Agir par la Culture - numéro 39

 

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Magazine culturel et politique de Présence et Action Culturelles

Popular Pages


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par la culture  M a g a z i n e p o l i t i q u e e t c u lt u r e l 3 9 - a u t o m n e 2 0 14 Agir Dépôt Bruxelles X P501050 Périodique trimestriel Belgique – Belgie P.P. - P.B. 1099 Bruxelles BC 8507 Chantier M E N AC ES SU R LE TE M PS LI B R E Pensions sous tension, temps de travail en extension, nouvelles technologies envahissantes Por trait : Rencontre avec Ken Loach Christine Mahy G ratuit

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n ° 3 9 - a u t o m n e 2 0 14 - 2 P h o t o   : S t i x71 Vill3 est un projet citoyen qui questionne l’avenir urbanistique de Charleroi à travers les pratiques d’arts urbains. Durant l'été, des Carolos se sont exprimés à travers différentes fresques installées sur les parois de containers comme ici le graffeur Stix71. Une aventure d’idées et de création libre, portée par PAC Charleroi, le CEC Couleur quartier, le BPS 22 et l’Eden, avec le soutien d’Article 27 et du Plan de participation sociale, culturelle et sportive du CPAS de Charleroi. Dans le cadre de la biennale des arts urbains Asphalte. « Investir un lieu, et faire passer un message positif à travers une peinture c'était mon but. Je regrette juste le manque de discernement de notre maréchaussée qui décida de la censurer. Triste est de constater que dans le pays de Charleroi la liberté d'expression est illusoire. Moi, je dors sur mes deux oreilles. » Stix71.

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n ° 3 9 - a u t o m n e 2 0 14 - 3 édito La rentrée politique et sociale sera chaude. Pas de doute, avec le programme de la coalition des droites au niveau fédéral, il va falloir se mobiliser tous azimuts pour organiser la RÉSISTANCE. RÉSISTANCE, c’est sans doute le terme le plus adapté pour qualifier ce numéro d’AGIR PAR LA CULTURE. Nous rêvions depuis longtemps de rencontrer Ken Loach, pour l’entendre nous parler de Cinéma, de Culture et d’engagement. La sortie de son livre  : « Défier le récit des puissants » écrit avec Franck Barat, nous offre cette occasion de mettre en lumière un des plus grands cinéastes du 21e siècle. Cet homme discret et généreux qui nous raconte depuis cinquante ans, avec justesse et intelligence, la classe ouvrière, dans sa vie ordinaire comme dans ses grands combats. Un cinéaste qui revendique son engagement marxiste, et qui a inventé une forme de narration forte qui allie engagement politique et esthétique de la résistance. Une rencontre forte et émouvante avec un homme qui ressemble à ses films. Cette rencontre, nous aurions pu la partager avec notre deuxième grand témoin. En effet, nul doute qu’il y a beaucoup de points communs entre le grand cinéaste et Christine Mahy, la Secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté. Ils partagent en tout cas une posture commune : le refus de toute condescendance dans le regard qu’ils portent sur les «  invisibles  » rejetés par le système et la conviction que ces populations ont toutes les capacités d’être les acteurs de leur vie et du changement social pour autant qu’on les reconnaissent pleinement dans leur statut d’acteur social et politique. C’est le fondement de notre conception de l’éducation permanente et c’est dans ce cadre que nous nous battrons pour empêcher des coupes linéaires dans les secteurs culturels. À bon entendeur… Yanic Samzun Secrétaire général de Présence et Action Culturelles Sommaire 4 PORTRAIT : CHRISTINE MAHY 7 REMISE DE PEINE CULTURELLE 8 entretien avec kris dane CHANTIER : MENACE SUR LE TEMPS LIBRE 10 12 14 16 ENTRETIEN AVEC PIERRE LARROUTUROU TEMPS DE TRAVAIL 2.0 RENFORCER LA PENSION LÉGALE PAR RÉPARTITION ENTRETIEN AVEC MATEO ALALUF 20 ENTRETIEN AVEC KEN LOACH 24 JE PRÉPARE MA DISCOTHÈQUE POUR NOËL 25 LA GRANDE BRADERIE DES COTISATIONS SOCIALES 27 RÉTROVISEUR : JEAN JAURèS 28 popcorns

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n ° 3 9 - a u t o m n e 2 0 14 - 4 ortrait MON FIL ROUGE : CEUX QU’ON NE VOIT PAS La placidité du propos de cette femme issue d’un « monde rural peu militant » porte une détermination farouche. Les utopies de la jeune assistante sociale de Marche-en-Famenne soutiennent aujourd’hui les convictions fortes de la Secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté. Sa lecture politique du social, comme sa conception sociale de la culture, en témoignent. À la tête du Réseau depuis bientôt dix ans, Christine Mahy cherche à faire bouger les lignes des politiques publiques en faveur d’une approche plus structurelle, moins « sparadrap », de la question sociale. Son credo ? La richesse des populations, dont le potentiel trouve à se réaliser dès qu’on leur redonne de la « latitude ». P r o p o s r e c u e i l l i s p a r Ya n i c S a m z u n , M a r c S i n n a e ve e t P i e r r e Va n g i l b e r g e n CHRIST INE M A HY  : Au terme de sa formation d’assistante sociale, Christine Mahy crée, en 1982, une école de devoirs et d’animations dans un quartier d’habitations sociales de Marcheen-Famenne, où vit une communauté turque importante. Dès ce moment, sa préoccupation première consiste à favoriser l’accès à la culture, au sens large du terme, pour le plus grand nombre, en ville comme à la campagne. Car, très vite, elle comprend que ce que les gens attendent le plus, « c’est d’être entendus sur ce qu’ils sont dans leur culture : leur culture avec un grand «  C  », c’est-à-dire leur histoire, leur vision de la société, leur esthétique de vie, leur rapport aux autres, leur désir d’avenir… » Cette prise de conscience la conduit à « nouer alliance » avec le monde artistique et culturel, qu’elle ne connaît pas, alors, et à articuler, définitivement, le social et le culturel dans son action. Dans le même esprit, elle va travailler à la Maison de la Culture de Marche, avant d’en assurer la direction à partir de 1991 et jusqu’en 1998. La démocratie culturelle par l’éducation permanente est sa ligne directrice : « Les moyens et outils culturels, qui émanent des contributions de la population, dit-elle, doivent revenir à celle-ci, sur base de ce qu’elle a à dire, à produire, à découvrir et à faire découvrir aussi. » Plus tard, avec Daniel Seret, artiste-peintre qui s’emploie à faire entrer l’art en milieu rural, elle constitue le «Miroir vagabond», qui allie action sociale et action culturelle, au départ de Hotton, où l’asbl est établie depuis 1998. •   Le culturel, l’éducation permanente, c’est devenu assez vite une évidence dans votre vision sociale ? Pour peu, oui, que l’on intègre une dimension critique y compris dans sa propre action. Celle-ci doit servir l’objectif d’émancipation des populations, pas le dispositif en lui-même. C’est pourquoi il est à ce point toujours nécessaire, à mes yeux, de se poser la question de qui ne vient pas à vos activités, qui, dit-on, ne serait « pas intéressé ». C’est un fil rouge, pour moi, une sorte d’obsession. Car il y a toujours un plus invisible que soi, il y toujours un plus fort du faible ou un plus faible du fort, que l’on ne voit pas forcément. Cet élément a un impact majeur dans une société qui s’est technocratisée, et qui range le réel, la vie et les gens dans des tiroirs ou dans des cases, lesquels sont définis et étiquetés la seule base de ce qui est apparent et de ceux qui sont visibles. Ce qui, immanquablement, crée des «  oubliés  ». Or, aujourd’hui, les oubliés, cela fait beaucoup de monde. Mais c’est pourtant sur eux que l’on reporte la faute de ne pas être dans les tiroirs existants, de ne pas entrer dans les bonnes cases. Et quand, pour toute réponse à leurs problèmes, on les confronte à l’injonction de s’adapter au système, de suivre les règles, cela revient à les rendre responsables du sort qui est le leur. •   Justement, des politiques publiques qui fonctionnent, en partie au moins, sur ce type de catégorisation n’ont-elles pas pour effet de rabattre la conflictualité sociale sur une mise en concurrence généralisée des individus : les salariés contre les intérimaires, les travailleurs précarisés contre les allocataires sociaux « assistés » ? Plus que jamais, aujourd’hui, le mode de lecture de la société qui est proposé publiquement, très souvent par le biais des médias, en termes de responsabilisation ou de culpabilisation individuelle, est porteur d’une tension extrêmement forte. Combien de fois n’entend-on pas, même dans la bouche d’acteurs généreux du secteur  : «  Regarde un peu ces gens, on peut leur proposer ce qu’on veut, des tickets culture Article 27, par exemple, ils ne viennent quand même pas ». La violence de ce type de propos est entretenue, je pense, par un climat généralisé de peur, d’insécurité sociale, de vulnérabilité ressentie : celui qui est plus stable, aujourd’hui, a peur de basculer demain. Ce qui le pousse à vouloir se protéger, non de ce qui, structurellement, est susceptible de le déstabiliser, mais de ceux qui, individuellement, lui apparaissent comme des rivaux, comme des profiteurs ou comme les miroirs qui lui son tendus de sa possible propre « déchéance », demain. Ce faisant, il a intériorisé, sans s’en rendre compte, la légitimité de la logique des « tiroirs ».

