues. On va d’abord essayer d’aller les recueillir et les restaurer. C’est cet aspect qui serait révolutionnaire… Oui, ça implique qu’on ait une approche beaucoup plus démocratique. Au niveau de la vie culturelle au sens plus étroit, ce n’est pas l’État qui peut garantir la vie culturelle à sa population. C’est sa population qui doit développer sa propre vie culturelle même si elle a besoin des acteurs publics. Mais la responsabilité est d’abord dans les mains des personnes et de tous les acteurs culturels de la société. C’est une manière de dépasser l’opposition État/Marché ? Les personnes ont chacune trois casquettes. On est des associés : on participe à la vie civile et on peut faire partie d’une association par exemple. On est aussi dans le marché : on achète, on peut acheter des disques, des places de théâtre, des livres. Et puis on est aussi citoyen. Donc ce n’est pas l’État ou le Marché mais ce sont les personnes qui sont aux centres et qui ont trois responsabilités : associative, citoyenne et économique. On est dans une approche basée sur des Droits de l’homme qui met vraiment les personnes au centre. De cette restauration de capacités peut déboucher une sortie de la pauvreté ? Oui, même si ce n’est pas forcément l’idée de richesse qu’on obtiendrait. C’est à cette personne-là de choisir quel type de développement elle souhaite. On va chercher à l’intime du sujet. Les droits culturels c’est la dignité à l’intime du sujet. Mais c’est en même temps dans ses relations sociales -parce que vous choisissez vos amis, etc. C’est à la fois intime et social, c’est comme ça que la société se construit. On évoquait les langues ou l’expression religieuse, est-ce qu’il y a des bornes à cette liberté culturelle ? Notamment afin d’éviter qu’elle favorise l’éclosion d’une multiplicité de chapelles qui ne communiquent pas ensemble. Bien sûr que toutes les libertés sont dangereuses. Alors, on peut soit les réduire, soit au contraire, développer leur responsabilité. Les réduire, ça veut dire qu’on va les limiter et qu’on va avoir une conception agressive de la laïcité par exemple. Ou au contraire avoir une conception plus ouverte en pensant que quelqu’un qui a une conception faible de sa religion, au sens de peureuse, de pas assez instruite, va être très vite intolérant. Si au contraire, quelqu’un a une conception suffisamment profonde, instruite de sa religion, il sait très bien que musulmans et chrétiens ont le même dieu, ce qui peut créer une certaine fraternité. C’est par la profondeur des références culturelles qu’on vit l’hospitalité mutuelle, parce que toute référence culturelle, c’est un lieu de rencontre : c’est vrai d’une religion, un courant littéraire, un genre musical, une science… Les libertés culturelles sont les plus dangereuses car non seulement on a le droit de s’exprimer mais en plus on a le droit de changer les codes d’expression. Mais d’un autre côté, une liberté culturelle doit être une liberté instruite. Instruite de ses responsabilités. Le développement, c’est faire beaucoup plus confiance aux personnes en leur disant « oui, vous pouvez être libres mais en même temps responsables ». C’est ce qu’on apprend aux enfants à l’école : vous allez à l’école pour devenir plus libres mais en même temps il faut faire ses devoirs, vous comprenez que la liberté a un prix. Ce n’est pas exactement une limite à la liberté au sens du « ma liberté s’arrête là où commence celle des autres » qui est une devise un peu bourgeoise, nous on dit l’inverse : « ma liberté commence là où commence celle des autres » Quand l’enfant doit apprendre à se taire pour écouter les « Si vous ne savez pas maîtriser une langue, tenir un pinceau ou un instrument de musique, votre liberté d’expression ne veut pas dire grand-chose. » Retrouvez cette interview en version longue sur www.agirparlaculture.be Patrice Meyer-Bisch interviendra lors de la prochaine rencontre en éducation permanente consacrée à la question des droits culturels le lundi 18 novembre 2013 au Centre Marcel Hicterà La Marlagne (Namur). »

