La Chronique du BTP n°5137

 
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Numéro Spécial Béton

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L’hebdo régional de référence de la construction Nord-Pas de Calais / Picardie du BTP N° 5137 12 février 2015 • L’interview exclusive du président de la Fédération de l’Industrie du béton • Les tendances du marché • Reportage au cœur du Cerib • Série de cinq portraits d’industriels régionaux qui continuent d’innover malgré la crise Béton 337 Numéro spécial opportunités d’affaires dans ce numéro

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édito sommaire 4 •• Arras inaugure la nouvelle politique de la Ville •• Treize projets nordistes à énergie positive •• L’interview de Jean Bonie, président de la Fédération de l’industrie du béton •• Reportage à Epernon, au coeur du Cerib, le centre d’études et de recherches de l’industrie du béton. •• Catteau rebondit avec le sur-mesure •• Alkern mise sur la performance •• Biallais met de la couleur au béton •• Cellumat réussit son pari dans le cellulaire •• Betsinor vise la façade S Innover pour un avenir en béton ’il est un message que la série de rencontres avec les industriels du béton permet de dégager, c’est que l’innovation est la voie royale anti-crise. Tous les industriels que nous avons rencontré souffrent d’un marché atone, compliqué, tendu... Mais le fait d’avoir su rebondir face à l’obstacle ou anticiper la difficulté leur permet aujourd’hui de défendre leurs positions. L’industrie belge dans le domaine nous donne quelques leçons. Nous avons entendu les critiques lors du reportage que La Chronique avait publié l’année dernière sur Willy Naessens. Et si nous concevons bien volontiers avoir manqué de tact en mettant en avant un industriel belge avant les industriels régionaux, les témoignages de chaque côté de la frontière sont totalement concordant. Car l’industrie du béton, dominante dans la construction de logement, voit sa part de marché attaquée de toute part. Pourtant, elle porte en elle les capacités de résistance. Encore faut-il que toute la filière se mette en mouvement. L’enjeu est considérable. Pour construire moins cher, pour construire plus vite, pour construire mieux... la préfabrication est une clé de voûte essentielle. rédacteur en chef m.bitter@lachroniquebtp.com 6 8 11 22 24 28 •• Les indices et index du BTP systématiquement mis à jour •• Les projets de construction sélectionnés par la rédaction. Dans les départements du Nord, du Pas-de-Calais et en Picardie. •• Permis de construire •• Appels d’offres •• Attributions de marchés •• Annonces légales L’hebdo régional de référence de la construction = 10 000 dirigeants du BTP touchés Nord - Pas de Calais - Picardie 1 parution Nord-Pas de Calais / Picardie du BTP N° 5079 7 novembre 2013 NouvEllE foRmulE « Euralille 3000 » Nouveaux marchés en perspective Alliance stratégique Pouchain et Rabot Dutilleul Régie publicitaire : Ruth Eloy Tél. : 03 20 41 93 76 Port. : 06 17 28 38 28 email : ruth.eloy@aremedia.fr Maxime Bitter, Pour nous contacter : Rédaction / 03 20 66 26 84 Secrétariat / Annie Dorne : 03 20 66 26 80 Chronique BTP : 270 Bd Clémenceau - 59700 Marcq-en-Barœul - Tél. 03 20 66 26 80 Fax. 03 20 66 26 81 - contact@lachroniquebtp.com - www.lachroniquebtp.com SA à conseil d’administration au capital de 55 900 - RCS Rbx Tcg B 887 080 471 Principaux associés : FFB Nord-Pas de Calais, FRTP Nord-Pas de Calais, Fédération BTP Lens Président du conseil d’administration, directeur de la publication : Benoît Loison Directrice générale : Florence Bariseau Rédacteur en chef : Maxime Bitter Équipe : Mathilde Colin, Clémence Van Mullen, Sophie Fremaut, Mathilde Hauwel, Annie Dorne Service publicité : Ruth Eloy (Aremedia) - T. 03 20 41 93 76 Agence Picarde : Gérard Engler - 03 44 91 11 23 ISSN : 1638 -9751 Prix au N° 9 euros - Commission paritaire n° 0116T79915 Dépôt légal : à parution - Hebdomadaire paraissant le jeudi Imprimerie : Impression Directe Roubaix La Chronique - N°5137 / 12 février 2015 03