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n ° 3 9 - a u t o m n e 2 0 14 - 5 ortrait Oui. Explicitement, il n’y a pas de ministère de lutte contre la pauvreté en Wallonie. Mais, jusqu’ici, on a mis dans les politiques sociales une série de dispositifs construits sur le présupposé que ce sont les populations qui sont défaillantes. Une sorte de politique du sparadrap pour ceux qui se seraient fait mal eux-mêmes. Alors que, effectivement, il faut ouvrir plus grand les yeux et se demander en quoi une politique du logement, de l’enseignement, de l’emploi n’est pas, elle, défaillante par rapport aux populations, à leurs situations, aux nécessités qui correspondent à la réalité quotidienne. Il faut se centrer en priorité, comme nous essayons de le faire, au Réseau, sur des politiques structurelles qui organisent la vie de tout le monde. Ce qui importe, c’est de construire, pour l’ensemble de la population, un dispositif politique en matière de logement, de revenu, d’allocation, de pension… qui veille à recréer et à intégrer les conditions de l’égalité. •   Comment peut-on modifier cet état d’esprit ? Les acteurs de l’éducation permanente ont un grand rôle à jouer de ce point de vue, en tentant de faire voir les liens de complémentarité qui existent entre personnes, entre groupes. J’ai, à cet égard, une conviction forte, qui m’est chère : celle de la richesse des populations. Même appauvries, les personnes sont des sujets proposants et des sujets créatifs en puissance. La population n’est pas sans ressources : elle peut être sans logement et sans revenus suffisants, mais elle n’est pas sans potentiel. Il faut reconquérir la certitude, même au sein du monde associatif, que les populations peuvent être présentes là où on les attend, si on créée les conditions pour qu’elles y soient. Pour cela, il faut commencer par comprendre que la réalisation, souvent décevante, du potentiel des populations appauvries dépend de conditions d’existence qui les obligent à utiliser l’essentiel de leur énergie, de leur temps, de leur créativité et leurs idées simplement pour survivre. Il s’agit, donc, de convaincre d’abord les acteurs sociaux, associatifs, culturels… de s’intéresser aux politiques de logement, d’emploi, de santé… à travers leur propre vecteur d’intervention. •   Un exemple emblématique, c’est la revendication de la gratuité de l’école pour tous… C’est un exemple très parlant. Je me fais souvent interpeller quant aux raisons de vouloir une gratuité pour tous, y compris pour les catégories sociales qui ont des revenus plus importants. Il faut arrêter, selon moi, avec la logique de la discrimination positive. Ce qui compte, c’est le projet de société, au sens pleinement collectif du concept : l’enseignement comme enjeu structurel de société, comme chemin d’émancipation, et l’égalité de tous sur la route. Le souci premier des parents et des enseignants, ce devrait être le parcours de l’enfant, pas la gestion des stratégies d’évitement ou des angoisses des gamins qui viennent à l’école avec des crampes au ventre, parce qu’ils arrivent systématiquement en retard ou parce qu’ils n’ont pas la bonne paire de sandales de gym… •   Il faut élargir les regards, donc... Mais, à un autre niveau, qualifier de « lutte contre la pauvreté » ou d’ « intégration sociale » des programmes, des politiques, voire des ministères, n’est-ce pas pousser en sens inverse ? Lutter contre « la pauvreté » plutôt que contre « les inégalités » et ce qui les amplifie, cela ne revient-il pas à ignorer, masquer, voire nier le caractère socialement intégré, complexe, des causes et des processus d’appauvrissement ? 10 ANS DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ Le réseau wallon fête cette année ses dix ans. L’occasion de rassembler l’ensemble des acteurs du réseau et leurs partenaires pour marquer de manière forte et originale cette décennie de lutte collective contre les inégalités. À la fin du mois de novembre, pour accueillir cet évènement le chapiteau de la Compagnie Arsenic s’installera à Charleroi, le temps d’un week-end prolongé. Au programme : spectacles, concerts, interpellations politiques, soupe populaire, rencontres-débats, présentation des actions associatives, expositions, animations pour petits et grands, etc. Le programme complet sera très prochainement disponible sur le site internet du Réseau (www.rwlp.be) ainsi que sur celui de Présence et Action Culturelles (www.pac-g.be) •   Ce sont des réalités méconnues, non ? Souvent, on pense qu’arriver en retard à l’école, pour les enfants de familles pauvres, c’est justement la marque d’une certaine « négligence » des parents, d’un manque de repères ou d’une incapacité de rigueur dans le respect des règles… C’est classique. J’ai dû moi-même apprendre à regarder les choses autrement. Le citoyen moyen commet souvent l’erreur d’aborder la position de l’autre du