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n ° 3 5 - AU T O M N E 2 013 - 14 LE DROIT DE PARTICIPER À LA VIE CULTURELLE Ces dernières années, le référentiel des droits humains est clairement monté en puissance dans une série de politiques publiques, notamment en matière d’éducation permanente. Dans l’avant-projet de décret relatif aux Centres culturels, ce sont les droits culturels qui sont, en particulier, appelés à constituer le nouveau référentiel. Et, de manière plus générale, on constate que se multiplient les références aux droits culturels dans l’ensemble des politiques culturelles, en Belgique et ailleurs. Que sont ces fameux « droits culturels » ? D’où viennent-ils ? Quel est leur contenu ? Et quelle relation entretiennent-ils avec l’action publique dans le domaine culturel, menée par des organes démocratiquement élus ou par le milieu associatif soutenu par les autorités publiques ? Céline Romainville, Chargée de recherches du FNRS à l’UCL Les droits culturels sont une catégorie de droits — ou plus exactement un ensemble de droits – qui reste relativement nébuleux. Le libellé « droits culturels » n’est invoqué dans les instruments de protection des droits fondamentaux qu’à une reprise, dans le Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Ce Pacte, dans son article 15, cite le droit de participer à la vie culturelle, le droit de bénéficier du progrès scientifique et de ses applications, le droit de bénéficier de la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique et la liberté scientifique et culturelle. Cela étant dit, la littérature n’hésite pas, parfois, à qualifier d’autres droits de «  droits culturels  » comme les droits linguistiques, le droit à l’éducation ou la liberté de culte. Enfin, le débat s’est porté aujourd’hui sur la question de l’existence, très controversée, d’un « droit à l’identité culturelle ». La notion de droits culturels est donc floue et sujette à débat1. Toutefois, en ce qui concerne le droit de participer à la vie culturelle, qui intéresse au premier plan les politiques culturelles, certains éléments de définition peuvent être identifiés. Ainsi, en combinant les textes internationaux relatifs au droit de participer à la vie culturelle2 et la Constitution belge, on peut construire une définition de ce droit comme impliquant 1) le droit à la liberté artistique (le droit de créer, de diffuser sans entraves ses créations et d’avoir accès aux médias de diffusion) ; 2) le droit au maintien, à la sauvegarde et à la promotion de la diversité culturelle ; 3) le droit d’accès à la diversité de la vie culturelle (droit d’avoir/ de recevoir les moyens de dépasser les obstacles physiques, financiers, géographiques, temporels qui s’oppose à l’accès à la culture mais aussi d’accéder aux « clés », « références culturelles », permettant de dépasser/renverser les obstacles psychologiques, symboliques, éducatifs, linguistiques ou liés au manque de « capital culturel » et de « besoin/désir de culture ») ; 4) le droit de participer à la vie culturelle (au sens strict) : droit de prendre part activement à la diversité des vies culturelles, de recevoir les moyens concrets de s’exprimer sous une forme artistique et créative et d’accéder aux «  clés  » et «  références culturelles  » permettant de s’exprimer de manière critique et créative ; 5) le droit au libre choix : le droit de participer ou non à la culture, d’être en mesure de choisir les vies culturelles auxquelles on veut participer ; 6) le droit de participer à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques culturelles et des décisions concrètes concernant le droit de participer à la vie culturelle ; 7) le droit à la non-discrimination dans l’exercice du droit de participer à la vie culturelle. dossier / droits culturels : MOTS ENNEMIS OU RéVOLUTION ?