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Les immanquables de la semaine Le chiffre 1 million C’est le montant collecté par les 200 livrets d’épargne « Troisième révolution industrielle » souscrits depuis deux semaines politique de la ville L De nouveaux contrats pour les quartiers en difficulté prioritaires pour la période 2015-2020. Les nouveaux contrats de ville tentent de mettre fin au saupoudrage des moyens et à l’empilement des dispositifs ( ZUS, CUCS, ZRU, ZFU...) observés depuis plus de vingt ans. Désormais, une seule carte cible 1 300 quartiers situés dans 700 communes (au lieu de 2 600 précédemment), la plupart dans le Nord ou en banlieue parisienne. Un critère unique a été utilisé pour les délimiter : le revenu des habitants. Après des années où l’accent avait été mis sur la rénovation urbaine, les nouveaux contrats de ville insistent désormais sur l’accompagnement social des habitants : soutien scolaire, mode de garde, médiation, prévention de la délinquance… Ils prévoient également une politique de peuplement volontariste : en durcissant les sanctions contre les collectivités qui ne respectent par la loi SRU sur le logement social, mais aussi en incitant les reconstructions dans le cadre d’une démolition-reconstruction Anru à se faire en dehors des quartiers prioritaires, voire dans les communes les plus aisées. n En bref Le béton à la barre L’architecte Rudy Ricciotti fait paraître « Le béton en garde à vue » chez Lemieux éditeur. Une comédie théâtrale en trois actes où le béton est le sujet principal d’une garde-à-vue opposant un architecte à un capitaine des gendarmes et une juge d’instruction. Toute ressemblance… undi dernier, le ministre de la ville Patrick Kanner a signé le contrat de ville de la communauté urbaine d’Arras dans le quartier des Nouvelles Résidences (à Saint-Laurent et Saint-Nicolas) l’un des cinq territoires prioritaires de l’agglomération. Destinés à désenclaver ces ghettos victimes de « l’apartheid » dénoncés par Manuel Valls, ces contrats recensent l’ensemble des engagements pris en faveur des quartiers 60 000 euros pour créateurs L 04 Règles assouplies pour le travail des apprentis entrer en vigueur à partir du 1er mai prochain devrait desserrer les freins à l’embauche des jeunes apprentis qui peinent à trouver des entreprises d’accueil. L’intégration des jeunes dans le bâtiment par la voie de l’apprentissage ne cesse de baisser depuis plusieurs années : moins 20 % d’entrées entre 2008 et 2013. n ’annonce faite par François Rebsamen, ministre du Travail, sur l’assouplissement des règles concernant les travaux dits dangereux pour les apprentis mineurs (travaux en hauteur ou en contact avec des machines-outils) a été saluée par les professionnels de la construction. Cette mesure qui doit Afin de récompenser des projets de création et de développement d’entreprises innovantes en matière d’éco-construction, Domolandes, technopôle de l’éco-construction implanté dans les Landes organise un concours national destiné aux porteurs de projets quels que soient leur nationalité ou leur statut : étudiants, salariés du secteur public ou du secteur privé, demandeurs d’emploi... Un prix de 15 000 € récompensera les 4 lauréats choisis parmi les candidats qui ont jusqu’au 30 avril pour se déclarer. contact@ domolandes.fr ou 05.58.55.72.00 La Chronique - N°5137 / 12 février 2015

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Les immanquables de la semaine La phrase « Développer l’intermédiaire, à côté du logement social» Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, à propos de l’article 24 de son projet de loi qui offre, dans le cas de programmes de logements comportant des logements intermédiaires, la possibilité d’une « majoration de constructibilité » sous conditions de 30%, soit une augmentation du nombre de mètres carrés constructibles sur un terrain donné Travaux publics En bref Construire en hauteur... et en bois Amenagement durable Boom du recours à l’activité partielle En ce début d’année 2015, morose pour le secteur, près de la moitié des entreprises de travaux publics du Nord-Pas de Calais ont déposé une demande d’activité partielle auprès de la préfecture. Cette mesure permet aux employeurs de diminuer le temps de travail de leurs salariés. Les contrats de travail ne sont pas rompus et les salariés bénéficient d’une indemnisation versée par leur employeur, euxmêmes indemnisés par l’État. Renseignements : 03 20 12 20 15 nordpdc-ut59l.activite-partielle@ direccte.gouv.fr Treize projets nordistes à énergie positive Energie Quelles zones pour l’éolien en mer ? Mercredi dernier, Jean-François Cordet, préfet de région a lancé la concertation en vue de l’identification de nouvelles zones propices au développement de l’éolien en mer pour la façade de la Manche-Est et de la mer du Nord. Cette première étape qui se déroule jusqu’à fin avril concerne les acteurs de la mer et du littoral. Le plan de développement des énergies renouvelables de la France prévoit l’extension de l’énergie éolienne en mer et vise un objectif d’installation d’une puissance de 6 000 MW en énergie marine renouvelable à horizon 2020. Jusqu’au 30 avril, les professionnels de la construction peuvent participer au concours « construire en hauteur avec le bois en région Nord-Pas de Calais » en présentant des projets de bâtiment