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n ° 3 9 - a u t o m n e 2 0 14 - 6 ortrait point de vue des situations moyennes de vie, qui correspondent en gros à la sienne. Si on se lève le matin avec du café à mettre dans la cruche et du mazout dans la voiture, il n’y a pas de problème à dire au gamin de prendre l’argent nécessaire pour renouveler son abonnement de transport scolaire aujourd’hui. Si, en revanche, on se lève sans savoir comment on va payer l’abonnement du gosse, cela veut dire que la journée commence avec le souci de devoir trouver un nouveau subterfuge. D’autant plus qu’il faut aussi aller acheter une nouvelle clé USB pour la gamine parce que, sans une connexion internet, trop chère à payer, à la maison, elle doit tout le temps aller faire ses travaux scolaires chez un copain, avec sa clé, ou à la bibliothèque… dont il faut, d’ailleurs, aller chercher les nouveaux horaires d’ouverture ! Ce sont des choses que l’on ne voit pas. Et dont ne parlent pas les parents et les enfants qui y sont contraints. Parce que c’est leur force, leur combat. Une famille qui vit dans le trop peu est, en permanence, occupée (et préoccupée) à devoir mettre en œuvre toutes sortes de trucs et ficelles, qui pompent l’énergie, pour pouvoir, tout simplement, essayer d’être « comme les autres ». Et quand on cherche à se présenter « comme les autres », on ne va pas raconter à quel point ça pèse de devoir toujours demander à d’autres, postposer, refuser, ne pas pouvoir… C’est bien l’énergie folle et le temps incompressible que demande cette survie au quotidien qu’il faut pouvoir faire comprendre à ceux qui disent : « Tu vois, ils ne viennent même pas au théâtre, alors qu’on leur paie leur place ». •   Ce n’est pas la méthode, alors, qu’il faudrait revoir au plan politique, plus que les moyens financiers ? La question essentielle, c’est bien celle de l’adaptation de la méthode aux problèmes. Ainsi, on ne « tombe » pas pauvre, de la même manière qu’on ne «  tombe  » pas enceinte, en fait. Il y a des facteurs, structurels et conjoncturels, collectifs et individuels, qui appauvrissent. De même, il y a des conditions, autres qu’individuelles, à mettre en œuvre, pour permettre aux populations d’avoir davantage de latitude ou d’horizon devant eux, d’avoir un peu plus de « lest », aussi bien financier que mental et social. On ne peut pas arriver à se sentir mieux, si il n’est pas possible de mettre un euro de côté à la fin du mois. Mais on ne peut pas progresser, non plus, si on n’a pas une heure de sérénité à disposition. C’est cela, la latitude : c’est tout ce qui constitue le différentiel qui permet d’évoluer, de se projeter, de prendre le temps d’échanger des idées avec un autre, de sentir que l’on pourra construire un avenir. L’enrichissement, c’est donc aussi le relationnel, le territoire que l’on habite et ceux que l’on fréquente, et c’est aussi le temps. C’est cela, lutter contre l’appauvrissement, plus que contre la pauvreté  : c’est tenter de (re)gagner de l’égalité sur l’ensemble de ces enjeux-là. D’où la nécessité de politiques structurelles coordonnées  : plutôt que chercher à remettre les gens sur les rails, il faut songer d’abord à tout ce qui les empêche de se rendre à la gare. Il faut imaginer, dans tous les domaines, des points d’appui qui permettent aux populations appauvries de construire le chemin qui serait utile pour elles et pour la collectivité. UN APPEL PRIS EN COMPTE Les membres du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté avaient lancé un appel en mai dernier aux négociateurs du futur gouvernement wallon afin que leur lutte contre les inégalités soient prises en compte. Et ils ont été entendus ! La déclaration de politique régionale pour les années 2014-2019 indique en effet que «  le Gouvernement invitera le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté pour fixer un plan de travail pour les plus précarisés qui sera évalué annuellement avec le Réseau ». La déclaration précise également qu’«  une politique structurelle de lutte contre la pauvreté ne peut se limiter à une approche curative. Le Gouvernement mènera des politiques préventives afin d’éviter que les personnes ne tombent dans le cercle vicieux de la pauvreté et de l’exclusion. Il entend mener une politique intégrée d’action sociale préventive contribuant à l’émancipation, à l’autonomie et au bien être de chacun, avec une attention particulière pour la lutte contre la pauvreté infantile et la pauvreté des aînés ». Le réseau avait revendiqué que cette politique structurelle, et donc transversale, soit reprise comme compétence du Ministre Président de la Région Wallonne. C’est chose faite : Paul Magnette endosse cette compétence et a désigné une collaboratrice dans son cabinet dont la mise en œuvre de cette nouvelle politique sera la tâche exclusive. (PV) Retrouvez cette interview en version intégrale sur : www.agirparlaculture.be souscription LE COFFRET : Jacques ZWICK, le dialogue et l’action + Sonates d’automne (4 tomes) (Coffrets numérotés de 1 à 200) On l’appelait «Monsieur les Présidents». Homme de petite taille, haut en couleurs, excellent orateur, alliant l’humour à la précision, d’un abord modeste et jovial, fidèle à ses convictions et exigeant en matière de justice sociale, Jacques Zwick reste, pour toutes celles et ceux qui l’ont connu, une personnalité marquante de notre démocratie culturelle. Sa vie était toute engagée dans les mouvements de notre histoire sociale, politique et culturelle. Homme de dialogue et d’action, il a été pour beaucoup un ami, un conseiller, un (re)père essentiel. De 1994 à 2004, il tient un journal, ce sont ses «Sonates d’automne», qui offre un regard singulier sur l’histoire culturelle de notre temps. Je soussigné(e)............................................................................................................................................. Rue ................................................................................................................................................................ Code postal ................................ Localité ..................................................................................................... souscrit à l’achat de …………… ex du coffret (Biographie + Sonates d’automne 1,2,3,4) au prix préférentiel de 60  l’unité au lieu de 75  (prix public - franco de port) Date limite De la souscription : le 15 novembre 2014 J’effectue le paiement au compte n° BE06 8774 6013 0122 des Editions du Cerisier. r Je désire une facture, voici mon N° de TVA Date .................................................................................................... Signature A renvoyer avant le 15 novembre 2014 aux eDItIonS DU CerISIer, 20 rue du Cerisier B-7033 Cuesmes Tél./Fax 32 65 31 34 44