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dossier / droits culturels : MOTS ENNEMIS OU RéVOLUTION ? participer, notamment au regard des certains groupes particuliers) en relançant le débat et en redéfinissant les relations entre droit d’auteur et politiques culturelles, par exemple. Il revient enfin aux participants au débat démocratique la tâche de définir les moyens des actions publiques de protection et de réalisation du droit de participer à la vie culturelle et de justifier les « saupoudrages » ou les priorités établies. Enfin, le dernier rôle qui incombe, en vertu des droits culturels, aux politiques est celui d’évaluer, au regard du droit de participer à la vie culturelle, notamment, leurs politiques, afin de réorienter les actions qui mènent à des impasses ou des incohérences ou de redonner du souffle à d’autres actions. Définir le droit de participer à la vie culturelle et les droits culturels et leur assurer une effectivité réelle est une mission qui n’incombe donc pas seulement aux chercheurs en droit ou aux juges. Cette mission appelle, surtout, de vigoureux débats démocratiques menés dans les enceintes où se définissent et se mettent en œuvre légitimement les politiques culturelles (Parlement et Gouvernement de la Communauté française, pouvoirs locaux, milieu associatif subventionné, etc.). Bien sûr les juges ont un rôle important de ce débat démocratique et pour garantir l’effectivité de ce droit. Mais il ne faut pas négliger l’importance des acteurs qui façonnent les politiques culturelles et qui doivent assurer le respect, la protection et la réalisation de ces droits, la conciliation du conflit entre liberté et égalité, l’adaptation des politiques et des droits aux changements de la réalité culturelle et sociale et enfin En ce qui concerne l’objet de ce droit, il ne se cantonne désor- l’évaluation des actions menées. mais plus à la « haute culture » mais s’étend à la diversité des vies 3 Y-M. DONDERS, Towards a right to culturelles, c’est-à-dire à la diversité des œuvres, des méthodes, 1Voir C. ROMAINVILLE, Le droit à la culture, une réalité juridique, Thèse cultural identity, School of Human des lieux et des pratiques qui expriment, de manière critique et défendue le 31 mai 2011 pour l’obtention Rights Research Series, Intersentia/Hart, Antwerp/Oxford/ New York , 2002. créative, ou sous la forme d’un héritage à transmettre, le travail du titre de docteur en droit, à paraître. sur le sens opéré par la culture entendue au sens large du terme. 2Article 15 du Pacte international relative droits économiques, sociaux et Ce droit intègre, en tant que dimension particulière et en tant aux culturels, Article 27 de la Déclaration qu’enjeux, la protection et la promotion des identités culturelles. Universelle des droits de l’homme. Toutefois, jusqu’ici, ces dernières ne constituent pas l’objet de ce droit3. Il est donc possible de définir le droit de participer à la vie culturelle par rapport à la diversité des œuvres, des méthodes, des lieux et des pratiques. LES DROITS CULTURELS ET LES POLITIQUES CULTURELLES Les États et toutes les autorités publiques ont l’obligation de respecter le droit de participer à la vie culturelle (ne pas s’ingérer dans l’exercice de ce droit ou établir des discriminations dans cet exercice), de protéger les particuliers contre les atteintes qui pourraient être portées à l’exercice de ce droit par d’autres particuliers et enfin de réaliser ce droit par des mesures concrètes, positives et effectives. Autrement dit, les législateurs belges et les autorités publiques ont l’obligation d’agir pour réaliser ce droit. Cette obligation d’agir reste toutefois ouverte et les autorités publiques conservent, au nom de la démocratie, une marge de manœuvre importante dans la réalisation des droits humains (moins dans leur respect) : les autorités publiques et les parties prenantes peuvent – et doivent – décider de l’orientation des politiques amenées à réaliser ces droits et de leur contenu. La relation entre droits culturels et politiques culturelles n’est pas fixée, établie, déterminée une bonne fois pour toutes. Il y a certes des interdictions formelles posées par le droit des droits fondamentaux (établir des discriminations dans l’exercice du droit de participer à la vie culturelle en est un exemple). Mais, pour les obligations de protéger et de réaliser, il revient au débat démocratique et aux autorités publiques de définir plus précisément les droits culturels et le droit de participer à la vie culturelle (en adaptant par exemple les politiques de démocratisation de la culture à l’environnement numérique ou aux changements des pratiques culturelles diagnostiquées sur le territoire). Il revient également aux autorités publiques de concilier le conflit et la tension inhérente aux droits culturels entre liberté (de créer, de choisir) et égalité (d’accéder, de

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