multi-étages de R+5 à R+8, en structure bois et performant techniquement. Les projets sélectionnés, voués à devenir des bâtiments exemplaires et emblématiques bénéficieront d’un accompagnement technique et financier par Nord Picardie Bois et le Conseil Régional du Nord – Pas de Calais, les deux initiateurs de ce concours. Il vise à développer des opérations vitrines de construction bois multi-étages favorisant la mobilisation de la ressource forestière et de savoir-faire nationaux et régionaux. Renseignement : Nord Picardie Bois : 03.20.91.32.49 ou audrey.martin@ nord-picardie-bois. com lors que le projet de loi sur la transition énergétique pour la croissance verte va entrer en discussion au Sénat, Ségolène Royal a présenté, le 10 février, les 212 territoires à énergie positive pour la croissance verte retenus parmi les 528 projets candidats. Treize se situent dans le Nord-Pas de Calais. Ils répondent aux six grands objectifs de la loi : réduire la consommation d’énergie dans les bâtiments et les espaces publics, diminuer les émissions de gaz à effet de serre liées aux transports, développer l’économie circulaire et la gestion durable des déchets, produire des énergies renouvelables locales, préserver la biodiversité et développer l’éducation à l’environnement. Afin de soutenir ces projets, les territoires recevront le soutien de l’Etat dans le cadre d’un fonds spécial doté de 1,5 milliard d’euros sur trois ans. Un soutien technique et financier pourra également être apporté au niveau régional. La liste des projets est disponible sur le site du ministère. n A La Chronique - N°5137 / 12 février 2015 05

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Spécial Béton « Nos PME ont une faculté d’adaptation très forte » Dans un entretien accordé à La Chronique, le président de la Fédération de l’industrie du béton donne son analyse de l’évolution du secteur. En période de crise, l’industrie à la structure très atomisée, sait trouver des ressources pour s’adapter au marché. Le béton, longtemps ultra dominant dans la construction française, ne craint ni le débat sur la performance énergétique de ses produits, ni sur l’impact environnemental des blocs. La Chronique : Vous présidez la fédération de l’industrie du béton. Pouvezvous nous présenter la structure économique du secteur ? Jean Bonie : L’industrie du béton, c’est avant tout des PME. On en compte 650 réparties sur l’ensemble du territoire. Elles entretiennent au total 900 sites de production qui développement un chiffre d’affaires variant, selon les années, entre 2,5 et 3 milliards d’euros. Quand aux effectifs, ils totalisent cette année à peu près 20 000 salariés. Notons également seules 5 ou 6 groupes industriels du béton comptent plus de 250 salariés. A l’autre bout de l’échelle, 47% des entreprises ont moins de 10 salariés. L’industrie du béton est donc très morcelée et éclatée sur l’ensemble du territoire. La crise est longue, difficile. Depuis 2009, le gros œuvre souffre d’une manière générale. Comment se tiennent les industriels ? La situation est bien sûr compliquée pour toute la filière. Les leaders du marché souffrent plus que les autres car les PME ont une faculté d’adaptation très forte. Les structures familiales, sous 10 salariés, savent s’adapter, se serrer la ceinture et prendre des décisions rapidement. Ma satisfaction, c’est qu’il n’y a pas eu de disparition notoire d’entreprise. On me signale bien entendu des tensions fortes de trésorerie chez nos clients qui ont des répercussions dans nos entreprises. Mais les réserves des bonnes années servent encore. La crise est-elle une occasion pour une vague de concentration dans le secteur ? Oui, nous notons que, depuis une année, le phénomène de concentration a pris de l’ampleur. On a connu un mouvement fort il y a trente ans. Puis rien pendant 20 ans. Et cela semble reprendre. Le béton est un produit pondéreux, qui voyage peu. Le marché français est mature. Pour gagner des parts de marché, il faut réaliser des acquisitions. Certains groupes, comme Alkern, ont des stratégies nationales et entendent rationnaliser leur production à l’échelle du pays. Et puis il y a des mouvements plus discrets, Jean Bonnie est vice-président du Conseil de surveillance la Ligérienne-Granulat et préside la Fédération de l’Industrie du Béton (FIB) depuis 2011. Né en 1944, il a un parcours atypique. Diplômé de l’École Normale Supérieure et agrégé de Lettres Classiques, professeur à l’Université Laval à Québec (classes préparatoires aux grandes écoles) de 1967 à 1982, il commence sa carrière dans l’univers de la construction en 1983, en qualité de directeur général adjoint puis PDG de Ligérienne-Béton, société située à Saint Pierre-des-Corps, près de Tours, spécialisée dans les produits en béton destinés au bâtiment (planchers précontraints et poutres de structures, ouvrages d’art et poutres de ponts). 06 La Chronique - N°5137 / 12 février 2015