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propos intempestifs REMISE DE PEINE CULTURELLE P ar delà les grands débats politiques, aussi essentiels soient-ils, entre régulation du capitalisme, partage du travail, défense de la sécurité sociale, déséquilibre des écosystèmes, il y a parfois dans l’immédiateté pragmatique des idées lumineuses. Des propositions rares, originales, des mesures qui renversent la perspective des grandes controverses théoriques. Et qui sont réalisables sans délai. En voici une que j’ai trouvée particulièrement attractive. Chacun a son avis, plus ou moins développé et éclairé, sur les méthodes pour lutter contre la délinquance et la criminalité. Chacun place son curseur mental entre les pôles de la prévention et celui de la répression. Chacun élabore, instinctivement ou intellectuellement, son point de vue sur les vertus ou les vices de la prison, de l’amende, des peines alternatives ou des travaux d’intérêt général. Le droit pénal participe de l’imaginaire collectif en ceci que l’infraction, et plus encore le crime, pose un diagnostic précis sur l’état d’une civilisation. Le meurtre, de la Bible à Michel Foucault, se veut un indicateur signifiant de la cohésion sociale par la nature des normes qui le bannit ou qui le tolère. La question de la peine de mort est à cet égard exemplaire. « Derrière les barreaux, lire c’est un peu moins mal vivre.  » Venons-en, dans ce cadre, à la mesure que l’on pourrait qualifier de « rédemption par la lecture ». Depuis 2009, au Brésil, les prisonniers bénéficient de remises de peine contre des résumés de livres. Suite à un documentaire sur Arte, la romancière Anne Bragance, enthousiasmée par les résultats prometteurs de cette expérience carcérale l’a proposée à la ministre française de la Justice qui, en juin dernier, l’inclut dans son projet de loi de réforme pénale. En clair, peinture ou la danse. Y aura-t-il, dans notre pays, un gouvernant les détenus qui participent à des activités qui aura une telle audace ? Ou un juge d’application des peines ? culturelles, notamment la lecture, pourront Derrière les barreaux, lire c’est un peu moins mal vivre. Le prétendre à des réductions supplémentaires livre comme une forme d’évasion. C’est le cas, par exemple, à de peine. Quelle que soit la légitimité du Fleury-Mérogis où beaucoup de détenus sont inscrits à la biblioregard critique que l’on porte sur l’échec de thèque de la prison : il y a des cercles de lectures, une revue la politique pénitentiaire, il y a, ici et mainte- « Liralombre », des rencontres avec des écrivains, des ateliers de nant, une expérience qui brise la logique de théâtre et des livres collectifs coécrits par les détenus, comme la rédemption par la seule privation de liberté. le raconte Jérôme Garcin. À Clairvaux, un autre centre pénitenLa mise en œuvre brésilienne du principe de ciaire français, les prisonniers écrivent des textes qui sont mis en «  salut par la culture  » donne des résultats musique par des compositeurs et édités en CD. Le saut suivant, encourageants : «  nette amélioration de l’at- comme l’a réalisé la courageuse Christiane Taubira, passe par les mosphère, recul des violences, nuits paisibles effets de l’épanouissement culturel sur la durée même de la peine. et prise de conscience de leurs crimes chez les détenus qui ont accepté de participer à Cette démarche remarquable s’inscrit dans la perspective du l’expérience » écrit Anne Bragance. Le prison- chemin socratique, de celui de Spinoza ou de la perfectibilité de nier reçoit un livre à lire en début de mois. S’il Jean-Jacques Rousseau. Elle tient en peu de mots. Se cultiver en fournit un résumé, il bénéficie de quatre rend meilleur. S’exprimer conduit à une forme de félicité. La joie jours de remise de peine. Pour les longues par la connaissance. Le bonheur par la culture. Après les ivresses peines (30 ans), ce système pourrait réduire la du ballon rond, le Brésil nous offre une leçon de philosophie durée d’incarcération de plusieurs années. On pratique dans un domaine qui avive les passions et les arrièrepourrait imaginer étendre cette méthode, selon pensées politiques. Engageons-nous sur la route de la liberté, des modalités à préciser, à bien des activités dans tous les sens du terme, par les voies de l’érudition, des arts culturelles comme la musique, le théâtre, la et de l’éducation populaire. Jean Cornil

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n ° 3 9 - a u t o m n e 2 0 14 - 8 Amicalement nord D’origine anversoise et Bruxellois d’adoption, Kris Dane, gravite sur la scène belge depuis une quinzaine d’années. À 17 ans, il était déjà batteur et pianiste de dEUS. Il a ensuite enchainé les projets artistiques des plus variés, tels l’opéra de Philippe Boesmans, Aka Moon, Ictus, Ghinzu ou encore la composition de la musique des spectacles d’Anne Teresa De Keersmaeker. «  Rose of Jericho  » constitue le troisième album d’une trilogie après « Songs of Crime & Passion » en 2007 et de « Rise & Down of the Black stallion » en 2008. On dit souvent de lui que sa musique dégage un son américain, ce qui lui semble normal pour un artiste néerlandophone, qui parle l’anglais à la maison et le français avec ses amis, ses proches. Il travaille énormément avec des artistes et des producteurs anglais et new-yorkais. Amoureux des grands espaces et des territoires immenses, il aime leur culture jeune. Il a passé sa jeunesse à Anvers, une ville portuaire. Il avait dès lors l’impression que la musique l’amènerait naturellement «  de l’autre côté du canal  ». En effet, Kris pense « qu’en Hollande, on ressent à peu près la même chose, cela est peut-être spécifique aux langues germaniques ». Comme Harry Belafonte, il est inspiré par la musique créole, comme Marvin Gaye par la musique traditionnelle africaine. Pointant au passage les trajectoires qu’effectuent ces musiques. « Tout est lié, dit-il, l’Africain est allé en Amérique et la musique américaine est venue en Europe ». Des références américaines qu’il assume complètement puisque son identité musicale passe également par le blues, la country, le gospel et le rock avec les figures d’un certain folk mélancolique et intemporel comme Neil Young, Bob Dylan, Leonard Cohen et plus récemment Lloyd Cole and the Commotions. Quand on lui demande quel est son rapport avec l’écriture, Kris Dane vous répond « qu’il se considère un peu comme un écrivain qui n’a pas le temps de lire d’autres écrivains ». Il continue : « Ce qui me plaît particulièrement lorsque j’écris, c’est ce moment d’indépendance par rapport à tout ce que l’on a appris auparavant, cette liberté retrouvée qui suspend le temps ». kris Dane Ma démarche n’est pas de faire, mais d’être ! Kris Dane est un auteur-compositeur-interprète à la trentaine assurée qui donne l’impression d’avoir toujours joué de la musique, jusqu’à en faire une sorte de seconde peau. Avec « Rose of Jericho », l’album qu’il vient de sortir, il offre un rythme plus groove, plus ternaire, plus soul, où flotte un vent africain. Sa texture vocale est à la fois puissante et empreinte d’émotions. Des textes poétiques à consonance prophétique le jalonnent de bout en bout. Par Sabine Beaucamp Il a l’âme d’un songwriter qui soigne ses textes et possède une approche résolument poétique. Il parle beaucoup de ce qui l’entoure, de lui dans le monde, et du monde à travers lui, sans jamais jouer la carte de l’individualisme. Il écrit sur l’amour, sur ce qui est proche de lui et le touche, sur l’amitié sincère. Le thème amoureux reste son meilleur créneau, il se sent à l’aise pour s’exprimer sur un sentiment qu’il connaît bien... Pour lui la musique est chevillée au corps ! Parfois, il s’engage dans des réflexions, de petites histoires personnelles mais qui ont toujours une portée universelle. Inspiré par la poésie livresque et cinématographique, il aime penser en métaphores et en images filmiques. Si bien qu’il apprécie particulièrement William Blake, ce peintre-poète pré-romantique britannique. Si bien qu’il précise avoir revu avec beaucoup de plaisir « Eyes Wide Shut » de Stanley Kubrick, qui n’est pas pour autant son réalisateur fétiche. Il avouera qu’il n’en a pas vraiment… Kris Dane habite le centre-ville de Bruxelles qu’il qualifie gentiment de « petit New-York ». Quand on lui fait part des querelles linguistico-régionales actuelles, il répond aussitôt « que si on veut aller vers plus d’autonomie régionale, il faudrait arrêter de prendre Bruxelles pour un enfant que l’on veut séparer de ses parents. Bruxelles est déjà adulte, elle a sa propre identité.  » Et il poursuit : « Il faut surtout ouvrir les esprits, relire les cartes, ne pas avoir une vision étriquée des choses, faire preuve de bon sens. Mais attention, ‘’ bon sens ’’ ne veut pas dire anarchie » . Kris Dane - « Rose of Jericho » 2014, Pias ©  : C h a r l i e D e K e e r s m a e c k e r

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n ° 3 9 - a u t o m n e 2 0 14 - 9 chantier Chantier MENACES SUR LE TEMPS LIBRE Couver ture et illustrations par David Delruelle www.daviddelruelle.com Risque d’allongement de l’âge de départ à la pension. Cadences horaires élevées. Hostilité des dirigeants politiques à la baisse du temps de travail hebdomadaires. Nouvelles technologies favorisant une colonisation du temps libre par le temps professionnel  ... Assiste-t-on à la diminution du temps libre, du temps non consacré au travail dans nos vies ? Comment lutter contre cette tendance ? Faut-il réduire encore la semaine de travail ? Faut-il nécessairement travailler plus longtemps ou existe-t-il des alternatives à une retraite plus tardive ? Comment s’articule le temps privé et le temps professionnel sous l’influence du numérique ?

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n ° 3 9 - a u t o m n e 2 0 14 - 10 chantier Pierre Larrouturou : Pour une semaine de 4 jours Pierre Larrouturou a lancé en France le parti Nouvelle Donne à la suite du Collectif Roosevelt 2012 sur le constat qu’aucun parti traditionnel ne suivait leurs idées. Revendiquant un droit au bonheur, à une société équilibrée et conviviale, Nouvelle Donne place la question de la réduction du temps de travail comme l’un des principaux leviers pour changer la vie. Rencontre avec le promoteur de la semaine de 4 jours. Propos recueillis par Aurélien Ber thier •   Quelle est votre analyse de la question du temps de travail actuel ? Selon nous, le partage du temps de travail actuel dans tous les pays d’Europe est un non-sens. On dit que la France est passée à 35 heures mais c’est faux. Certes, la durée légale est à 35 h, mais la durée réelle (c’est-à-dire avec les heures sup déclarées) est revenue à 39,6  h d’après l’INSEE. On a d’un côté ceux qui travaillent plein pot, qui sont donc toujours à 39-40  h et d’un autre côté, ceux qui sont au chômage et qui travaillent 0  h  ! Les seuls qui en profitent, ce sont les actionnaires. Quand il y a autant de chômeurs et de gens en petits boulots de 10-15 h/ semaines, ça crée une pression qui fait que les salariés ont la trouille, personne ne peut demander d’augmentation de salaire. Dans tous les pays d’Europe, la part qui va au salaire par rapport à celle qui va aux bénéfices diminue chaque année. Ça représente des sommes considérables qui devraient aller aux salariés, aux caisses de sécu, aux caisses de pensions, et qui vont dans la poche des actionnaires. On a vu les chiffres l’an dernier : + 30 % pour les dividendes alors que la croissance réelle est à 0,0 % ! Le partage actuel du travail est binaire, il est fait par le marché, il est stupide. l’Histoire s’appelle l’intelligence humaine, le progrès social, la productivité bien partagée. Pourquoi ne pourrait-on pas reprendre ce mouvement ? Depuis 30 ans et dans tous les secteurs, on a fait des gains de productivité colossaux avec les ordinateurs et les robots. Et c’est scandaleux de voir qu’on n’est pas capable de faire évoluer le contrat social et que du coup, cette productivité, au lieu de profiter à tout le monde, débouche sur une catastrophe sociale : des millions de chômeurs et de précaires dans tous les pays d’Europe et les seuls qui se goinfrent sont les actionnaires. C’est humainement dramatique et ça nous plante économiquement. La croissance retombe dans tous les pays car ce qui va à Mr ou Mme tout le monde est trop faible alors que ce qui va aux actionnaires et aux paradis fiscaux est beaucoup trop important. À un tel niveau d’inégalité, ce n’est pas juste un problème social ou anthropologique, ça devient même un problème économique. du Travail indique que si toutes les entreprises passaient à 4 jours / semaines on créerait 1,6 million d’emplois en France. En terme de volume d’emploi, c’est colossal. En terme anthropologique, d’accès à la culture, la question est fondamentale. En terme de rapport au travail, ce qui est intéressant, c’est qu’il y a un jour par semaine où le chef n’est pas là. Or, il faut quand même répondre au client et faire le boulot. Ça veut dire qu’on doit mettre en place une formation pour enrichir le travail afin que les ouvriers puissent faire le boulot eux-mêmes si le chef n’est pas là. Et du coup, dans beaucoup d’entreprises, le travail est plus intéressant et on constate une baisse de l’absentéisme. •   Pourquoi, à gauche comme à droite, on a souvent l’impression de levée de boucliers lorsqu’on évoque l’idée de « travailler moins » ? Il y a des blocages culturels. L’idée qu’en cas de crise on ne va pas s’en sortir en se faisant du bien et que si ça ne fait pas mal, ce n’est pas une bonne solution. Ma grand-mère dirait «  c’est en travaillant plus qu’on s’en sortira  ». Cela peut parfois être vrai du point de vue individuel mais du point de vue collectif, si on dit ça c’est qu’on n’a vraiment rien compris aux gains de productivité. Une partie de la classe politique n’a jamais mis les pieds dans une entreprise et ne se rend pas compte des gains de productivité qui ont été effectués — souvenez-vous de Chirac et du mulot, le président ne savait pas ce qu’était une souris ! Et elle se fout de la misère des chômeurs et des précaires. Si vous vous foutez de la vie des gens et qu’en même temps vous n’avez pas conscience de la révolution technologique qui a eu lieu, c’est difficile d’arriver à ces réflexions. Il y a toujours eu des blocages culturels à droite. Le patronat expliquait que si on donnait congé aux ouvriers le dimanche, ils allaient se mettre à boire, et que le lundi ils ne pourraient pas venir faire le boulot. En 1936, quand on a donné deux semaines de congés payés, le Figaro avait titré «  La France ivrogne »… •   Dans quelle mesure, un passage à une semaine de 4 jours changerait la situation économique et sociale actuelle ? En France, la bonne nouvelle, c’est qu’on avait fait passer la Loi de Robien en 1996. 400 entreprises sont passées à la semaine de 4 jours avec le financement qu’on propose de généraliser. Par exemple les yaourts Mamie Nova. Leur usine produit 6 jours / semaine. Ils ont embauché 130 personnes. 130 personnes retrouvent un boulot, le yaourt est toujours aussi bon qu’avant et il ne coûte pas un centime plus cher. En fait, quand l’entreprise passe à la semaine de 4 jours, elle arrête de payer les cotisations chômage à condition de créer 10 % d’emploi. C’est comme ça que les coûts n’augmentent pas, que la production reste rentable et qu’on n’a pas besoin de baisser les salaires. La question du temps de travail est fondamentale. Ce n’est pas le seul levier mais c’est sans doute le levier le plus puissant pour réduire le chômage et transformer nos modes de vie. Une étude du Ministère •   Que préconisez-vous aujourd’hui ? On pense que d’un point de vue humain, d’un point de vue social, d’un point de vue économique et d’un point de vue anthropologique il faudrait aller vers un autre partage du travail et reprendre le mouvement historique de baisse du temps de travail. En un siècle, on a divisé par deux le temps de travail. Quoi qu’en dise Sarkozy, le sens de l’Histoire, ce n’est pas de « travailler plus pour gagner plus ». Dans tous nos pays, on est passé d’une semaine de 7 jours de travail à 6 jours. Puis de 6 à 5. On a donné les congés payés. En gros, on travaille tous deux fois moins qu’il y a un siècle et on gagne cinq fois plus ! Le sens de l’Histoire c’est ça : travailler beaucoup moins pour avoir du temps pour vivre et gagner bien de quoi vivre. Le sens de