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Spécial Béton dans certaines gammes de produits. N’oublions pas que la profession est très variée en terme de produits. Quand on fait du bloc, la concurrence est très proche. Mais quand on réalise des charpentes en béton, les produits peuvent traverser la France. Les rationalités commerciales sont alors très différentes et les stratégies de part de marché également. Comment se porte le marché en terme de produits ? L’industrie du béton vend deux tiers de sa production pour le bâtiment et un tiers pour les travaux publics. Aucun produit n’échappe à la crise et c’est certainement ceux qui nourrissent la construction de maisons individuelles qui souffrent le plus. Et la crise dans le logement touche aussi les TP, car une bonne partie de notre production sert à l’aménagement autour des bâtiments. Quel est le chiffre d’affaires de l’industrie réalisé en 2014 ? Les résultats cumulés en provenance de nos adhérents à fin novembre 2014 font apparaître un nouveau repli en 2014. Pour les produits destinés au bâtiment, tous les produits souffrent : -11,5% pour les poutrelles BA (armées), -6,5% pour les poutrelles BP (précontraintes), -9,2% pour les blocs et -3,3% pour les dalles BA/ BP. Sur la même période, les produits destinés aux TP sont également en retrait, dont une baisse très forte concernant les produits liés à l’assainissement : -19,6% pour les tuyaux armés, -12,3% pour les regards. Pour la voirie, la situation est plus contrastée : -10,8% pour les bordures, -6% pour les dalles de voirie, mais +1% pour les pavés. Des chiffres par produits qui permettent d’évaluer une baisse du chiffre d’affaires globale de l’industrie entre 6 et 8%. Constatez-vous une guerre des prix ? Je ne vois pas, globalement, de décrochage sur les prix. Des tensions existent bien sûr, dans des familles de produits, mais l’industrie a connu une situation bien pire en 1983 et 1993 ! Quel regard portez-vous sur la concurrence des industriels belges dans le Nord de la France ? La concurrence s’est manifestement accrue avec ces industriels dans votre région. Mais ce qui est vraiment nouveau, c’est l’arrivée plus importante des produits allemands. En terme d’investissement, avons-nous pris du retard par rapport aux Belges et aux Allemands ? Il est vrai qu’ils introduisent en France des produits haut de gamme issus d’usines modernes, dimensionnées pour de gros volumes. Mais comparons les choses comparables, nos industries et nos marchés sont trop différents. Et s’il faut reconnaître que certaines PME françaises ont du mal à investir en ce moment, il faut faire attention. Avec le béton, une usine peu paraître ancienne, mais être très productives. La modernisation n’est pas un sujet en soit. Il faut que la rentabilité de l’investissement soit au rendez-vous. n Propos recueillis par Maxime Bitter La concurrence Quel est aujourd’hui le principal concurrent du béton ? Sur le fond, notre principal concurrent est aujourd’hui le bois. 10% des maisons individuelles sont aujourd’hui construites en structure bois alors que ce taux était marginal il y a 20 ans. Cette évolution s’appuie sur des arguments écologiques qui n’ont pas de sens. Le béton, assis sur sa domination, n’a pas réagit et la bataille de l’opinion n’a pas été menée. Et je considère sans aucun doute que le béton est bien plus écologique que le bois ! Il faut se réveiller et nous allons mener une vaste campagne de communication sur le sujet. Comment peut-on dire que le béton est plus écologique que le bois ? Il suffit de regarder les conditions de production de chaque matériau. En attendant les 30 ou 40 ans nécessaires à restructurer la forêt française, le bois d’ossature actuellement sur le marché vient de Scandinavie. Les panneaux importés sont pleins de colles car agglomérés. Bien sûr, le bilan carbone du bois est neutre, voire positif quand on regarde un arbre. Mais il est mauvais quand on regarde les conditions de sa production et son transport. En terme de recyclage, il n’y a pas photo. Le béton est entièrement recyclable à froid alors que le bilan carbone du bois est cassé si on le brûle en fin de vie structurelle. Enfin, pour la thermie, le bois a besoin d’un isolant quand l’inertie thermique du béton lui confère une performance intrinsèque élevée. Que pensez-vous de la mode de la mixité des matériaux ? C’est une bonne tendance qui met chaque matériau à la place où il est le plus pertinent. Une structure béton avec un bardage bois en est le meilleur exemple. La Chronique - N°5137 / 12 février 2015 07

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Spécial Béton Innovation Le Cerib, compagnon idéal pour l’innovation L’innovation n’est pas seulement une affaire de grands groupes. Elle est à portée de tous à condition de choisir ses partenaires. Le Centre d’études et de recherches sur l’industrie du béton (Cerib), une institution dans le secteur, joue ce rôle auprès des industriels. Nous sommes allés à Epernon, dans le Centre, au siège du laboratoire, pour tenter d’apercevoir les bétons de demain. Reportage. Deux générations de produits industrialisés se regardent. A l’arrière plan, le siège historique des années 70 et son architecture singulière. Au premier plan, le dernier né, à énergie positive et bardé de béton fibré à ultra-haute performance. Q uelques centaines de mètres d’une belle côte attend le visiteur du Cerib à la sortie de la gare d’Epernon, cette ville du Centre à moins d’une heure de la gare Montparnasse. Mais l’effort vaut la peine pour les passionnés du béton qui trouvent ici leur paradis. Le Centre d’études et de recherches sur l’industrie du béton (Cerib) est en effet le seul centre technique in- dustriel (CTI) reconnu par l’Etat dans la filière, un des quatre du secteur de la construction en France avec le CTICM (construction métallique), FCBA (Bois) et Cetiat (aéraulique et thermique). Créé en 1967 par les industriels eux-mêmes via la Fédération de l’industrie du béton, son rôle historique est de travailler à la normalisation des produits industrialisés, d’assurer la diffusion des règles et normes, et de veiller à la qualité de la production française. Une taxe lui permet de financer cette activité. Plafonnée par l’Etat, elle a tendance à diminuer. En 2008, elle représentait encore deux tiers des ressources du Cerib. Elle ne pèse plus que 50% des recettes aujourd’hui. L’objectif est clair : dépendre de moins en moins de la taxe pour construire, à destination des industriels, une offre de services à la carte. Leur travail ? Appuyer les industriels qui le souhaitent dans leur démarche qualité, leur volonté d’innover, la création d’un nouveau produit ou la mise en place d’une nouvelle ligne de production. Rien n’est interdit ! Les 15 000 m2 de laboratoires permettent toutes les audaces. Le centre répartit son activité entre études et recherches, normalisation et certification, appui technique et transfert de connaissances, avec bien sûr, un centre de formation qui se déploie depuis la formation initiale (du bac pro à l’ingénieur) jusqu’à la formation continue des salariés. Et il continue d’investir dans des équipements de pointe. Prométhée, ou le béton à l’épreuve du feu Concentré d’expertises Le presse vibrante de dernière génération permet de reproduire les réglages d’une fabrication industrialisée Les 160 salariés du Cerib, dont 120 sur le site d’Eperrnon, les autres étant dispersés sur le territoire, constituent le meilleur concentré d’expertises sur le béton en France. Parmi les derniers investissements, on remarque tout de suite un bâtiment important, au fond du site qui, par son caractère industriel, dénote dans cet univers tourné vers la recherche. « Prométhée », le centre d’essai au feu du Cerib, a été inauguré en 2010. Le responsable du site, Christophe Tessier nous 08 La Chronique - N°5137 / 12 février 2015

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Spécial Béton fait la visite. A l’intérieur, un énorme four de six mètres sur quatre permet des essais à l’échelle 1. Placé au sein d’une structure mécanique imposante, il permet de reproduire des efforts gigantesques grâce aux 18 vérins verticaux et 9 vérins horizontaux, certains déployant une capacité de 300 tonnes. De quoi reproduire des situations réelles d’incendie, avec les 18 brûleurs à gaz permettant de développer une puissance de 16 MW dans le four. « La dimension et la conception du four nous permettent de tester des assemblages en condition réelles d’incendie, raconte Christophe Tessier. Nous réalisons ici des essais classiques de classement mais aussi des évaluations, pour des industriels ou des syndicats, de systèmes constructifs ». Le site est accrédité pour tester également les hydrocarbures majorés, permettant de tester les éléments pour tunnels routiers ou ferroviaires. Et pour les plus curieux, l’incendie peut être filmé par endoscope sous toutes les facettes. Derrière ce site, Christophe nous emmène vers un ouvrage singulier, un bâtiment inachevé avec une façade échafaudée. Cet ensemble, le LEPIR II, pour local expérimental pour incendie réel à 2 niveaux, permet de réaliser des essais de