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n ° 3 9 - a u t o m n e 2 0 1 4 - 11 chantier •   Et à gauche ? En France, c’est pourtant elle qui a mis en place les 35 heures. C’est qu’il y a eu de vraies erreurs avec les 35 heures en France. La méthode était brutale et le contenu de la loi était très ambigu. Une entreprise qui restait à 38 heures sans créer d’emploi pouvait bénéficier des mêmes exonérations qu’une entreprise qui passait aux 35 heures en créant un emploi. La Loi Aubry 2 poussait les entreprises à rester à 38 heures sans créer d’emploi. Le bazar qui a eu lieu autour des 35 heures a dissuadé tous les gens normaux d’évoquer la question du temps de travail. Avec Michel Rocard, on a écrit un article sur cette question où on disait qu’on avait peur, à gauche, de faire le bilan des 35 heures. Martine Aubry n’a aucune envie qu’on fasse ce bilan, Hollande non plus. Ils ont tous voté cette loi sachant qu’elle était ambigüe. Un dirigeant syndicaliste belge me confiait il y a quelque temps qu’à cause des 35 heures et de leur bilan compliqué en France, on a peur d’être ridicule dans tous les pays d’Europe si on reparle du partage du temps de travail. Rendez-vous compte, pendant un siècle, c’était le grand combat des forces de progrès, et c’est devenu le grand tabou ! Cela dit, c’est une revendication portée par certains syndicats belges, français ou encore allemand comme le syndicat Ver.di. Et on commence à s’apercevoir qu’il n’y a plus de croissance et qu’il ne faut donc plus compter là-dessus pour réduire le chômage. Qu’on ne pourra pas relancer l’activité s’il y a toujours plus de chômeurs et de précaires. Les esprits évoluent. Aux États-Unis, coup sur coup, Robert Reich, le bras droit de Bill Clinton, a dit que la grande réforme du deuxième mandat de Obama devrait être de baisser le temps de travail sans baisser les salaires avec une réforme fiscale et deux milliardaires américains ont déclaré que, vu les gains de productivité, les robots et les ordinateurs, il fallait passer à la semaine des 3 jours. Je suis doublé sur ma gauche ! une réduction de la durée hebdomadaire du temps de travail. Et ça ne me gêne pas de me dire que je travaillerais jusque 63 ou 64 ans si on passe à la semaine de 4 jours, si j’ai une année sabbatique tous les 7 ans, si j’ai un boulot qui n’est pas trop fatigant, pas trop usant et si j’ai pris le goût à d’autres activités et que j’ai du temps pour les réaliser. Je préférerais qu’à 30 ans, à 40 ans, à 50 ans, on ait du temps pour vivre et non pas une vie de dingue à 50 heures par semaine et d’arriver à la retraite avec plein de temps vide dont on ne sait pas quoi faire. On peut peut-être trouver un nouvel équilibre où ce ne serait pas dramatique de travailler un peu plus longtemps si on peut le faire, si on n’est pas fatigué (ça dépend des métiers) et si pendant toute sa vie on a eu accès à la culture. •   Que faire de tout ce temps libre ? La question de l’accès à la culture pendant le temps libre est une question fondamentale. Car en tant que telle, la réduction du temps de travail peut être la meilleure comme la pire des choses. Huxley expliquait qu’en l’an 2000, on travaillerait 30 heures par semaine et que la plupart des gens regarderaient des pubs et du porno en buvant du Coca-Cola. Je n’ai rien contre les pubs ou le porno, je bois du coca des fois, mais ce n’est pas un projet de société. Quel accès à la culture, à la citoyenneté, à la convivialité ? Comment peut-on amener des gens qui ont décroché des activités culturelles à y reprendre goût pendant leur temps libre sans que ça leur coûte la peau des fesses ? Comment permettre à tous ceux qui le veulent de faire de la musique ou du théâtre  ? Comment on peut modifier les rythmes scolaires pour que les gens s’occupent du club théâtre, piscine, foot de l’école de leur quartier ? •   En Belgique comme en France, le système de retraite par répartition est menacé, en tout cas annoncé comme mourant. Pour le sauver, on entend souvent dire qu’il faut retarder l’âge de départ à la retraite. Qu’en pensez-vous ? En France, à 62 ans, l’âge moyen de départ en retraite, 81  % des gens sont au chômage. Dire aux gens de travailler plus longtemps s’ils sont au chômage est donc un non-sens. La question de travailler plus longtemps n’a de sens que si on lutte contre le chômage. Et donc, si on travaille beaucoup moins, chaque semaine ou chaque année. Ça passe par © M u y b r i d g e « En gros, on travaille tous deux fois moins qu’il y a un siècle et on gagne cinq fois plus ! »

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n ° 3 9 - a u t o m n e 2 0 14 - 12 chantier TEMPS DE TRAVAIL 2.0 On peut définir le temps de travail comme le temps pendant lequel le travailleur est à la disposition de son employeur.1 Le calcul du temps de travail fait l’objet depuis la révolution industrielle d’un éternel combat entre l’employeur qui cherche à diminuer son coût pour une même quantité de production et le travailleur qui souhaite en augmenter la valeur marchande. Dans l’histoire industrielle, le temps de travail a connu des phases de diminution successives, la réduction la plus emblématique fut celle de la journée de 8 heures revendiquée par les organisations syndicales dès la fin du 19e siècle. Aujourd’hui, force est de constater que le temps de travail a tendance à augmenter en raison de l’estompement de la frontière entre le temps de travail et le temps privé. Plusieurs facteurs expliquent cette dissolution dont les conséquences sont directement observables dans nos pratiques et dans l’augmentation de certaines pathologies professionnelles. P a r S a r a h d e L i a m c h i n e , R e s p o n s a b l e d e l a C e l l u l e d ’a n a l y s e s s y n d i c a l e s à l a C G S P w a l l o n n e directement ou non, ils sont encouragés par l’employeur et soutenus par le législateur dans la sphère privée. Face à ce A-t-on toujours eu un temps privé  ? Évoquer les frontières entre temps de tra- dernier phénomène, les organisations synLa réponse n’est pas tranchée. Avant la vail et temps privé, c’est mettre le doigt sur dicales se sont largement prononcées en faveur d’une législation plus réaliste faute révolution industrielle et l’avènement du la porosité qui les caractérise. de quoi, il faut craindre de voir cette prasalariat, les travailleurs exerçaient bien souvent leur activité économique à domicile. Cette porosité n’est pas une réali- tique se banaliser sans que le travailleur ne Le temps de travail était dès lors mélangé té identique chez tous les travailleurs. bénéficie de protections vis-à-vis de son au temps privé en fonction des heures, des En fonction de leur niveau de responsabilité, employeur.3 saisons et de l’activité menée, et celui-ci prenait plus ou moins de place dans la jourL’ I N F L U E N C E D E S T I C née de l’individu. L’imbrication des temps était alors également liée à l’imbrication Un facteur-clé de cet estompement de la des lieux, puisque l’artisan possédait la frontière du temps privé est sans nul doute plupart du temps son atelier à domicile et l’émergence des TIC4 dans le monde prosouvent même dans la pièce familiale. fessionnel. Sans adhérer à la thèse du déterminisme technologique, selon laquelle Néanmoins, les activités agricoles ou artiles TIC ont à elles seules transformé le sanales de l’époque étaient caractérisées monde du travail, il est clair qu’elles sont par un lien économique réel entre le prix de puissants leviers pour des techniques du travail et le prix du produit fini. Comme managériales axées sur la flexibilité des l’explique Gilles Pronovost dans son modes de production et des travailleurs. ouvrage Sociologie du temps 2, il y a une Les TIC et plus récemment toutes les distinction très nette entre le travail mesuré technologies mobiles qui les composent par la tâche comme c’était le cas dans la ont joué un rôle majeur dans la dématériasociété traditionnelle et le travail mesuré lisation du lieu de travail. Pour beaucoup par le temps où la valeur cruciale n’est plus la tâche mais devient la durée nécessaire à la porosité sera plus ou moins acceptée de travailleurs dont l’ordinateur est l’outil par ces derniers et par leurs employeurs. de travail principal, le lieu de travail peut sa réalisation. Les cadres sont la classe de travailleurs aujourd’hui être mobile, à condition d’être Le temps libre ou temps privé apparaît chez qui la pratique est la plus présente équipé d’un ordinateur portable et d’une comme un temps à part entière au 19 e dans ses deux sens bien que, les incur- connexion internet. Cette capacité à siècle, lorsque l’industrialisation et la sions du privé dans le professionnel soient travailler à distance et hors de temps habimécanisation des productions imposent toujours plus cadrées que l’inverse. Le sexe tuellement réservé au travail a largement aux travailleurs salariés de respecter des et la structure familiale influencent aussi la favorisé l’exercice du télétravail, formel ou temporalités dictées par la chaîne de pro- gestion des porosités, certaines femmes non, chez de nombreux travailleurs. Encore duction. La scission peut être qualifiée de avec enfants privilégient la porosité dans une fois, l’arrivée des ordinateurs portables violente et ne se réalise pas sans heurts. les deux sens car elles y voient une manière ne peut être pointée du doigt sans prendre Les employeurs peinent à faire tourner leurs d’allier les obligations de ces deux sphères. en considération l’intensification et la denusines à plein régime car les travailleurs Pouvoir contacter les enfants pendant les sification du temps de travail qui poussent se soumettent difficilement à ce nouveau heures de travail et en contrepartie, pro- les travailleurs à multiplier les incursions du dictat. Il faudra plus d’un siècle pour voir longer si nécessaire leur journée le soir à temps de travail dans le temps privé. un changement de mentalité s’opérer la maison plutôt que sur le lieu de travail. réellement chez les salariés. Et plus ils se soumettaient au temps de production, plus Même si les débordements sont présents les revendications et tentatives directes ou dans les deux sens, il faut noter qu’ils indirectes de récupérer du temps privé restent dans la plupart du temps proscrits dans la sphère professionnelle alors que augmentaient. NAISSANCE DU TEMPS PRIVÉ LA POROSITÉ DES FRONTIÈRES

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n ° 3 9 - a u t o m n e 2 0 14 - 13 chantier VE RS UN TR AVAILLEUR HYPERCONNECTÉ « Les TIC et plus récemment toutes les technologies mobiles qui les composent ont joué un rôle majeur dans la dématérialisation du lieu de travail. » Combinez intensification du travail, densification et TIC et vous obtenez un travailleur hyperconnecté. Au travail via son ordinateur et son téléphone portable, dans les transports via son smartphone ou son kit main libre, à la maison via son ordinateur portable ou sa tablette, le travailleur peut rester connecté au travail et se laisser empiéter sur son temps privé. Loin d’être une pratique marginale, cette connexion permanente est encouragée de différentes manières. L’intensification correspond à une double pression opérée sur le travailleur. D’une part, comme salarié, il subit la pression du temps de production à laquelle il doit se soumettre. D’autre part, il est soumis aux impératifs du marché et des clients qui modifient en temps réel, via les technologies de réseau, les quantités et les délais auxquels il doit répondre. La disponibilité et la réactivité demandées aux travailleurs est sans fin, c’est l’avènement de la production just in time. Cette contrainte industrielle tend malheureusement à se généraliser à tous les secteurs du monde professionnel, la relation de travail disparaît au profit d’une relation de service où la disponibilité est plus valorisée que le temps de travail réel. L’atout du travailleur n’est pas ses compétences ou sa capacité à effectuer une tâche mais sa capacité à répondre aux demandes des clients et de l’employeur dans un temps toujours plus court souvent en empiétant sur son temps privé. La densification rend le travail toujours plus prégnant en réduisant les pauses et périodes d’accalmie dans la journée de travail. Via le smartphone, le travailleur peut vérifier ses e-mails pendant son trajet en train le matin ou pendant sa pause de midi. Ce n’est pas le temps de travail qui augmente mais le nombre de tâches effectuées pour un même temps donné. Les autorités ont légiféré pour cadrer le télétravail lorsqu’il est effectué de manière formelle un ou plusieurs jours par semaine. 5 Cette loi, transposition d’une directive européenne ne concerne qu’une part infime du télétravail car la plupart du temps, le télétravail prend la forme de débordement le soir ou le weekend et ne fait l’objet d’aucune convention officielle. L’absence d’une législation plus en phase avec les pratiques professionnelles réelles est une porte ouverte aux excès. Même si d’autres pays européens sont plus avancés Travailleur partout, travailleur tout le temps, en la matière. Ainsi, en Allemagne plusieurs finalement on est en droit de se demander grands groupes industriels ont, sous la que reste-t-il du temps privé ? pression des syndicats, mis en place des systèmes qui garantissent la déconnexion par exemple en coupant les serveurs en dehors des heures de travail. Les employeurs favorisent également cette pratique en fournissant tel un avantage en nature, ordinateur portable, smartphone et abonnement téléphonique. Ces avantages en nature sont non seulement des formes de salaires indirects — et donc moins soumis à l’impôt — mais ils permettent aussi de maintenir la relation de travail en dehors des lieux et temps de travail habituel. Si le travailleur n’est pas officiellement obligé de répondre à ses courriers électroniques ou à son téléphone, une étude de la FGTB sur le bien-être réalisée en 2013 6 révèle que 60 % des sondés disent ressentir le besoin de vérifier l’arrivée de nouveaux e-mails sur leurs appareils professionnels constamment ou de temps en temps. Le matériel est fourni par l’employeur, les nouvelles organisations du travail créent ensuite les conditions d’une véritable aliénation. Deux conséquences de cette aliénation, l’une concerne le travailleur lui-même et l’autre la relation de travail au sens large. Pour le travailleur, qui voit le temps privé se confondre entièrement avec le temps de travail, le risque de troubles psychologiques comme le burnout est réel. Les récents changements de la loi sur le bienêtre au travail dans laquelle le burnout prend une place prépondérante en est une manifestation. Pour la relation de travail, le changement est plus insidieux mais pas moins dévastateur. En rompant le lien historique entre temps de travail et rémunération, les nouvelles organisations du travail basées sur la disponibilité du travailleur dématérialisent la frontière entre temps de travail et temps hors travail. Le travailleur est alors contrôlé sur ses résultats et non plus sur le temps qu’il met à disposition de son employeur. Or, contrairement au temps de travail, il n’y a pas de limite légale aux impératifs de résultats qui peuvent être très élevés (voire inatteignables). E. MARTINEZ, Cours " Organisation du travail ", Université Libre de Bruxelles, 2011‐ 2012, 2 G.PRONOVOST, Sociologie du temps , Éditions De Boeck Université, 1996 3 C. Lambrechts, Une loi pour en finir avec les mails et les sms professionnels après le boulot ?¸ La Libre Belgique en ligne, 5 décembre 2013 4 TIC est l’abréviation de Technologies de l’Information de la Communication , elle renvoie tant aux supports physiques de communication comme les ordinateurs portables, les smartphones ou les tablettes qu’aux usages que nous en faisons comme le courrier électronique ou la bureautique. 5 Service Public Fédéral Emploi, Travail Et Concertation Sociale Convention, 2006, Arrêté royal rendant obligatoire la Collective de travail n° 85 du 9 novembre 2005 concernant le télétravail, Moniteur Belge du 13 juin 2006 6 FGTB, Bien-être au travail ou technostres : une enquête de la FGTB , [document interne], 2013 1 cc2.0 : Christian Wad (Everyday objects)