propagation de feu par les façades. Un outil bien utile avec le développement de l’isolation par l’extérieur. Christophe Tessier, responsable du centre d’essai au feu, nous a ouvert les portes de son installation unique en France. Du système constructif à la structure moléculaire Retour dans les laboratoires, où c’est un univers de blouses blanches qui vient, cette fois, se pencher sur l’avenir du béton. Ici aussi on regarde à l’échelle 1. Mais pas le même échantillon ! C’est la structure des bétons qui est étudiée de (très) près grâce à deux acquisitions récentes, un microscope électronique à balayage et un diffractomètre à rayon X. L’explication de la spécialiste sur le fonctionnement des outils nous dépasse totalement ! Alors contentons-nous des possibilités offertes : regarder la microstructure du matériau permettant, notamment, d’aider les entreprises de gros œuvre à affiner leurs formulations. Une centrale pour améliorer les process A la sortie des laboratoires, en passant à proximité du centre de métrologie, une activité historique et toujours aussi utilisée du Cerib, on rejoint un autre bâtiment accueillant une usine de production de blocs. Du moins, c’est ce qu’on a pensé en y entrant, mais aucune machine n’est ici conçu pour la production de masse. Elles permettent par contre d’aider les industriels à concevoir leurs process de production. On y trouve une centrale à béton équipée d’un malaxeur conique (Kniele) d’une capacité de 300 litres et totalement automatisée. A proximité, une presse vibrante de dernière génération (Adler A660) permet de fabriquer des produits jusqu’à 400 mm de hauteur. Elle est équipée d’un motoréducteur permettant de moduler la vitesse d’agitation et d’un capteur mesurant la pression de compactage. Elle peut ainsi reproduire les réglages d’une fabrication industrialisée. Le béton positive la RT L’homme du cerib dans le nord Quel industriel régional ne connait pas Nicolas Leroy, le délégué régional du Cerib dans le grand Nord de la France. Son job ? Passer dans toutes les usines pour y présenter les actions du Cerib, les aides possibles liées à la taxe, mais aussi les services d’essais, d’amélioration des process... Sa base lensoise lui permet de rayonner sur tout le Nord du pays. Et si vous souhaitez le croiser hors d’une usine, vous pouvez, au choix, courir le dimanche entre deux terrils, vous inscrire au club de karaté de son quartier, ou tout simplement aller au prochain match du RC Lens. Plus sobrement, on peut s’inscrire à une des nombreuses matinales qu’il organise sur le territoire. Elles permettent d’informer la maîtrise d’ouvrage des dernières avancées de l’industrie du béton. Et parce qu’on n’est jamais mieux servi que par soi même, le Cerib a voulu démontrer que le béton était prêt pour les bâtiments à énergie positive. A l’entrée du site, en regard du siège historique, un bâtiment de 440 m2 se pose délicatement sur la pente. Moitié laboratoire, moitié show-room, baptisé EnerGé, ce bâtiment permet au Cerib de montrer que le béton répond à la fois aux exigences thermique de 2020 mais aussi aux audaces architecturales. Déjà 16h ? Il est temps de redescendre vers la gare. Avec un peu de chance on attrapera le TGV de 18h pour rentrer à Lille. Avec une seule certitude en tête : si le béton est un élément porteur, il a trouvé dans le Cerib un bon allié pour conforter son avenir. n Maxime Bitter La Chronique - N°5137 / 12 février 2015 09

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Spécial Béton Bernard Vandamme, directeur commercial et Vianney Doutriaux PDG de Catteau Strazeele Catteau rebondit sur la préfabrication sur-mesure La société historiquement spécialisée dans la construction de bâtiments d’activité a subi de plein fouet le retournement conjoncturel et la concurrence belge féroce. Après un redressement judiciaire, Catteau rebondit en misant sur la préfabrication d’éléments de structure ou de mobiliers urbains. Un marché du « sur-mesure » qui permet à Vianney Doutriaux et Bernard Vandamme d’envisager plus sereinement l’avenir de l’entreprise. I ls s’en seraient bien passés, mais la mesure de protection était indispensable. Vianney Doutriaux, PDG et actionnaire majoritaire de Catteau et son associé Bernard Vandamme ont dû demander l’aide du tribunal de commerce quand les prix sont devenus fous en 2009. « En quelques mois, le marché a totalement décroché, raconte Bernard Vandamme, qui était justement chargé d’apporter des affaires. Alors qu’on croulait sous les demandes, tout à coup, tout cesse ou les commandes se font à des prix totalement hors marché ». La Chronique - N°5137 / 12 février 2015 11