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n ° 3 9 - a u t o m n e 2 0 14 - 14 chantier RENFORCER LA PENSION LÉGALE PAR RÉPARTITION PLUTÔT QU’ALLONGER On annonce notre système des pensions comme mourant. Pour assurer sa survie, on avance notamment comme solution unique et comme une évidence le recul de l’âge du départ effectif à la retraite. Dans le but de combattre cette idée reçue et connaître les enjeux de ce débat en cours, il faut revenir au fonctionnement de notre système de pensions, insister sur la différence entre répartition et capitalisation et rappeler les pistes alternatives à l’allongement de la durée de la carrière professionnelle. P a r M i c h e l R o s e n f e l d t , A n i m a t e u r e t f o r m a t e u r a u C E PAG LES DIFFÉRENTS PILIERS ET RÉGIMES DE PENSION En Belgique, les pensions de retraite relèvent du 1er, 2e ou 3e pilier de pension selon la source de leur financement. Le 1er pilier de pension est celui des pensions légales qui sont constituées et organisées dans le cadre de la sécurité sociale. Au sein du 1er pilier de pension, nous avons trois régimes de pensions légales en Belgique : le régime de pension des travailleurs salariés du secteur privé, celui des agents statutaires du secteur public, et celui des travailleurs indépendants. Les règles pour le calcul de la pension diffèrent en fonction du régime dont relève la profession qu’avait exercée le travailleur avant d’être retraité. Dans cet article, j’axerai mon analyse sur les enjeux du débat actuel relatif aux pensions en me référant uniquement au 1er pilier de pension des travailleurs salariés du secteur privé. Le terme de « salariés » désignant aussi bien les ouvriers que les employés. La caractéristique fondamentale du 1er pilier de pension du régime des travailleurs salariés du secteur privé est le principe de la répartition  : une partie des cotisations sociales prélevées au cours de l’année sur les salaires bruts des «  salariés  » est immédiatement redistribuée pour payer les pensions légales des pensionné(e)  s de l’année en cours. Ce sont donc les « actifs » d’aujourd’hui qui paient les retraités d’aujourd’hui. Dans cette logique, chaque génération de travailleurs bénéficie à son tour à l’âge de la pension de cette solidarité intergénérationnelle. Le paiement de la pension légale est garanti, génération après génération. C’est même le seul revenu qui soit garanti aux « salariés » quand ils seront pensionnés. C’est de la malhonnêteté intellectuelle de prétendre que l’État ne pourra plus payer les pensions légales dans les années à venir alors que les bases de la pension légale par répartition sont des plus solides. Le montant des pensions légales qui devront être versées dans les prochaines années est prévisible suffisamment tôt pour permettre aux autorités de s’organiser pour assurer la viabilité du système. La pension légale par répartition est donc un revenu solidarisé et garanti par excellence à chaque génération  ! Rien de tel avec ce qu’on appelle les pensions complémentaires par capitalisation ! Les 2e et 3e piliers de pension sont présentés officiellement comme des régimes de pension complémentaires par rapport aux régimes de pension légale. Ils ne relèvent pas de la sécurité sociale et ils ne sont pas basés sur le principe de la répartition mais sur le système de la capitalisation. Le 2 e pilier de pension comprend les pensions complémentaires extra-légales instaurées au niveau d’une entreprise ou d’un secteur d’activité via des conventions

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n ° 3 9 - a u t o m n e 2 0 14 - 15 chantier LES CARRIÈRES collectives ou de promesses individuelles de pension de l’employeur. Les versements mensuels sont faits par l’employeur et/ou le travailleur au nom de chaque assuré dans des assurances-groupes ou des fonds de pension. Dans ce système de capitalisation, on ne parle plus de solidarité mais de marché financier et de profits (quand il n’y a pas de krach boursier comme celui de 2008 …) Les banques et les compagnies d’assurances remplacent la sécurité sociale. On n’est plus dans une logique de solidarité intergénérationnelle, mais dans une logique individualiste où chaque travailleur devient un capitaliste qui se constitue pour ses vieux jours son petit capital personnel, lequel a été « placé » durant sa carrière professionnelle dans les produits boursiers et dont il espèrera un rendement maximum malgré les risques financiers encourus. Cette logique du profit maximum s’est déjà retournée contre les travailleurs euxmêmes dont un certain nombre ont perdu leur emploi suite à la restructuration de leur entreprise parce que le fonds de pension a préféré investir dans des pays où les rendements sont plus élevés  ! Sous prétexte de vouloir assurer ses vieux jours, on peut très bien se retrouver sans rien en étant plus jeune et n’avoir rien comme pension complémentaire quand on sera plus vieux … Et comme la pension légale par répartition n’aura pas été entretemps augmentée — car les augmentations de salaire brut ont été remplacées par des versements au 2e pilier de pension — le «  rien  » ci-dessus se traduira également I l l u s t r a t i o n  : D a v i d D e l r u e l l e

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