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Spécial Béton Si les associés n’ont rien vu venir, c’est que Catteau était bien installé sur son marché, celui de la fabrication d’éléments pour les bâtiments d’activités, historiquement les hangars agricoles, avec lesquels la société a vécu depuis les années 60. Vue d’une partie de l’usine de Strazeele Reprise en 1998 A la naissance de l’entreprise, il y a la reconversion d’une ancienne briqueterie dans les Flandres, à Strazeele par la famille Catteau. Quand ils cèdent la société à Alain Ardaens en 1995, le groupe est bien installé, sa réputation n’est plus à faire. Mais le nouveau PDG n’aura pas le temps d’imprimer sa marque. Il décède 3 ans plus tard et son épouse Annie, toujours au capital, décide de céder la majorité à un cadre dirigeant, Vianney Doutriaux, qui ira chercher Bernard Vandamme pour l’épauler sur le commercial. Ils développent la fabrication de panneaux en béton « gravier lavé », quand les architectes réinvestissent les zones d’activités. Ils lancent la production de systèmes poteaux-poutres, avec des poutres précontraintes, acquises par ailleurs. Mouvement qui les porte également vers la poutre en lamellé-collé. Surfer sur l’évolution des techniques La société profite des progrès techniques. Pour la thermique, elle incorpore des isolants dans les panneaux, décroche un avis technique du CSTB pour la RT 2005... C’est la belle époque du début des années 2000, quand les salles de sports succèdent aux Ehpad ou aux bâtiments scolaires. Ils portent l’activité de l’entreprise à plus de 7 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 70 Le Béton matricé a le vent en poupe L’entrée du cimetière de l’Est à Euralille, livrée en 2009 par les architectes Chiani-Chappey pour la ville de Lille, est un exemple de mise en œuvre de béton matricé. Catteau a ici fourni les éléments de façade de ce bâtiment qui joue le rôle d’interface entre la turbulente Euralille et la sérénité nécessaire au cimetière. L’usage du béton matricé permet aux architectes d’éviter les bardages, de jouer sur la matérialité du béton, tout en donnant une identité remarquable aux panneaux. De quoi allier souci de l’ornement et retour à la matière. personnes. Les dirigeants ont alors du flair. Ils engagent la diversification de l’entreprise sur la préfabrication d’éléments en béton armé pour le gros œuvre. Longrines, poteaux-poutres, panneaux de façade, balcons ou éléments pour l’aménagement urbain à l’exemple des balustrades bien identifiables sur la ZAC de Lille Sud. C’est ce qui les sauve aujourd’hui. Cette activité qui représentait, à la veille de la crise, moins de 30% du chiffre d’affaires, pèse aujourd’hui près de 70% des 3,5 millions de CA réalisés chaque année depuis le redressement. « La confiance de quelques clients nous a été précieuse pendant la tempête », se souvient Vianney Doutriaux. Il pense à MBC, Miroux, MCC, De Munari ou Etra pour la préfabrication, ou à Ammeux, Arras Carrelage ou Fermont pour l’activité bâtiment. S’il peut remercier ses clients, il peut avoir quelque rancoeur face à l’industrie belge du béton, largement responsable de la guerre des prix depuis le milieu des années 2000. «Mais au final, dès que c’est un peu compliqué, on revient voir ceux qui, à l’image de Catteau, savent gérer les bâtiments complexes ». n M.B. 12 La Chronique - N°5137 / 12 février 2015

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Spécial Béton Eric Stievenard veille au développement et positionnement marketing du groupe Alkern, qui pèse désormais 200 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 1000 collaborateurs. Le leader Alkern mise sur la performance Le numéro 1 français indépendant du bloc béton est natif du Pas-de-Calais. A Harnes, à proximité de Lens, le groupe Alkern déploie une stratégie simple mais efficace : mettre de la valeur ajoutée dans le bloc béton. Il investit donc fortement dans l’innovation pour répondre au défi de la performance énergétique et d’un bilan carbone le plus neutre possible. E Le Natur’Bloc, en cours de développement, est à 80% d’origine végétale : des copeaux de bois issus du recyclage des palettes. tre un leader, c’est une chance, mais c’est aussi une responsabilité. Alkern, désormais indépendant, détenu par un fonds d’investissement (Fondation Capital associé au management), n’en finit pas de se développer. De 120 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2010, le groupe présente en 2014 une activité de 200 millions d’euros avec 1000 collaborateurs sur 54 sites de production en France. Fondé en 1990, la société a bien changé. Elle est présente désormais à Nice, Bordeaux ou Nantes. La clé de la réussite ? Bien sûr la croissance externe, qui permet à Alkern de faire des économies d’échelle pour dégager les moyens d’investir dans l’innovation. « C’est l’ADN de l’entreprise nous rappelle Eric Stievenard, directeur marketing. C’est devenu un axe stratégique évident pour compenser la baisse tendancielle du marché traditionnel ». En clair, moins de volume, mais plus de valeur. Une stratégie qui La Chronique - N°5137 / 12 février 2015 13

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Spécial Béton permet de répondre également aux exigences contemporaines sur la thermie, l’usage de produits locaux, la facilité de mise en œuvre... Cela tombe bien, quand on pousse un sujet, les autres viennent généralement avec. Pour alléger un béton afin de faciliter sa mise en œuvre, Alkern va par exemple utiliser de la roche volcanique... qui se trouve être un très bon isolant ! « Nous réalisons 30% de notre activité avec des produits axé sur la performance thermique, nous précise Eric Stievenard. Le bloc Climat bénéficie d’une pose joint mince et offre un R proche de 7 Géo Trouvetou du béton Deux pistes développées par la direction de la recherche et développement, dirigée par Bernard Cosnier, un Géo Trouvetou du béton toujours à tester de nouvelles méthodes ou matériaux. Dans son bureau, des échantillons de blocs de toutes dimensions, mais aussi des plantes, des graines, des isolants de toute nature qu’il insère dans son mélange pour en tirer les meilleures performances. Huit brevets déposés, une vingtaine de produits nouveaux mis en production depuis la création du service fin 2009. Dans le monde très conservateur de la pose de bloc béton, cette stratégie audacieuse porte tout de même ses fruits. « Nous avons toujours en tête la facilité de mise en œuvre de nos produits », précise le directeur marketing. La pose joint mince est devenue un axiome. Et pour la performance thermique, les équipes R&D d’Alkern mixent deux techniques : l’insertion d’isolants dans les blocs, et l’utilisation de la roche volcanique, un granulat de pierre ponce qui offre à la fois légèreté, isolation et résistance mécanique. En alliant ces deux procédés, le bloc climat (voir photo ci-dessus), permet d’atteindre une résistance thermique (R) de 6,3 m2.K/W, largement de quoi atteindre la RT 2012 en n’oubliant pas de traiter efficacement les ponts thermiques. Des produits spécifiques ont d’ailleurs été développés comme des rupteurs thermiques, des planelles isolées ou des coffres de volets roulants. Empreinte écologique Une croissance externe au pas de charge La France est bien couverte en producteur de blocs béton, une activité forcément locale vu le poids des matériaux. Les parts de marché s’achètent donc via l’acquisition d’installations. C’est la stratégie d’Alkern et de son actionnaire principal, Fondation Capital : couvrir le territoire pour dégager des économies d’échelle et libérer une force d’innovation. Le Nord de la France est forcément bien couvert et les efforts d’Alkern se sont orientées en 2014 vers le sud-ouest avec l’acquisition du groupe Duroux, une société de 260 salariés sur 15 sites de production. Une marche très haute qui permet également au groupe nordiste d’acquérir une position dans les produits pour l’aménagement extérieur, une spécialité de Duroux. Au total, Alkern a réalisé 14 opérations de croissance externe depuis 2010. Pour Eric Stievenard, pas de doutes, « le bloc béton s’est bien adapté à la RT2012 et reste fiable et économique ». C’est que le match des matériaux reste indécis. La brique conserve de fortes parts de marchés. Le béton mise alors sur son empreinte écologique. « Nous entrons totalement dans une démarche d’économie circulaire, en tentant d’utiliser des matériaux locaux et renouvelables », explique le dirigeant. Dans le centre de la France, la roche volcanique, importée par voie maritime est remplacée par une roche locale. Et pour éviter de consommer des granulats, on teste des fibres végétales. A l’exemple du Natur’Bloc, un bloc à 80% d’origine végétale fabriqué à partir de copeaux de bois issu du recyclage des palettes. Le développement est en cours mais il est très prometteur : véritable puits de carbone, il est porteur, bien sûr, mais aussi deux fois plus léger qu’un bloc traditionnel. Le bois assure par ailleurs une régulation de l’humidité et un bon niveau d’isolation thermique. Bernard Cosnier teste d’autres fibres comme le lin, le chanvre ou le miscanthus. Et même si le ciment reste indispensable au béton, le granulat laisse de plus en plus sa place à des matériaux recyclés ou naturels de substitution. De quoi imaginer au béton... un avenir en vert. n M.B. 14 La Chronique - N°5137 / 12 février 2015

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